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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2100548

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2100548

vendredi 10 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2100548
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantBRL - BAUDUCCO ROTA LHOTELLIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 4 mars 2021 et 27 septembre 2022, M. C B, représenté par Me Lhotellier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 janvier 2021 par lequel le maire de la commune de Carqueiranne a refusé de lui délivrer un permis de construire ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de Carqueiranne de lui accorder le permis de construire, ou à défaut, de réexaminer sa demande, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté a été pris par une autorité incompétente, à défaut pour la commune de justifier d'une délégation régulièrement publiée ;

- il est entaché d'un vice de procédure tiré du défaut de procédure contradictoire, dès lors que le courrier du 26 octobre 2020 par lequel la commune l'a invité à présenter ses observations est préalable à la naissance du permis de construire tacite du 28 octobre 2020 et que ce courrier est lapidaire ;

- il est entaché d'une erreur de droit dès lors que le règlement de défense extérieure contre l'incendie n'est pas directement opposable aux autorisations d'urbanisme ;

- il est entaché d'une erreur d'appréciation dès lors que le projet respecte les dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme ;

- il est entaché d'une erreur d'appréciation dès lors que le projet respecte les dispositions des articles L. 111-3 et L. 121-8 du code de l'urbanisme ;

- il est entaché d'une erreur de droit dès lors que l'article L. 214-1 du code de l'environnement n'est pas opposable au projet ;

- il est entaché d'une erreur d'appréciation dès lors que le projet respecte les dispositions de l'article R. 111-8 du code de l'urbanisme.

Par deux mémoires en défense enregistrés les 27 septembre 2021 et 5 octobre 2022, la commune de Carqueiranne, représentée par Me Parisi, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. B la somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens sont infondés.

Par un mémoire en défense enregistré le 11 octobre 2022, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les mémoires sont infondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Martin, rapporteure,

- les conclusions de Mme Faucher, rapporteure publique,

- les observations de Mme A, représentant le préfet du Var,

- les observations de Me Mothere, représentant la commune de Carqueiranne,

- M. B n'étant ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B est propriétaire d'une parcelle cadastrée section BK n° 148 située 57 chemin des Vaûtes sur le territoire de la commune de Carqueiranne. Le 28 août 2020, il a déposé auprès des services communaux un dossier de permis de construire en vue de la construction d'une maison individuelle et de la régularisation de deux remises existantes. Après avoir recueilli l'avis conforme du préfet du Var le 24 septembre 2020, le maire de la commune de Carqueiranne a, par un arrêté du 5 janvier 2021, refusé le permis de construire sollicité. Par sa requête, M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'étendue du litige :

En ce qui concerne la nature de l'arrêté :

2. Aux termes de l'article R. 423-23 du code de l'urbanisme : " Le délai d'instruction de droit commun est de : () / b) Deux mois pour les demandes de permis de démolir et pour les demandes de permis de construire portant sur une maison individuelle, au sens du titre III du livre II du code de la construction et de l'habitation, ou ses annexes ; () ". Aux termes de l'article R. 424-1 du code précité : " A défaut de notification d'une décision expresse dans le délai d'instruction déterminé comme il est dit à la section IV du chapitre III ci-dessus, le silence gardé par l'autorité compétente vaut, selon les cas : () / b) Permis de construire () tacite. () ". Aux termes de l'article R. 423-19 du même code : " Le délai d'instruction court à compter de la réception en mairie d'un dossier complet. " Aux termes de l'article R. 423-22 de ce code : " Pour l'application de la présente section, le dossier est réputé complet si l'autorité compétente n'a pas, dans le délai d'un mois à compter du dépôt du dossier en mairie, notifié au demandeur ou au déclarant la liste des pièces manquantes dans les conditions prévues par les articles R. 423-38 et R. 423-41. ".

3. Il est constant que M. B a déposé, le 28 août 2020, une demande de permis de construire auprès des services de la commune de Carqueiranne. Il n'est fait état, ni dans l'arrêté contesté ni en défense, de ce que le dossier de demande n'aurait pas été complet. Dès lors, en application des dispositions précitées du code de l'urbanisme, M. B était titulaire, le 28 octobre 2020, d'un permis de construire tacite. Ainsi, l'arrêté du 5 janvier 2021 doit être regardé comme portant retrait du permis de construire tacite dont M. B était bénéficiaire depuis le 28 octobre 2020 et refus de la demande de permis de construire présentée par l'intéressé.

En ce qui concerne l'existence d'une compétence liée :

4. Aux termes de l'article L. 174-1 du code de l'urbanisme : " Les plans d'occupation des sols qui n'ont pas été mis en forme de plan local d'urbanisme, en application du titre V du présent livre, au plus tard le 31 décembre 2015 sont caducs à compter de cette date, sous réserve des dispositions des articles L. 174-2 à L. 174-5. / La caducité du plan d'occupation des sols ne remet pas en vigueur le document d'urbanisme antérieur. / A compter du 1er janvier 2016, le règlement national d'urbanisme mentionné aux articles L. 111-1 et L. 422-6 s'applique sur le territoire communal dont le plan d'occupation des sols est caduc. ". Aux termes de l'article L. 174-3 du code précité : " Lorsqu'une procédure de révision du plan d'occupation des sols a été engagée avant le 31 décembre 2015, cette procédure peut être menée à terme en application des articles L. 123-1 et suivants, dans leur rédaction issue de la loi n° 2014-366 du 24 mars 2014 pour l'accès au logement et un urbanisme rénové, sous réserve d'être achevée au plus tard le 26 mars 2017 ou, dans les communes d'outre-mer, le 26 septembre 2018. Les dispositions du plan d'occupation des sols restent en vigueur jusqu'à l'approbation du plan local d'urbanisme et au plus tard jusqu'à cette dernière date. ". Aux termes de l'article L. 422-1 du même code : " L'autorité compétente pour délivrer le permis de construire () et pour se prononcer sur un projet faisant l'objet d'une déclaration préalable est : / a) Le maire, au nom de la commune, dans les communes qui se sont dotées d'un plan local d'urbanisme ou d'un document d'urbanisme en tenant lieu, ainsi que dans les communes qui se sont dotées d'une carte communale après la date de publication de la loi n° 2014-366 du 24 mars 2014 pour l'accès au logement et un urbanisme rénové. Dans les communes qui se sont dotées d'une carte communale avant cette date, le maire est compétent, au nom de la commune, après délibération du conseil municipal. En l'absence de décision du conseil municipal, le maire est compétent, au nom de la commune, à compter du 1er janvier 2017. Lorsque le transfert de compétence à la commune est intervenu, il est définitif ; () ". Aux termes de l'article L. 422-5 du code précité : " Lorsque le maire ou le président de l'établissement public de coopération intercommunale est compétent, il recueille l'avis conforme du préfet si le projet est situé : / a) Sur une partie du territoire communal non couverte par une carte communale, un plan local d'urbanisme ou un document d'urbanisme en tenant lieu ; () ". Il résulte des dispositions précitées que, lorsque le plan d'occupation des sols d'une commune est devenu caduc, le maire doit recueillir l'avis conforme du préfet sur les demandes de permis de construire.

5. Si, lorsque la délivrance d'une autorisation administrative est subordonnée à l'accord préalable d'une autre autorité, le refus d'un tel accord, qui s'impose à l'autorité compétente pour statuer sur la demande d'autorisation, ne constitue pas une décision susceptible de recours, des moyens tirés de sa régularité et de son bien-fondé peuvent, quel que soit le sens de la décision prise par l'autorité compétente pour statuer sur la demande d'autorisation, être invoqués devant le juge saisi de cette décision.

6. Il est constant que le plan d'occupation des sols de la commune de Carqueiranne est, à défaut d'approbation d'un plan local d'urbanisme à la date du 26 mars 2017, devenu caduc. Par suite, en application des dispositions de l'article L. 422-5 du code de l'urbanisme, le maire de la commune de Carqueiranne devait recueillir l'avis conforme du préfet sur la demande de permis de construire de M. B.

7. Le 24 septembre 2020, le préfet du Var a émis un avis conforme défavorable, au motif que le projet méconnaissait les dispositions des articles L. 111-3 et L. 121-8 du code de l'urbanisme. Si en application des dispositions précitées, le maire de Carqueiranne était tenu de refuser la demande de permis de construire de M. B pour ce motif, cette circonstance est également de nature à lier sa compétence s'agissant du retrait du permis de construire tacitement accordé le 28 octobre 2020.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant retrait de permis de construire tacitement accordé :

8. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que les moyens tirés de l'incompétence de l'auteur de la décision, du vice de procédure tiré du défaut de procédure contradictoire, des erreurs de droit dans l'opposabilité du règlement de défense extérieure contre l'incendie et dans l'opposabilité de l'article L. 214-1 du code de l'environnement, des erreurs dans l'appréciation du respect des dispositions des articles R. 111-2 et R. 111-8 du code de l'urbanisme doivent être écartés comme inopérants, en raison de la situation de compétence liée dans laquelle se trouvait le maire de la commune de Carqueiranne pour retirer le permis de construire tacitement accordé.

9. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme : " En l'absence de plan local d'urbanisme, de tout document d'urbanisme en tenant lieu ou de carte communale, les constructions ne peuvent être autorisées que dans les parties urbanisées de la commune. ".

10. Ces dispositions interdisent en principe, en l'absence de plan local d'urbanisme ou de carte communale opposable aux tiers ou de tout document d'urbanisme en tenant lieu, les constructions implantées " en dehors des parties actuellement urbanisées de la commune ", c'est-à-dire des parties du territoire communal qui comportent déjà un nombre et une densité significatifs de constructions. Il en résulte qu'en dehors des cas où elles relèvent des exceptions expressément et limitativement prévues, les constructions ne peuvent être autorisées dès lors que leur réalisation a pour effet d'étendre la partie actuellement urbanisée de la commune. Pour apprécier si un projet a pour effet d'étendre la partie actuellement urbanisée de la commune, il est tenu compte de sa proximité avec les constructions existantes situées dans les parties urbanisées de la commune ainsi que du nombre et de la densité des constructions projetées.

11. Il est constant qu'à la date de la décision attaquée, la commune de Carqueiranne n'était pas couverte par un document d'urbanisme. Il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet, qui se situe à environ un kilomètre du centre-ville et à 500 mètres du hameau Bellevue, est faiblement bâti et est dominé par des parcelles à l'état naturel et boisées. Cette zone ne présente donc pas un nombre et une densité de constructions suffisants pour être regardée comme une partie actuellement urbanisée de la commune. Par suite, le moyen tiré l'erreur d'appréciation dans le respect par le projet des dispositions de l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme doit être écarté.

12. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme : " L'extension de l'urbanisation se réalise en continuité avec les agglomérations et villages existants. ".

13. Il résulte de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme que les constructions peuvent être autorisées dans les communes littorales en continuité avec les secteurs déjà urbanisés caractérisés par un nombre et une densité significatifs de constructions, mais qu'aucune construction ne peut en revanche être autorisée, même en continuité avec d'autres constructions, dans les espaces d'urbanisation diffuse éloignées de ces agglomérations et villages.

14. Il résulte de ce qui a été dit au point 11 du présent jugement que le projet ne se situe pas au sein d'une partie actuellement urbanisée de la commune. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, et notamment des plans et photographies produits, que ce terrain est bordé, au sud et sud-ouest par des parcelles construites. Au nord et nord-est, ce terrain est bordé d'un massif boisé, avant de déboucher immédiatement sur de nombreuses constructions de maisons à usage d'habitation, notamment regroupées dans le secteur du Canebas et des Arbousiers. Ainsi, le projet peut être regardé comme étant réalisé en continuité avec un village. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation dans le respect par le projet des dispositions de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme doit être accueilli.

15. Toutefois, le préfet du Var aurait rendu le même avis, et donc le maire de la commune de Carqueiranne aurait pris la même décision, s'il s'était fondé seulement sur le motif tiré de la méconnaissance de l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme.

16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées à fin d'annulation de l'arrêté du 5 janvier 2021 en tant qu'il procède au retrait du permis de construire doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance du permis de construire :

17. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points 11 et 14 du présent jugement, les conclusions présentées à fin d'annulation de l'arrêté du 5 janvier 2021 en tant qu'il procède au refus du permis de construire doivent être rejetées.

Sur l'injonction et l'astreinte :

18. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées à fin d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

19. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Carqueiranne, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme que M. B demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de M. B la somme demandée par la commune de Carqueiranne au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Carqueiranne présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à la commune de Carqueiranne et au préfet du Var.

Délibéré après l'audience du 13 octobre 2023 à laquelle siégeaient :

J.-F. Sauton, président,

B. Quaglierini, premier conseiller,

K. Martin, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 novembre 2023.

La rapporteure,

Signé

K. Martin

Le président,

Signé

J.-F. Sauton

La greffière,

Signé

B. Ballestracci

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier

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