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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2100042

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2100042

vendredi 29 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2100042
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantVICQUENAULT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 8 et 12 janvier et 20 mars 2021, 25 avril, 12 juin et 27 novembre 2023 ainsi qu'un mémoire récapitulatif produit en application de l'article R. 611-8-1 du code de justice administrative, enregistré le 4 août 2023, Mme H A, M. I et Mme E F et Mme J G, représentés par Me Persico, demandent au tribunal dans le dernier état de leurs écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 décembre 2020 par lequel le maire de la commune de Montferrat a délivré à Mme D C le permis de construire n° PC 083 082 20 K0004 en vue de la réalisation d'un bâtiment agricole de 1 772 mètres carrés avec couverture photovoltaïque sur les parcelles cadastrées sections 82 F n° 18, 19 et 21, sises chemin Le Plan à Montferrat (83 131) ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Montferrat et de Mme D C la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- ils ont intérêt à agir ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'un vice de procédure en l'absence de consultation du préfet pour avis conforme en application de l'article L. 422-5 du code de l'urbanisme ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que le maire avait refusé une première fois pour un motif de sécurité publique une demande de permis de construire portant sur un projet identique ;

- il est entaché d'une erreur de fait dès lors que le maire n'a pas pris en compte l'ensemble du troupeau du Groupement Foncier Agricole (GFA) de Saurin ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 122-5 du code de l'urbanisme dès lors que le projet ne s'inscrit pas en continuité avec l'urbanisation existante compte-tenu de sa localisation, de ses dimensions et de l'absence d'augmentation substantielle du troupeau révélant un besoin pour l'exploitation agricole ;

- il méconnaît l'article 153.3 du règlement sanitaire départemental du Var ;

- il méconnaît les dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme dès lors, d'une part, que le projet entraîne un risque de pollution des sols et des eaux destinées à la consommation humaine et, d'autre part, qu'il risque d'aggraver le phénomène de sécheresse.

Par des courriers, enregistrés les 28 février 2022 et 30 mars 2023, la commune de Montferrat informe le tribunal de ce qu'elle ne souhaite pas produire d'observation et demande au tribunal d'ordonner une étude d'impact sanitaire du projet.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 1er mars 2021, 12 juin et 16 août 2023, ainsi qu'un mémoire enregistré le 21 mars 2024 qui n'a pas été communiqué, Mme D C, représentée par Me Vicquenault, conclut au rejet de la requête et demande que soit mise à la charge des requérants solidairement la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle oppose, à titre principal, deux fins de non-recevoir tirées du défaut d'intérêt à agir des requérants et de l'absence de notification conforme à l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme et fait valoir, à titre subsidiaire, qu'aucun des moyens soulevés dans la requête n'est fondé et, à titre infiniment subsidiaire, que les vices sont régularisables sur le fondement de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme et, le cas échéant, sur le fondement de l'article L. 600-5 du même code.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le règlement sanitaire départemental du Var approuvé par l'arrêté préfectoral du 25 février 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 26 mars 2024 :

- le rapport de Mme Le Gars ;

- les conclusions de M. Riffard, rapporteur public ;

- les observations de Me Persico représentant les requérants ;

- et les observations de Me Vicquenault représentant Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Le 7 septembre 2020, Mme D C a déposé une demande de permis de construire en vue de de l'édification d'un bâtiment agricole avec couverture photovoltaïque d'une surface de 1 772 mètres carrés sur les parcelles cadastrées sections 82 F n° 18, 19 et 21 à Montferrat. Par un arrêté du 4 décembre 2020, le maire de la commune de Montferrat a délivré le permis de construire sollicité sous réserve de certaines prescriptions. Les consorts A et autres demandent l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité externe :

2. Aux termes de l'article L. 422-5 du code de l'urbanisme : " Lorsque le maire ou le président de l'établissement public de coopération intercommunale est compétent, il recueille l'avis conforme du préfet si le projet est situé : a) Sur une partie du territoire communal non couverte par une carte communale, un plan local d'urbanisme ou un document d'urbanisme en tenant lieu (). ". L'article R. 423-50 du même code dispose que : " L'autorité compétente recueille auprès des personnes publiques, services ou commissions intéressés par le projet, les accords, avis ou décisions prévus par les lois ou règlements en vigueur. ". L'article R. 423-59 du même code dispose que : " Sous réserve des dispositions des articles L. 752-4, L. 752-14 et L. 752-17 du code de commerce et des exceptions prévues aux articles R*423-60 à R*423-71-1, les collectivités territoriales, services, autorités ou commissions qui n'ont pas fait parvenir à l'autorité compétente leur réponse motivée dans le délai d'un mois à compter de la réception de la demande d'avis sont réputés avoir émis un avis favorable. ".

3. En l'espèce, le terrain d'assiette du projet contesté est situé sur le territoire de la commune de Montferrat, commune non couverte par un plan local d'urbanisme ou un document en tenant lieu à la date de la décision attaquée. Dès lors, le projet est soumis à l'avis conforme du préfet du Var. A cet égard, il ressort des pièces du dossier que le maire de Montferrat a saisi le préfet pour avis conforme le 25 septembre 2020. A défaut pour ce dernier d'avoir fait parvenir au maire de Montferrat son avis exprès dans le délai d'un mois à compter de sa saisine, il est réputé avoir émis un avis favorable au projet en application des dispositions précitées. Par suite, le moyen tiré de l'absence d'avis conforme du préfet manque en fait et doit être écarté.

En ce qui concerne la légalité interne de l'arrêté :

4. En premier lieu, les requérants soutiennent que le maire de Montferrat a commis une erreur manifeste d'appréciation en accordant le permis sollicité alors qu'il a opposé l'an passé un premier refus, pour un motif de sécurité publique eu égard à la défense extérieure contre l'incendie, pour un projet identique présenté par la société Technique Solaire Invest 37 sur la même parcelle. Cependant, en l'absence de fondement juridique allégué, les requérants n'ont pas assorti leur moyen des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé. Au demeurant, d'une part, il ressort des pièces du dossier, notamment de l'avis du service départemental d'incendie et de sécurité (SDIS) du Var en date du 14 octobre 2020 que le projet n'a pas reçu un avis défavorable sous réserve du respect des recommandations et observations formulées tenant notamment à l'installation d'un réservoir d'incendie souple protégé et relié aux réserves par une canalisation de 100 millimètres minimum. D'autre part, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que celui-ci a été délivré sous réserve du respect des recommandations formulées par le SDIS du Var. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation du maire doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 122-5 du code de l'urbanisme : " L'urbanisation est réalisée en continuité avec les bourgs, villages, hameaux, groupes de constructions traditionnelles ou d'habitations existants, sous réserve de l'adaptation, du changement de destination, de la réfection ou de l'extension limitée des constructions existantes, ainsi que de la construction d'annexes, de taille limitée, à ces constructions, et de la réalisation d'installations ou d'équipements publics incompatibles avec le voisinage des zones habitées. ". L'article L. 122-10 du même code dispose que : " Les terres nécessaires au maintien et au développement des activités agricoles, pastorales et forestières, en particulier les terres qui se situent dans les fonds de vallée, sont préservées. La nécessité de préserver ces terres s'apprécie au regard de leur rôle et de leur place dans les systèmes d'exploitation locaux. Sont également pris en compte leur situation par rapport au siège de l'exploitation, leur relief, leur pente et leur exposition. ". L'article L. 122-11 du même code dispose que : " Peuvent être autorisés dans les espaces définis à l'article L. 122-10 : 1° Les constructions nécessaires aux activités agricoles, pastorales et forestières ; () ". Pour l'application de ces dispositions, le pétitionnaire doit d'abord justifier de la réalité de son exploitation ou de son projet agricole et, ensuite, justifier de la nécessité de construire de nouveaux bâtiments pour assurer cette activité. S'il appartient au juge administratif, dans son contrôle, de s'assurer de la réalité l'exploitation et de vérifier la nécessité de construire un nouveau bâtiment, il ne lui appartient pas en revanche d'étudier les choix de gestion de l'exploitation de l'agriculteur.

6. D'une part, les requérants soutiennent que le projet, notamment par sa localisation et ses dimensions, ne s'inscrit pas en continuité avec les constructions existantes, y compris avec les constructions agricoles existantes, et méconnaît, dès lors, les dispositions de l'article L. 122-5 du code de l'urbanisme. Cependant, il résulte des dispositions précitées, qui régissent entièrement la situation des communes classées en zone de montagne pour l'application de la règle de constructibilité limitée, qu'elles soient ou non dotées de plan d'urbanisme, que les constructions sur des terres nécessaires au maintien et au développement des activités agricoles, pastorales et forestières font l'objet d'une règlementation spécifique et ne sont, par conséquent, pas soumises à la règle de l'urbanisation en continuité avec l'existant.

7. D'autre part, il est constant que les parcelles du terrain d'assiette du projet, d'ailleurs classées en zone agricole par le plan local d'urbanisme de la commune de Montferrat approuvé le 15 décembre 2021, sont nécessaires au maintien et au développement des activités agricoles et pastorales au sens de l'article L. 122-10 précité. Si les requérants allèguent que Mme C a entretenu une confusion entre son troupeau et celui de M. B, également exploitant à titre individuel et co-gérant du Groupement Foncier Agricole (GFA) de Saurin, n'ayant pas mis à même le maire de Montferrat d'apprécier l'étendue réelle de l'exploitation en litige, cette circonstance n'est cependant corroborée par aucune pièce du dossier. Au surplus, il ressort des pièces du dossier, que Mme C, également co-gérante du GFA de Saurin, est inscrite au répertoire SIRENE depuis 2007 en tant qu'éleveuse, à titre individuel, d'ovins et de caprins et dispose de son propre troupeau. Il ressort de la fiche de renseignement produite par la pétitionnaire aux fins de justifier de la nécessité de la construction en zone agricole, que l'ensemble de son troupeau de bêtes est composé actuellement de près de 950 ovins et caprins et de 20 bovins et qu'elle envisage de l'agrandir de 150 ovins et de 10 bovins. A cet égard, il ressort des pièces du dossier et notamment du courrier de la fédération départementale des syndicats d'exploitants agricoles du Var, qu'un élevage composé de 400 ovins et caprins et de 20 bovins nécessite une surface de 2 347 mètres carrés pour assurer le logement des animaux et le stockage des fourrages. En l'espèce, le bâtiment projeté est d'une superficie de 1 772 mètres carrés, répartie entre la bergerie, un espace réservé à la stabulation des vaches et le stockage de matériel agricole, de fourrage, d'aliments et de céréales, et n'est dès lors pas surdimensionné pour accueillir le troupeau de la pétitionnaire. Dans ces conditions, Mme C justifie de la réalité de son exploitation et de la nécessité de la construction en litige pour laquelle l'installation de panneaux photovoltaïques en toiture n'a, au demeurant, pas pour effet de faire perdre le caractère de construction nécessaire à l'exploitation agricole. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le maire de Montferrat, qui n'avait pas à apprécier la viabilité ni la rentabilité du projet de la pétitionnaire, a commis une erreur de fait ni n'a fait une inexacte application des dispositions précitées.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations. ".

9. Les requérants soutiennent que le projet, en permettant l'implantation d'un élevage de bovins et d'ovins à proximité du forage de FAVAS, lequel alimente les communes de Bargemon, Montferrat, Figanières et Chateaudouble, crée un double risque de pollution et d'épuisement des nappes phréatiques. Cependant, il ressort du courrier de l'Agence régionale de santé de Provence-Alpes-Côte-D'azur, en date du 11 mai 2023, que le projet n'est situé dans aucun périmètre de protection des captages d'eau destinés à la consommation humaine des collectivités territoriales, y compris dans les périmètres de protection éloignée. De plus, le permis de construire attaqué comporte des prescriptions relatives à la récupération et à l'évacuation des eaux pluviales et observe que l'autorisation n'est exécutoire qu'à compter de l'obtention de l'autorisation environnementale requise en application de la loi sur l'eau sur le fondement de l'article L. 181-1 du code de l'environnement. A cet égard, il ne ressort ni des écritures ni des pièces du dossier que les prescriptions retenues par le maire dans son arrêté ne sont pas adéquates ni suffisantes pour assurer le respect de la sécurité publique. Dès lors, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le maire de Montferrat a commis une erreur manifeste d'appréciation en délivrant le permis sollicité.

10. En dernier lieu, aux termes de l'article 153.3 du règlement sanitaire départemental du Var : " La conception et le fonctionnement des établissements d'élevage ne doivent pas constituer une nuisance excessive ou présentant un caractère permanent pour le voisinage. Les gérants et propriétaires, les usagers et occupants habituels ou occasionnels des immeubles, des zones de loisirs et de tout établissement recevant du public, ne peut se prévaloir des éventuels inconvénients (bruits, odeurs) occasionnés au voisinage des établissements d'élevage, dès lors que ceux-ci sont implantés, aménagés et exploités conformément au présent règlement ainsi qu'à toutes les réglementations en vigueur s'y rapportant et en particulier à l'article 75 ci-après de la loi du 4 juillet 1980 dite Loi d'orientation agricole (). ".

11. Les requérants soutiennent que le projet, en sus d'une pollution des eaux, générera des nuisances sonores et olfactives importantes. Cependant, il résulte de l'ensemble de ce qui précède que le projet ne méconnaît aucune disposition du règlement sanitaire départemental ni aucune autre disposition des règlementations applicables au litige. De plus, il n'est ni établi ni même allégué que les nuisances générées par l'exploitation agricole, conforme à la règlementation, sont excessives. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que l'arrêté méconnaît les dispositions de l'article 153.3 du règlement sanitaire départemental du Var.

12. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les fins de non-recevoir opposées en défense, que les requérants ne sont pas fondés à demander l'annulation de l'arrêté attaqué.

Sur les conclusions de la commune de Montferrat :

13. Il n'appartient pas au tribunal d'ordonner une étude d'impact sanitaire du projet.

Sur les frais d'instance :

14. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances particulières de l'espèce, de mettre à la charge de l'une ou l'autre des parties, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, les frais qu'elles ont engagés dans le cadre de la présente instance.

DECIDE

Article 1er : La requête de Mme A et autres est rejetée.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la commune de Montferrat et de Mme C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme J G en qualité de représentant unique pour l'ensemble des requérants, à la commune de Montferrat et à Mme D C.

Délibéré après l'audience du 26 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Privat, président,

Mme Martin, conseillère,

Mme Le Gars, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 mars 2024.

La rapporteure,

Signé :

H. LE GARS

Le président,

Signé :

J.-M. PRIVAT La greffière,

Signé :

G. RICCI

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Et par délégation,

La greffière.

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