vendredi 24 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2101115 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre - Juge Unique |
| Avocat requérant | GRAVELLIER - LIEF - DE LAGAUSIE - RODRIGUES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 23 avril 2021 et le 25 avril 2022, M. D C, représenté par Me Gravellie, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'ordonner une expertise médicale avant-dire droit afin qu'un expert se prononce sur son taux d'invalidité et dire que les frais d'expertise seront à la charge de la Caisse nationale de retraite des agents des collectivités locales ;
2°) de prononcer le sursis à statuer dans l'attente du rapport d'expertise ;
3°) d'annuler la décision du 3 février 2021 par laquelle la Caisse nationale de retraite des agents des collectivités locales (CNRACL) a fixé son taux global d'invalidité à 51% ;
4°) d'annuler la décision du 24 février 2021 rejetant son recours gracieux ;
5°) d'enjoindre à la Caisse nationale de retraite des agents des collectivités locales de procéder à une nouvelle étude de son dossier et, si le taux d'invalidité devait être revu à la hausse, de lui verser rétroactivement la différence de pension à compter de son départ à la retraite ;
6°) de mettre à la charge de la Caisse des dépôts et consignations une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les dépens.
Il soutient que :
- sur la demande d'expertise :
Elle est utile à la reconnaissance de ses droits compte tenu notamment des incohérences des avis médicaux ;
- sur les conclusions en annulation :
- les auteurs des décisions attaquées sont incompétents ;
- la décision du 3 février 2021 est entachée d'un vice de procédure car la commission départementale de réforme a méconnu les dispositions des articles 14 et 16 de l'arrêté
du 4 août 2004 dans la mesure où il n'a pas reçu de convocation et n'a pu par suite disposer d'un délai minimum de 10 jours pour prendre connaissance de son dossier médical avant la réunion de cette commission ; les dispositions de l'article 3 de l'arrêté du 4 août 2004 ont été méconnues car aucun spécialiste de son affection n'a siégé à la commission de réforme ;
- la Caisse nationale de retraite des agents des collectivités locales a commis une erreur de fait car d'une part, elle ne tient pas compte, dans le calcul de son taux global d'invalidité,
des observations de la commission de réforme en séance du 18 septembre 2019, suivant lesquelles il présentait trois pathologies invalidantes, ce qui aurait donné lieu à un taux au moins égal à 60% et d'autre part, elle conclut à l'aggravation de la fibrillation auriculaire sans pour autant en augmenter le taux ;
- le taux d'invalidité fixé par la Caisse nationale de retraite des agents des collectivités locales à 51% sur la base du rapport complémentaire du docteur E est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation car elle n'a retenu que deux pathologies au lieu des trois existantes conduisant à un taux de 90 %.
Par un mémoire en défense, enregistré deux fois les 20 et 28 octobre 2021, le directeur de la Caisse des dépôts et consignations conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- sur la demande avant dire droit d'expertise :
Elle n'apparaît pas opportune ;
- sur les conclusions en annulation :
Les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 11 octobre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 10 novembre 2022.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des pensions civiles et militaires de retraite ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- le décret n°2003-1306 du 26 décembre 2003 ;
- le décret n° 2007-173 du 7 février 2007 ;
- l'arrêté du 4 août 2004 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Sauton, vice-président, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
M. Sauton a présenté son rapport, en l'absence des parties.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, né le 19 juin 1957, a été recruté en tant qu'adjoint technique principal
au sein de la commune de Saint-Tropez. Après avoir été admis en congé longue maladie
du 29 octobre 2015 au 28 octobre 2018, il a été placé en disponibilité pour raison de santé à compter du 29 octobre 2018 en raison de l'épuisement de ses droits à congés maladie. Le 1er août 2018,
M. C a alors demandé sa mise à la retraite pour invalidité. Par un avis du 6 juin 2019,
le comité médical départemental a considéré M. C inapte de façon définitive et absolue à ses fonctions, ainsi qu'à toutes fonctions. Il a donné un avis favorable à l'attribution d'une retraite pour invalidité et a considéré que son taux d'invalidité " 30% + 30% + 30% " était non imputable au service. Par un arrêté du maire de la commune de Saint-Tropez du 19 juin 2020, le requérant a été admis à la retraite pour invalidité à compter du 1er juillet. La commission de réforme, par un premier avis du 18 septembre 2019, a reconnu l'existence de trois infirmités non imputables au service dont elle a fixé respectivement les taux à hauteur de 30% pour cardiopathie dilatée diffuse, 30% pour fibrillation auriculaire et 30% pour hyperthyroïdie et a refusé, dans un second avis du 16 décembre 2020, de reconnaître le taux d'invalidité au titre de l'hyperthyroïdie suite au rapport médical complémentaire du 12 mai 2020 du docteur E. Par une décision
du 3 février 2021, la Caisse nationale de retraite des agents des collectivités locales a fixé le taux global d'invalidité de M. C à 51%. Le requérant a alors contesté, par un courrier
du 19 février 2021, l'absence de prise en compte du taux d'invalidité à hauteur de 30% au titre de l'hyperthyroïdie. La CNRACL a rejeté son recours gracieux le 24 février 2021 en excluant
cette pathologie. Le requérant demande au tribunal l'annulation de la décision de la CNRACL
du 3 février 2021, ensemble de la décision explicite de rejet de son recours gracieux
du 24 février 2021.
Sur les conclusions à fin de prononcé d'une expertise avant dire-droit :
2. Aux termes de l'article R. 621-1 du code de justice administrative : " La juridiction peut, soit d'office, soit sur la demande des parties ou de l'une d'elles, ordonner, avant dire droit, qu'il soit procédé à une expertise sur les points déterminés par sa décision. (). ".
3. D'une part, dans son rapport médical du 8 novembre 2018, le docteur E, endocrinologue, reconnaît l'existence de trois pathologies affectant M. C, à savoir une cardiopathie dilatée diffuse, une fibrillation auriculaire et une hyperthyroïdie, chacune pour un taux d'invalidité de 30 %. Toutefois, à la lecture de son rapport, la Caisse nationale de retraite des agents des collectivités locales a constaté que l'hyperthyroïdie présentée par M. C et consécutive à la prise d'un médicament était considérée comme guérie. Elle a donc estimé nécessaire de demander à ce spécialiste de préciser ses observations. Dans son rapport complémentaire du 12 mai 2020, le docteur E a confirmé l'existence d'une hyperthyroïdie, guérie, mais ayant entraîné une aggravation d'une autre pathologie, liée au trouble du rythme cardiaque moyen de M. C. L'hyperthyroïdie est ainsi intriquée avec la fibrillation auriculaire. Par conséquent, la présence de deux pathologies au lieu de trois dans le rapport complémentaire du Docteur E apparaît justifiée. Dans son rapport médical
du 22 mars 2019, le docteur A B a également reconnu l'existence de deux pathologies affectant le requérant, à savoir une cardiopathie dilatée diffuse et une fibrillation auriculaire. D'autre part, M. C ne produit aucun rapport médical effectué par un expert médical fixant un taux d'invalidité supérieur à celui de la Caisse nationale de retraite des agents des collectivités locales. Compte tenu de ce qui précède, la demande d'expertise avant dire-droit ne présente pas de caractère utile et doit être rejetée.
Sur les conclusions à fin d'annulation des décisions attaquées :
4. Aux termes de l'article 30 du décret du 26 décembre 2003 susvisé : " Le fonctionnaire qui se trouve dans l'impossibilité définitive et absolue de continuer ses fonctions par suite de maladie, blessure ou infirmité grave dûment établie peut être admis à la retraite soit d'office, soit sur demande ". Aux termes de l'article 31 du même décret, dans sa version alors en vigueur : " Une commission de réforme est constituée dans chaque département pour apprécier la réalité des infirmités invoquées, la preuve de leur imputabilité au service, les conséquences et le taux d'invalidité qu'elles entraînent, l'incapacité permanente à l'exercice des fonctions (). / Le pouvoir de décision appartient dans tous les cas à l'autorité qui a qualité pour procéder à la nomination, sous réserve de l'avis conforme de la Caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales ".
5. Aux termes de l'article 14 de l'arrêté du 4 août 2004 susvisé : " Le secrétariat
de la commission de réforme convoque les membres titulaires et l'agent concerné au moins quinze jours avant la date de la réunion. () ". Aux termes de l'article 16 du même arrêté :
" Dix jours au moins avant la réunion de la commission, le fonctionnaire est invité à prendre connaissance, personnellement ou par l'intermédiaire de son représentant, de son dossier, dont la partie médicale peut lui être communiquée, sur sa demande, ou par l'intermédiaire d'un médecin ; il peut présenter des observations écrites et fournir des certificats médicaux. / La commission entend le fonctionnaire, qui peut se faire assister d'un médecin de son choix. Il peut aussi se faire assister par un conseiller. ". Les dispositions précitées des articles 14 et 16 de l'arrêté
du 4 août 2004 prévoient que la commission départementale de réforme des agents de la fonction publique territoriale doit convoquer l'agent intéressé et procéder à son audition.
6. Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie.
7. Le requérant soutient qu'il n'a pas été destinataire de la convocation à la séance de la commission de réforme du 16 décembre 2020 en méconnaissance de l'article 14 de l'arrêté
du 4 août 2004 et n'a pu ainsi disposer du délai minimum de 10 jours avant la réunion de
la commission prévu par l'article 16 du même arrêté afin de prendre connaissance de son dossier.
8. La Caisse nationale de retraite des agents des collectivités locales se borne à produire en défense les procès-verbaux des séances des 18 septembre 2019 et du 16 décembre 2020, mentionnant que le requérant a été régulièrement convoqué et qu'il n'a pas assisté à la réunion de la commission. Toutefois elle ne produit pas la convocation de M. C à la séance de la commission de réforme du 16 décembre 2020. Dans ces conditions, M. C a été privé de la garantie tirée du caractère contradictoire de la procédure devant cette commission.
9. M. C est par suite fondé, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de sa demande, à demander l'annulation des décisions attaquées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
10. Le présent jugement implique au vu du motif d'annulation retenu que le directeur de la Caisse des dépôts et consignation réexamine la situation de M. C, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
11. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation, que le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine au titre des frais exposés et non compris dans les dépens ".
12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de la Caisse des dépôts et consignations une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. C et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La décision de la Caisse nationale de retraite des agents des collectivités locales
du 3 février 2021 est annulée.
Article 2 : La décision de la Caisse nationale de retraite des agents des collectivités locales
du 24 février 2021 portant rejet du recours gracieux exercé par M. C est annulée.
Article 3 : Il est enjoint au directeur de la Caisse des dépôts et consignations de procéder au réexamen de la demande de M. C dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 4 : La Caisse des dépôts et consignations versera à M. C la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions de M. C est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. D C et au directeur de la Caisse des dépôts et consignations.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 novembre 2023.
Le magistrat désigné,
signé
J.-F. Sauton
Le greffier,
signé
P. Bérenger
La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
P/ la greffière en chef,
Le greffier.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026