mardi 20 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2100552 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | KESTER FANNY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 4 mars 2021, la SAS Campasun camping de l'Aigle, représentée par Me Kester, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 12 octobre 2020 par lequel le maire de la commune d'Aiguines lui a délivré un certificat d'urbanisme négatif n° CUb 083 002 20 A0016 sur la parcelle cadastrée section D n° 17 à Aiguines (83 630), ensemble la décision de rejet de son recours gracieux ;
2°) d'enjoindre à la commune d'Aiguines de réexaminer sa demande de certificat d'urbanisme dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de la commune d'Aiguines une somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision est insuffisamment motivée ;
- le projet ne méconnaît pas les dispositions de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme relatives à la loi Littoral ;
- le projet ne méconnaît pas les dispositions de l'article L. 122-5 du code de l'urbanisme relatives à la loi Montagne ;
- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation eu égard aux dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 juin 2023, la commune d'Aiguines conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir qu'aucun des moyens soulevés dans la requête n'est fondé et demande une substitution de motif sur le fondement de l'article N 9 du règlement du plan local d'urbanisme (PLU) de la commune d'Aiguines.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le plan local d'urbanisme de la commune d'Aiguines ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 19 décembre 2023 :
- le rapport de Mme Le Gars ;
- et les conclusions de M. Riffard, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Le 14 août 2020, la SAS Campasun camping de l'Aigle a déposé une demande de certificat d'urbanisme opérationnel en vue de la réfection et de la rénovation des murs de soutènement en pierre, de l'extension de 150 mètres carrés du bâtiment destiné à l'hébergement du gérant et à l'accueil des visiteurs et de la construction d'une piscine de 160 mètres carrés ainsi que du local technique enterré de 30 mètres carrés, sur la parcelle cadastrée section D n° 17 à Aiguines. Par un arrêté du 12 octobre 2020, le maire de la commune d'Aiguines a délivré un certificat d'urbanisme négatif pour le projet sollicité. La SAS Campasun camping de l'Aigle demande l'annulation de cet arrêté ainsi que de la décision implicite rejetant son recours gracieux.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme : " L'extension de l'urbanisation se réalise en continuité avec les agglomérations et villages existants () ". Il résulte de ces dispositions que l'urbanisation peut être autorisée en continuité avec les agglomérations et villages existants, c'est-à-dire avec les zones déjà urbanisées caractérisées par un nombre et une densité significatifs de constructions, mais qu'aucune construction nouvelle ne peut en revanche être autorisée, même en continuité avec d'autres, dans les zones d'urbanisation diffuse éloignées de ces agglomérations et villages.
3. Si, en adoptant les dispositions citées au point précédent le législateur a entendu interdire en principe toute opération de construction isolée dans les communes du littoral, le simple agrandissement d'une construction existante ne peut être regardé comme une extension de l'urbanisation au sens de ces dispositions.
4. Le projet en litige porte sur la réfection et la rénovation des murs de soutènement en pierre, l'extension de 150 mètres carrés d'un bâtiment à usage de restaurant et d'accueil du camping et la construction d'une piscine de 160 mètres carrés ainsi que du local technique de 30 mètres carrés afférent, enterré. Par ailleurs, il n'est pas contesté que la piscine et le local technique envisagés sont dans la continuité du bâti existant et constituent un ensemble architectural. Dès lors, ce projet constitue un simple agrandissement d'une construction existante et non une extension de l'urbanisation. Par suite, le maire a commis une erreur de droit en délivrant, sur le fondement de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme, un certificat d'urbanisme négatif pour le projet exposé.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 122-5 du code de l'urbanisme : " L'urbanisation est réalisée en continuité avec les bourgs, villages, hameaux, groupes de constructions traditionnelles ou d'habitations existants, sous réserve de l'adaptation, du changement de destination, de la réfection ou de l'extension limitée des constructions existantes, ainsi que de la construction d'annexes, de taille limitée, à ces constructions, et de la réalisation d'installations ou d'équipements publics incompatibles avec le voisinage des zones habitées. ".
6. Si, en adoptant les dispositions citées au point précédent, le législateur a entendu interdire en principe toute opération de construction isolée dans les communes situées en zone montagneuse, le simple agrandissement d'une construction existante ne peut être regardé comme une extension de l'urbanisation au sens de ces dispositions.
7. Ainsi qu'il a été dit au point 4, il ressort des pièces du dossier, notamment du dossier de demande de certificat d'urbanisme, que le projet porte sur l'extension d'un même ensemble architectural. Dès lors, ce projet constitue un simple agrandissement d'une construction existante et non une extension de l'urbanisation. Par suite, la société requérante est fondée à soutenir que le maire d'Aiguines a entaché son arrêté d'une erreur de droit en considérant que le projet méconnaît les dispositions de la loi Montagne.
8. En dernier lieu, aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations. ".
9. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que, pour refuser le certificat d'urbanisme sollicité, le maire d'Aiguines a retenu que le point d'eau permettant d'assurer la sécurité en cas de risque incendie est situé à 390 mètres de l'opération projetée. Toutefois, il ressort des termes même de cet arrêté que le point d'eau doit être situé à moins de 400 mètres de l'opération conformément aux dispositions du règlement départemental de défense extérieure contre l'incendie (R.D.D.E.C.I.). Dès lors, en considérant que le projet présente un risque pour la sécurité publique alors qu'il est conforme aux dispositions règlementaires, sans exposer d'autres motifs ou éléments permettant de caractériser un risque incendie sur le secteur du terrain d'assiette du projet, le maire a fait une inexacte application des dispositions précitées au point 8.
10. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur le moyen tiré de l'insuffisance de motivation, que la société requérante est fondée à soutenir que l'ensemble des motifs de l'arrêté de certificat d'urbanisme négatif sont illégaux. Toutefois, la commune d'Aiguines fait valoir en défense que le projet méconnaît également les dispositions de l'article N 9 du règlement de PLU de la commune.
Sur la substitution de motif demandée :
11. L'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision, dont l'annulation est demandée, est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.
12. En l'espèce, la commune d'Aiguines fait valoir en défense que le projet méconnaît également les dispositions de l'article N 9 du règlement de PLU de la commune. Cependant, à la suite du recours gracieux du préfet du Var exercé le 15 septembre 2020, dans le cadre du contrôle de légalité, la commune d'Aiguines a décidé de procéder à une modification de son PLU et a, par une délibération du 27 novembre 2020, d'une part, décidé de retirer sa délibération du 29 juin 2020 approuvant le PLU, d'autre part, approuvé le PLU modifié. Ainsi, à la date de l'arrêté attaqué, soit le 12 octobre 2020, la commune d'Aiguines n'était pas couverte par un PLU. Par suite, la substitution de motif demandée par la commune d'Aiguines en défense sur le fondement de l'article N 9 du règlement du PLU d'Aiguines manque en droit et doit être écartée.
13. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la SAS Campasun camping de l'Aigle est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du maire d'Aiguines en date du 12 octobre 2020 ainsi que, par voie de conséquence, de la décision rejetant son recours gracieux.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
14. Aux termes de l'article L. 911-2 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. () ".
15. Ni les dispositions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme, qui imposent aux refus d'autorisation d'urbanisme d'indiquer l'intégralité des motifs qui les justifient, ni les dispositions de l'article L. 600-2 du même code, qui font obstacle dans certaines conditions à ce que la demande d'autorisation d'urbanisme fasse l'objet d'une nouvelle décision défavorable sur le fondement de dispositions d'urbanisme intervenues postérieurement à la date d'intervention de la décision annulée, ne sont applicables aux certificats d'urbanisme, notamment à ceux délivrés sur le fondement du b) de l'article L. 410-1 du code de l'urbanisme, lesquels certificats ne statuent pas sur une demande d'autorisation d'urbanisme et, quel qu'en soit le sens, n'ont ni pour objet ni pour effet de délivrer ou refuser la délivrance d' une telle autorisation. Dès lors, il résulte des motifs du présent jugement qu'il y a seulement lieu d'enjoindre au maire de la commune d'Aiguines de réexaminer la demande de certificat d'urbanisme déposée par la SAS Campasun camping de l'Aigle le 14 août 2020, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, à l'aune de la règlementation d'urbanisme en vigueur à la date de sa décision.
Sur les frais d'instance :
16. Il y a lieu de mettre à la charge de la commune d'Aiguines une somme de 1 500 euros à verser à la SAS Campasun camping de l'Aigle en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DECIDE
Article 1er : L'arrêté du maire d'Aiguines du 12 octobre 2020 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au maire d'Aiguines de réexaminer la demande de certificat d'urbanisme opérationnel déposée par la SAS Campasun de l'Aigle dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : La commune d'Aiguines versera à la SAS Campasun camping de l'Aigle la somme de 1 500 (mille cinq cents) euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la SAS Campasun camping de l'Aigle et à la commune d'Aiguines.
Délibéré après l'audience du 19 décembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Doumergue, présidente,
M. Bailleux, premier conseiller,
Mme Le Gars, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 février 2024.
La rapporteure,
Signé :
H. LE GARS
La présidente,
Signé :
M. DOUMERGUE La greffière,
Signé :
G. RICCI
La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Et par délégation,
La greffière.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026