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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2100791

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2100791

mardi 20 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2100791
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantDAVID

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 mars 2021, M. B D, représenté par le cabinet Albertini et David agissant par Me David, demande au juge des référés

1°) d'ordonner, en application des dispositions de l'article R.532-1 du code de justice administrative, une mesure d'expertise relative à sa prise en charge par le centre hospitalier intercommunal de Toulon - la Seyne-sur-Mer le 29 janvier 2017 et l'hôpital d'instruction des armées Sainte-Anne le 9 février 2017 ;

2°) de dire que la mission d'expertise devra notamment prévoir le dépôt d'un pré-rapport par l'expert dans le délai de quatre semaines ;

3°) de statuer sur les dépens.

Il soutient que :

- le 29 janvier 2017, il a été pris en charge par les urgences du centre hospitalier intercommunal de Toulon - la Seyne-sur-Mer pour un examen de sa cheville droite laquelle était enflée ; après avoir écarté le diagnostic d'une phlébite, il a été renvoyé chez lui sans qu'aucune radiographie n'ait été prescrite ;

- le 9 février 2017, il a été transporté par le Samu à l'hôpital d'instruction des armées Sainte-Anne où il est diagnostiqué une fracture de la malléole ;

- le 1er avril 2017, un scanner réalisé révèle l'existence de plusieurs fractures ;

- le 23 mai 2017, une radiographie de la cheville droite réalisé lors de son hospitalisation au centre hospitalier intercommunal de Toulon - la Seyne-sur-Mer, a mis en évidence une très importante fracture et luxation de la cheville droite ; il a été opéré le même jour pour un cal vicieux post traumatique majeur au décours d'une fracture du pilon tibial négligée ;

- il souffre de séquelles importantes des suites de sa prise en charge par les centres hospitaliers ;

- la mesure d'expertise sollicitée est utile dès lors qu'elle a pour objet de déterminer les causes, les responsabilités et les préjudices subis lors de sa prise en charge par le centre hospitalier intercommunal de Toulon - la Seyne-sur-Mer le 29 janvier 2017 et l'hôpital d'instruction des armées Sainte-Anne le 9 février 2017.

Par des mémoires en défense enregistrés les 1er et 16 avril 2021, la caisse primaire d'assurance maladie du Var informe le Tribunal qu'elle n'entend pas intervenir dans la présente instance, que la victime a été prise en charge au titre du risque maladie et que sa créance provisoire s'élève à la somme de 14 609,82 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 avril 2021, le centre hospitalier intercommunal de Toulon - la Seyne-sur-Mer représenté par la SELARL cabinet Chas agissant par Me Chas, n'entend pas s'opposer à la mesure sollicitée, émet des protestations et réserves quant à sa responsabilité et demande au Tribunal de compléter la mission d'expertise.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 avril 2021, le ministre des armées informe le Tribunal qu'il n'entend pas s'opposer à la mesure d'expertise sollicitée tout en émettant des réserves sur le fond.

La procédure a été régulièrement communiquée à la mutuelle Alptis Assurances laquelle n'a pas produit de mémoire.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu le code de justice administrative.

La présidente du Tribunal a désigné M. Hamon, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

Sur la mesure d'expertise :

1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. Il peut notamment charger un expert de procéder, lors de l'exécution de travaux publics, à toutes constatations relatives à l'état des immeubles susceptibles d'être affectés par des dommages ainsi qu'aux causes et à l'étendue des dommages qui surviendraient effectivement pendant la durée de sa mission () ". Le juge des référés peut, sur le fondement de ces dispositions, ordonner une mission d'expertise dès lors que la demande qui lui est présentée n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence de la juridiction administrative et qu'elle n'est pas dépourvue d'utilité.

2. M. D a été pris en charge par les urgences du centre hospitalier intercommunal de Toulon - la Seyne-sur-Mer le 29 janvier 2017 pour un examen de sa cheville droite laquelle était enflée. Il a été renvoyé à son domicile après que les examens réalisés ont permis d'écarter le diagnostic d'une phlébite. Le 9 février 2017, il a été transporté par le Samu à l'hôpital d'instruction des armées Sainte-Anne où il a été diagnostiqué une fracture de la malléole. Le 1er avril 2017, un scanner a révélé l'existence de plusieurs fractures. Enfin, après avoir été hospitalisé au centre hospitalier intercommunal de Toulon - la Seyne-sur-Mer, une radiographie de la cheville droite réalisée le 23 mai 2017, a mis en évidence une très importante fracture et luxation de la cheville droite. M. D a été opéré le jour même pour un cal vicieux post traumatique majeur au décours d'une fracture du pilon tibial négligée.

3. La mesure d'expertise demandée par M. D a pour objet de déterminer les causes, les responsabilités et les préjudices subis lors de sa prise en charge par le centre hospitalier intercommunal de Toulon - la Seyne-sur-Mer et l'hôpital d'instruction des armées Sainte-Anne. Cette demande, qui ne préjuge en rien des responsabilités encourues et qui est susceptible de se rattacher à une action ultérieure devant le juge du fond, présente un caractère utile et entre dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Par suite, il y a lieu d'y faire droit et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.

Sur les protestations et réserves :

4. La présente ordonnance n'ayant ni pour objet ni pour effet de mettre en cause la responsabilité des parties précitées, les protestations et réserves formulées par le centre hospitalier intercommunal de Toulon - la Seyne-sur-Mer et le ministre des armées sont dépourvues d'objet et ne peuvent, dès lors, qu'être rejetées.

Sur le dépôt d'un pré-rapport :

5. Aucune disposition du code de justice administrative ni aucun principe général du droit ne fait obligation à l'expert d'établir un pré-rapport. L'expert, dans la conduite des opérations de l'expertise qui lui est confiée et dont il définit librement les modalités pratiques, de concert avec les parties, ne saurait se voir soumis à d'autres obligations que celles issues du principe du contradictoire. L'établissement d'un pré-rapport adressé aux parties en vue de recueillir leurs éventuelles observations ne constitue donc qu'une modalité opérationnelle de l'expertise dont il appartient à l'expert d'apprécier la nécessité d'y recourir. Dès lors, les conclusions de M. D tendant à ce que la mission d'expertise prévoit le dépôt d'un pré-rapport, ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les dépens :

6. En application des dispositions de l'article R. 621-13 du code de justice administrative, il appartiendra au président du Tribunal ou au magistrat délégué, lorsqu'il liquidera et taxera les frais de l'expertise, de désigner dans l'ordonnance la partie qui les supportera. Par suite, il y a lieu de rejeter les conclusions présentées à ce titre par le requérant.

O R D O N N E :

Article 1er : Le docteur C A, expert, spécialisé en orthopédie, demeurant Clinique Toutes Aures, 393 avenue des Savels à Manosque (04100) est désigné pour procéder, en présence de M. B D, au centre hospitalier intercommunal de Toulon - la Seyne-sur-Mer, du ministre des armées, de la caisse primaire d'assurance maladie du Var et de la mutuelle Alptis assurances à une expertise médicale à l'effet de :

1°) prendre connaissance de l'intégralité du dossier médical de M. D en se faisant communiquer tous les documents et pièces nécessaires à la bonne exécution de leur mission et, notamment, tous documents relatifs au suivi médical, aux actes de soins, et aux diagnostics pratiqués lors de sa prise en charge par le centre hospitalier intercommunal de Toulon - la Seyne-sur-Mer le 29 janvier 2017 et par l'hôpital d'instruction des armées Sainte-Anne le 9 février 2017 ;

2°) procéder à l'examen clinique de M. D, décrire son état de santé et les soins et prescriptions antérieurs à ses prises en charge par le centre hospitalier intercommunal de Toulon - la Seyne-sur-Mer et par l'hôpital d'instruction des armées Sainte-Anne ;

3°) décrire les conditions dans lesquelles M. D a été pris en charge, les diagnostics posés et les soins qui lui ont été administrés lors de ces prises en charge ;

4°) donner son avis sur le point de savoir si les diagnostics établis, les traitements et soins prodigués et leur suivi ont été consciencieux, attentifs, diligents et conformes aux données acquises de la science et aux règles de l'art, et s'ils étaient adaptés à l'état de M. D ; donner son avis sur la pertinence des diagnostics des différentes équipes médicales et l'utilité des gestes médicaux pratiqués ; donner son avis sur l'existence de retards dans les diagnostics réalisés et préciser les éventuelles difficultés dans l'établissement de ces derniers ; l'expert précisera les références des données médicales sur lesquelles il s'appuie, en retranscrivant au besoin les passages de la littérature scientifique qui lui paraîtraient pertinents ;

5°) de manière générale, réunir tous les éléments devant permettre de déterminer si des fautes médicales, des fautes de soins ou des fautes dans l'organisation des services ont été commises lors de l'hospitalisation de M. D ; rechercher si les diligences nécessaires pour l'établissement d'un diagnostic exact ont été mises en œuvre ; rechercher si, le cas échéant, les actes médicaux pratiqués ont été exécutés conformément aux règles de l'art ;

6°) donner son avis sur le point de savoir si le dommage corporel constaté a un rapport avec l'état initial de M. D ou l'évolution prévisible de cet état ; le cas échéant, déterminer la part du préjudice présentant un lien de causalité direct, certain et exclusif avec un manquement reproché à l'établissement, en excluant la part des séquelles à mettre en relation avec la pathologie initiale, son évolution ou toute autre cause extérieure ;

7°) donner son avis sur le point de savoir si le ou les éventuels manquements constatés ont fait perdre à M. D une chance d'obtenir une amélioration de son état de santé ou d'échapper à son aggravation ;

8°) donner son avis sur l'ampleur de la chance perdue (chiffrage) et son imputabilité aux éventuels manquements constatés ;

9°) évaluer, le cas échéant, les postes de préjudices subis non imputables à l'état antérieur de la victime ni aux conséquences prévisibles de ses prises en charge médicales par le centre hospitalier intercommunal de Toulon - la Seyne-sur-Mer et l'hôpital d'instruction des armées Sainte-Anne et si celles-ci s'étaient déroulées normalement ;

10°) Indiquer les périodes pendant lesquelles la victime a été, du fait de son déficit fonctionnel temporaire, dans l'incapacité totale ou partielle de poursuivre ses activités personnelles habituelles ; en cas de déficit fonctionnel partiel, préciser le taux et la durée jusqu'à la consolidation ;

11°) dire si l'état de M. D est consolidé ou s'il est susceptible d'amélioration ou de dégradation ; proposer, si possible, une date de consolidation de l'état de l'intéressé ; préciser s'il subsiste un déficit fonctionnel permanent physique ou psychique et dans l'affirmative, en fixer le taux, en distinguant la part imputable au manquement éventuellement constaté de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie, eu égard notamment aux antécédents médicaux de l'intéressé, et, dans le cas où cet état ne serait pas encore consolidé, indiquer si, dès à présent, un déficit fonctionnel permanent physique ou psychique est prévisible et en évaluer l'importance et le délai dans lequel il sera susceptible d'être établi ;

12°) indiquer si et dans quelle mesure l'assistance, constante ou occasionnelle, d'une tierce personne a été ou est nécessaire à M. D pour accomplir les actes de la vie quotidienne ; préciser les autres frais liés au handicap dont la nécessité résulterait du dommage ;

13°) déterminer les autres dépenses liées au dommage corporel ;

14°) donner son avis sur l'existence éventuelle de préjudices annexes temporaires et permanents (souffrances endurées, préjudice esthétique, préjudice d'agrément spécifique, préjudice psychologique, préjudice sexuel) et le cas échéant, en évaluer l'importance, en distinguant la part imputable au manquement éventuellement constaté de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie, eu égard, notamment, aux antécédents médicaux de l'intéressée ;

15°) donner son avis sur la répercussion de l'incapacité médicalement constatée sur la vie personnelle et professionnelle de M. D, et préciser notamment la nature et la durée de l'incapacité temporaire de travail ;

16°) donner son avis sur les dépenses de santé de l'intéressée, la nécessité de soins médicaux, paramédicaux, d'appareillage ou de prothèse ainsi que d'aides techniques compensatoires au handicap de la victime, après consolidation, pour éviter une aggravation de l'état séquellaire, justifier l'imputabilité des soins à l'acte dommageable, indépendamment de ceux liés à la pathologie initiale, en précisant s'il s'agit de frais occasionnels c'est-à-dire limités dans le temps ou de frais viagers, c'est-à-dire engagés la vie durant, en précisant la fréquence de leur renouvellement ;

17°) de manière générale, fournir au Tribunal tous éléments de nature à lui permettre de se prononcer sur les éventuelles responsabilités encourues ;

L'expert pourra, si faire se peut, concilier les parties à l'issue des opérations d'expertise. Il disposera des pouvoirs d'investigation les plus étendus. Il pourra entendre tous sachants, se faire communiquer tous documents et renseignements, faire toutes constatations ou vérifications propres à faciliter l'accomplissement de leur mission et éclairer le tribunal administratif.

Article 2 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-1 à R. 621-14 du code de justice administrative.

Article 3 : L'expert déposera son rapport au greffe en deux exemplaires dans un délai de six mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Des copies seront notifiées par l'expert aux parties intéressées. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique. L'expert justifiera auprès du Tribunal de la date de réception de son rapport par les parties.

Article 4 : Les frais et honoraires dus à l'expert seront taxés ultérieurement par ordonnance du président du Tribunal qui désignera la ou les parties qui en assumeront la charge conformément à l'article R. 621-11 du code susvisé.

Article 5 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B D, au centre hospitalier intercommunal de Toulon - la Seyne sur Mer, au ministre des armées, à la caisse primaire d'assurance maladie du Var et à la Mutuelle Alptis assurances.

Copie en sera adressée l'expert désigné.

Fait à Toulon, le 20 février 2024.

Le juge des référés,

signé

L. HAMON

La République mande et ordonne au ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Le greffier,

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