mardi 7 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2100269 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | LLC ET ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 5 février 2021, 3 août 2021,
14 septembre 2021 et 16 novembre 2022, la SAS Roxim Management, représentée par
Me Valette-Berthelsen, doit être regardée comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision prise par le maire de la commune de Roquebrune-sur-Argens le 21 décembre 2020 lui refusant la délivrance d'un permis de construire pour la construction de 2 immeubles collectifs de 25 logements (en R+1 et R+2) avec parking extérieur sur un terrain situé au 109 chemin de la Valette et cadastré section 107 BI 391, BI 732 et BI 791 sur le territoire communal ;
2°) d'enjoindre au maire de la commune de Roquebrune-sur-Argens de lui délivrer le permis de construire sollicité par elle dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente décision, sous astreinte de 100 euros par jour de retard passé ce délai d'un mois ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Roquebrune-sur-Argens une somme de 2 000 euros à lui verser sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le motif de la décision attaquée fondé sur la méconnaissance des dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme est illégal ; l'unité foncière du projet est située dans un espace urbanisé et ordinaire de la commune ; la construction est située hors du champ de visibilité du monument historique situé à 500 mètres, ainsi que mentionné par l'architecte des bâtiments de France ; il s'agit d'un secteur à dominante d'habitat dénué de caractère et d'intérêt particulier ; le projet en litige prend en compte les caractéristiques des lieux avoisinants et de la topographie des lieux ; la hauteur des deux bâtiments en R +1 et R +2, calé avec le faîtage des maisons environnantes, permet une intégration parfaite dans l'environnement ; l'avis de l'architecte des bâtiments de France n'est pas un avis défavorable ; la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation et d'une erreur de droit ; il ne peut être reproché à la société Roxim Management de ne pas avoir suivi les recommandations de l'architecte des bâtiments de France ;
- le motif fondé sur la méconnaissance des dispositions de l'article R. 111-28 du code de l'urbanisme est également entaché d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation ; l'unité foncière où s'implante le projet en litige ne peut être présentée comme présentant une unité d'aspect, en ce qui concerne les dispositions de l'article R. 111-28 du code de l'urbanisme ; de plus, il est entaché d'une insuffisance de motivation ;
- les quatre substitutions de motifs demandées par la commune et fondées sur la méconnaissance des dispositions des articles L. 111-24, R. 111-5, R. 111-8 et R. 111-9, et enfin R. 111-16 du code de l'urbanisme sont infondées.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 18 juillet 2021, 17 août 2021,
26 septembre 2022 et 26 décembre 2022, la commune de Roquebrune-sur-Argens, représentée par Me Marques conclut au rejet de la requête et demande qu'il soit mis à la charge de la société requérante une somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la requête n'est pas recevable pour défaut de qualité à agir de la société Roxim Management ;
- les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés ;
- la décision de refus de permis de construire aurait également pu être prise en se fondant sur les motifs tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 111-24, de l'article R. 111-5, des articles R. 111-8 et R. 111-9, et enfin de l'article R. 111-16 du code de l'urbanisme.
Par ordonnance du 6 février 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 7 mars 2023 à 12 heures.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Bailleux ;
- les conclusions de M. Riffard, rapporteur public ;
- et les observations de Me Marques, représentant la commune de Roquebrune-sur-Argens.
Une note en délibéré présentée par Me Marques pour la commune de Roquebrune-sur-Argens a été enregistrée le 26 mars 2024.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions à fin d'annulation :
1. La société Roxim Management a déposé le 28 septembre 2020 en mairie de Roquebrune-sur-Argens une demande de permis de construire pour un programme immobilier de 25 logements en 2 bâtiments en R+1 et en R +2 sur un terrain situé au 109 chemin de la Valette sur le territoire de la commune de Roquebrune-sur-Argens. Le 21 décembre 2020, le maire de la commune de Roquebrune-sur-Argens s'est opposé à cette demande en fondant son refus de permis de construire sur les motifs tirés d'une part de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme, d'autre part de la méconnaissance des recommandations formulées par l'architecte des bâtiments de France sur le projet et enfin sur la méconnaissance des dispositions de l'article R. 111-28 du code de l'urbanisme. Il s'agit de la décision attaquée.
2. Aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme, " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales ". Il résulte de ces dispositions que, si les constructions projetées portent atteinte aux paysages naturels ou urbains avoisinants, l'autorité administrative compétente peut refuser de délivrer le permis de construire sollicité ou l'assortir de prescriptions spéciales. Pour rechercher l'existence d'une atteinte à un paysage naturel de nature à fonder le refus de permis de construire ou les prescriptions spéciales accompagnant la délivrance de ce permis, il lui appartient d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site naturel sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site. Les dispositions de cet article excluent qu'il soit procédé dans le second temps du raisonnement, pour apprécier la légalité des permis de construire délivrés, à une balance d'intérêts divers en présence, autres que ceux visés à l'article R. 111-27 cité ci-dessus.
En ce qui concerne le secteur d'implantation du projet en litige
3. La requérante soutient que le secteur d'implantation du projet de construction est un secteur ordinaire et urbanisé de la commune, en limite Est de cette partie de la commune de Roquebrune-sur-Argens. La requérante rappelle en outre que, bien que situé à 500 mètres d'un monument historique, la chapelle Saint-Pierre en l'espèce, le secteur d'implantation du projet immobilier n'est pas situé en co-visibilité avec ce monument historique, comme l'a indiqué l'architecte des bâtiments de France dans son avis daté du 13 novembre 2020. Ainsi que le fait valoir la commune toutefois, bien que ne présentant aucun caractère particulier ou remarquable, les dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme sont applicables au projet. En outre, il ressort des pièces du dossier que bien que situé en bordure d'un espace urbanisé, le projet de construction borde dans sa limite Est un espace naturel et agricole, situé en entrée de la commune dans sa partie Est.
En ce qui concerne l'impact du projet sur cet environnement
4. La requérante soutient d'abord avoir pris en compte les caractéristiques des lieux avoisinants et la topographie des lieux, en particulier le dénivelé important d'ouest en est, afin de dimensionner son projet en 2 petits collectifs, l'un en R +1 et l'autre en R +2, afin de permettre la meilleure insertion possible des bâtiments. Elle soutient ensuite que l'orientation reprend celle des maisons implantées le long du chemin de la Valette. La requérante indique encore que l'intégration des bâtiments apparaît dans les pièces du dossier (plan de masse, d'insertion, plans de façade et plans de coupe).
5. Toutefois, ainsi que le fait valoir la commune sans être utilement contestée, d'une part le secteur d'implantation du projet immobilier est un ensemble pavillonnaire composé de villas individuelles de faible hauteur, et la volumétrie et la hauteur des constructions projetées ne s'intègrent pas avec le bâti environnant. D'autre part, la commune poursuit en faisant valoir que ces deux bâtiments importants porteront nécessairement atteinte à l'espace naturel situé à l'est des parcelles en litige. Elle fait encore valoir que les immeubles, d'une hauteur importante, sont situés sur une sommité et qu'ils vont nécessairement avoir des conséquences sur le champ visuel depuis la plaine agricole située à l'est, surtout en entrée de ville. La commune produit à ce titre une vue d'insertion depuis la plaine naturelle à l'est du projet, qui montre effectivement les deux bâtiments imposants en haut d'une butte. La requérante tente de contredire ce point, en indiquant au contraire que le projet s'implante en contrebas de la rue de la Valette, ce qui ressort selon elle des pièces du dossier (plan terrain état des lieux PC02-01, coupe paysagère état des lieux
PC03-01, coupe paysagère projet PC03-02). Toutefois, ces pièces du dossier montrent qu'effectivement la zone d'implantation du projet est située en contrebas du chemin de la Valette mais ne contredisent pas le fait que le projet serait très visible depuis la plaine agricole et naturelle située à l'est.
6. Ensuite, la requérante conteste la vue d'insertion produite par la commune en soutenant que des constructions ont été masquées sur cette vue d'insertion, en particulier les constructions situées sur les parcelles cadastrées section BI n°791 et BI n°732. La requérante soutient que cette production incomplète et erronée produite par la commune de Roquebrune-sur-Argens avait pour objet de fausser l'impression du tribunal sur l'impact sur son environnement des constructions projetées.
7. En réponse, la société requérante a produit sa propre vue d'insertion, faisant apparaître cette fois les constructions situées sur les parcelles contigües aux parcelles situées sur le terrain d'assiette du projet. Toutefois, malgré la présence de ces constructions, et si cette nouvelle vue d'insertion a été prise d'un angle différent de la vue d'insertion produite par la commune de Roquebrune-sur-Argens, faisant en sorte que la végétation masque quelque peu les constructions projetées, il ressort toutefois des pièces du dossier que les constructions projetées sont imposantes et tranchent avec les maisons existantes et sont beaucoup plus imposantes que lesdites constructions, qui sont exclusivement des constructions individuelles.
8. Il ressort donc des pièces du dossier que la requérante n'est pas fondée à soutenir que le maire de la commune aurait commis une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme, et il y a lieu d'écarter ce moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions. Ainsi, ce premier motif de la décision en litige est légal. En outre, à supposer même que les deux autres motifs de la décision soient erronés, il résulte de l'instruction que le maire aurait pris la même décision en ne se fondant que sur ce motif, susceptible de fonder légalement la décision de refus de permis de construire.
9. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter les conclusions à fin d'annulation de la décision attaquée, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense par la commune de Roquebrune-sur-Argens ni d'examiner les substitutions de motifs proposées par ladite commune.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
10. Les conclusions à fin d'annulation de la présente requête ayant été rejetées, la présente décision n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, il y a lieu de rejeter les conclusions à fin d'injonction de la requête.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de la commune de Roquebrune-sur-Argens, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, quelque somme que ce soit au titre de ces dispositions. En outre, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par la commune de Roquebrune-sur-Argens au titre de ces mêmes dispositions.
DECIDE
Article 1er : La requête de la SAS Roxim Management est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de la commune de Roquebrune-sur-Argens formulées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : La présente décision sera notifiée à la SAS Roxim Management et à la commune de Roquebrune-sur-Argens.
Délibéré après l'audience du 26 mars 2024, à laquelle siégeaient :
M. Privat, président,
M. Bailleux, premier conseiller,
Mme Le Gars, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mai 2024.
Le rapporteur,
Signé :
F. BAILLEUX
Le président,
Signé :
J.-M. PRIVAT La greffière,
Signé :
K. BAILET
La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Et par délégation,
La greffière.
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