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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2100589

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2100589

vendredi 24 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2100589
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre - Juge Unique
Avocat requérantBERNARD-CHATELOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 9 mars 2021, le 11 mai 2021 et

le 25 mai 2021, M. C A, représenté par la S.C.P. Barthelemy - Desanges, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 février 2021 par lequel le maire de la commune de Fréjus a prononcé à son encontre une exclusion temporaire de trois jours à titre disciplinaire ;

2°) de condamner la commune de Fréjus à lui verser la somme de 5 000 euros au titre de dommages et intérêts en réparation de son préjudice moral ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Fréjus la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les dépens.

M. A soutient que l'arrêté pris dans son ensemble :

- a été pris suite à une procédure irrégulière dès lors qu'il n'a pas eu connaissance du dossier disciplinaire à son encontre ;

- est entaché d'erreur d'appréciation dès lors qu'il conteste avoir commis une faute, et qu'il déclare ne pas être l'origine de l'altercation et n'avoir procédé qu'à la maîtrise de son agresseur dans de justes proportions ;

- est entaché de détournement de pouvoir dès lors que l'arrêté attaqué traduit une discrimination à son encontre suite à une procédure judiciaire engagée contre la commune pour obtenir le paiement de ses heures de travail non rémunérées.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 12 avril 2021 et le 12 mai 2021, la commune de Fréjus, représentée par Me Capiaux, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. A au titre de l'article L. 761-1 du code justice administrative.

La commune :

- oppose, à titre liminaire, une fin de non-recevoir dirigée contre les conclusions indemnitaires présentées par M. A ;

- au fond, conteste chacun des moyens invoqués.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le code de justice administrative.

Par une ordonnance du 11 octobre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée

au 10 novembre 2022.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

M. B a présenté son rapport, en l'absence des parties.

Considérant ce qui suit :

1. M. A exerce les fonctions d'agent technique échelon 7 au sein de la commune

de Fréjus depuis le 1er juillet 1998. Le 15 septembre 2020, une altercation est survenue entre

M. A et un autre agent de la commune. Par un arrêté du 9 février 2021, la commune de Fréjus a pris à l'encontre du requérant une sanction disciplinaire d'exclusion temporaire de trois jours,

du 19 février 2021 au 21 février 2021. L'intéressé demande l'annulation de cet arrêté et la condamnation de la commune à des dommages-intérêts.

Sur la fin de non-recevoir opposée par la commune de Fréjus aux conclusions indemnitaires présentées par M. A :

2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision () / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle ". La condition tenant à l'existence d'une décision de l'administration doit être regardée comme remplie si, à la date à laquelle le juge statue, l'administration a pris une décision, expresse ou implicite, sur une demande formée devant elle, régularisant ce faisant la requête. La demande indemnitaire est recevable, que le requérant ait ou non présenté des conclusions additionnelles explicites contre cette décision, et alors même que le mémoire en défense de l'administration aurait opposé à titre principal l'irrecevabilité faute de décision préalable, cette dernière circonstance faisant seulement obstacle à ce que la décision liant le contentieux naisse de ce mémoire lui-même.

3. Dès lors que la commune de Fréjus oppose une fin de non-recevoir dans son mémoire en défense dirigée à l'encontre des conclusions indemnitaires présentées par le requérant, et

en l'absence, au jour du présent jugement, de toute demande préalable indemnitaire formée par

M. A à l'attention de la commune de Fréjus et, par voie de conséquence, de toute décision de la commune de Fréjus rejetant la demande indemnitaire du requérant, les conclusions indemnitaires de ce dernier sont irrecevables.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

4. Aux termes de l'article 29 de la loi du 13 juillet 1983 applicable à l'espèce : " Toute faute commise par un fonctionnaire dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions l'expose à une sanction disciplinaire () ". Aux termes de l'article 89 de la loi du 26 janvier 1984 applicable à l'espèce : " Les sanctions disciplinaires sont réparties en quatre groupes : () Premier groupe : () l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée maximale de trois jours () ". Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.

5. Compte tenu des pièces du dossier et, notamment, des témoignages d'agents présents au moment de l'altercation, il n'est pas établi qu'en répondant aux attaques délibérés du collègue impliqué dans cet incident, l'intéressé ait manqué de mesure ni qu'il ait adopté une attitude violente outrepassant sa légitime défense. Ainsi, et alors que la charge de la preuve en matière de sanction disciplinaire repose sur l'administration, la preuve du caractère fautif du comportement reproché à M. A n'est pas rapportée. Par suite, en estimant que les faits reprochés au requérant constituaient des fautes de nature à justifier une sanction, l'autorité investie du pouvoir disciplinaire les a inexactement qualifiés.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et celles relatives aux dépens :

7. D'une part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. A, qui n'est pas la partie perdante, une somme à ce titre. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de la commune de Fréjus une somme de 2 000 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.

8. D'autre part, aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. / L'Etat peut être condamné aux dépens ".

9. Dans les circonstances de l'espèce, et dès lors que le requérant n'établit pas avoir exposé des dépens, il y a lieu de rejeter ses conclusions relatives aux dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 9 février 2021 par lequel la commune de Fréjus a prononcé une sanction disciplinaire à l'encontre de M. A est annulé.

Article 2 : La commune de Fréjus versera à M. A la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et à la commune de Fréjus.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 novembre 2023.

Le magistrat désigné,

signé

J.-F. BLe greffier,

signé

P. Bérenger

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

P/ la greffière en chef,

Le greffier.

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