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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2101009

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2101009

jeudi 8 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2101009
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantDAVID

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 13 avril 2021 et le 1er juin 2023, Mme A E, née C, représentée par Me David, doit être regardée comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) à titre principal, d'annuler la décision du 22 octobre 2020 par laquelle le directeur interrégional des services pénitentiaires de Marseille a reconnu comme imputable au service l'accident dont elle a été victime le 26 novembre 2018, en tant qu'elle ne fixe pas la date de consolidation de son état de santé à une date postérieure au 31 janvier 2019, et la décision du 19 février 2021 rejetant le recours gracieux qu'elle a formé contre cette décision ;

2°) d'enjoindre au directeur interrégional des services pénitentiaires de Marseille de régulariser sa situation administrative et financière dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) à titre subsidiaire, de désigner avant dire droit un expert en vue de fixer la date de consolidation de son état de santé ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative et les entiers dépens.

Elle soutient que les décisions attaquées sont entachées :

- d'un vice de procédure dès lors que le dossier n'a pas été examiné par la commission de réforme et que son dossier n'a pas fait l'objet d'un examen approfondi ;

- d'une erreur d'appréciation en fixant la date de consolidation au 31 janvier 2019 dès lors, qu'après cette date, son état de santé ne pouvait être considéré comme étant consolidé puisqu'elle a continué à bénéficier de soins postérieurement au 31 janvier 2019.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 avril 2023, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête sont infondés.

Par une ordonnance du 28 septembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au

30 octobre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Karbal,

- les conclusions de M. Kiecken, rapporteur public,

- et les observations de Me David, représentant Mme E, née C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E, née C, adjointe administrative affectée au centre pénitentiaire de Toulon-La-Farlède, a été victime le 26 novembre 2018 d'un accident de type " burn out ". Par une décision du 22 octobre 2020, le directeur interrégional des services pénitentiaires de Marseille a reconnu l'accident comme imputable au service, avec prise en charge des frais occasionnés par celui-ci et versement de l'intégralité du traitement du jour de l'accident jusqu'au 31 janvier 2019, date de consolidation de l'état de santé de l'intéressée. Estimant que cette date était erronée, la requérante a exercé un recours gracieux contre cette décision le 10 décembre 2020, sur lequel l'administration a gardé le silence avant de le rejeter expressément par une décision du 19 février 2021. Dans la présente instance, la requérante doit être regardée comme demandant l'annulation de ces décisions, en tant qu'elles ne fixent pas la date de consolidation de son état de santé à une date postérieure au 31 janvier 2019.

2. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la commission de réforme, qui s'est réunie le 13 octobre 2020 et a émis un avis favorable à la reconnaissance de l'imputabilité au service de l'accident de Mme E, née C avec une date de consolidation fixée au 31 janvier 2019, n'aurait pas procédé à l'examen de la situation de l'intéressée. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.

3. En second lieu, aux termes de l'article 34 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat : " Le fonctionnaire en activité a droit : / () / 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. () si la maladie provient () d'un accident survenu dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident ". Aux termes de l'article 13 du décret n° 86-442 du 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l'organisation des conseils médicaux, aux conditions d'aptitude physique pour l'admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires : " La commission de réforme est consultée notamment sur : () 4. La reconnaissance et la détermination du taux de l'invalidité temporaire ouvrant droit au bénéfice de l'allocation d'invalidité temporaire prévue à l'article 8 bis du décret du 26 octobre 1947 modifié susvisé ; 5. La réalité des infirmités résultant d'un accident de service ou d'une maladie professionnelle, la preuve de leur imputabilité au service et le taux d'invalidité qu'elles entraînent, en vue de l'attribution de l'allocation temporaire d'invalidité instituée à l'article 65 de la loi du 11 janvier 1984 susvisée. () ".

4. Un accident survenu sur le lieu et dans le temps du service, dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par un fonctionnaire de ses fonctions ou d'une activité qui en constitue le prolongement normal présente, en l'absence de faute personnelle ou de toute autre circonstance particulière détachant cet évènement du service, le caractère d'un accident de service. Il résulte de ces dispositions que le droit de conserver l'intégralité du traitement est soumis à la condition que la maladie mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'accomplir son service soit en lien direct, mais non nécessairement exclusif, avec un accident survenu dans l'exercice ou à l'occasion de ses fonctions. Par ailleurs, la consolidation de l'état de santé de l'agent, qui permet de fixer la date à laquelle son état de santé est stabilisé, ne fait pas obstacle à la prise en charge au titre de l'accident de service des soins et arrêts de travail postérieurs qui sont en relation directe avec l'accident.

5. Il résulte de l'instruction, notamment des conclusions administratives de l'expertise réalisée par le docteur B, à la demande de l'autorité administrative, qu'après avoir procédé à l'examen de l'intéressée, le 13 juillet 2020, et pris connaissance des arrêts médicaux pour la période du 26 novembre 2018 au 27 décembre 2019, ce médecin agréé a fixé la date de consolidation de l'état de santé Mme E, née C au 31 janvier 2019. La requérante verse aux débats un certificat médical du 2 décembre 2020 du docteur D, médecin psychiatre, qui a constaté " une tristesse de l'humeur, ruminations, pleurs, culpabilité, irritabilité, troubles de la concentration, troubles du sommeil et de l'appétit, amaigrissement, crises d'angoisses, asthénie, somatisations multiples, anhédonie et aboulie. ", et qui précise que la requérante " prend toujours un traitement conséquent : 120mg de cymbalta tous les matins + anxiolytique (alprazolam 0.25 : 1 à 3/ j) ". Il ressort toutefois de ce certificat qu'il relève " une amélioration partielle ", de l'état de santé qui demeure " insuffisante ", mais qui " progresse encore régulièrement depuis quelques mois ". Dans ces conditions, les éléments dont se prévaut la requérante ne sont pas de nature à remettre sérieusement en cause la date de consolidation telle qu'elle a été retenue par l'administration, éclairée par l'avis de la commission de réforme. Le moyen titré de l'erreur d'appréciation quant à la date de fixation de la date de consolidation de l'état de santé doit, par suite, être écarté.

6. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de désigner avant dire droit un expert, que la requête de Mme E, née C doit être rejetée, y compris les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

7. La présente instance n'ayant pas donné lieu à des dépens, les conclusions de la requête présentées sur le fondement de l'article R. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D É C I D E :

Article 1 : La requête de Mme E, née C est rejetée.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A E, née C, et au garde des sceaux, ministre de la justice.

Délibéré après l'audience du 18 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Harang, président,

M. Karbal, conseiller,

Mme Montalieu, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 février 2024.

Le rapporteur,

Signé

Z. KARBAL

La présidente,

Signé

P. HARANG La greffière,

Signé

A. CAILLEAUX

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier

N°2101009

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