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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2101309

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2101309

mardi 14 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2101309
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantLLC ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 9 mai 2021, 6 octobre 2021,

16 octobre 2021 et 13 mars 2022, Mme H A et M. D B, doivent être regardés comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du maire de la commune de Roquebrune-sur-Argens du

14 mars 2018 par lequel celui-ci a accordé un permis de construire à Mme I pour des travaux de construction d'une maison de village sur l'emplacement d'un ancien hangar sur la parcelle cadastrée section BE 650 d'une superficie de 112 mètres carrés ;

2°) d'annuler la décision du maire de la commune de Roquebrune-sur-Argens du

20 avril 2018 transférant ce permis de construire à M. E ;

3°) d'annuler la décision du 4 janvier 2021 du maire de la commune de Roquebrune-sur-Argens de proroger ce permis de construire ;

4°) d'annuler la décision implicite de rejet du recours gracieux effectué par eux le

30 janvier 2021 à l'encontre de ce permis de construire par le maire de la commune de Roquebrune-sur-Argens ;

5°) d'enjoindre à la production du titre de propriété de M. E.

Ils soutiennent que :

- l'adresse indiquée sur l'arrêté accordant un permis de construire ne correspond pas à celle indiquée sur la page de couverture de la demande de permis de construire ;

- la notice explicative et paysagère de la demande de permis de construire comporte des incohérences, des omissions, et des erreurs ; la demande de permis de construire précise en page 3 que la demande concerne une maison de village située " Rue Sainte-Geneviève commune de Saint-Raphaël " ; d'autres incohérences sont présentes en page 3 de la demande de permis de construire ; la notice explicative indique que le projet de maison de village reprend le principe de volumétrie du hangar existant ; le hangar existant possède six faces latérales et ne s'appuie pas sur la limite parcellaire Est, alors que la future construction possède 4 faces latérales et s'appuie sur la limite parcellaire Est ; ainsi, contrairement à ce qu'indique la notice explicative, la maison ne reprend pas le principe de volumétrie du hangar existant ;

- le projet méconnaît les dispositions de l'article R. 431-9 du code de l'urbanisme car le plan de masse est coté en deux dimensions seulement, en méconnaissance de ces dispositions ;

- les façades riveraines les plus proches sont situées au Nord-ouest et les fenestrons ouest donneront directement sur ces façades ; l'espace patio des parcelles 262 et 261 actuellement dégagé de toute construction vers l'Est, sera obturé par la façade ouest de la nouvelle construction ; la nouvelle construction élèvera un mur face à ces façades, à une distance de 2,37 mètres comme indiqué dans le procès-verbal de constat d'huissier du 21 juillet 2020 ; il est donc inexact d'indiquer que l'espace patio sera maintenu ;

- la rubrique 5.7 stationnement du document CERFA précise que la surface dédiée au stationnement sera de 30 mètres carrés, alors que la surface totale dédiée au stationnement, telle que mesurée sur les plans du dossier de demande de permis de construire montrent une surface de 5,51 mètres carrés, soit moins de 3 mètres carrés par place de stationnement ; ces informations contradictoires ne permettent ainsi pas de connaître la surface totale affectée au stationnement ;

- l'arrêté de permis de construire ne prévoit rien concernant une ou des éventuelles démolitions ; la demande de permis de construire prévoit non seulement la démolition du poulailler mais aussi celle du hangar existant de dimensions imposantes ; ce hangar n'existe pas aux yeux du centre des impôts foncier de Draguignan ; si la nouvelle construction implique la démolition du poulailler existant et celle du hangar existant, il ne s'agit pas d'une démolition partielle mais d'une démolition totale, comme renseignée dans la rubrique 6 du CERFA ; les informations relatives aux démolitions contenues dans la notice explicative et dans les plans du dossier de demande de permis de construire sont donc contradictoires ;

- les ouvertures sur la façade Nord-ouest ne sont pas cotées ; en outre, il y a un doute sur le nombre de ces ouvertures, qui sont au nombre de 2 ou 3 en fonction des plans du dossier de demande de permis de construire ; le projet de construction méconnait les servitudes de vue définies aux articles L. 112-9 à L. 112-11 du code de la construction et de l'habitation ;

- les plans en page 12 du dossier de demande de permis de construire font apparaître un trapèze d'une surface de 65 mètres carrés ; il y a donc selon les plans création de 65 mètres carrés de surface au niveau R et au niveau R+1 ; toutefois, le permis de construire indique une surface de plancher créée de 102 mètres carrés ; on ne connaît donc pas la surface d'habitation qui va être créée ;

- la décision attaquée ne respecte pas les dispositions des articles R. 111-16 du code de l'urbanisme et R. 111-17 du même code ; la distance entre le balcon et la limite parcellaire n'est pas cotée sur le plan de la page 10 du dossier de demande de permis de construire ; le calcul de cette distance sur le plan A3 au 1/100 donne une distance de 2,70 mètres, inférieure aux 3 mètres.

Par des mémoires en défense enregistrés les 21 janvier 2022 et 30 juin 2022, la commune de Roquebrune-sur-Argens, représentée par Me Bauducco, conclut à titre principal au rejet de la requête, à titre subsidiaire à ce qu'un sursis à statuer soit prononcé en application des dispositions de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme afin d'inviter le pétitionnaire à déposer une demande de permis de construire modificatif régularisant les irrégularités constatées, et en tout état de cause à ce qu'il soit mis à la charge des requérants une somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable en ce que les requérants n'établissent pas disposer d'un intérêt à agir en application des dispositions de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme ; en outre, la décision de transfert n'a aucune incidence sur les conditions de jouissance des biens des consorts A et B ;

- les moyens soulevés par les requérants sont infondés.

Par un mémoire en défense enregistré le 17 septembre 2021, Mme G I doit être regardée comme concluant au rejet de la requête.

Elle fait valoir que:

- la requête est irrecevable en raison de sa tardiveté ; le permis de construire initial est devenu définitif au plus tard à compter du 21 septembre 2018 ; la date limite qui était autorisée aux tiers pour effectuer un éventuel recours ne pouvait dépasser le 24 juin 2018 ;

- ce recours est de plus abusif.

Par ordonnance du 1er août 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 13 septembre 2022 à 12 heures.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de la justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 9 avril 2024 :

- le rapport de M. Bailleux ;

- les conclusions de M. Riffard, rapporteur public ;

- et les observations de Me Lhotellier, représentant la commune de Roquebrune-sur-Argens.

Considérant ce qui suit :

1. Le maire de la commune de Roquebrune-sur-Argens a délivré le 14 mars 2018 un permis de construire à Mme G I pour la construction d'une maison de village sur l'emplacement d'un ancien hangar sur une parcelle cadastrée section BE 650 d'une superficie de 112 mètres carrés sur le territoire communal. Ce permis de construire a fait l'objet d'un transfert le 20 avril 2018 à M. C E, qui a ensuite déposé une demande de prorogation du permis de construire, qui a été accordée par un arrêté du 4 janvier 2021. Par la présente requête, les requérants demandent l'annulation du rejet implicite du recours gracieux qu'ils ont effectué en date du 29 janvier 2021, ainsi que de la décision du 14 mars 2018, de l'arrêté de transfert du 20 avril 2018 et de l'arrêté de prorogation du permis de construire initial accordé à M. E le 4 janvier 2021. Toutefois, la décision transférant un permis de construire doit s'analyser non comme la délivrance d'un nouveau permis de construire mais comme la simple rectification du nom du bénéficiaire. En outre, la prorogation d'un permis de construire ne peut être regardée comme un nouveau permis de construire, et il s'agit donc toujours du même permis de construire. Par suite, les conclusions à fin d'annulation du permis de construire initial du 14 mars 2018, celles à fin d'annulation de l'arrêté de transfert du 20 avril 2018 et celles relatives à la prorogation du permis de construire initial du 2 janvier 2021 sont en fait les mêmes conclusions dirigées contre l'arrêté du 14 mars 2018 relatif au permis de construire initial.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, les requérants soutiennent d'abord qu'il y a une incohérence entre l'adresse indiquée au 12 rue des Dalles sur la demande de permis de construire, et l'adresse qui est indiquée sur l'arrêté en litige au 22 rue du Pre F. L'adresse de la parcelle cadastrée section BE 650 est bien 12 rue des Dalles, comme il apparaît sur le formulaire de demande de permis de construire et comme cela ressort des pièces jointes (extrait cadastral, plans). Ainsi, cette erreur matérielle n'a pas d'incidence sur la légalité du permis de construire en litige. En outre, il n'y a pas de doute sur l'identification du terrain d'assiette au sein de la commune et il n'est pas soutenu que cette erreur n'aurait pas permis au service instructeur d'apprécier la conformité du projet aux règles d'urbanisme.

3. Les requérants soutiennent ensuite que, selon un document de l'administration fiscale, qu'ils produisent à l'instance, le terrain en litige, dont l'adresse est située au 22 rue Pre F, est désormais la propriété de M. E et n'est pas bâti. En outre, il ressort des photographies ainsi que du plan de situation que la parcelle cadastrée section BE n°650 est bâtie, et comprend au sud un ancien hangar agricole et au nord un poulailler. La demande de permis de construire fait en outre clairement apparaître que seront démolis le hangar et le cabanon (poulailler). En outre, les requérants, s'ils indiquent qu'une rectification auprès de ce service aurait dû être faite, n'identifient toutefois aucune règle d'urbanisme qui aurait été méconnue.

4. Les requérants indiquent enfin que l'accès aurait dû être placé sur la rue du Pre F et non sur la rue des Dalles. En outre, ils soutiennent également que l'affichage du permis de construire aurait dû être effectué sur la rue du Pre F et non sur la rue des Dalles. Toutefois, ils n'expliquent pas pourquoi l'accès à la parcelle aurait dû être prévu sur la rue du Pre F. Enfin, l'absence d'affichage d'un permis de construire n'a pas d'incidence sur la légalité du permis de construire.

5. Il ressort donc des pièces du dossier que les requérants ne sont pas fondés à soutenir que l'adresse indiquée sur l'arrêté en litige au 22 rue du Pre F aurait entaché d'illégalité le permis de construire en litige. Par suite, il y a lieu d'écarter ce moyen en ses différentes branches.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 431-9 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend également un plan de masse des constructions à édifier ou à modifier coté dans les trois dimensions. Ce plan de masse fait apparaître les travaux extérieurs aux constructions, les plantations maintenues, supprimées ou créées et, le cas échéant, les constructions existantes dont le maintien est prévu. Il indique également, le cas échéant, les modalités selon lesquelles les bâtiments ou ouvrages seront raccordés aux réseaux publics ou, à défaut d'équipements publics, les équipements privés prévus, notamment pour l'alimentation en eau et l'assainissement. Lorsque le terrain n'est pas directement desservi par une voie ouverte à la circulation publique, le plan de masse indique l'emplacement et les caractéristiques de la servitude de passage permettant d'y accéder. Lorsque le projet est situé dans une zone inondable délimitée par un plan de prévention des risques, les côtes du plan de masse sont rattachées au système altimétrique de référence de ce plan ". La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

7. Premièrement, si la notice explicative et paysagère a indiqué, en en-tête, qu'elle concerne une maison de village située rue Sainte-Geneviève sur la commune de Saint-Raphaël, cette simple erreur de plume ne saurait avoir une quelconque incidence sur la légalité de la décision attaquée. Il ressort en outre des autres pièces du dossier que l'adresse exacte au 12 rue des Dalles à Roquebrune-sur-Argens est mentionnée dans le dossier de demande. Cette branche du moyen doit par conséquent être écartée.

8. Deuxièmement, les requérants soutiennent que si la notice indique que le projet de maison de village reprend le principe de volumétrie du hangar existant, ce dernier possède 6 faces latérales et ne s'appuie pas sur la limite parcellaire Est, alors que la future construction possède 4 faces latérales et s'appuie sur la limite parcellaire Est. Ils poursuivent en soutenant que, contrairement à ce qu'indique la notice, il y a une différence de volume entre le hangar à démolir et la future construction. Toutefois, ils n'indiquent pas avec quelles dispositions du code de l'urbanisme le service instructeur n'aurait pas pu vérifier la conformité du permis de construire. Cette branche du moyen doit par suite également être écartée.

9. Troisièmement, les requérants soutiennent que le plan de masse est coté dans les deux dimensions, et non dans les trois dimensions, en méconnaissance des dispositions de l'article R. 431-9 du code de l'urbanisme. S'il ressort effectivement du plan de masse que celui-ci est coté dans les deux dimensions, il permet toutefois de calculer les dimensions de la future construction, sa hauteur pouvant quant à elle être calculée par les autres plans du dossier de demande de permis de construire. En tout état de cause, les requérants n'indiquent pas quelles dispositions du code de l'urbanisme auraient pu être méconnues. Ainsi, cette branche du moyen doit donc être écartée comme étant infondée et également comme étant inopérante.

10. Quatrièmement, les requérants soutiennent que le projet va porter atteinte, en particulier par sa façade ouest, aux conditions d'occupation et de jouissance des maisons voisines situées à proximité du patio. Toutefois, le permis de construire étant délivré sous réserve du droit des tiers, cette branche du moyen doit être écartée comme étant inopérante.

11. Cinquièmement et dernièrement, les requérants soutiennent que les informations relatives aux places de stationnement sont incohérentes, entre celles qui figurent dans le document CERFA et celles qui sont indiquées dans les plans du dossier de demande de permis de construire. Ils poursuivent en indiquant que si les places de parking sont au nombre de 2, la rubrique 5.7 stationnement du document CERFA précise que la surface dédiée au stationnement est de 30 mètres carrés, alors que la surface totale dédiée au stationnement, telle que mesurée sur les plans du dossier de demande de permis de construire, indique une surface totale de 5,51 mètres carrés, soit moins de 3 mètres carrés par place de stationnement. Il ressort des pièces du dossier, en particulier du formulaire CERFA, que deux places de stationnement seront créées pour une surface de 30 mètres carrés, dans la cour. La notice du projet indique d'ailleurs sur ce point que : " La cour de l'entrée : l'ancien poulailler sera démonté, évacué pour agrandir l'espace cour-parking et dégager un coin ensoleillé comme terrasse extérieure. Cet espace d'entrée servira aussi de parking (2 places) en élargissant un peu le portail du mur d'enceinte ".

12. Contrairement à ce que soutiennent les requérants, les trapèzes schématisant les places de stationnement, sur le plan de masse, n'indiquent qu'approximativement les places de stationnement et ne font pas apparaître l'espace dédié à la manœuvre des véhicules, indissociable de la place de stationnement en elle-même. Ainsi, contrairement à ce que soutiennent les requérants, et à supposer même que les dispositions qu'ils invoquent de la norme NF P91 120 soient opposables au projet, il n'est pas établi en l'espèce que les dimensions des places de stationnement ne soient pas respectées en prenant en compte l'ensemble de l'espace disponible dans la cour.

13. En tout état de cause, les requérants n'indiquent pas avec quelles dispositions d'urbanisme le service instructeur n'aurait pas été en mesure de vérifier la conformité du projet. Ainsi, le moyen tiré de l'incohérence des informations concernant les places de stationnement doit être écarté.

14. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 431-9 du code de l'urbanisme doit être écarté en chacune de ses branches.

15. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 421-3 du code de l'urbanisme : " Les démolitions de constructions existantes doivent être précédées de la délivrance d'un permis de démolir lorsque la construction relève d'une protection particulière définie par décret en Conseil d'Etat ou est située dans une commune ou partie de commune où le conseil municipal a décidé d'instaurer le permis de démolir ". En outre, selon les dispositions de l'article L. 451-1 du même code : " Lorsque la démolition est nécessaire à une opération de construction ou d'aménagement, la demande de permis de construire ou d'aménager peut porter à la fois sur la démolition et sur la construction ou l'aménagement. Dans ce cas, le permis de construire ou le permis d'aménager autorise la démolition ".

16. Les requérants soutiennent que le permis de construire délivré le 14 mars 2018 ne précise pas les démolitions. Toutefois, d'une part la décision en litige du 14 mars 2018 précise à deux reprises que le projet consiste à construire une maison de village sur l'emplacement d'un ancien hangar. Ainsi, contrairement à ce qui est soutenu, la décision attaquée mentionne un ancien hangar, qui va être remplacé par la maison d'habitation en litige. D'autre part, le permis de construire du 14 mars 2018 est délivré conformément aux pièces et plans figurant dans la demande, et il n'est pas contesté, les requérants le soutenant eux-mêmes, que la demande de permis de construire fait apparaître clairement que le projet de construction vaut démolition d'une part du poulailler et d'autre part du hangar, à la place duquel va venir s'implanter la future construction. En outre, il résulte des dispositions précitées du code de l'urbanisme que le permis de construire vaut permis de démolir. En tout état de cause, les requérants à nouveau au soutien de ce moyen n'ont invoqué aucune disposition d'urbanisme qui aurait été méconnue.

17. Les requérants soutiennent encore que le hangar n'existe pas aux yeux de l'administration fiscale, en se fondant sur le relevé de propriété de M. E, qui fait apparaître une propriété non bâtie. Toutefois, cet élément ne saurait avoir une quelconque incidence sur la légalité de l'autorisation d'urbanisme.

18. Il ressort donc de l'ensemble des pièces du dossier que les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le caractère contradictoire des informations relatives aux démolitions entacherait d'illégalité le permis de construire délivré à Mme I et transféré à M. E le 20 avril 2018. Il suit de là qu'il y a lieu d'écarter ce moyen tiré de l'incohérence des informations relatives aux démolitions.

19. En quatrième lieu, les requérants soutiennent que le projet de construction méconnaît les servitudes de vue définies aux articles L. 112-9 à L. 112-11 du code de la construction et de l'habitation. Toutefois, en application de l'indépendance des législations, la légalité du permis de construire ne peut s'apprécier qu'au regard des règles d'urbanisme. En outre, si les requérants soutiennent ensuite qu'une incohérence existe sur le nombre d'ouvertures sur la façade Nord-ouest, il ressort au contraire clairement des plans figurant en page 12 de la demande de permis de construire que 3 ouvertures seront prévues sur la façade Nord-ouest. Enfin, les dimensions de ces ouvertures peuvent être déduites des plans en effectuant une règle de 3 et en se fondant sur les dimensions indiquées sur les plans.

20. Ainsi, ce moyen tiré de la méconnaissance des servitudes de vues doit être écarté comme étant infondé et inopérant.

21. En cinquième lieu, les requérants soutiennent que la surface de plancher indiquée dans le dossier de demande de permis de construire serait erronée. Ils se fondent pour cela sur les plans figurant en page 12 du dossier de demande de permis de construire, qui font apparaître un trapèze d'une surface de 65 mètres carrés, correspondant au niveau R et au niveau R+1 de la future construction. Toutefois, le document CERFA indique que la surface de plancher créée sera de 102 mètres carrés, et la décision attaquée elle-même indique que le projet prévoit de créer 102 mètres carrés de surface de plancher. Les requérants ne peuvent donc pas utilement se fonder sur les plans de l'intérieur de la maison pour en déduire que la surface de plancher ne serait pas de 102 mètres carrés, les trapèzes précités ne faisant pas apparaître la surface de plancher mais l'emprise de la construction. En tout état de cause, à supposer, ainsi qu'ils le sous-entendent, que la surface de plancher soit supérieure à 102 mètres carrés, ils ne précisent pas en quoi cela serait susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire en litige. Par suite, ce moyen doit également être écarté.

22. En sixième et dernier lieu, aux termes de l'article R. 111-17 du code de l'urbanisme : " A moins que le bâtiment à construire ne jouxte la limite parcellaire, la distance comptée horizontalement de tout point de ce bâtiment au point de la limite parcellaire qui en est le plus rapproché doit être au moins égale à la moitié de la différence d'altitude entre ces deux points, sans pouvoir être inférieure à trois mètres ". En outre, selon les dispositions de l'article R. 111-16 du même code : " Lorsque le bâtiment est édifié en bordure d'une voie publique, la distance comptée horizontalement de tout point de l'immeuble au point le plus proche de l'alignement opposé doit être au moins égale à la différence d'altitude entre ces deux points. Lorsqu'il existe une obligation de construire au retrait de l'alignement, la limite de ce retrait se substitue à l'alignement. Il en sera de même pour les constructions élevées en bordure des voies privées, la largeur effective de la voie privée étant assimilée à la largeur réglementaire des voies publiques. Toutefois une implantation de la construction à l'alignement ou dans le prolongement des constructions existantes peut être imposée ".

23. Les requérants, à l'appui de ce moyen, ne font aucun effort pour démontrer que les dispositions invoquées auraient été méconnues. Ils se contentent en effet d'indiquer que les plans ne font pas apparaître les distances et ne permettent pas de vérifier que les dispositions des articles R. 111-16 et R. 111-17 du code de l'urbanisme sont bien respectées. Ainsi, le moyen n'est pas suffisamment précis pour permettre au juge d'en apprécier le bien-fondé. Il y a lieu de l'écarter comme tel.

24. Il résulte donc de ce qui précède que l'ensemble des moyens de la requête ayant été écartés, il y a lieu de rejeter les conclusions à fin d'annulation de la requête, sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées par la commune de Roquebrune-sur-Argens et par Mme I et M. E, tirées respectivement du défaut d'intérêt à agir des requérants et de la tardiveté de la requête.

25. Par ailleurs, la demande tendant à enjoindre aux parties de produire le titre de propriété de M. E ressort du pouvoir d'instruction du juge, ressort du pouvoir propre du juge et doit donc être rejetée. Au surplus, cette production n'est pas, dans le cas d'espèce, utile à la résolution du présent litige.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

26. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances particulières de l'espèce, de faire droit aux conclusions formulées par la commune de Roquebrune-sur-Argens sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DECIDE

Article 1er : La requête de Mme A et de M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Roquebrune-sur-Argens formulées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente décision sera notifiée à Mme H A, à M. D B, à Mme G I, à M. C E et à la commune de Roquebrune-sur-Argens.

Délibéré après l'audience du 9 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Privat, président,

M. Bailleux, premier conseiller,

Mme Le Gars, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 mai 2024.

Le rapporteur,

Signé :

F. BAILLEUX

Le président,

Signé :

J.-M. PRIVAT La greffière,

Signé :

K. BAILET

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Et par délégation,

La greffière.

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