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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2100273

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2100273

lundi 26 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2100273
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantROBERT & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 20 janvier 2021, le président du tribunal administratif de Paris a, en application des dispositions de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, transmis au tribunal administratif de Toulon la requête enregistrée le 2 novembre 2020, présentée par Mme B A.

Par cette requête et des mémoires enregistrés les 3 octobre 2023 et 29 novembre 2023, Mme A, représentée par Me Hage, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 24 septembre 2020 par laquelle le ministre de l'économie, des finances et de la relance l'a licenciée pour insuffisance professionnelle de ses fonctions d'enquêtrice au sein de l'Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE) ;

2°) d'enjoindre à l'INSEE de la réintégrer sur un poste équivalent, en contrat à durée indéterminée et tenant compte de ses troubles de l'audition, sans délai à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de condamner l'INSEE à lui verser une somme totale de 30 000 euros en réparation du préjudice causé par son licenciement ;

4°) de mettre à la charge de l'INSEE une somme de 4 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée a été prise au terme d'une procédure irrégulière dès lors qu'il n'est justifié d'aucun envoi en recommandé ni accusé de réception d'un courrier l'informant que son licenciement pour insuffisance professionnelle était envisagé, que les courriers des

13 décembre 2019 et 10 août 2020 ne mentionnent pas la possibilité d'un tel licenciement, que le courrier interne du 13 décembre 2019 montre que le licenciement était déjà décidé, qu'elle n'a pas fait l'objet d'une convocation régulière et que le courrier du 10 août 2020 mentionne l'engagement d'une procédure disciplinaire au prix d'une confusion avec la procédure de licenciement pour insuffisance professionnelle ;

- la décision attaquée est entachée d'erreurs de fait et d'appréciation en ce qu'elle retient l'insuffisance professionnelle de la requérante, la non-réalisation de ses objectifs, l'insuffisance de ses résultats, le non-respect des protocoles d'enquête et le bénéfice de formations adaptées et de mesures de soutien proposées par sa hiérarchie ;

- la décision attaquée est discriminatoire car elle repose sur l'état de santé de la requérante ;

- l'illégalité de la décision attaquée a causé à la requérante un préjudice financier et moral d'un montant respectif de 28 000 et 2 000 euros, dont elle a demandé réparation auprès de l'INSEE par lettre recommandée du 27 novembre 2023 avec avis de réception.

Par des mémoires en défense enregistrés les 20 janvier 2023, 24 octobre 2023 et

11 décembre 2023, le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- les conclusions à fin d'injonction sont irrecevables par leur objet ;

- les conclusions indemnitaires sont irrecevables dès lors qu'elles n'ont pas été précédées d'une demande indemnitaire préalable et qu'elles sont tardives ;

- les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

La procédure a été communiquée à l'INSEE qui n'a pas produit de mémoire.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le décret n° 86-83 du 17 janvier 1986 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 5 février 2024 :

- le rapport de M. Cros ;

- et les conclusions de Mme Duran-Gottschalk, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A a été employée par l'INSEE pour exercer les fonctions d'enquêtrice au sein de la direction régionale de Provence-Alpes-Côte d'Azur, en qualité de vacataire à compter du 14 septembre 2009 puis d'agent contractuel de droit public de catégorie C à compter du 1er janvier 2013, au titre d'abord d'un contrat à durée déterminée de cette dernière date jusqu'au 16 octobre 2015 selon une quotité de travail de 70 %, puis d'un contrat à durée indéterminée du 17 octobre 2015 au 8 décembre 2020, sa quotité de travail étant passée de 70 % à 50 % à compter du 1er avril 2016. Par une décision du 24 septembre 2020, la secrétaire générale de l'INSEE, agissant par délégation du ministre de l'économie, des finances et de la relance, a prononcé son licenciement pour insuffisance professionnelle, avec effet à l'issue d'un préavis d'une durée de deux mois. Par la présente requête, Mme A demande principalement l'annulation de cette décision. En cours d'instance, elle a ajouté des conclusions indemnitaires tendant à la condamnation de l'INSEE à lui verser une somme totale de

30 000 euros en réparation du préjudice qu'elle estime avoir subi du fait de ce licenciement illégal.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité externe :

2. Aux termes de l'article 1-2 du décret du 17 janvier 1986 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels de l'Etat pris pour l'application des articles 7 et

7 bis de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat, dans sa rédaction applicable en l'espèce : " Dans toutes les administrations de l'Etat (), il est institué, par arrêté du ministre intéressé (), une ou plusieurs commissions consultatives paritaires comprenant en nombre égal des représentants de l'administration et des représentants des personnels mentionnés à l'article 1er / (). Ces commissions sont obligatoirement consultées sur les décisions individuelles relatives aux licenciements intervenant postérieurement à la période d'essai () et aux sanctions disciplinaires autres que l'avertissement et le blâme () ". Selon l'article 43-1 du même décret, relatif à la discipline : " Tout manquement au respect des obligations auxquelles sont assujettis les agents publics, commis par un agent non titulaire dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions, est constitutif d'une faute l'exposant à une sanction disciplinaire () ". Aux termes de l'article 43-2 : " Les sanctions disciplinaires susceptibles d'être appliquées aux agents contractuels sont les suivantes : / () 4° Le licenciement, sans préavis ni indemnité de licenciement () ". Selon l'article 44 : " () L'agent non titulaire à l'encontre duquel une sanction disciplinaire est envisagée a droit à la communication de l'intégralité de son dossier individuel et de tous documents annexes et à se faire assister par les défenseurs de son choix. / L'administration doit informer l'intéressé de son droit à communication du dossier ". Aux termes de l'article 45-2 du même décret, relatif au licenciement : " L'agent contractuel peut être licencié pour un motif d'insuffisance professionnelle. L'agent doit préalablement être mis à même de demander la communication de l'intégralité de toute pièce figurant dans son dossier individuel, dans un délai suffisant permettant à l'intéressé d'en prendre connaissance. Le droit à communication concerne également toute pièce sur laquelle l'administration entend fonder sa décision, même si elle ne figure pas au dossier individuel ". Selon l'article 47 de ce décret : " Le licenciement ne peut intervenir qu'à l'issue d'un entretien préalable. La convocation à l'entretien préalable est effectuée par lettre recommandée ou par lettre remise en main propre contre décharge. Cette lettre indique l'objet de la convocation. / L'entretien préalable ne peut avoir lieu moins de cinq jours ouvrables après la présentation de la lettre recommandée ou la remise en main propre de la lettre de convocation. / L'agent peut se faire accompagner par la ou les personnes de son choix. / Au cours de l'entretien préalable, l'administration indique à l'agent les motifs du licenciement () ". Enfin, l'article 47-1 dudit décret dispose que : " Lorsqu'à l'issue de la consultation de la commission consultative paritaire prévue à l'article 1er-2 et de l'entretien préalable prévu à l'article 47, l'administration décide de licencier un agent, elle lui notifie sa décision par lettre recommandée avec demande d'avis de réception ou par lettre remise en main propre contre décharge. Cette lettre précise le ou les motifs du licenciement, ainsi que la date à laquelle celui-ci doit intervenir compte tenu des droits à congés annuels restant à courir et de la durée du préavis ".

3. Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie. L'application de ce principe n'est pas exclue en cas d'omission d'une procédure obligatoire, à condition qu'une telle omission n'ait pas pour effet d'affecter la compétence de l'auteur de l'acte.

S'agissant de l'indication de l'objet de la convocation à l'entretien préalable :

4. Il ressort des pièces du dossier que la lettre du 13 décembre 2019 par laquelle Mme A a été convoquée à un entretien préalable se borne à indiquer : " Vous êtes convoquée pour un entretien au sujet de la persistance de vos mauvais résultats concernant la réalisation des enquêtes qui vous sont confiées. / Avant toute décision sur les suites à donner à ces mauvais résultats, je souhaite effectivement vous entendre à ce sujet avec un membre du comité de direction ". Cette lettre ne mentionne pas l'éventualité d'un licenciement, en méconnaissance des dispositions précitées de l'article 47 du décret du 17 janvier 1986 qui exigent que la lettre de convocation à l'entretien préalable au licenciement indique l'objet de la convocation, c'est-à-dire précisément que l'agent est convoqué car il risque un licenciement. Ainsi que le soutient Mme A, ce vice de procédure l'a privée d'une garantie et a pu exercer une influence sur le sens de la décision prise dès lors que l'intéressée, n'ayant pas été informée de la gravité de la mesure envisagée à son encontre, n'a pas été mise en mesure de se préparer utilement à l'entretien préalable. Par suite, ce vice entache d'illégalité la décision attaquée.

S'agissant des autres moyens de légalité externe :

5. En premier lieu, aucune des dispositions citées au point 2, et notamment pas celles de l'article 47 du décret du 17 janvier 1986, n'exigeait que la lettre du 13 décembre 2019 portant convocation de Mme A à l'entretien préalable précise la nature des insuffisances professionnelles reprochées.

6. En deuxième lieu, la circonstance que l'administration n'a pas produit la preuve de dépôt en recommandé ni l'avis de réception de la lettre du 13 décembre 2019 portant convocation à l'entretien préalable est sans incidence sur la régularité de la procédure dès lors que la requérante ne conteste ni la réception de cette lettre qu'elle produit d'ailleurs, ni le respect du délai de cinq jours, prévu au deuxième alinéa de l'article 47 du décret du 17 janvier 1986, entre la réception de la lettre et la tenue de l'entretien préalable.

7. En troisième lieu, la circonstance que la lettre du 10 août 2020 portant convocation de Mme A à la réunion de la commission consultative paritaire (CCP) des enquêteurs ne mentionne pas l'éventualité d'un licenciement n'est pas irrégulière car aucune disposition n'exigeait une telle formalité. En tout état de cause, la requérante n'a pas été privée d'une garantie car, à cette date, elle avait déjà été informée d'un éventuel licenciement lors de l'entretien préalable du 15 janvier 2020, ainsi qu'il ressort du compte rendu d'entretien du

2 mars 2020.

8. En quatrième lieu, la circonstance que, dans un courrier interne du

13 décembre 2019, le directeur régional de l'INSEE de Provence-Alpes-Côte d'Azur a demandé au chef du département des ressources humaines de l'INSEE d'engager une procédure de licenciement pour motif disciplinaire, ne signifie pas que la décision de licenciement était déjà prise.

9. En dernier lieu, s'il est vrai que la lettre du 10 août 2020 portant convocation de Mme A à la réunion de la CCP des enquêteurs mentionnait l'engagement d'une procédure disciplinaire alors que c'est finalement un licenciement pour motif d'insuffisance professionnelle qui a été prononcé, la requérante, qui se borne à invoquer une " confusion " entre les deux procédures, ne démontre pas l'incidence de cette circonstance sur la légalité de la décision prise, et notamment de quelle garantie procédurale propre à la procédure de licenciement pour insuffisance professionnelle elle aurait été privée, alors que les faits reprochés n'ont pas évolué. Ce moyen doit donc également être écarté.

En ce qui concerne la légalité interne :

10. Le licenciement pour inaptitude professionnelle d'un agent public ne peut être fondé que sur des éléments révélant l'inaptitude de l'agent à exercer normalement les fonctions pour lesquelles il a été engagé, s'agissant d'un agent contractuel, ou correspondant à son grade, s'agissant d'un fonctionnaire, et non sur une carence ponctuelle dans l'exercice de ces fonctions. Toutefois, une telle mesure ne saurait être subordonnée à ce que l'insuffisance professionnelle ait été constatée à plusieurs reprises au cours de la carrière de l'agent ni qu'elle ait persisté après qu'il ait été invité à remédier aux insuffisances constatées. Par suite, une évaluation portant sur la manière dont l'agent a exercé ses fonctions durant une période suffisante et révélant son inaptitude à un exercice normal de ses fonctions est de nature à justifier légalement son licenciement. Les faits pouvant justifier un licenciement pour insuffisance professionnelle ne sont pas nécessairement constitutifs d'un manquement à une obligation fixée par un texte législatif ou réglementaire. Enfin, le juge de l'excès de pouvoir exerce un contrôle normal sur l'appréciation portée par l'autorité administrative sur les faits qui sont de nature à justifier une mesure de licenciement pour insuffisance professionnelle d'un agent public.

11. Il ressort des termes de la décision attaquée que, pour licencier Mme A pour insuffisance professionnelle, le ministre de l'économie, des finances et de la relance s'est fondé sur la triple circonstance que l'intéressée n'avait jamais atteint ses objectifs ni obtenu de résultats suffisants depuis 2013, qu'elle s'était délibérément affranchie des protocoles de collecte édictés par l'INSEE dans l'intérêt du service au risque de nuire à la fiabilité des résultats et à la qualité de l'analyse et, enfin, qu'elle avait bénéficié en vain de formations adaptées et de mesures de soutien et qu'elle avait été alertée sur cette situation chaque année depuis 2014 lors des entretiens d'évaluation professionnelle et par des constats d'insuffisance.

12. En premier lieu, Mme A conteste chacun de ces motifs.

13. Toutefois, l'insuffisance des résultats de la requérante, la non-réalisation de ses objectifs et l'irrespect des protocoles d'enquête déterminés par sa hiérarchie sont étayés par l'ensemble de ses comptes rendus d'évaluation professionnelle de 2013 à 2019 réalisés par quatre référents managériaux différents, que l'intéressée n'a pas contestés, qui ont tous proposé à titre d'appréciation générale soit " médiocre " (2013), soit " insuffisante " ou " insatisfaisante " (2014 à 2019) ce qui est l'appréciation la plus basse sur une échelle de un à quatre, et qui relèvent, de manière récurrente, des résultats insuffisants de Mme A sur les différentes enquêtes qui lui sont confiées (2013 à 2019), un manque d'implication dans son travail (2014 à 2016), une organisation personnelle incompatible avec le métier d'enquêteur qui exige une plus grande disponibilité horaire (2015, 2017), ainsi que le non-respect des consignes et protocoles d'enquête présentés lors des formations (2015, 2016, 2019). Le constat de " travaux très insuffisants " et du " non-respect des protocoles " a été spécialement porté à l'attention de

Mme A par quatre courriers des 10 août 2015, 18 novembre 2015, 26 juillet 2016 et

8 octobre 2019 pointant, enquête par enquête, le taux d'avancement et le taux de réussite de l'intéressée par rapport à l'objectif fixé. Lors de la réunion de la commission consultative paritaire des enquêteurs du 17 septembre 2020, le chef du département des ressources humaines de l'INSEE a rappelé qu'" à plusieurs reprises, la hiérarchie fixe [à Mme A] des objectifs qui relèvent du simple respect des protocoles d'enquêtes ", lequel " garantit la qualité des données par la comparabilité et l'homogénéité des réponses ". Lors de cette réunion, le chef du département " prix à la consommation et des enquêtes ménages " a également précisé que le cas de Mme A était " unique " parmi les enquêteurs du réseau INSEE, dès lors que " concernant les taux de réussite, il n'existe pas d'agent présentant de moins bons résultats " et qu'" en matière de respect des protocoles, [elle] reste sur ses propres pratiques, malgré les formations reçues ".

14. Si Mme A réfute l'insuffisance de ses résultats, elle n'apporte pas d'élément probant susceptible d'infirmer les pièces mentionnées au point précédent, se bornant à des allégations aussi bien dans ses écritures que dans ses observations sur le compte rendu d'entretien du 15 janvier 2020 ou sur la convocation à la réunion de la commission consultative paritaire des enquêteurs. La triple circonstance qu'elle a conclu un contrat à durée déterminée le 1er janvier 2013, soit avant l'ensemble des évaluations professionnelles précitées, puis un contrat à durée indéterminée le 17 octobre 2015, alors que sa hiérarchie pouvait encore attendre une amélioration de la situation, et que ce contrat a ensuite été modifié par avenant le 24 février 2016 pour réduire sa quotité de travail à 50 % puis le 11 septembre 2019 pour changer sa résidence administrative, ne démontre pas que ses résultats étaient satisfaisants. Enfin, ses difficultés personnelles liées en 2015 à la naissance de son enfant unique et en 2018-2019 à son déménagement, à son achat immobilier et aux travaux de rénovation de sa nouvelle maison, sont sans incidence sur son aptitude à exercer normalement les fonctions pour lesquelles elle a été engagée.

15. S'agissant du non-respect des protocoles d'enquête et des consignes données par sa hiérarchie, Mme A ne le conteste pas sérieusement, se bornant dans ses écritures à renvoyer à sa pièce n° 6 qui correspond à ses propres observations sur le compte rendu d'entretien du 15 janvier 2020. Dans ces observations, la requérante reconnaît d'ailleurs, d'une part, s'être affranchie de certaines prescriptions lorsqu'elle estimait que sa propre méthode était meilleure et, d'autre part, " n'être pas très rigoureuse concernant la date de début de collecte et le taux d'avancement ".

16. S'agissant des mesures de soutien et d'accompagnement, il ressort des pièces du dossier que Mme A a fait l'objet de deux journées d'accompagnement personnalisé les

23 février 2016 et 7 juin 2016. Les quatre courriers précités des 10 août 2015,

18 novembre 2015, 26 juillet 2016 et 8 octobre 2019 font état de messages intermédiaires adressés à Mme A en cours de collecte et de contacts pris par la division des enquêtes auprès des ménages (DEM), ce que l'intéressée ne conteste pas. Ces courriers invitaient également Mme A à se rapprocher de sa supérieure hiérarchique pour faire le point sur sa situation et envisager des mesures d'aide à sa progression, ce que l'intéressée ne soutient ou ne démontre pas avoir fait. En particulier, si elle allègue avoir demandé en vain du soutien à sa responsable hiérarchique en 2019-2020, elle ne l'établit pas. Quant aux formations, elle reconnaît dans ses écritures comme dans ses observations sur le compte rendu d'entretien du

15 janvier 2020 qu'elle a bénéficié des " nombreuses heures de formations dispensées à tous les enquêteurs ", lesquelles " visent au bon respect du protocole de passation des enquêtes sur le terrain ". Si elle indique qu'il s'agit de formations en groupe et non individuelles, elle n'apporte aucun élément de nature à démontrer qu'elle aurait vainement sollicité un tel accompagnement personnalisé. A cet égard, les fiches " volet formation " jointes à chacun des comptes rendus d'évaluation professionnelle 2013 à 2019 font état de plusieurs dizaines d'heures de formation " consommées " chaque année par Mme A, sans que cette dernière n'ait jamais émis le moindre commentaire dans la case prévue à cet effet.

17. Enfin, si la requérante fait valoir qu'elle n'a pas commis de faute disciplinaire ni précédemment fait l'objet d'une sanction, cette circonstance est inopérante.

18. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, la décision du 24 septembre 2020 prononçant le licenciement de Mme A pour insuffisance professionnelle n'est entachée ni d'erreur d'appréciation ni d'erreur de fait.

19. En second lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée ni des pièces du dossier que la cause réelle du licenciement de Mme A reposerait sur ses troubles auditifs de type acouphènes, liés aux enquêtes téléphoniques. Au contraire, la requérante indique

elle-même avoir bénéficié fin 2017, sur proposition du médecin de prévention, d'un aménagement de poste afin d'être déchargée des enquêtes par téléphone au profit des enquêtes en face-à-face. Si elle fait valoir n'avoir jamais été équipée d'un casque pour tenter de pallier le surmenage auditif lié à l'emploi du téléphone-combiné, elle ne soutient pas l'avoir demandé. Dans ces conditions, Mme A n'est pas fondée à soutenir que la décision litigieuse serait discriminatoire car motivée par son état de santé.

20. Il résulte de tout ce qui précède que seul le moyen tiré du défaut d'indication de l'objet de la convocation à l'entretien préalable au licenciement est fondé. Pour ce motif, la décision attaquée doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

21. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure ". Selon l'article L. 911-3 du même code : " La juridiction peut assortir, dans la même décision, l'injonction prescrite en application des articles L. 911-1 () d'une astreinte qu'elle prononce dans les conditions prévues au présent livre et dont elle fixe la date d'effet ".

22. Contrairement à ce que soutient l'administration, les conclusions de Mme A tendant au prononcé d'une injonction ne sont pas irrecevables dès lors qu'elles présentent un caractère accessoire aux conclusions à fin d'annulation et ne tendent pas au prononcé d'une injonction à titre principal. Par suite, la fin de non-recevoir doit être écartée.

23. L'annulation prononcée par le présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique de réintégrer juridiquement Mme A et de reconstituer ses droits sociaux à compter du

8 décembre 2020, date de prise d'effet de la décision de licenciement annulée, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

24. En revanche, dès lors que la décision de licenciement litigieuse est annulée pour un vice de procédure et que le ministre a la faculté de prononcer une nouvelle décision de licenciement purgée de ce vice, l'annulation prononcée par le présent jugement n'implique pas nécessairement d'enjoindre au ministre de réintégrer effectivement Mme A sur un poste équivalent en contrat à durée indéterminée et tenant compte de ses troubles de l'audition. Par suite, les conclusions de la requérante tendant au prononcé d'une telle injonction sous astreinte doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'indemnisation :

25. Si l'intervention d'une décision illégale peut constituer une faute susceptible d'engager la responsabilité de l'Etat, elle ne saurait donner lieu à réparation si, dans le cas d'une procédure régulière, la même décision aurait pu légalement être prise.

26. Il résulte de ce qui précède que la décision prononçant le licenciement de Mme A pour insuffisance professionnelle est annulée en raison seulement d'un vice de procédure et qu'elle est justifiée au fond. Par suite, les conclusions indemnitaires de la requérante doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées en défense.

Sur les frais liés au litige :

27. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par Mme A sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 24 septembre 2020 par laquelle le ministre de l'économie, des finances et de la relance a licencié Mme A pour insuffisance professionnelle de ses fonctions d'enquêtrice au sein de l'INSEE est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique de réintégrer juridiquement Mme A à compter du

8 décembre 2020 et de reconstituer ses droits sociaux à compter de la même date, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, et à l'Institut national de la statistique et des études économiques.

Délibéré après l'audience du 5 février 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Bernabeu, présidente,

M. Cros, premier conseiller,

M. Martin, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 février 2024.

Le rapporteur,

Signé

F. CROS

La présidente,

Signé

M. BERNABEU

La greffière,

Signé

E. PERROUDON

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Et par délégation,

La greffière.

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01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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