Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par un jugement du 29 décembre 2023, le tribunal a sursis à statuer, en application de l’article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, sur la requête de la société civile immobilière Niccor, prise en la personne de sa gérante en exercice, Mme B... C..., représentée par Me Redé-Tort, tendant à l’annulation de l’arrêté du 11 août 2020 par lequel le maire de la commune de Bandol a délivré à M. D... le permis de construire n° PC 083 009 20 T0019 en fixant un délai de six mois pour régulariser le projet de construction.
Par des mémoires enregistrés les 11 juillet 2024 et 8 août 2025, la commune de Bandol, représentée par Me Consalvi, maintient ses précédentes conclusions.
Elle informe le tribunal de l’avancement de la procédure de révision de son plan local d'urbanisme, notamment de la réécriture de l’article 13 des dispositions générales et, de la délivrance d’un permis de construire modificatif à M. D... par un arrêté du 6 août 2025.
Par un mémoire enregistré le 4 juillet 2024 et un mémoire enregistré le 1er septembre 2025 qui n’a pas été communiqué, M. D..., représenté par Me Petit, maintient ses précédentes conclusions.
Il informe le tribunal de l’avancement de la procédure de révision de son plan local d'urbanisme, notamment de la réécriture de l’article 13 des dispositions générales et, de l’obtention d’un permis de construire modificatif par un arrêté du 6 août 2025.
Par ordonnance du 12 août 2025, la clôture d'instruction a été fixée au 1er septembre 2025 à 12h00.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de l’urbanisme ;
- le plan local d’urbanisme de la commune de Bandol ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique du 16 septembre 2025 :
- le rapport de Mme Le Gars,
- les conclusions de M. Bailleux, rapporteur public,
- et les observations de Me Consalvi représentant la commune de Bandol,
- et les observations de Me Brillet représentant M. D....
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions à fin d’annulation :
1. Aux termes de l’article L. 600-5-1 du code de l’urbanisme : « Sans préjudice de la mise en œuvre de l’article L. 600-5, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d’aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu’un vice entraînant l’illégalité de cet acte est susceptible d’être régularisé, sursoit à statuer, après avoir invité les parties à présenter leurs observations, jusqu’à l’expiration du délai qu’il fixe pour cette régularisation, même après l’achèvement des travaux. Si une mesure de régularisation est notifiée dans ce délai au juge, celui-ci statue après avoir invité les parties à présenter leurs observations. Le refus par le juge de faire droit à une demande de sursis à statuer est motivé ».
2. Il résulte de ces dispositions que, d’une part, si, à l’issue du délai qu’il a fixé dans sa décision avant dire droit pour que lui soient adressées la ou les mesures de régularisation de la non-opposition à déclaration préalable attaquée, le juge peut à tout moment statuer sur la demande d’annulation de cette autorisation et, le cas échéant, y faire droit si aucune mesure de régularisation ne lui a été notifiée, il ne saurait se fonder sur la circonstance que ces mesures lui ont été adressées alors que le délai qu’il avait fixé dans sa décision avant dire droit était échu pour ne pas en tenir compte dans son appréciation de la légalité de la décision de non-opposition attaquée.
3. En premier lieu, lorsqu'un permis de construire a été délivré en méconnaissance des dispositions législatives ou réglementaires relatives à l'utilisation du sol ou sans que soient respectées des formes ou formalités préalables à la délivrance des permis de construire, l'illégalité qui en résulte peut être régularisée par la délivrance d'un permis modificatif dès lors que celui-ci assure les respect des règles de fond applicables au projet en cause, répond aux exigences de forme ou a été précédé de l'exécution régulière de la ou des formalités qui avaient été omises. Il peut, de même, être régularisé par un permis modificatif si la règle relative à l'utilisation du sol qui était méconnue par le permis initial a été entretemps modifiée. Les irrégularités ainsi régularisées ne peuvent plus être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir dirigé contre le permis initial.
4. L’arrêté de permis de construire modificatif régularisant le permis de construire initial du 11 août 2020 a été signé par le maire de la commune de Bandol le 6 août 2025. Dès lors, les requérants ne peuvent utilement soutenir l’incompétence de l’auteur de l’acte de permis de construire initial en l’absence de délégation de signature régulière. En tout état de cause, il ressort de l’arrêté du 17 juillet 2020, régulièrement publié et transmis en préfecture au titre du contrôle de légalité le même jour, que M. F... A..., signataire de l’arrêté de permis de construire initial, a reçu délégation du maire : « (…) en matière d’urbanisme notamment permis de construire ». Par suite, le moyen tiré de l’incompétence de l’auteur de l’acte ne peut qu’être écarté.
5. En second lieu, aux termes de l’article B5 des dispositions générales du plan local d'urbanisme de Bandol alors en vigueur et relatif à certains travaux ou adaptations et règles alternatives : « Lorsqu’une construction existante régulièrement édifiée n’est pas conforme à une ou plusieurs dispositions du présent plan local d'urbanisme, une autorisation d’occupation ou d’utilisation du sol ne peut être délivrée pour la modification de cette construction, sous réserve de dispositions du présent plan local d'urbanisme spécialement applicables à la modification des immeubles existants, que si les travaux envisagés rendent la construction plus conforme aux dispositions règlementaires méconnues ou s’ils sont étrangers à ces dispositions ».
6. Pour surseoir à statuer, le tribunal a retenu que le projet de construction méconnaissait les dispositions des articles 13 et UD 7 du règlement du plan local d'urbanisme dès lors que la construction était implantée à moins de quatre mètres de la limite séparative et que les travaux projetés n’avaient ni pour objet ni pour effet de rendre le bâtiment plus conforme aux règles d’urbanisme.
7. D’une part, par une délibération du 23 mai 2025, le conseil municipal de Bandol a approuvé la révision de son plan local d'urbanisme et notamment la modification de l’article B5 des dispositions générales précitées, lesquelles ouvrent désormais la possibilité d’autoriser des travaux étrangers à la règle méconnue sur une construction non-conforme aux dispositions d’urbanisme. D’autre part, la commune de Bandol a produit en défense un permis de construire modificatif par un arrêté du 6 août 2025 prenant acte de la révision du plan local d'urbanisme et régularisant, partant, le vice tiré de l’implantation de la construction en limite séparative.
8. Il s’ensuit, que la SCI Niccor n’est pas fondée à demander l’annulation de l’arrêté de permis de construire du 11 août 2020, modifié par l’arrêté du 6 août 2025.
Sur les frais d’instance :
9. Il n’y a pas lieu, dans les circonstances de l’espèce de mettre à la charge de l’une ou l’autre des parties les sommes qu’elles sollicitent au titre des frais d’instance sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la SCI Niccor est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Bandol et M. D... sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société civile immobilière Niccor, à la commune de Bandol et à M. E... D....
Délibéré après l'audience du 16 septembre 2025, à laquelle siégeaient :
M. Privat, président,
Mme Chaumont, première conseillère,
Mme Le Gars, conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2025.
La rapporteure,
Signé
H. Le Gars
Le président,
Signé
J-M. Privat
La greffière,
Signé
E. perroudon
La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Et par délégation,
La greffière.