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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2100323

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2100323

mardi 19 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2100323
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantBARBARO ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 février 2021, M. A B, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 septembre 2020 par lequel le maire de la commune du Muy s'est opposé à sa déclaration préalable de travaux de régularisation pour une piscine enterrée et un chalet en bois sur une parcelle cadastrée BD 300, présentée le 7 aout 2020, ensemble la décision implicite portant rejet de son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune du Muy de lui délivrer une attestation de non-opposition à déclaration préalable.

Il est soutenu que :

- il ne pouvait lui être opposé le règlement départemental de défense extérieure contre l'incendie (RDDECI), qui n'est pas directement opposable, sans commettre une erreur de droit et qui au demeurant ne concerne que les habitations individuelles ;

- l'article R.111-2 du code de l'urbanisme, qui seul pouvait être mobilisé, n'est pas méconnu, une borne incendie d'un débit de 17m3/heure permettant de lutter contre un risque incendie qualifié de courant faible et s'agissant d'un projet qui n'est qu'un chalet de 19 m2, dont l'importance est des plus limitées. La décision attaquée est de ce fait entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme ;

- il n'était en rien impossible pour le service instructeur de vérifier l'emprise au sol consommée par les annexes implantées sur sa parcelle, qui est en tout état de cause de 17,60 m2 et qui additionnée aux 19,20 m2 du chalet dont la régularisation était demandée, est bien en-dessous des 80 m2 maximums fixés par les dispositions de l'article 2 de la zone N du règlement du plan local d'urbanisme qui n'est de ce ne fait pas méconnu.

Par un mémoire en défense enregistré le 15 avril 2021, la commune du Muy représentée par Me Barbaro, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. B la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 1er août 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 27 septembre 2022 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 7 novembre 2023 :

- le rapport de M. Angéniol ;

- les conclusions de M. Riffard, rapporteur public ;

- et les observations de Me Kayal, représentant la commune du Muy.

Considérant ce qui suit :

1. M. B est propriétaire d'une maison d'habitation implantée sur la parcelle cadastrée n° 86, section BD 300, sise 400 chemin des Valises au Muy. Il a déposé, le 7 aout 2020, une déclaration préalable ayant pour objet la régularisation de l'enterrement d'une piscine hors sol et de l'édification d'un chalet en bois d'une surface de 19 m2. Par un arrêté du 4 septembre 2020, le maire de la commune du Muy s'est opposé à cette déclaration préalable. M. B qui a, par la suite, formé un recours gracieux, notifié le 15 octobre 2020, demande au tribunal l'annulation de cet arrêté et de la décision implicite de rejet née du silence gardé sur son recours.

S'agissant de la légalité de l'arrêté du 4 septembre 2020 :

2. Aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations ". Les risques d'atteinte à la sécurité publique visés par ce texte sont aussi bien les risques auxquels peuvent être exposés les occupants de la construction pour laquelle le permis de construire est sollicité que ceux que l'opération projetée peut engendrer pour des tiers. Pour apprécier si les risques d'atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique justifient un refus de permis de construire sur le fondement des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, il appartient à l'autorité compétente en matière d'urbanisme, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, de tenir compte tant de la probabilité de réalisation de ces risques que de la gravité de leurs conséquences, s'ils se réalisent. Enfin, lorsqu'un projet de construction est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique, l'autorisation d'urbanisme ne peut être refusée que si l'autorité compétente estime, sous le contrôle du juge, qu'il n'est pas légalement possible, au vu du dossier et de l'instruction de la demande, d'accorder l'autorisation en l'assortissant de prescriptions spéciales qui, sans apporter au projet de modifications substantielles nécessitant la présentation d'une nouvelle demande, permettraient d'assurer la conformité de la construction aux dispositions législatives et réglementaires dont l'administration est chargée d'assurer le respect.

3. Le règlement départemental de défense extérieure contre l'incendie (RDDECI) approuvé par l'arrêté du préfet du Var du 8 février 2017 s'il n'est pas directement opposable à la déclaration préalable du requérant, n'en est pas moins un élément d'information qui permet à l'administration d'apprécier l'exposition au risque incendie en application des dispositions précitées de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme. Ce règlement départemental prévoit que le risque courant faible peut être défini comme un risque d'incendie dont l'enjeu est limité en terme patrimonial, isolé, avec un risque de propagation quasi nul aux bâtiments environnants. En règle générale, un hydrant ayant un débit de 30 m3/heure pendant une heure ou une réserve d'eau de 30 m3 est suffisant pour couvrir ce type de risque. Le risque courant faible va concerner : Les habitations individuelles non exposées à un risque feu de forêt, construites et isolées avec des matériaux traditionnels. Par ailleurs, ledit règlement prévoit en son article 2-1 relatif aux capacités et débits minimum des points d'eau que ne peuvent être intégrés dans la défense extérieure contre l'incendie, que les réserves d'eau d'au moins 30 m3, utilisables d'un seul tenant, ou les réseaux assurant à la prise d'eau, un débit de 30 m3/heure sous un bar de pression dynamique au minimum.

4. En premier lieu, M. B, pour contester le premier motif qui a été opposé à sa déclaration préalable, soutient que la présence d'une borne incendie d'une capacité minimum de 30 m3/heure n'a pas vocation à s'appliquer à une simple annexe de jardin d'une superficie de seulement 19 m2. S'il est exact que les dispositions précitées du règlement départemental de défense extérieure contre l'incendie visent les habitations individuelles, il n'en demeure pas moins que le risque incendie au sens des dispositions précitées de R. 111-2 du code de l'urbanisme doit être regardé comme visant l'ensemble des annexes d'une habitation qui notamment par leur proximité et leur mode constructif peuvent engendrer un risque de propagation d'incendie, aussi bien à la maison en question, qu'à l'environnement proche.

5. En second lieu, il ressort des pièces du dossier que le chalet en bois de M. B qui a été édifié sans déclaration préalable se trouve à proximité immédiate de son habitation principale. Il doit ainsi au même titre que cette dernière pouvoir être défendu contre l'incendie en disposant d'un dispositif de lutte conforme à celui prévu pour les habitations situées en zone de risque constant faible. Si le règlement départemental de défense extérieure contre l'incendie indique que le risque de propagation aux bâtiments environnant est quasi nul en zone de risque courant faible, zone retenue par les services instructeurs, il n'en demeure pas moins, d'une part, que le chalet de M. B est entièrement constitué de bois, matériau par définition hautement inflammable et se trouve par ailleurs très proche de son habitation. Il est donc nécessaire dans ces conditions et même si le risque est faible de disposer soit d'une borne incendie d'un débit de 30 m3 soit d'un réservoir de 30 m3 pour pouvoir lutter efficacement contre un incendie. D'autre part, il n'est pas contesté que le poteau incendie le plus proche ne dispose que d'une capacité de 17 m3/heure, qui ne permet en aucun cas la défense contre l'incendie, quel que soit le niveau de risque, comme le rappelle l'article 2-1 précité du règlement départemental de défense extérieure contre l'incendie. Par ailleurs, à moins de 500 mètres au nord du terrain de M. B se trouve une zone boisée de plusieurs hectares et à moins de 900 mètres au sud, la forêt de la plaine des Maures soumise à un risque très important d'incendie comme l'attestent les cartes communales de risque incendie et comme l'a démontré le récent incendie qui a touché la plaine des Maures en 2021. Dans ces conditions et alors que la construction d'un chalet en bois aggrave le risque incendie même s'il a été regardé par les services instructeurs comme faible, c'est sans erreur de droit et sans erreur d'appréciation qu'a été opposé à la déclaration de M. B, l'existence d'un risque incendie en application des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme.

6. Dès lors que le maire du Muy aurait pris la même décision s'il ne s'était fondé que sur ce seul motif, qui suffit à justifier l'opposition à la déclaration préalable en litige, il n'y a pas lieu de se prononcer sur la légalité du second motif de refus.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. B ne peuvent qu'être rejetées ainsi que par voie de conséquence ses conclusions à fin d'injonction.

Sur les frais du litige :

8. Il n'y pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. B la somme de 2 000 euros au titre des frais exposés par la commune du Muy et non compris dans les dépens.

DECIDE

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune du Muy au titre l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune du Muy.

Délibéré après l'audience du 7 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Privat, président,

M. Angéniol, premier conseiller,

M. Bailleux, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2023.

Le rapporteur,

Signé :

P. ANGENIOL

Le président,

Signé :

J.-M. PRIVAT La greffière,

Signé :

K. BAILET

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Et par délégation,

La greffière.

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