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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2100975

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2100975

vendredi 8 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2100975
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantPORTA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 avril 2021 et des mémoires enregistrés le 5 juillet 2022 et le 30 mai 2023, M. B A, représenté par Me Porta, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 décembre 2020 par lequel le maire de la commune du Cannet- des-Maures s'est opposé à la déclaration préalable qu'il avait déposée le 13 novembre 2020 en vue d'un détachement d'une parcelle de 5 339 m² du terrain lui appartenant, cadastré section A n°s 265 et 271 situé hameau de Saint-Clair sur le territoire de cette commune, ensemble la décision du

12 février 2021 portant rejet de son recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la commune du Cannet-des-Maures une somme de 2 500 euros à lui verser sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision d'opposition lui ayant été notifiée tardivement, il était bénéficiaire d'une non-opposition tacite illégalement retirée faute d'avoir été précédée d'une procédure contradictoire ; l'accusé de réception produit par la commune est illisible et ne contredit pas le moyen invoqué ;

- le maire s'étant senti lié par l'avis émis par le SDIS dont il a intégralement reproduit

les termes, a méconnu l'étendue de sa compétence ;

- l'avis du SDIS est lui-même entaché d'erreurs majeures : le projet ne porte pas sur

la création de deux lots à bâtir mais d'un seul, les parcelles ne sont pas situées dans un espace boisé mais dans un secteur urbanisé de la commune et la majeure partie de la parcelle détachée se trouve en zone Nh correspondant au hameau de Saint-Clair ; ni le rapport de présentation du PLU ni

la cartographie du site Remocra du SDIS ne font état d'un aléa feu de forêt spécifique dans

ce quartier ;

- l'appréciation au regard de l'article R.111-2 du code de l'urbanisme n'a pas été portée au regard des critères qu'il énonce ; la parcelle n'accueillera qu'une seule habitation, laquelle sera implantée, compte tenu des contraintes du PLU, au plus près de la voie publique et des autres habitations existantes et s'insérera ainsi dans le tissu urbain préexistant ; elle sera à proximité immédiate de la borne d'incendie.

Par des mémoires en défense enregistrés le 23 novembre 2021 et le 10 mai 2023,

la commune du Cannet-des-Maures, agissant par son maire en exercice et représentée

par la SELARL LLC et Associés par Me Faure-Bonaccorsi, conclut au rejet de la requête et demande que soit mise à la charge de M. A une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par la requête ne sont pas fondés, notamment que :

- l'arrêté attaqué ne peut recevoir la qualification de retrait d'une non-opposition tacite dès lors qu'il doit être regardé comme notifié à la date du 12 décembre 2020, date de première présentation du pli contenant l'arrêté daté du 10 décembre 2020, soit avant l'expiration du délai d'un mois courant à compter du 13 novembre 2020, date de dépôt du dossier de déclaration préalable ;

- le maire ne s'est pas senti lié par l'avis du SDIS et n'a donc pas méconnu l'étendue de sa compétence ;

- l'avis du SDIS n'est pas erroné, il n'indique aucunement que deux lots seraient à bâtir,

le dossier fait bien apparaître que le lot issu de la division (lot B) se trouve en zone N et dans un espace boisé et un risque incendie majeur y est identifié et qu'aucune prescription spéciale n'était susceptible d'y parer, l'arrêté n'est donc entaché d'aucune erreur d'appréciation au regard

de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme.

Par une ordonnance du 31 mai 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 14 juin 2023

à 12 heures, par application de l'article R. 613-1 du code de justice administrative.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bonmati ;

- les conclusions de Mme Faucher rapporteure publique ;

- et les observations de Me Faure-Bonaccorsi pour la commune du Cannet-des-Maures.

Considérant ce qui suit :

1. Par sa présente requête, M. B A demande l'annulation de l'arrêté

du 10 décembre 2020 par lequel le maire de la commune du Cannet-des-Maures s'est opposé à la déclaration préalable qu'il avait déposée le 13 novembre 2020 en vue d'un détachement d'une parcelle de 5 339 m² du terrain lui appartenant, cadastré section A n°s 265 et 271 situé hameau de Saint-Clair sur le territoire de cette commune, ainsi que de la décision du 12 février 2021 portant rejet de son recours gracieux.

Sur la survenue d'une décision tacite de non opposition à la déclaration préalable :

2. Il ressort de l'examen des pièces du dossier que l'arrêté du 10 décembre 2020 attaqué, portant opposition à la déclaration préalable déposée le 13 novembre 2020 par M. A, a été notifié par pli recommandé avec accusé de réception qui lui a été présenté le 12 décembre 2020, soit avant l'expiration du délai d'un mois au terme duquel naît, en application de l'article R. 424-1 du code de l'urbanisme, une décision tacite de non-opposition. Il s'ensuit que le requérant ne saurait se prévaloir de l'acquisition à son bénéfice d'une telle décision tacite.

Sur la légalité de l'arrêté attaqué :

3. En premier lieu, il ressort de l'examen de la décision attaquée que, comme le soutient

le requérant, pour s'opposer, sur le seul fondement de l'article R.111-2 du code de l'urbanisme,

à la déclaration préalable en vue de la division parcellaire de son terrain composé des parcelles cadastrées A 265 et A 271 situées hameau de Saint-Clair et classées en zone N et, partiellement, Nh, du plan local d'urbanisme, zones au sein desquelles les constructions nouvelles ne sont pas interdites, le maire de la commune du Cannet-des-Maures, alors même que ses services du pôle technique de rénovation urbaine avaient émis un avis favorable avec réserves, s'en est uniquement tenu, sans porter aucune appréciation propre ni se livrer à aucun examen particulier de la déclaration qui lui était soumise, aux termes de l'avis défavorable émis par le service départemental d'incendie et de secours du Var. Il s'ensuit que le requérant est fondé à soutenir que, ce faisant, le maire de la commune du Cannet-des-Maures a méconnu l'étendue de ses compétences et entaché, par conséquent, sa décision d'illégalité.

4. En second lieu, aux termes de l'article R.111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations. ".

5. Il ressort toutefois du dossier que s'il est constant que le territoire communal est,

dans son ensemble, soumis au risque incendie feu de forêt, il n'est pas inclus dans un PPRIF opposable et que le terrain d'assiette litigieux n'est pas officiellement affecté d'un aléa feu de forêt portant une cotation précise, les éléments cartographiques annexés au plan local d'urbanisme dont se prévaut la commune, le faisant apparaître, au mieux, dans une zone d'aléa moyen. Par ailleurs, la commune ne conteste formellement ni que le hameau Saint-Clair, composé de parcelles de très grandes dimensions, est déjà urbanisé, ni qu'en raison des contraintes urbanistiques, l'implantation de la construction projetée ne sera pas en lisière immédiate de la zone boisée, ni, enfin qu'une borne à incendie normalisée située à une distance conforme à la réglementation desservira

la construction. Par ailleurs, le SDIS, dont l'avis est peu circonstancié, n'a pas clairement explicité les raisons pour lesquelles il estime que le terrain serait affecté par un risque d'incendie majeur et que la défensabilité de la nouvelle construction ne pourrait pas être assurée. Dans ces conditions et en l'état des pièces du dossier soumis au tribunal par les parties tant en demande qu'en défense, l'unique motif tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 111-2 précité du code de l'urbanisme ne pouvait fonder légalement la décision attaquée.

6. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun des autres moyens de la requête n'est susceptible, en l'état de l'instruction, de fonder l'annulation demandée.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la décision attaquée du 10 décembre 2020 portant opposition à la déclaration préalable de division parcellaire déposée par M. A doit être annulée.

Sur les frais relatifs au litige :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'affaire, de faire application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, et de mettre à la charge de la commune du Cannet-des-Maures une somme de 2 000 euros à payer à M. A sur le fondement de ces dispositions. Il y a lieu, en revanche, M. A n'étant pas la partie perdante à la présente instance, de rejeter les conclusions présentées sur le même fondement par la commune du Cannet-des-Maures.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 10 décembre 2020 par lequel le maire de la commune du Cannet-des-Maures s'est opposé à la déclaration préalable déposée le 13 novembre 2020 par M. A en vue du détachement d'une parcelle de 5 339 m² du terrain lui appartenant, cadastré section A n°s 265 et 271 situé hameau de Saint-Clair sur le territoire de cette commune, ensemble la décision du

12 février 2021 portant rejet de son recours gracieux, sont annulés.

Article 2 : La commune du Cannet-des-Maures versera à M. A une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions de la commune du Cannet-des-Maures tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sont rejetées.

Article 4 : La présente décision sera notifiée à M. B A et à la commune

du Cannet-des -Maures.

Délibéré après l'audience du 24 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Sauton, président,

M. Quaglierini, premier conseiller,

Mme Bonmati, magistrate honoraire.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 décembre 2023.

Le rapporteur,

signé

D. BonmatiLe président,

signé

J.F. SautonLe greffier,

signé

P. Bérenger

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Et par délégation, le greffier.

N°2100975

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