vendredi 22 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2100549 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | BERENGER BLANC BURTEZ-DOUCEDE & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 4 mars 2021 et des mémoires enregistrés le 15 décembre 2022 et le 11 avril 2023, la SNC LNC Pyramide Promotion agissant par son représentant légal,
M. A, représentée par la SCP Bérenger-Blanc-Butez-Doucède et Associés, par Me Reboul, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 2 octobre 2020 par lequel le maire de la commune de Carqueiranne lui a refusé la délivrance d'un permis de construire en vue de la réalisation d'un programme immobilier de 54 logements sur un terrain cadastré 34 BI 127 et 34 BI 128, situé chemin du Canebas sur le territoire de cette commune, ensemble la décision du 5 janvier 2021 par laquelle la même autorité a rejeté son recours gracieux ;
2°) d'enjoindre à la commune de Carqueiranne sur le fondement de l'article L. 911-1 du code justice administrative de délivrer l'autorisation sollicitée dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 200 euros par jour de retard passé ce délai, à défaut d'enjoindre à la commune sur le fondement de l'article L. 911-2 du code justice administrative de réexaminer la demande dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 200 euros par jour de retard passé ce délai ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Carqueiranne une somme de 2 000 euros à lui verser sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision émane d'une autorité incompétente car délivrée au nom de la commune alors qu'elle aurait dû l'être au nom de l'Etat dès lors que le territoire de la commune n'est pas couvert par un plan local d'urbanisme ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation en ce que l'autorité administrative a considéré à tort que projet était de nature à porter atteinte à la sécurité publique du fait de la distance de 100 mètres séparant le terrain d'assiette et la borne incendie la plus proche alors que ces considérations résultent d'une inexacte application du règlement départemental de défense contre l'incendie ;
- la décision procède d'une erreur de droit et de fait en considérant que le projet était de nature à porter atteinte à la sécurité publique sans rechercher, comme elle y était tenue, si de simples prescriptions étaient de nature à remédier au prétendu risque d'incendie ; de plus, aucun risque d'incendie n'a été identifié dans ce secteur et la défensabilité contre l'incendie est assurée ; des prescriptions pouvaient être édictées s'agissant des parkings souterrains ; cette situation est d'ailleurs confirmée implicitement par l'avis favorable du préfet du Var consulté lors de l'instruction de la demande ; l'arrêté du 2 octobre 2020 est donc entaché d'une erreur d'appréciation dans l'application de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme ;
- l'arrêté de refus du 2 octobre 2020 est aussi entaché d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation dès lors que l'autorité administrative a considéré que les voie internes du projet n'étaient pas conformes à l'article R. 111-5 du code de l'urbanisme alors que d'une part, cette disposition ne trouve application qu'en matière de desserte externe et que d'autre part, les voiries internes permettaient une utilisation conforme aux véhicules de lutte contre l'incendie et présentaient une aire de retournement en leur terminaison ;
- le projet se situe bien dans l'enveloppe urbaine de la commune.
Par des mémoires en défense enregistrés le 13 juillet 2021, le 16 mars 2023 et
le 24 mars 2023, la commune de Carqueiranne, agissant par son maire en exercice et représentée par la Selarl Imavocats par Me Parisi, conclut au rejet de la requête et demande que soit mise à la charge de la société requérante une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par la requête ne sont pas fondés et demande que soit substitué le motif tiré de ce que le terrain d'assiette ne peut être considéré comme étant en continuité avec l'agglomération et que le projet contrevient ainsi aux articles L. 111-3, L. 111-4 et L. 121-8 du code de l'urbanisme.
Par une ordonnance du 4 avril 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 6 mai 2023
à 12 heures, par application de l'article R. 613-1 du code de justice administrative.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bonmati ;
- les conclusions de Mme Faucher, rapporteure publique ;
- et les observations de Me Reboul pour la société requérante et de Me Parisi pour la commune de Carqueiranne.
Considérant ce qui suit :
1. La SNC LNC Pyramide Promotion demande l'annulation de l'arrêté du 2 octobre 2020 par lequel le maire de la commune de Carqueiranne lui a refusé la délivrance d'un permis
de construire en vue de la réalisation d'un programme immobilier de 54 logements, composé
de 15 villas individuelles et d'un bâtiment collectif de 39 logements en R+2 avec parking en sous-sol sur un terrain cadastré 34 BI 127 et 34 BI 128, situé chemin du Canebas sur le territoire de cette commune, ensemble de la décision du 5 janvier 2021 par laquelle la même autorité a rejeté son recours gracieux.
2. Le plan d'occupation des sols de Carqueiranne étant devenu caduc le 27 mars 2017 en application des articles L. 174-1 et L. 174-3 du code de l'urbanisme et sa révision sous la forme d'un plan local d'urbanisme n'étant pas encore approuvée, le maire de Carqueiranne a recueilli l'avis conforme du préfet du Var conformément aux dispositions du a) de l'article L. 422-5 du même code. Si la caducité ci-dessus évoquée du plan d'occupation des sols de Carqueiranne a entraîné la remise en vigueur du règlement national d'urbanisme sur le territoire communal, elle n'a en revanche pas eu pour effet de remettre en cause la compétence du maire pour délivrer les autorisations d'urbanisme au nom de la commune, dès lors que le transfert de compétence à cette collectivité était déjà intervenu à titre définitif. Ainsi, l'arrêté attaqué a été légalement pris, au vu de l'avis conforme émis par le préfet en application du a) de l'article L. 422 5 du code de l'urbanisme, par le maire de Carqueiranne agissant au nom de la commune. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence du maire pour édicter la décision attaquée au nom de la commune doit être écarté.
3. L'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.
4. Pour refuser la délivrance du permis de construire en litige, le maire de Carqueiranne, qui n'était pas lié par l'avis favorable émis par le préfet du Var, s'est initialement fondé sur les dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme en estimant que la sécurité incendie du parking souterrain n'était pas assurée et de l'article R. 111-5 du même code en estimant que la configuration de la voirie interne au projet rendait difficile la circulation des engins de lutte contre l'incendie. La commune demande, en cours d'instance, qu'à ces deux motifs soient substitué celui tiré de la méconnaissance par le projet des dispositions combinées des articles L. 111-3 et L. 121-8 du code de l'urbanisme.
5. Aux termes de l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme : " En l'absence de plan local d'urbanisme, de tout document d'urbanisme en tenant lieu ou de carte communale, les constructions ne peuvent être autorisées que dans les parties urbanisées de la commune. ". Ces dispositions interdisent en principe, en l'absence de plan local d'urbanisme, de tout document d'urbanisme en tenant lieu ou de carte communale, les constructions implantées " en dehors des parties urbanisées de la commune ", c'est-à-dire des parties du territoire communal qui comportent déjà un nombre et une densité significatifs de constructions. Il en résulte qu'en dehors du cas où elles relèvent
des exceptions expressément et limitativement prévues par l'article L. 111-4 du même code,
les constructions ne peuvent être autorisées dès lors que leur réalisation a pour effet d'étendre la partie urbanisée de la commune. Pour apprécier si un projet a pour effet d'étendre une partie urbanisée de la commune, il est notamment tenu compte de la géographie des lieux, de la desserte par des voies d'accès, de la proximité avec les constructions existantes situées dans les parties urbanisées de la commune, du nombre et de la densité des constructions projetées, du sens du développement de l'urbanisation, ainsi que de l'existence de coupures d'urbanisation, qu'elles soient naturelles ou artificielles. S'agissant, en outre, des communes littorales, aux termes du premier alinéa de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme : " L'extension de l'urbanisation se réalise en continuité avec les agglomérations et villages existants. (). ".
6. Il ressort de l'examen des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet en litige, d'une superficie totale de près de 6 000 m², bien que situé à proximité d'une partie urbanisée
de la commune de Carqueiranne, en est cependant séparé par le chemin du Canebas, qui le longe au sud. Ce terrain non bâti est entouré d'un secteur caractérisé par la présence de quelques constructions relativement dispersées le long du chemin du Canebas, ainsi que de parcelles naturelles, boisées ou à vocation agricole, sans véritable continuité avec une agglomération ou un village existant. Compte tenu des caractéristiques du secteur dans lequel il s'inscrit, ce terrain doit être regardé comme étant compris dans un compartiment de terrain différent de celui auquel appartient la partie urbanisée avoisinante, située plus au sud. Dans ces conditions, le projet litigieux, qui prévoit la création de 54 logements répartis en 15 maisons individuelles et un bâtiment collectif en R+2, s'érigerait en discontinuité des agglomérations existantes et aurait pour effet d'étendre,
en la densifiant de manière significative, cette partie urbanisée, localisée plus au sud. Par suite, alors qu'il n'est ni établi, ni même allégué, que le projet relèverait de l'une des exceptions prévues par l'article L. 111-4 du code de l'urbanisme, et même si, plus à l'Est, le long du chemin du Canebas,
il a délivré une autorisation pour un projet comparable mais de moindre envergure, le maire de Carqueiranne n'a pas fait une inexacte application des dispositions combinées des articles L. 111-3 et L. 121-8 de ce code en retenant le motif énoncé en défense.
7. Il ressort des pièces versées au dossier que le maire de Carqueiranne aurait pris la même décision en se fondant exclusivement sur le motif tiré de ce que le projet litigieux ne respecte pas les règles de constructibilité limitée énoncée à l'article L. 111 3 du code de l'urbanisme et de continuité de l'extension de l'urbanisation énoncée à l'article L. 121-8 du même code.
La requérante n'ayant été privée d'aucune garantie procédurale liée au motif ainsi substitué, il y a lieu d'accueillir la substitution demandée et de rejeter les conclusions de la requête sans qu'il soit nécessaire de se prononcer sur le bien-fondé des deux motifs initialement retenus.
8. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances particulières de l'espèce, de faire application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la SNC LNC Pyramide Promotion est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de la commune de Carqueiranne tendant à l'application de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : La présente décision sera notifiée à la SNC LNC Pyramide Promotion et à la commune de Carqueiranne.
Délibéré après l'audience du 8 décembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Sauton, président,
M. Quaglierini, premier conseiller,
Mme Bonmati, magistrate honoraire.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 décembre 2023.
Le rapporteur,
signé
D. Bonmati
Le président,
signé
J.-F. Sauton
Le greffier,
signé
P. Bérenger
La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Et par délégation,
Le greffier.
N°2100549
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026