mardi 20 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2100085 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | LLC ET ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 12 janvier 2021 et 17 août 2023, Mme E D, M. C H et M. B A, représentés par Me Bernardi, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 20 janvier 2020 par lequel le maire de la commune de Puget-sur-Argens a délivré à M. G F le permis d'aménager n° PA 083 099 19 O0014 en vue de l'aménagement de quatorze lots à bâtir sur les parcelles cadastrées section AO n° 3 et 6, sises boulevard du Général Leclerc à Puget-sur-Argens (83 480), ensemble la décision rejetant leur recours gracieux formé le 23 octobre 2020 ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Puget-sur-Argens et de M. F une somme de 6 000 euros à leur verser sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- l'arrêté attaqué a été signé par une personne incompétente ;
- il est entaché d'un vice de procédure dès lors que le projet architectural est insuffisamment précis ;
- il méconnaît les dispositions des articles R. 111-1 et R. 111-5 du code de l'urbanisme et l'article 6 des dispositions générales du plan local d'urbanisme (PLU) de la commune de Puget-sur-Argens ; dès lors qu'il ne dispose pas des servitudes de passages nécessaires pour assurer la desserte du terrain ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation à l'aune de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme ;
- il méconnaît le règlement départemental de défense extérieure contre l'incendie du Var ;
- il méconnaît l'emplacement n° 36 du PLU de Puget-sur-Argens réservé à l'aménagement du chemin du Réal et la création d'un bouclage sur le boulevard du Général Leclerc ;
- il méconnaît les dispositions de l'article DG3 9 du PLU de la commune de Puget-sur-Argens relatif au traitement des déchets.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 29 avril 2021 et le 22 septembre 2023, la commune de Puget-sur-Argens, représentée par Me Campolo, conclut au rejet de la requête et demande que soit mise à la charge des requérants la somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir qu'aucun des moyens soulevés dans la requête n'est fondé.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 juin 2023, M. F, représenté par Me Zago, conclut au rejet de la requête et demande que soit mise à la charge des requérants la somme de 4 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il oppose, à titre principal, des fins de non-recevoir tirées du défaut d'intérêt à agir de chacun des requérants et fait valoir, à titre subsidiaire, qu'aucun des moyens soulevés dans la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le plan local d'urbanisme de la commune de Puget-sur-Argens ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 23 janvier 2024 :
- le rapport de Mme Le Gars ;
- les conclusions de M. Riffard, rapporteur public ;
- les observations de Me Baudino, représentant la commune de Puget-sur-Argens ;
- et les observations de Me Zago, représentant M. F.
Une note en délibéré a été présentée le 26 janvier 2024 par Me Zago pour M. F.
Considérant ce qui suit :
1. Le 13 décembre 2019, M. F a déposé une demande de permis d'aménager en vue de diviser deux terrains en quatorze lots à bâtir, dont l'un est destiné au logement locatif social. Par un arrêté du 20 janvier 2020, le maire de la commune de Puget-sur-Argens a délivré le permis d'aménager sollicité. Le 23 octobre 2020, Mme D, M. A et M. H ont exercé un recours gracieux auprès du maire de Puget-sur-Argens sollicitant le retrait de l'arrêté du 20 janvier 2020. Par un courrier du 27 novembre 2020, dont il a été accusé réception le 1er décembre 2020, le maire de Puget-sur-Argens a rejeté le recours gracieux. Les requérants demandent l'annulation de l'arrêté du 20 janvier 2020 ainsi que de la décision rejetant leur recours gracieux.
Sur la fin de non-recevoir :
2. Aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation. ".
3. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'une autorisation d'occupation du sol de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas-échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance et à la localisation du projet de construction.
4. Il ressort des pièces du dossier que les parcelles n° 534 et 435 (anciennement 1380) appartenant, respectivement à Mme D et à M. A, sont contigües du projet. Le projet porte sur l'aménagement de deux terrains d'une surface totale de 9 035 mètres carrés, vierges de toutes constructions, en vue de sa division en quatorze lots à bâtir. Il ressort du dossier de demande de permis d'aménager que le projet ne dispose pas d'un accès direct sur la voie publique et, à cette fin, d'une part, bénéficie d'une servitude de passage existante sur les parcelles de M. H et M. A, d'autre part, envisage la création d'une servitude de passage notamment sur la parcelle de Mme D. Par ailleurs, si M. H n'est pas voisin immédiat du projet, il ressort toutefois des différents plans que la servitude de passage dont bénéficient ses voisins est située à près d'un mètre de sa porte d'entrée et est donc susceptible d'entraîner des nuisances, notamment sonores, importantes compte-tenu de l'afflux de passage généré par le projet. Dans ces conditions, l'ensemble des requérants, qui font état de nuisances sonores et visuelles, sont fondés à soutenir que le projet est susceptible d'entraîner des troubles dans les conditions d'occupation, d'utilisation et de jouissance de leurs biens. Par suite, la fin de non-recevoir tirée du défaut d'intérêt à agir des requérants, opposée par M. F, doit être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
5. D'une part, l'article 6 des dispositions générales du PLU de Puget-sur-Argens dispose que : " Au titre des articles 3 (conditions de desserte des terrains par les voies publiques ou privées et d'accès aux voies ouvertes au public), une autorisation d'urbanisme peut être refusée sur des terrains qui ne seraient pas desservis par des voies publiques ou privées dans des conditions répondant à l'importance ou à la destination des aménagements ou constructions envisagés. En l'espèce, la voie de desserte devra respecter les gabarits minimums suivants : - dès le premier logement, une plateforme de 4m ; - à partir de 2 logements, une plateforme de 6m ; - à partir de 3 logements, une plateforme de 6m ; - pour les opérations d'aménagement d'ensemble, une plateforme de 8m. Cette disposition ne s'applique pas aux zones UE, UH, UM, 2AU, A et N. ".
6. D'autre part, le permis de construire ou d'aménager, qui est délivré sous réserve des droits des tiers, a pour seul objet d'assurer la conformité des travaux qu'il autorise avec la réglementation d'urbanisme. Dès lors, si le juge administratif doit, pour apprécier la légalité du permis au regard des règles d'urbanisme relatives à la desserte et à l'accès des engins d'incendie et de secours, s'assurer de l'existence d'une desserte suffisante de la parcelle par une voie ouverte à la circulation publique et, le cas-échéant, de l'existence d'un titre créant une servitude de passage donnant accès à cette voie, il ne lui appartient pas de vérifier ni la validité de cette servitude ni l'existence d'un titre permettant l'utilisation de la voie qu'elle dessert, si elle est privée, dès lors que celle-ci est ouverte à la circulation publique.
7. Tout d'abord, M. F n'est pas fondé à faire valoir que les dispositions de l'article 6 des dispositions générales du PLU de la commune de Puget-sur-Argens ne sont pas applicables au projet dès lors, d'une part, que la zone UD ne figure pas parmi les zones expressément écartées de son champ d'application, d'autre part, que le projet, qui porte sur l'aménagement d'un terrain de 9 035 mètres carrés en vue de sa division en quatorze lots à bâtir, nécessite, en application des dispositions précitées, une voie de desserte de 6 mètres de large minimum.
8. Ensuite, en l'espèce, le projet ne dispose pas d'un accès direct à la voie publique sur le boulevard du Général Leclerc. Le pétitionnaire fait valoir, dans ses écritures, qu'un titre valant servitude de passage n'est pas nécessaire dès lors que le chemin privé permettant d'accéder à la voie publique est ouvert à la circulation du public. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le chemin est situé sur des fonds privés, notamment sur les propriétés de Ms. H et A. A cette fin, il est constant que le pétitionnaire bénéficie d'une servitude de passage de 4 mètres de large sur les parcelles n° 434 et 435. Cependant, ces servitudes ne suffisent pas pour assurer la desserte du terrain d'assiette du projet ainsi qu'il a été dit au point précédent. Aussi, il ressort du plan de construction qu'une servitude de 6 mètres de large est " à créer " sur les parcelles n° 245 et 249. A cet égard, il n'est ni établi ni même allégué que le pétitionnaire disposait d'un titre valant servitude sur ces dernières parcelles à la date de l'arrêté attaqué. Au demeurant, le permis d'aménager attaqué ne comporte aucune réserve ou précision expresse en ce sens. Par ailleurs, le pétitionnaire ne peut utilement se prévaloir de la création de l'emplacement réservé n° 36 destiné à la création d'une voie sur ce même emplacement, dès lors que cet emplacement ne donne pas de droit de passage et pour lequel il n'est ni établi ni même allégué que les travaux ont été actés par la commune. Dans ces conditions, le projet n'est pas desservi par une voie répondant à l'importance des aménagements et constructions envisagés conformément aux dispositions précitées.
9. Il résulte de ce qui précède que les requérants sont fondés à demander l'annulation de l'arrêté du 20 janvier 2020 du maire de la commune de Puget-sur-Argens, ensemble la décision rejetant leur recours gracieux formé le 23 octobre 2020. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun des autres moyens soulevés n'est propre à entraîner l'annulation des décisions attaquées.
10. Par ailleurs, pour l'application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, il ne ressort pas des écritures que la commune de Puget-sur-Argens ni le pétitionnaire ont sollicité une mesure de régularisation. Au surplus, il résulte de ce qui précède que le projet n'est pas desservi par une voie conforme aux dispositions d'urbanisme en l'absence de titre valant servitude de passage sur les parcelles n° 245 et 249 appartenant à Mme D, elle-même requérante. Ainsi, compte-tenu du motif d'annulation, une mesure de régularisation ne paraît pas, en l'état de l'instruction, envisageable.
Sur les frais d'instance :
11. En application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Puget-sur-Argens une somme globale de 1 200 euros au bénéfice de Mme D, de M. H et M. A. En application de ces mêmes dispositions, il y a lieu de mettre à la charge de M. F une somme globale de 1 200 euros au bénéfice de Mme D, de M. H et M. A.
12. En revanche, ces mêmes dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge des requérants, qui ne sont pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que réclament la commune de Puget-sur-Argens et M. F au titre des frais liés au litige.
DECIDE
Article 1er : L'arrêté susvisé en date du 20 janvier 2020 du maire de Puget-sur-Argens est annulé, ensemble la décision rejetant le recours gracieux formé le 23 octobre 2020.
Article 2 : La commune de Puget-sur-Argens versera à Mme D, M. H et M. A la somme globale de 1 200 (mille deux cents) euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. M. F versera à Mme D, M. H et M. A la somme globale de 1 200 (mille deux cents) euros en application de ces mêmes dispositions. Les conclusions de la commune de Puget-sur-Argens et de M. F présentées sur ce fondement sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme E D en qualité de représentant unique pour l'ensemble de requérants, à la commune de Puget-sur-Argens et à M. G F.
Copie du présent jugement sera transmise au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Draguignan, en application des dispositions de l'article R. 751-10 du code de justice administrative.
Délibéré après l'audience du 23 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
M. Privat, président,
M. Bailleux, premier conseiller,
Mme Le Gars, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 février 2024.
La rapporteure,
Signé :
H. LE GARS
Le président,
Signé :
J-M. PRIVAT La greffière,
Signé :
G. RICCI
La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Et par délégation, la greffière.
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026