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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2100797

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2100797

vendredi 29 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2100797
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantLAWTECH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 mars 2021, Mme C A, représentée par

Me Zago, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 27 janvier 2021 par laquelle le maire de la commune de Saint-Paul-en-Forêt a refusé de lui délivrer un permis de construire pour la construction d'une maison individuelle avec garage, piscine et pool-house d'une surface de plancher de 203,56 mètres carrés sur un terrain situé au site La Font de Labey et cadastré section 117 B 129 sur le territoire communal ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de Saint-Paul-en-Forêt de procéder à une nouvelle instruction de la demande de permis de construire, en se fondant sur les dispositions existantes à la date du 27 janvier 2021 ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Paul-en-Forêt une somme de 3 000 euros à lui verser sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

4°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Paul-en-Forêt les entiers dépens, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle dispose d'un intérêt à agir car la décision qui lui refuse la délivrance d'un permis de construire lui fait grief ;

- sa requête, intervenue dans le délai de deux mois du recours contentieux, est recevable ;

- la décision de refus de permis de construire est illégale en raison de l'illégalité de l'avis du préfet du Var en ce qu'il s'est fondé sur la méconnaissance des dispositions de l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme ; le projet est situé au sein des parties urbanisées de la commune de Saint-Paul-en-Forêt ; l'urbanisation de ce secteur correspond à celle existant sur l'ensemble du territoire de la commune ; en outre, le plan d'occupation des sols classait cette parcelle en zone constructible ; il ressort de la concertation publique du 7 avril 2016 ayant conduit à l'approbation du SCOT du pays de Fayence en 2019 que la parcelle est classée dans la zone urbaine de la commune ;

- en outre, le terrain en litige est situé à moins de 500 mètres du centre de la commune, et le terrain est entouré d'une trentaine de constructions, ce qui montre qu'il s'agit bien d'une partie urbanisée de la commune ; la parcelle est majoritairement entourée de constructions ; le terrain d'assiette est desservi par l'ancienne route de Fayence, mais aussi par l'ensemble des réseaux, à l'exception du réseau électrique, pour lequel un simple raccordement est nécessaire ;

- en outre, à supposer même qu'il soit considéré que le terrain en litige ne soit pas situé au sein des parties urbanisées de la commune, il doit être considéré comme intégré à ces parties urbanisées de la commune, étant donné la proximité avec celles-ci ainsi que la nature du projet ; le terrain d'assiette appartient au même compartiment que la partie urbanisée ; l'urbanisation s'est développée de part et d'autre de l'ancienne route de Fayence ; enfin, une construction a d'ailleurs été autorisée sur la parcelle limitrophe située au nord et cadastrée section 127.

Par un mémoire en défense enregistré le 7 avril 2023, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés dans la requête ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 21 février 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 18 avril 2023 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 6 février 2024 :

- le rapport de M. Bailleux ;

- les conclusions de M. Riffard, rapporteur public ;

- et les observations de Mme B, pour le préfet du Var.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions à fin d'annulation :

1. En premier lieu, l'article L. 422-5 a) du code de l'urbanisme : " Lorsque le maire () est compétent, il recueille l'avis conforme du préfet si le projet est situé : a) Sur une partie du territoire communal non couverte par une carte communale, un plan local d'urbanisme ou un document d'urbanisme en tenant lieu (). " Ces dispositions doivent être interprétées comme imposant au maire, lorsque le plan d'occupation des sols de la commune est devenu caduc, de consulter pour avis conforme le préfet en application de l'article L. 422-5 du code de l'urbanisme ". En outre, l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme dispose que : " En l'absence de plan local d'urbanisme, de tout document d'urbanisme en tenant lieu ou de carte communale, les constructions ne peuvent être autorisées que dans les parties urbanisées de la commune ". Ces dispositions interdisent en principe les constructions implantées en dehors des parties actuellement urbanisées de la commune, c'est-à-dire des parties du territoire communal qui comportent déjà un nombre et une densité significatifs de constructions. Il en résulte qu'en dehors des cas où elles relèvent des exceptions expressément et limitativement prévues, les constructions ne peuvent être autorisées dès lors que leur réalisation a pour effet d'étendre la partie actuellement urbanisée de la commune. Pour apprécier si un projet a pour effet d'étendre la partie actuellement urbanisée de la commune, il est notamment tenu compte pour l'application de ces dispositions de la géographie des lieux, de la desserte par des voies d'accès, de la proximité avec les constructions existantes situées dans les parties urbanisées de la commune, du nombre et de la densité des constructions projetées, du sens du développement de l'urbanisation, ainsi que de l'existence de coupures d'urbanisation, qu'elles soient naturelles ou artificielles.

2. En l'espèce, il est constant que le plan d'occupation des sols de la commune de Saint-Paul-en-Forêt a été annulé par un arrêt de la Cour Administrative d'Appel de Marseille du 7 juillet 2008 et que le plan local d'urbanisme n'a pas encore été approuvé à la date à laquelle la décision a été prise. Ainsi, conformément aux dispositions précitées de l'article L. 422-5 a) du code de l'urbanisme, le maire devait demander l'avis conforme du préfet avant de délivrer le permis de construire. Le préfet du Var, à la demande du maire de la commune de Saint-Paul-en-Forêt, a émis un avis conforme défavorable en date du 25 septembre 2020 à la demande de permis de construire déposée par Mme A le 2 septembre 2020, en se fondant sur la méconnaissance des dispositions de l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme.

3. Le préfet du Var fait valoir dans cet avis que " le terrain se situe dans un secteur caractérisé par un habitat diffus, que l'implantation des constructions a été faite de manière éparse et sans cohérence, et qu'ainsi le projet ne peut être considéré comme intégré dans les parties urbanisées de la commune ". Toutefois, il ressort des pièces du dossier, et en particulier de l'étude du site Geoportail, accessible tant au juge qu'aux parties, que dans un rayon de

100 mètres autour du projet sont situées 6 constructions avec chacune une piscine, et dans un rayon de 200 mètres une trentaine de constructions, ainsi que le soutient la requérante. En outre, cette dernière poursuit en soutenant, sans être utilement contestée sur ce point, que l'urbanisation existant autour du terrain d'assiette du projet est conforme à celle qui existe sur le territoire de la commune de Saint-Paul-en-Forêt.

4. Ensuite, la requérante poursuit en indiquant qu'au cours d'une concertation publique ayant eu lieu en 2016, dans le cadre de l'approbation du SCoT, la parcelle en litige a été incluse dans une zone UC du futur plan local d'urbanisme de la commune. Elle produit à ce titre une carte faisant apparaître les zonages prévus pour le futur plan local d'urbanisme de la commune de Saint-Paul-en-Forêt, qui fait apparaître le secteur de la parcelle en litige en zone UC. En outre, si le préfet du Var fait valoir sur ce point que cette concertation n'a pas eu lieu dans le cadre de l'élaboration du SCoT mais dans celle du plan local d'urbanisme, qu'il s'agissait en outre uniquement d'un projet et que le plan local d'urbanisme a été prescrit en date du 15 novembre 2012 et qu'il n'a à ce jour toujours pas fait l'objet d'une approbation, le préfet du Var ne conteste pas que dans le cadre de ce projet, la parcelle en litige figurait bien dans le secteur dont il était prévu qu'il soit classé en zone UC du futur plan local d'urbanisme. Il résulte donc de l'ensemble de ce qui précède qu'il doit être considéré, ainsi que le soutient la requérante, et contrairement à ce que fait valoir le préfet du Var, que le terrain d'assiette du projet est situé à proximité immédiate et en bordure d'une partie urbanisée de la commune, caractérisée par un nombre et une densité significatifs de constructions, au nord et au nord-ouest de la parcelle en litige.

5. En outre, l'ancienne route de Fayence, qui dessert le projet et qui est située à l'ouest du terrain en litige, est d'une largeur assez étroite, ainsi qu'il ressort des vues Geoportail, accessibles aisément tant au juge qu'aux parties et comprend des constructions implantées de part et d'autre de cette route. Ainsi, contrairement à ce que fait valoir le préfet du Var sur ce point, cette route ne crée pas une barrière artificielle, entre d'une part une zone naturelle à laquelle se rattacherait le projet en litige et d'autre part la zone urbanisée située à l'ouest de ladite route.

6. Enfin, ainsi que le soutient la requérante sans être utilement contestée sur ce point, un permis de construire a été délivré en 2014 sur la parcelle voisine cadastrée section B 127, qui est située immédiatement au nord de la parcelle en litige.

7. Il résulte donc de l'ensemble de ce qui précède que le projet, qui consiste à édifier une seule villa sur la parcelle cadastrée section B 129, ne contribue donc pas à étendre l'urbanisation de cette partie urbanisée de la commune. Il ressort donc de l'ensemble des pièces du dossier que la requérante est fondée à soutenir que le préfet du Var dans son avis du

25 septembre 2020 a commis une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme. Par suite, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de l'avis défavorable conforme du préfet du Var du 25 septembre 2020 doit être accueilli.

8. L'avis du préfet du Var en ce qu'il se fonde sur la méconnaissance des dispositions de l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme étant considéré comme illégal, le motif de la décision en litige fondé sur l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme est également illégal et doit être censuré.

9. En second lieu, aux termes de l'article R. 431-19 du code de l'urbanisme : " Lorsque les travaux projetés nécessitent une autorisation de défrichement en application des articles L. 341-1, L. 341-3 ou L. 214-13 du code forestier, la demande de permis de construire est complétée par la copie de la lettre par laquelle le préfet fait connaître au demandeur que son dossier de demande d'autorisation de défrichement est complet, si le défrichement est ou non soumis à reconnaissance de la situation et de l'état des terrains et si la demande doit ou non faire l'objet d'une enquête publique ". Il résulte de ces dispositions que si le terrain d'assiette du projet est compris dans un secteur soumis au défrichement, le dossier de demande de permis de construire doit comporter une lettre du préfet indiquant que le dossier qui a été soumis au défrichement est complet.

10. En l'espèce, il n'est pas contesté que le terrain d'assiette du projet était soumis à un défrichement. Sur ce point, il ressort des pièces du dossier que le maire de la commune de Saint-Paul-en-Forêt a, le 16 septembre 2020 puis le 2 octobre 2020, demandé à la pétitionnaire de lui fournir, dans le cadre de l'instruction de sa demande de permis de construire, des éléments relatifs au dossier de défrichement. Si la décision en litige indique que le dossier de demande de permis de construire a été complété le 24 septembre 2020 et le 13 janvier 2021, suite à ces demandes de la commune, il n'est ni établi, ni même allégué que le dossier aurait été complété par la lettre du préfet du Var indiquant que le dossier de défrichement était complet.

11. En outre, si la requérante soutient que le maire aurait pu surseoir à statuer sur la demande, elle n'indique pas en vertu de quelles dispositions d'urbanisme le maire aurait dû exercer ce sursis à statuer sur sa demande. Par ailleurs, si la requérante poursuit en soutenant que l'autorisation de défrichement du terrain a finalement été délivrée le 3 février 2021, sur ce point, la légalité d'une autorisation d'urbanisme s'appréciant à la date à laquelle celle-ci est délivrée, le fait qu'une autorisation de défrichement aurait été délivrée le 3 février 2021, postérieurement à la date de délivrance du refus de permis de construire, ne saurait avoir une quelconque incidence sur la légalité de la décision en litige du 27 janvier 2021.

12. Il ressort donc des pièces du dossier que la requérante n'établissant pas avoir transmis la pièce manquante, telle qu'exigée par l'article R.431-19 du code de l'urbanisme, à son dossier de demande de permis de construire, elle n'est ainsi pas fondée à soutenir que le maire ne pouvait pas refuser de délivrer le permis de construire sollicité. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 431-19 du code de l'urbanisme doit être écarté et de ce fait ce motif de la décision en litige fondé sur la méconnaissance des dispositions de l'article R. 431-19 du code de l'urbanisme doit être considéré comme légal.

13. Par ailleurs, il résulte de l'instruction, que ce motif tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 431-19 du code de l'urbanisme suffisait, à lui seul, à prendre la décision de refus de permis de construire en litige. Il résulte donc de l'ensemble de ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter les conclusions à fin d'annulation de la présente requête.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

14. Les conclusions à fin d'annulation de la présente requête ayant été rejetées, la présente décision n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction de la présente requête doivent également être rejetées.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de la commune de Saint-Paul-en-Forêt, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, quelque somme que ce soit au titre de ces dispositions.

DECIDE

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à Mme C A, à la commune de Saint-Paul-en-Forêt et au préfet du Var.

Délibéré après l'audience du 6 février 2024, à laquelle siégeaient :

M. Privat, président,

M. Bailleux, premier conseiller,

Mme Le Gars, conseillère.

Rendu public par mise à disposition le 29 mars 2024.

Le rapporteur,

Signé :

F. BAILLEUX

Le président,

Signé :

J-M. PRIVATLa greffière,

Signé :

F. POUPLY

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Et par délégation,

La greffière.

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