vendredi 8 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2100654 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | LLC ET ASSOCIES - BUREAU DE TOULON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 15 mars 2021 et des mémoires enregistrés
le 27 septembre 2022, le 20 octobre 2022 et le 17 novembre 2022, M. B D, représenté par Me Taillan - SELARL LLC et Associés, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite née le 25 janvier 2021 par laquelle le maire d'Hyères a rejeté la demande présentée le 25 novembre 2020 par M. D et refusé d'abroger ou de retirer son arrêté, du 12 septembre 2018, par lequel il avait délivré à M. C E un permis de construire en vue de la surélévation et l'aménagement d'une maison existante, sur un terrain cadastré HB 0008 situé 1840 route de la Madrague à Hyères ;
2°) d'enjoindre à la commune de procéder au retrait de l'arrêté attaqué ;
3°) de mettre à la charge de la commune d'Hyères une somme de 2 500 euros à lui verser sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- son intérêt pour agir n'est pas contestable : les deux parcelles sont accolées et
les constructions, la sienne et celle en litige, ne sont séparées que de quelques mètres,
par un escalier ; la construction projetée lui cause un préjudice en créant des vues sur sa propriété ;
- le permis de construire a été obtenu au bénéfice de manœuvres frauduleuses destinées à tromper l'administration et contourner les règles d'urbanisme applicables ; le dossier indique que la construction prendra appui sur un garage à bateaux existant, ce qui est faux car ce garage qui a une surface inférieure à 20 m² ne représente qu'une partie de l'emprise de la construction projetée ; ainsi les plans fournis étaient destinés à tromper le service instructeur ; le projet a pour effet d'aggraver l'infraction aux règles régissant l'implantation par rapport aux limites séparatives ; le permis
de construire a été obtenu à l'issue de manœuvres frauduleuses ce qui a pour conséquence de permettre qu'il soit contesté sans limite de délai ; de plus, cette fraude revêt une importance particulière pour les intérêts publics et privés en présence ;
- la construction se situe en zone UEf du PLU de la commune d'Hyères qui correspond aux zones d'habitat de faible hauteur, les règles d'emprise y sont strictes : 10 % de la surface du terrain en zone UEf selon l'article UE 9, l'article UE 13 impose plus de 70 % d'espaces verts, et l'article UE 7 en ses dispositions applicables au secteur UEf prévoit : " dans le cas de restauration ou d'aménagement de bâtiments existants, dans les limites des volumes existants ; // dans le cas d'une surélévation d'un bâtiment existant légalement autorisé à condition que celle-ci s'effectue en continuité du nu de la façade existante " ; le projet ne respecte aucune de ces dispositions ;
- la fraude ainsi opérée, n'a eu pour d'autre but que de réaliser de nouveaux décaissements sur une parcelle déjà très réduite, afin d'augmenter outrancièrement le volume d'une construction existante au mépris d'une règlementation très restrictive dans ce secteur dont la commune souhaite préserver les caractéristiques, de sorte que le maire aurait dû retirer ou abroger son arrêté ;
- le recours gracieux s'est fait dans le respect de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme.
Par des mémoires en défense enregistrés le 11 novembre 2021, le 6 octobre 2022,
le 3 novembre 2022 et le 25 novembre 2022, M. et Mme C et A E, représentés par Me Vaison de Fontaube, concluent au rejet de la requête et demandent que soit mise à la charge de M. D une somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils font valoir que :
- le requérant ne justifie pas de sa qualité actuelle de propriétaire ni des atteintes concrètes que le projet porte à ses intérêts, d'autant qu'il n'occupe pas son bien qui est destiné à la location saisonnière ;
- la tardiveté de son recours est certaine, le moyen utilisé par le requérant visant à solliciter l'abrogation de l'acte et à invoquer la fraude n'est destiné qu'à la contourner ;
- le dossier déposé n'est en aucune façon entaché de fraude ;
- le service instructeur a procédé à des vérifications sur place notamment en vue de statuer sur la demande d'abrogation ; il n'est procédé à aucun aménagement susceptible d'avoir changé la nature des lieux et aucune des dispositions du PLU invoquées n'a été violée.
Par des mémoires en défense enregistrés le 15 avril 2022 et le 6 octobre 2022, la commune d'Hyères, agissant par son maire en exercice et représentée par la SCP CGCB et Associés par Me Barbeau, conclut au rejet de la requête et demande que soit mise à la charge de M. D une somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par la requête ne sont pas fondés et notamment
que :
- la fraude alléguée n'est pas établie, les indications que le requérant estime avoir été sciemment données pour tromper le service instructeur étant de toutes façons, de nature à permettre au pétitionnaire d'obtenir l'autorisation qu'il sollicitait ;
- il convient de rappeler que si le requérant conteste le permis initial, il ne tient pas compte des modificatifs accordés ultérieurement ;
- les dispositions du PLU invoquées n'ont pas été méconnues.
Par une ordonnance du 25 novembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée
au 9 décembre 2022 à 12 heures par application de l'article R. 613-1 du code de justice administrative.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bonmati ;
- les conclusions de Mme Faucher, rapporteure publique ;
- et les observations de Me Faure-Bonaccorsi pour le requérant et de Me Vaison de Fontaube pour M. E.
Une note en délibéré présentée par Me Reghin pour M. D a été enregistrée
le 27 novembre 2023.
Considérant ce qui suit :
1. Par arrêté du 12 septembre 2018, le maire d'Hyères a délivré à M. C E un permis de construire en vue de la surélévation et l'aménagement d'une maison existante sur un terrain cadastré HB 0008 situé 1840 route de la Madrague à Hyères. M. D, estimant que ce permis de construire avait été obtenu par fraude, a formé, le 25 novembre 2020, un recours gracieux tendant à ce que le maire d'Hyères fasse usage de son pouvoir d'abroger ou de retirer son arrêté du 12 septembre 2018. Par une décision implicite, née le 25 janvier 2021, dont M. D demande l'annulation, le maire d'Hyères a rejeté ce recours.
2. En vertu des dispositions de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme, il appartient à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire, de démolir ou d'aménager, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction.
3. En l'espèce, il ressort de l'examen des pièces du dossier que M. D est propriétaire de l'immeuble immédiatement mitoyen du projet de réhabilitation en litige. Même si le projet prévoit l'édification d'un claustra de séparation, il est constant, au vu des documents photographiques que le projet est de nature à aggraver les vues soit directes soit obliques sur la maison du requérant. La circonstance tirée de ce que cette maison serait, en réalité, une résidence de location d'été que le requérant n'occupe pas lui-même, n'est pas de nature à le priver de son intérêt pour agir dès lors que cette maison constitue pour lui une source de revenu susceptible d'être compromise par le projet de construction mitoyen, lequel porte ainsi atteinte à la jouissance de son bien. Il s'ensuit que M. D doit être regardé comme justifiant suffisamment de son intérêt lui donnant qualité pour agir.
4. Un tiers justifiant d'un intérêt à agir est recevable à demander, dans le délai du recours contentieux, l'annulation de la décision par laquelle l'autorité administrative a refusé de faire usage de son pouvoir d'abroger ou de retirer un acte administratif obtenu par fraude, quelle que soit la date à laquelle il l'a saisie d'une demande à cette fin. Dans un tel cas, il incombe au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, d'une part, de vérifier la réalité de la fraude alléguée et, d'autre part, de contrôler que l'appréciation de l'administration sur l'opportunité de procéder ou non à l'abrogation ou au retrait n'est pas entachée d'erreur manifeste, compte tenu notamment de la gravité de la fraude et des atteintes aux divers intérêts publics ou privés en présence susceptibles de résulter, soit du maintien de l'acte litigieux, soit de son abrogation ou de son retrait.
5. Pour établir la fraude dont serait entaché le dossier de demande de permis de construire déposé par M. E, le requérant soutient que la superficie du garage à bateau situé en sous-sol aurait été indument majorée, nécessitant ainsi d'importants affouillements, décaissements et exhaussements non prévus initialement alors que, compte tenu de la réglementation applicable,
il aurait été impossible de construire ou de surélever une construction au-dessus d'un garage inexistant et que, contrairement à ce que le pétitionnaire laisserait entendre, ce garage ne couvrait pas tout le sous-sol de la construction existante laquelle reposait, en majeure partie, sur le sol naturel. Il ressort toutefois du dossier de demande de permis de construire tel que produit
au dossier, que le pétitionnaire n'y a aucunement indiqué que le garage à bateau aurait occupé l'intégralité du sous-sol de la construction mais fait mention, au contraire, d'une superficie
d'un garage à bateau appelé à un changement de destination, pour 35 m², inférieure à celle
de l'emprise au sol globale de la construction, à laquelle s'ajoutent la superficie créée et celle
de l'habitation existante pour obtenir la surface habitable globale prévue par le projet
de réhabilitation de l'immeuble. En admettant même que la surface du garage à bateau aurait été
de 20 m² seulement, ce que le requérant allègue sans cependant l'établir, et que le surplus du sous-sol était constitué par le sol naturel, cette circonstance n'était pas de nature à revêtir le caractère d'une manœuvre frauduleuse dès lors que l'article 3 des dispositions générales du PLU et l'article UE 2 applicable dans la zone, autorisant explicitement les exhaussements et affouillements,
elle n'aurait eu ni pour objet ni pour effet de méconnaître aucune règle d'urbanisme ou de tromper le service instructeur. Il s'ensuit que le requérant ne peut être regardé comme établissant que
le permis de construire qu'il conteste aurait été obtenu par fraude.
6. Dans ces conditions, en l'absence de fraude avérée ni, partant, d'atteinte à aucun intérêt public ou privé, c'est sans commettre aucune erreur manifeste d'appréciation que, par la décision implicite attaquée, le maire d'Hyères a refusé de faire usage de son pouvoir d'abroger ou de retirer son arrêté du 12 septembre 2018.
7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête de M. D doivent être rejetées, y compris celles présentées aux fins d'injonction.
Sur les frais relatifs au litige :
8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions
de M. E et de la commune d'Hyères en mettant à la charge de M. D une somme de 1 000 euros à verser à chacun d'eux sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de rejeter les conclusions de M. D présentées sur le même fondement.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : M. D versera à M. E et à la commune d'Hyères une somme de 1 000 euros chacun, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 4 : La présente décision sera notifiée à M. B D, à M. et Mme C et A E et à la commune d'Hyères.
Délibéré après l'audience du 24 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Sauton, président,
M. Quaglierini, premier conseiller,
Mme Bonmati, magistrate honoraire.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 décembre 2023.
Le rapporteur,
signé
D. Bonmati
Le président,
signé
J.F. Sauton
Le greffier,
signé
P. Bérenger
La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Et par délégation,
Le greffier.
N°2100654
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026