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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2100531

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2100531

mardi 26 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2100531
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantBERNARD-CHATELOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 3 mars 2021, 21 mai 2023 et 1er août 2023, Mme C B, représentée par Me Vicquenault, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision de refus de permis de construire en date du 23 décembre 2020 par laquelle le maire de la commune de Saint-Tropez lui a refusé le permis de construire une maison individuelle avec garage, sur un terrain situé au 59 rue de Pinet et cadastré section AO n° 146 d'une superficie de 5 020 mètres carrés sur le territoire communal ;

2°) à titre principal d'enjoindre au maire de la commune de Saint-Tropez de délivrer, dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente décision, sous astreinte de 500 euros par jour de retard passé ce délai, le permis de construire sollicité ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au maire de la commune de Saint-Tropez de procéder au réexamen de la demande de permis de construire sollicité, dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente décision, sous astreinte de 500 euros par jour de retard passé ce délai ;

4°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Tropez une somme de 5 000 euros à lui verser sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée, si elle vise l'avis de l'Architecte des bâtiments de France, ne se fonde pas sur un tel motif ni sur le motif tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme ;

- la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme ; le terrain d'assiette du projet est situé dans les parties urbanisées de la commune ; le Document d'Orientation et d'Objectifs (DOO) du Schéma de cohérence territoriale (SCoT) du Golfe de Saint-Tropez identifie la parcelle litigieuse dans les " villages et agglomérations existants " ; en outre, les documents graphiques du Projet d'Aménagement et de Développement Durable (PADD) du plan local d'urbanisme actuellement en cours de révision identifient la parcelle litigieuse au sein de l'agglomération existante ; le terrain d'assiette du projet est entouré de parcelles bâties à usage d'habitation et d'hébergement hôtelier ; le terrain d'assiette est en outre desservi par tous les réseaux et équipements publics ; la construction projetée est modeste et n'entrainera pas une augmentation significative de l'urbanisation ou une modification des caractéristiques du quartier ; l'annulation par le tribunal de Toulon de la vaste zone UE dans laquelle était située la parcelle litigieuse, n'a pas d'incidence sur l'appréciation de l'appartenance de ladite parcelle aux parties urbanisées de la commune ; l'appréciation du préfet du Var sur la non appartenance de la parcelle aux parties urbanisées de la commune est entachée d'erreur d'appréciation ; en outre, le fait que la parcelle litigieuse serait éloignée du centre bourg de la commune ne rend pas impossible son rattachement à une partie urbanisée de la commune ; la parcelle dispose en outre d'un accès direct à la voie publique donnant accès au centre bourg, la route des Salins ou la route du Pinet ;

- un terrain situé au sein des parties urbanisées de la commune, au regard des dispositions de l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme, ne peut pas constituer une extension de l'urbanisation au sens et pour l'application des dispositions de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme ;

- en tout état de cause, la décision attaquée méconnaît par elle-même les dispositions de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme ; le plan de zonage et les documents cartographiques utilisés par le service instructeur ne sont pas actualisés et ne représentent pas l'ensemble des constructions présentes sur le secteur à la date de la décision attaquée ; au nord et à l'ouest, le terrain est contigüe à la zone UD1 du plan local d'urbanisme ; à l'est et au sud du terrain litigieux se trouvent de nombreuses parcelles construites ; à une échelle plus large, le secteur du terrain d'assiette du projet comporte de nombreuses parcelles construites en continu, d'une densité significative et homogène ; le terrain d'assiette du projet est entouré de parcelles bâties à usage d'habitation et d'hébergement hôtelier ; l'annulation par le tribunal administratif de Toulon de la zone UE dans son jugement du 1er février 2016 ne remet pas en cause le fait que le projet soit situé en continuité avec l'agglomération existante ; la densité des constructions autour du terrain d'assiette du projet, qui est d'environ 4 habitations par hectare, est significative ; il n'y a pas de coupure d'urbanisation autour du projet litigieux ; les deux seules coupures d'urbanisation identifiées par le plan local d'urbanisme sont situées à l'extrémité est de la commune, à plusieurs kilomètres à l'est du terrain litigieux ; le classement de la zone considérée en secteur N8 par le plan local d'urbanisme révisé, intervenu postérieurement à la décision attaquée, est sans incidence sur l'appréciation de la légalité de la décision attaquée.

Par des mémoires en défense enregistrés les 2 octobre 2022 et 19 juin 2023, la commune de Saint-Tropez, représentée par Me Bernard-Chatelot conclut au rejet de la requête et demande à ce qu'il soit mis à la charge de la requérante une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 2 août 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 29 août 2023 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 17 octobre 2023 :

- le rapport de M. Bailleux ;

- les conclusions de M. Riffard, rapporteur public ;

- et les observations de Me Vicquenault, représentant Mme B.

Une note en délibéré présentée par Me Vicquenault pour Mme B a été enregistrée le 22 octobre 2023.

Considérant ce qui suit :

Sur la situation de compétence liée du maire de la commune de Saint-Tropez :

1. Aux termes de l'article L. 174-6 du code de l'urbanisme, dans sa version applicable à la date de la décision attaquée : " L'annulation ou la déclaration d'illégalité d'un plan local d'urbanisme ou d'un document d'urbanisme en tenant lieu ou d'une carte communale intervenant après le 31 décembre 2015 ayant pour effet de remettre en application le document immédiatement antérieur, en application de l'article L. 600-12, peut remettre en vigueur, le cas échéant, le plan d'occupation des sols immédiatement antérieur. Le plan d'occupation des sols immédiatement antérieur redevient applicable pour une durée de vingt-quatre mois à compter de la date de cette annulation ou de cette déclaration d'illégalité. Il ne peut durant cette période faire l'objet d'aucune procédure d'évolution. A défaut de plan local d'urbanisme ou de carte communale exécutoire à l'issue de cette période, le règlement national d'urbanisme s'applique sur le territoire communal ". En outre, selon les dispositions de l'article L. 600-12 du même code : " Sous réserve de l'application des articles L. 600-12-1 et L. 442-14, l'annulation ou la déclaration d'illégalité d'un schéma de cohérence territoriale, d'un plan local d'urbanisme, d'un document d'urbanisme en tenant lieu ou d'une carte communale a pour effet de remettre en vigueur le schéma de cohérence territoriale, le plan local d'urbanisme, le document d'urbanisme en tenant lieu ou la carte communale immédiatement antérieur ". Enfin, selon les dispositions de l'article L. 422-5 du code de l'urbanisme : " Lorsque le maire ou le président de l'établissement public de coopération intercommunale est compétent, il recueille l'avis conforme du préfet si le projet est situé : a) Sur une partie du territoire communal non couverte par une carte communale, un plan local d'urbanisme ou un document d'urbanisme en tenant lieu () ".

2. Ces dispositions prévoient que la remise en vigueur, prévue par l'article L. 600-12 du code de l'urbanisme, d'un plan d'occupation des sols immédiatement antérieur au plan local d'urbanisme, au document d'urbanisme en tenant lieu ou à la carte communale annulé ou déclaré illégal ne rend celui-ci à nouveau applicable que pour une durée de vingt-quatre mois à compter de la décision d'annulation ou de la déclaration d'illégalité. Eu égard à l'objet et aux termes mêmes de l'article L. 174-6 du code de l'urbanisme, dans sa rédaction issue de la loi du 23 novembre 2018, qui ne prévoit aucune rétroactivité, le délai de vingt-quatre mois qu'il prévoit, qui est immédiatement applicable, y compris lorsque la décision prononçant l'annulation ou la déclaration d'illégalité d'un plan local d'urbanisme, d'un document d'urbanisme en tenant lieu ou d'une carte communale est intervenue avant son entrée en vigueur, ne commence à courir, pour les plans d'occupation des sols remis en vigueur par des annulations prononcées avant l'entrée en vigueur de la loi, qu'à la date de son entrée en vigueur.

3. Par une décision du tribunal administratif de Toulon du 1er février 2016, non contestée sur ce point devant la Cour administrative d'appel de Marseille, le plan local d'urbanisme de la commune de Saint-Tropez, approuvé par la délibération du 27 juin 2013, a fait l'objet d'une annulation partielle en ce qu'il avait créé une zone UE, au sein de laquelle se trouve la parcelle cadastrée section AO n° 146 appartenant à Mme B. En l'espèce, par application des dispositions précitées des articles L. 600-12 et L. 174-6 du code de l'urbanisme, ainsi que de la jurisprudence du Conseil d'Etat, M. A, 3/04/2020, 436549 en B, le plan d'occupation des sols, dont il n'est pas contesté qu'il était immédiatement antérieur au plan local d'urbanisme, a été remis en vigueur sur l'ensemble de la zone UE annulée et en particulier sur la parcelle litigieuse cadastrée section AO n°146, à compter du 25 novembre 2018, pour une durée de vingt-quatre mois, soit jusqu'au 25 novembre 2020. Ainsi, il ressort donc de l'ensemble des pièces du dossier qu'à la date de la décision attaquée, qui a été prise le 23 décembre 2020, le règlement national d'urbanisme était opposable sur le terrain d'assiette du projet, ainsi que l'indique d'ailleurs la décision attaquée dans ses visas.

4. En application de ces dispositions, le maire de la commune de Saint-Tropez a saisi pour avis conforme le préfet du Var, en date du 16 octobre 2020, d'une demande sur le dossier de demande de permis de construire déposé par Mme B sur la parcelle cadastrée section AO n° 146. Sur ce point, la décision attaquée vise par ailleurs l'avis défavorable du représentant de l'Etat en date du 29 octobre 2020, même si par erreur matérielle, il est indiqué la date du 23 octobre 2020. Il ressort donc des pièces du dossier et des termes mêmes de la décision attaquée que le maire de la commune de Saint-Tropez était tenu de refuser le permis de construire sollicité car il se trouvait en situation de compétence liée, ainsi que le mentionnait d'ailleurs sur ce point le préfet du Var dans son avis défavorable.

5. Si, lorsque la délivrance d'une autorisation d'urbanisme est subordonnée à l'accord préalable d'une autre autorité, le refus d'un accord, qui s'impose à l'autorité compétente pour statuer sur la demande d'autorisation, ne constitue pas une décision susceptible de recours, des moyens tirés de sa régularité et de son bien-fondé peuvent, quel que soit le sens de la décision prise par l'autorité compétente pour statuer sur la demande d'autorisation, être invoqués devant le juge saisi de cette décision.

6. En l'espèce, la requérante n'a pas invoqué, par la voie de l'exception, l'illégalité de l'avis conforme défavorable du préfet du Var, mais s'est au contraire limitée à soutenir que l'arrêté du maire de la commune de Saint-Tropez était illégal car ses motifs étaient tout autant illégaux. Toutefois, à supposer même que la requérante ait entendu, au soutien du moyen tiré de l'illégalité du motif de la décision attaquée fondé sur la méconnaissance des dispositions de l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme, invoquer l'illégalité de l'avis du préfet du Var du 29 octobre 2020 en ce qui concerne ce même motif, elle n'a, quoiqu'il en soit pas contesté utilement l'autre motif de l'avis du représentant de l'Etat, qui doit donc être ainsi réputé être légal. Par suite, le motif tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme étant légal, et ce motif étant par ailleurs à lui seul susceptible de fonder légalement cet avis, l'avis défavorable du préfet du Var était donc légal.

7. Ainsi, l'avis du préfet du Var du 29 octobre 2020 étant réputé légal, le maire de la commune de Saint-Tropez était donc en situation de compétence liée pour refuser le permis de construire demandé. Les moyens soulevés par la requérante et dirigés directement à l'encontre de chacun des motifs de la décision de refus du maire de la commune de Saint-Tropez du 23 décembre 2020 sont inopérants et doivent de ce fait être écartés.

8. Il résulte donc de l'ensemble de ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter les conclusions à fin d'annulation de la présente requête.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Les conclusions à fin d'annulation de la présente requête ayant été rejetées, la présente décision n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, il y a lieu de rejeter également les conclusions à fin d'injonction de la présente requête.

Sur les conclusions formulées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

10. Il y a lieu dans les circonstances de l'espèce, de laisser à chacune des parties la charge de ces frais.

DECIDE

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Saint-Tropez sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente décision sera notifiée à Mme C B et à la commune de Saint-Tropez.

Copie en sera faite au préfet du Var.

Délibéré après l'audience du 17 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Doumergue, présidente,

M. Bailleux, premier conseiller,

Mme Le Gars, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 décembre 2023.

Le rapporteur,

Signé :

F. BAILLEUX

La présidente,

Signé :

M. DOUMERGUE La greffière,

Signé :

G. RICCI

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Et par délégation, la greffière.

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