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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2100767

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2100767

vendredi 24 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2100767
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantSERARL DECKER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 23 mars 2021, 21 mars et

17 novembre 2022, la société Maxime Immo Invest, représentée par Me Lestrade, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 octobre 2020 par lequel le maire de la commune de Sainte-Maxime a délivré un permis de construire n° PC 083 115 20 X0030 à la société Home Azur ;

2°) de mettre à la charge de la société Home Azur et de la commune de Sainte-Maxime la somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le dossier de permis de construire est insuffisant dès lors que l'unique photographie qu'il comprend ne permet pas d'apprécier le projet dans son environnement, en méconnaissance des dispositions des b) et c) de l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme ;

- il est insuffisant dès lors qu'il ne permet pas d'apprécier les différents accès, piéton et véhicule à l'aire de stationnement, en méconnaissance des dispositions du f) de l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme et de l'article 2 de l'arrêté du 24 décembre 2015 ;

- il est insuffisant dès lors qu'il y a des incohérences entre le plan de masse et le document graphique tant sur l'identification des arbres à abattre que sur le nombre d'arbres à planter,

en méconnaissance des dispositions de l'article R. 431-9 du code de l'urbanisme ;

- il est incomplet dès lors qu'il ne comprend aucune note technique justifiant de l'implantation choisie par la société pétitionnaire, et exposant l'absence d'alternative permettant d'épargner l'abattage d'arbres, en méconnaissance de l'article 22 du plan local d'urbanisme ;

- l'arrêté est illégal en raison de l'illégalité du courrier du 4 décembre 2019 par lequel le maire de la commune de Sainte-Maxime a renoncé à l'acquisition de la parcelle grevée d'un droit de délaissement en raison de l'emplacement réservé n° 33, lequel est entaché d'un vice d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- il est illégal en raison de l'illégalité de l'arrêté du 29 janvier 2020 par lequel le maire ne s'est pas opposé à la déclaration préalable en vue de la division de la parcelle cadastrée n° 3576, lui-même illégal en raison de l'illégalité du courrier du 4 décembre 2019 précité ;

- il est illégal dès lors qu'il ne comprend pas le nombre d'arbres à planter suffisant, et que la surface d'espaces verts est insuffisante, en méconnaissance des dispositions de l'article UD 13 du plan local d'urbanisme.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 7 juin 2021 et 9 mai 2022, la société à responsabilité limitée Home Azur, représentée par Me Mendes Constante, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la société Maxime Immo Invest la somme de 2 880 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- à titre principal, la requête est irrecevable en raison, d'une part, de sa tardiveté, et d'autre part, du défaut d'intérêt pour agir de la société requérante ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par la société requérante sont infondés ;

à l'exception de celui soulevé dans le mémoire du 23 mars 2022 tenant à l'illégalité, par voie d'exception, de l'arrêté du 29 janvier 2020 portant non opposition à déclaration préalable pour la division de la parcelle cadastrée n° 3576, qui est irrecevable, en application des dispositions de l'article R. 600-5 du code de l'urbanisme.

Par un mémoire en défense enregistré le 15 juin 2022, la commune de Sainte-Maxime conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de la société Maxime Immo Invest les entiers dépens.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par la société requérante sont infondés.

Par une ordonnance du 30 décembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 30 janvier 2023.

Un mémoire, présenté par la commune de Sainte-Maxime, a été enregistré le 23 octobre 2023, soit postérieurement à la clôture de l'instruction, et n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Martin, rapporteure,

- les conclusions de Mme Faucher, rapporteure publique,

- les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Par arrêté du 16 octobre 2020, le maire de la commune de Sainte-Maxime a délivré à la société Home Azur, propriétaire d'une partie de la parcelle cadastrée section F n° 3576 située 30 boulevard Jean Moulin, un permis de construire en vue de la construction d'une maison individuelle et d'une piscine. Par sa requête, la société Maxime Immo Invest, propriétaire de la parcelle cadastrée section F n° 3593, demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen irrecevable :

2. Aux termes de l'article R. 600-5 du code de l'urbanisme : " Par dérogation à l'article R. 611-7-1 du code de justice administrative, et sans préjudice de l'application de l'article R. 613-1 du même code, lorsque la juridiction est saisie d'une requête relative à une décision d'occupation ou d'utilisation du sol régie par le présent code, ou d'une demande tendant à l'annulation ou à la réformation d'une décision juridictionnelle concernant une telle décision, les parties ne peuvent plus invoquer de moyens nouveaux passé un délai de deux mois à compter de la communication aux parties du premier mémoire en défense. Cette communication s'effectue dans les conditions prévues au deuxième alinéa de l'article R. 611-3 du code de justice administrative. () Le présent article n'est pas applicable aux décisions contestées par le pétitionnaire ".

3. Le premier mémoire en défense de la société Home Azur a été enregistré le 7 juin 2021 et communiqué à la société Maxime Immo Invest le jour-même, laquelle en a accusé réception le même jour par l'intermédiaire de l'application Télérecours. Le délai de deux mois au terme duquel intervient la cristallisation des moyens a ainsi commencé à courir à compter de cette date. Ainsi, le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de l'arrêté du 29 janvier 2020 portant non opposition à déclaration préalable pour la division de la parcelle cadastrée n° 3576, qui a été soulevé par un mémoire enregistré le 23 mars 2022, soit postérieurement au délai précité, doit être écarté comme irrecevable.

En ce qui concerne les autres moyens :

4. En premier lieu, aux termes de l'article R. 431-4 du code de l'urbanisme :

" La demande de permis de construire comprend : / a) Les informations mentionnées aux articles R. 431-5 à R. 431-12 ; () ". Aux termes de l'article R. 431-8 du code précité :

" Le projet architectural comprend une notice précisant : / 1° L'état initial du terrain et

de ses abords indiquant, s'il y a lieu, les constructions, la végétation et les éléments paysagers existants ; / 2° Les partis retenus pour assurer l'insertion du projet dans son environnement et la prise en compte des paysages, faisant apparaître, en fonction des caractéristiques du projet :

() / b) L'implantation, l'organisation, la composition et le volume des constructions nouvelles, notamment par rapport aux constructions ou paysages avoisinants ; / c) Le traitement des constructions, clôtures, végétations ou aménagements situés en limite de terrain ;

() / f) L'organisation et l'aménagement des accès au terrain, aux constructions et aux aires de stationnement. ". Aux termes de l'article R. 431-9 du même code : " Le projet architectural comprend également un plan de masse des constructions à édifier ou à modifier coté dans les trois dimensions. Ce plan de masse fait apparaître les travaux extérieurs aux constructions,

les plantations maintenues, supprimées ou créées et, le cas échéant, les constructions existantes dont le maintien est prévu. () ". Aux termes de l'article R. 431-10 de ce code : " Le projet architectural comprend également : () / c) Un document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet de construction par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages, son impact visuel ainsi que le traitement des accès et du terrain ; () ".

5. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

6. D'une part, si le seul photomontage présent dans le document graphique du dossier de permis de construire ne permet pas d'apprécier l'insertion du projet dans son environnement, notamment vis à vis des constructions ou paysages avoisinants, il ressort des pièces du dossier que le dossier comprenait également une notice avec d'autres photomontages ainsi que des photographies du terrain existant et de ses abords, donnant notamment sur la parcelle n° 3593, permettant d'apprécier cette insertion. Si la société requérante soutient que ces photomontages sont trompeurs dès lors qu'ils ne représentent pas l'existence de la construction sur sa propre parcelle cadastrée n° 3593, la requérante n'établit pas, par la seule production d'une déclaration d'ouverture de chantier du 27 février 2020, l'avancement des travaux sur cette dernière à la date de dépôt de la demande de permis de construire. Par suite, cette branche du moyen doit être écartée.

7. D'autre part, si la société requérante soutient que le dossier est insuffisant dès lors qu'il ne permet pas d'apprécier les différents accès, piéton et véhicule, à l'aire de stationnement, il ressort du plan de masse que le projet prévoit un accès au terrain par la rue du mas du Gay Sçavoir, par un portail débouchant sur un chemin longeant la limite nord-est du projet, jusqu'à arriver à l'aire de manœuvre et de stationnement, où se trouve la porte d'entrée principale au niveau du porche. Par suite, cette branche du moyen doit être écartée.

8. Enfin, si la société requérante soutient que le plan de masse mentionne des feuillus à planter dans le coin nord-est du projet qui ne sont pas présente dans le document graphique, force est de constater que le seul photomontage présent dans celui-ci ne permet pas de dégager une vue sur ce coin nord-est. Toutefois, il ressort des autres photomontages du dossier de permis de construire annexés à la notice que ces arbres à planter sont bien présents. Par ailleurs, la seule circonstance que la notice mentionne 35 arbres, puis 37 arbres à planter, n'est pas de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable dès lors que la mention de 35 arbres relève d'une simple erreur de plume, et que la mention de 37 arbres correspond au nombre d'arbres présents sur le projet après la plantation de 10 oliviers, 4 cyprès et 22 arbustes, soit 36 arbres, auquel s'ajoute le pin parasol existant, lesquels sont tous représentés sur le plan de masse, mais également sur les divers photomontages présents au dossier. Par suite, cette branche du moyen doit être écartée.

9. En deuxième lieu, si la société Maxime Immo Invest soutient que le dossier de permis de construire est incomplet à défaut de comprendre une note technique justifiant l'absence d'alternative possible à la suppression du pin parasol, il ne résulte ni du plan local d'urbanisme, lequel ne saurait fixer des règles de composition des dossiers de permis de construire, ni du code de l'urbanisme que le dossier de permis de construire devrait comprendre une telle note explicative. Par suite, le moyen doit être écarté.

10. En troisième lieu, si la société Maxime Immo Invest soutient que l'arrêté du 16 octobre 2020 est illégal en raison de l'illégalité, par voie d'exception, du courrier du 4 décembre 2019 par lequel le maire de la commune de Sainte-Maxime a renoncé à l'acquisition de la parcelle, objet du présent litige, grevée du droit de délaissement en raison de l'emplacement réservé n° 33, ce courrier ne constitue pas la base légale de l'arrêté attaqué et ce dernier n'en constitue pas une mesure d'application. Par suite, le moyen doit être écarté.

11. En quatrième lieu, aux termes du 2. de l'article UD 13 du plan local d'urbanisme : " En zone UD et secteurs UDs et UDL, 75% de la surface des terrains doivent être maintenus en espaces libres de toute construction, composés de : / - 60% d'espaces verts perméables et plantés (toits-terrasses végétalisés non compris), à raison d'un arbre minimum par 25 m2 de cette superficie ; () ".

12. Il est constant que le terrain, objet de l'autorisation contestée, se situe en zone UD du plan local d'urbanisme. Si le dossier de permis de construire fixe la superficie de la parcelle cadastrale à 1500 m2, il n'est pas contesté qu'elle est en réalité de 1 537 m2. Or, il ressort des termes mêmes de l'article UD 13 du plan local d'urbanisme que la surface devant être prise en compte pour le calcul est celle du terrain, et non de la surface " artificialisée " comme le soutient la société requérante.

13. D'une part, il résulte de ce qui précède que pour respecter la surface minimale imposée par l'article UD 13 du plan local d'urbanisme, les espaces verts doivent correspondre à 922,2 m2. Or, il ressort des pièces du dossier, et notamment de la notice explicative versée au dossier de permis de construire, que le projet a une surface minéralisée de 584,62 m2 et que

les espaces verts couvrent 952,38 m2, soit une surface supérieure à la surface minimale précitée. Par suite, cette branche du moyen doit être écartée.

14. D'autre part, il résulte de ce qui précède que, pour respecter le nombre d'arbres à planter, le projet devait comprendre 37 arbres. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du plan de masse, que le projet maintient un pin parasol, et prévoit de planter 22 arbustes, 4 cyprès et 10 feuillus. En outre, la société requérante soutient que les arbustes ne peuvent être considérés comme des arbres dès lors que leur description et leur fonction diffèrent. A ce titre, si elle soutient que, outre le fait que l'arbre se caractérise par sa fonction esthétique dès lors qu'il est plus grand que l'arbuste, il a une fonction de stabilisateur des sols et assure le ruissellement des eaux, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'une telle fonction ne puisse être assurée par les arbustes. Enfin, il ressort des pièces du dossier et notamment du règlement du plan local d'urbanisme, que si celui-ci a pu prendre le soin d'identifier précisément la plantation appropriée, en faisant notamment référence aux arbustes, tel n'est pas le cas pour la zone UD. Ainsi, l'article UD 13 du plan local d'urbanisme, qui fixe les obligations en matière de plantations, doit être interprété comme n'excluant pas les arbustes du décompte de la plantation d'un arbre par 25 m2. Par suite, cette branche de moyen doit être écartée.

15. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner la recevabilité de la requête et de se prononcer sur les fins de non-recevoir opposées en défense, les conclusions à fin d'annulation présentées par la société Maxime Immo Invest doivent être rejetées.

Sur les frais d'instance :

16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée par la société Maxime Immo Invest au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens soit mise à la charge de la société Home Azur et de la commune de Sainte-Maxime qui n'ont pas la qualité de partie perdante dans la présente instance. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la société Maxime Immo Invest une somme de 2 000 euros demandée par la société Home Azur au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

17. La présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions présentées à ce titre par la commune de Sainte-Maxime doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société Maxime Immo Invest est rejetée.

Article 2 : La société Maxime Immo Invest versera à la société Home Azur une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions présentées par la commune de Sainte-Maxime pour l'application des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société civile immobilière Maxime Immo Invest, à la société à responsabilité limitée Home Azur et à la commune de Sainte-Maxime.

Délibéré après l'audience du 10 novembre 2023 à laquelle siégeaient :

J.-F. Sauton, président,

B. Quaglierini, premier conseiller,

K. Martin, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 novembre 2023.

La rapporteure,

signé

K. Martin

Le président,

signé

J.-F. Sauton

Le greffier,

signé

P. Bérenger

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

P/ la greffière en chef,

Le greffier,

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