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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2100333

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2100333

mardi 20 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2100333
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantPORTA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 11 février 2021 et le 18 juin 2023, M. E F et M. C B, représentés par Me Porta, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 juillet 2020 par lequel le maire de la commune d'Evenos a délivré un permis de construire modificatif n° PC 083 053 18 O 0013 M01 autorisant la création d'un mur de soutènement avec un revêtement en pierre sur les faces sud, est et ouest de la terrasse, la création d'une jardinière en façade ouest et la modification des ouvertures des façades sur sa maison individuelle sise sur les parcelles cadastrées section A n° 2839, 2840, 2841 situées chemin de la Bérenguière à Evenos (83330), ensemble la décision implicite de rejet de leur recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la commune d'Evenos et de M. G une somme de 4 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- l'arrêté a été signé par une personne incompétente ;

- le projet ne pouvait pas faire l'objet d'un permis de construire modificatif et aurait dû faire l'objet d'une nouvelle demande de permis de construire ;

- il méconnaît les dispositions de l'article UC 9 du règlement du plan local d'urbanisme (PLU) de la commune d'Evenos ;

- il méconnaît les dispositions de l'article UC 10 du règlement de PLU de la commune d'Evenos.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 juillet 2021, la commune d'Evenos, représentée par Me Faure-Bonaccorsi, conclut au rejet de la requête et demande que soit mise à la charge solidaire des requérants la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soulève, à titre principal, une fin de non-recevoir tirée du défaut d'intérêt et de qualité à agir des requérants et fait valoir, à titre subsidiaire, qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 septembre 2021, M. A G, représenté par Me Hachem, conclut au rejet de la requête et demande soit mise à la charge des requérants la somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soulève, à titre principal, une fin de non-recevoir tirée du défaut d'intérêt et de qualité à agir des requérants et fait valoir, à titre subsidiaire, qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Par une ordonnance du 23 juin 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 18 juillet 2023 à 12 heures.

Deux mémoires en défense pour la commune d'Evenos et M. G ont été enregistrés, respectivement les 13 et 14 juillet 2023, et n'ont pas été communiqués.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le plan local d'urbanisme de la commune d'Evenos ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 19 décembre 2023 :

- le rapport de Mme Le Gars ;

- les conclusions de M. Riffard, rapporteur public ;

- les observations de Me Porta, représentant les requérants, qui conclut aux mêmes fins et par les mêmes moyens ;

- les observations de Me Faure-Bonaccorsi, représentant la commune d'Evenos, qui conclut aux mêmes fins et par les mêmes moyens ;

- et les observations de Me Hachem, représentant M. G, qui conclut aux mêmes fins et par les mêmes moyens.

Une note en délibéré présentée par Me Porta pour les requérants a été enregistrée le 27 décembre 2023.

Considérant ce qui suit :

1. Le 8 février 2019, M. G a obtenu un premier permis de construire en vue de la réalisation d'une maison individuelle sur ses parcelles sises chemin de la Bérenguière à Evenos. Le 25 mai 2020, M. G a déposé une demande de permis de construire modificatif en vue de la création d'un mur de soutènement avec un revêtement en pierre sur les faces sud, est et ouest de la terrasse, la création d'une jardinière en façade ouest et la modification des ouvertures des façades. Le 16 juillet 2020, le maire de la commune d'Evenos a délivré le permis de construire modificatif sollicité. M. F et M. B demandent l'annulation de cet arrêté ainsi que de la décision implicite de rejet de leur recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente pour délivrer le permis de construire () est : a) Le maire, au nom de la commune, dans les communes qui se sont dotées d'un plan local d'urbanisme (). ". Aux termes de l'article L. 2122-18 du code général des collectivités territoriales : " Le maire est seul chargé de l'administration, mais il peut, sous sa surveillance et sa responsabilité, déléguer par arrêté une partie de ses fonctions à un ou plusieurs de ses adjoints et à des membres du conseil municipal. ".

3. M. H D, adjoint au maire d'Evenos, a reçu une délégation de signature afin de signer tout acte en matière d'urbanisme par un arrêté du maire d'Evenos en date du 12 juin 2020, régulièrement transmis au préfet du Var le 23 juin 2020. Dès lors, à la date de l'arrêté attaqué, le 16 juillet 2020, M. D avait compétence pour signer l'arrêté de permis de construire modificatif. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte manque en fait et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, l'autorité compétente, saisie d'une demande en ce sens, peut délivrer au titulaire d'un permis de construire en cours de validité, tant que la construction que ce permis autorise n'est pas achevée, un permis le modifiant, sous réserve que les modifications envisagées n'apportent pas à ce projet un bouleversement tel qu'il en changerait la nature même.

5. En l'espèce, d'une part, il est constant que les constructions autorisées en vertu du permis de construire initial n'étaient pas achevées à la date de la demande du permis de construire modificatif attaqué. A cet égard, les requérants ne peuvent utilement se prévaloir de la non-conformité des constructions réalisées à l'autorisation d'urbanisme délivrée dès lors que ces considérations relèvent de l'exécution du permis de construire initial et n'affectent pas la légalité du permis de construire modificatif. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que le permis de construire modificatif attaqué autorise la création d'un mur de soutènement en pierre sur les trois faces est, ouest et sud de la terrasse, la création d'une jardinière en façade ouest du bâtiment et la modification des ouvertures des façades. Ainsi, les modifications apportées ne changent pas la destination ni la caractéristique principale du projet qui porte sur une maison d'habitation individuelle. Il n'est par ailleurs ni établi ni même allégué que les proportions en seraient bouleversées. Dès lors, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les modifications autorisées bouleversent la nature même du projet initial. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit en l'absence de nouvelle demande de permis est écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article UC 9 du règlement de PLU de la commune d'Evenos : " L'emprise au sol des constructions ne devra pas excéder : () -5% de la superficie totale des terrains dans les secteurs Ucb (). / L'emprise au sol des constructions annexes (garage ou abri-voiture, garage à vélos et abri de jardins) ne doit pas excéder 50 m². ".

7. Les requérants soutiennent que le permis modificatif a pour objet, en autorisant la création de trois murs de soutènement recouverts de pierre et le décaissement d'une partie de la construction en façade ouest pour la création d'une jardinière, de permettre la création d'une surface de plancher supplémentaire en terrasse et, partant, de générer une emprise au sol de près de 78 mètres carrés, laquelle porte l'emprise totale de la construction au-delà des 5 % de la superficie totale des terrains. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, notamment des plans de coupe et de façade des dossiers de demande du permis initial et du permis modificatif, que la création d'une surface en terrasse a été autorisée en vertu du permis initial par le remblaiement de cette surface, le rehaussement de la restanque et la pose d'une dalle de béton. Le permis modificatif a seulement pour effet de rendre plus visible cette terrasse, notamment par son revêtement en pierre. Par ailleurs, il n'est ni allégué ni même établi que l'emprise au sol générée par la terrasse en façade sud a été contestée à l'occasion d'un recours contre le permis initial. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article UC 9, qui n'est pas propre aux modifications apportées par le permis attaqué, est inopérant et doit être écarté comme tel.

8. En dernier lieu, aux termes de l'article UC 10 du règlement de PLU de la commune d'Evenos : " Condition de mesure : La côte de hauteur de tout immeuble en tout point de la façade est mesurée entre le terrain naturel ou excavé et l'égout du toit (ouvrages techniques, cheminées et autres superstructures exclues). / Hauteur maximale dans toute les zones UC autres que le secteur UCc : Sauf indications contraires portées sur les documents graphiques, la hauteur des constructions ne doit pas excéder 7 mètres. La hauteur des constructions annexes (garage ou abri-voiture, garage à vélos, abri de jardin et abri de piscine) ne doit pas excéder 3,20 mètres. () ".

9. Les requérants soutiennent que la construction modifiée dépasse la hauteur règlementaire maximale dès lors qu'une partie du terrain en façade ouest, à partir duquel la hauteur doit être calculée, a été excavée jusqu'au bas de la terrasse afin de créer une jardinière alors que la construction initiale atteignait la hauteur règlementaire maximale de 7 mètres. D'une part, il est constant que les constructions initiales autorisées mesurent 7 mètres de haut. D'autre part, il ressort du dossier de demande de permis de construire modificatif, notamment de la notice descriptive du projet, que le permis délivré sans réserve autorise uniquement la création d'un mur de soutènement sur la terrasse et d'une jardinière en façade ouest. Il n'a donc pas pour objet ni pour effet d'autoriser une excavation du sol en façade ouest. A cet égard, si le plan de façade ouest et le plan de coupe ouest, tous deux annexés au permis modificatif, sont incohérents ainsi que le démontre le conseil des requérants, seul le plan de coupe comporte des mesures et cotes et peut, dès lors, être pris en compte pour apprécier la hauteur des constructions autorisées. Dans ces conditions, et alors qu'aucun travaux d'excavation n'a été sollicité ni autorisé, il ressort des pièces du dossier que le maire d'Evenos a entendu, par le permis en litige, autoriser des constructions de 7 mètres de haut depuis le niveau du terrain naturel jusqu'à l'égout du toit. Ainsi, la hauteur de la construction, telle qu'elle a été autorisée initialement, est inchangée et n'excède pas 7 mètres. Par suite, les requérants ne peuvent utilement soutenir que les modifications autorisées par le permis en litige méconnaissent les dispositions de l'article UC 10 du PLU de la commune d'Evenos.

10. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée par la commune d'Evenos et M. G et tirée du défaut d'intérêt à agir des requérants, que M. F et M. B ne sont pas fondés à demander l'annulation de l'arrêté attaqué du maire de la commune d'Evenos en date du 16 juillet 2020.

Sur les frais d'instance :

11. Dans les circonstances particulières de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'une ou l'autre des parties les sommes qu'elles réclament sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DECIDE

Article 1er : La requête de M. F et de M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune d'Evenos et par M. G sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E F, à M. C B, à la commune d'Evenos et à M. A G.

Délibéré après l'audience du 19 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Doumergue, présidente,

M. Bailleux, premier conseiller,

Mme Le Gars, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 février 2024.

La rapporteure,

Signé :

H. LE GARS

La présidente,

Signé :

M. DOUMERGUE La greffière,

Signé :

G. RICCI

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Et par délégation,

La greffière.

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