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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2101485

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2101485

jeudi 2 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2101485
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantMAUDUIT LOPASSO GOIRAND ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 31 mai 2021 et le 23 février 2022, la société civile immobilière (SCI) La Tarente, représentée par Me Lopasso, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) à titre principal, d'annuler l'arrêté du 7 avril 2021 du préfet du Var portant traitement de l'insalubrité concernant le local occupé par Mme A, situé 873 chemin de Piedardant, parcelle cadastrée section BC n° 65, à Ollioules ;

2°) à titre subsidiaire, de désigner un expert ayant essentiellement pour mission de se rendre sur les lieux et de décrire avec précision l'état du logement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le logement n'est pas impropre à l'habitation au sens de l'article L. 1331-22 du code de la santé publique ; la pièce principale présente une largeur et un éclairement naturel suffisants ; la mauvaise organisation intérieure du logement, l'insuffisance du renouvellement de l'air et la mauvaise isolation thermique des murs du logement ne sont pas établies dès lors que ces désordres ne sont étayés par aucun élément dans le rapport des services de l'agence régionale de santé (ARS) ; les moyens de chauffage et l'installation électrique sont suffisants et adaptés au logement ;

- l'arrêté méconnaît les dispositions de l'article L. 511-11 du code de la construction et de l'habitation dès lors que, à supposer que les moyens de chauffage et l'installation électrique soient insuffisants, il appartenait au préfet de prescrire les travaux nécessaires pour y remédier dès lors que ceux-ci sont possibles ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation des caractéristiques du logement.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 26 août 2021 et le 20 juillet 2023, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Montalieu, rapporteure,

- les conclusions de M. Kiecken, rapporteur public,

- et les observations de Me Lopasso, avocat de la société requérante,

- le préfet du Var n'étant ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. La SCI La Tarente est propriétaire de la parcelle cadastrée section BC n° 65 sise 873 chemin de Piedardant à Ollioules, classée en zone agricole au plan local d'urbanisme de la commune, sur laquelle se trouve un ancien bâtiment agricole divisé en plusieurs logements. Le directeur général de l'ARS Provence-Alpes-Côte d'Azur a procédé à l'évaluation de l'état d'insalubrité et de sécurité du local occupé Mme B A et a établi un rapport le 9 mars 2021. Par un courrier du 11 mars 2021, le préfet du Var a informé la SCI La Tarente et ses représentants qu'il était susceptible de mettre en œuvre une procédure de traitement de l'insalubrité et les a invités à présenter leurs observations. Par un arrêté du 7 avril 2021, le préfet du Var a prescrit la cessation de la mise à disposition du local à des fins d'habitation et le relogement de Mme A du fait d'une interdiction d'habiter à titre définitif.

Sur l'état d'insalubrité du local :

2. Aux termes de l'article L. 1331-22 du code de la santé publique : " Tout local, installation, bien immeuble ou groupe de locaux, d'installations ou de biens immeubles, vacant ou non, qui constitue, soit par lui-même, soit par les conditions dans lesquelles il est occupé, exploité ou utilisé, un danger ou risque pour la santé ou la sécurité physique des personnes est insalubre. ( ) ". Aux termes de l'article L. 1331-23 du même code : " Ne peuvent être mis à disposition aux fins d'habitation, à titre gratuit ou onéreux, les locaux insalubres dont la définition est précisée conformément aux dispositions de l'article L. 1331-22, que constituent les caves, sous-sols, combles, pièces dont la hauteur sous plafond est insuffisante, pièces de vie dépourvues d'ouverture sur l'extérieur ou dépourvues d'éclairement naturel suffisant ou de configuration exiguë, et autres locaux par nature impropres à l'habitation, ni des locaux utilisés dans des conditions qui conduisent manifestement à leur sur-occupation. ". Aux termes de l'article R. 1331-22 du même code : " L'éclairement naturel dont sont pourvues les pièces de vie d'un local est suffisant lorsque l'éclairement au centre de celle-ci permet d'y lire par temps clair et en pleine journée sans recourir à un éclairage artificiel. ". Aux termes de l'article R. 1331-23 du même code : " La configuration des pièces de vie d'un local est regardée comme non exiguë lorsque sont satisfaites les conditions cumulatives suivantes : / 1° L'une de ces pièces de vie a une surface au moins égale à neuf mètres carrés ou présente un volume habitable au moins égal à 20 mètres cubes ; / 2° Les autres ont une surface au moins égale à sept mètres carrés ; / 3° Un occupant peut se mouvoir sans risque et circuler aisément dans le logement en tenant compte du mobilier, des équipements et des aménagements nécessaires à la vie courante. ". Aux termes de l'article R. 1331-31 du même code : " L'installation électrique est sécurisée et comporte un dispositif de coupure générale de l'alimentation électrique dans le logement. ". Aux termes de l'article R. 1331-32 du même code : " L'installation de chauffage est fixe, adaptée aux caractéristiques du logement, notamment à son isolation et à ses aménagements, et elle assure le confort de ses occupants vis-à-vis du froid. () ".

3. Pour contester l'état d'insalubrité, au sens des articles L. 1331-22 et L. 1331-23 du code de la santé publique, du local occupé par Mme A, la société requérante soutient, d'une part, que la largeur de la pièce principale, de 2,14 mètres, est conforme à l'article 40.3 du règlement départemental sanitaire du Var, et que cette pièce dispose d'un ensoleillement suffisant en application de l'article 40.2 du même règlement. Toutefois, contrairement à ce qui est soutenu, la largeur de 2 mètres prévue par les dispositions de l'article 40.3 du règlement précité ne constitue pas un seuil minimal pour caractériser une configuration non-exiguë mais seulement une modalité pour le calcul de la superficie d'une pièce. Dès lors, la société requérante n'apporte aucun élément permettant de remettre sérieusement en cause les constatations du rapport de l'ARS, corroborées par des photographies, quant à l'incompatibilité des dimensions de la pièce principale avec un usage d'habitation compte tenu des exigences fixées par le 3° de l'article R. 1331-23 précité. Par ailleurs, il résulte de l'instruction que, eu égard à la configuration de la pièce principale, la seule ouverture sur l'extérieur et source de lumière naturelle, constituée par la porte d'entrée semi-vitrée, ne permet manifestement pas un éclairement naturel suffisant, précision faite que la photographie dont se prévaut en dernier lieu la société requérante ne concerne pas le local en litige.

4. D'autre part, si la société requérante soutient que la climatisation dont le local est équipé est réversible, la seule mention de cet équipement sur le contrat de bail signé en 2016 ne permet pas de remettre sérieusement en cause le rapport de l'ARS selon lequel le seul moyen de chauffage utilisé par la locataire est un chauffage d'appoint électrique. En outre, en se bornant à soutenir que l'ensemble des pièces sont munies de quatre prises électriques, sans apporter aucun élément à l'appui de ses allégations, et que la situation de dangerosité résulte " principalement " de l'usage fait par la locataire, la société requérante ne critique pas de façon sérieuse et pertinente le rapport de l'ARS selon lequel l'installation électrique est dangereuse, inadaptée et vétuste en raison " [du] nombre insuffisant de prises électriques () afin de permettre le fonctionnement des appareils ménagers courants ; présence de prises arrachées ou en mauvais état, branchements anarchiques [résultant du nombre insuffisant de prises] entrainant un risque d'électrisation voire d'électrocution en cas de contact direct et/ou défaut d'isolement sur un appareil électrique. L'installation électrique du logement doit être vérifiée et mise en sécurité par un homme de l'art ".

5. Enfin, la société requérante conteste la réalité de trois désordres, au motif qu'ils ne sont pas étayés dans le rapport de l'ARS. Toutefois, il résulte des termes du rapport de l'ARS que la mauvaise organisation intérieure du logement a été relevée sur la base des dimensions des pièces et de leur configuration, et documentée par les photographies intégrées au rapport. En revanche, il est constant que le rapport ne contient aucune précision quant à l'insuffisance du renouvellement de l'air et à la mauvaise isolation thermique. Cependant, à supposer même que ces désordres ne soient pas établis, il résulte de l'instruction, tel qu'il vient d'être dit, que le local en litige présente cinq autres désordres et que ces désordres, appréciés ensembles, ont pour conséquence de rendre l'occupation de ce local dangereuse et risquée pour la santé et la sécurité physique des personnes. Par suite, le moyen selon lequel le local en litige ne présente pas un état d'insalubrité au sens des articles L. 1331-22 et L. 1331-23 du code de la santé publique doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des caractéristiques du local doit également être écarté.

Sur les mesures nécessitées par la situation d'insalubrité du local :

6. Aux termes de l'article L. 1331-24 du code de la santé publique : " Les situations d'insalubrité indiquées aux articles L. 1331-22 et L. 1331-23 font l'objet des mesures de police définies au titre Ier du livre V du code de la construction et de l'habitation. ". Aux termes de l'article L. 511-2 du code de la construction et de l'habitation : " La police mentionnée à l'article L. 511-1 a pour objet de protéger la sécurité et la santé des personnes en remédiant aux situations suivantes : / () 4° L'insalubrité, telle qu'elle est définie aux articles L. 1331-22 et L. 1331-23 du code de la santé publique. ". Aux termes de l'article L. 511-11 du même code : " L'autorité compétente prescrit, par l'adoption d'un arrêté de mise en sécurité ou de traitement de l'insalubrité, la réalisation, dans le délai qu'elle fixe, de celles des mesures suivantes nécessitées par les circonstances : / 1° La réparation ou toute autre mesure propre à remédier à la situation y compris, le cas échéant, pour préserver la solidité ou la salubrité des bâtiments contigus ; / 2° La démolition de tout ou partie de l'immeuble ou de l'installation ; / 3° La cessation de la mise à disposition du local ou de l'installation à des fins d'habitation ; / 4° L'interdiction d'habiter, d'utiliser, ou d'accéder aux lieux, à titre temporaire ou définitif. () L'arrêté ne peut prescrire la démolition ou l'interdiction définitive d'habiter ou d'utiliser que s'il n'existe aucun moyen technique de remédier à l'insalubrité ou à l'insécurité ou lorsque les mesures et travaux nécessaires à une remise en état du bien aux normes de salubrité, de sécurité et de décence seraient plus coûteux que sa reconstruction. () ". Et aux termes de l'article L. 511-18 du même code : " () Lorsque l'interdiction d'habiter est prononcée à titre définitif ou lorsqu'est prescrite la cessation de la mise à disposition à des fins d'habitation des locaux mentionnés à l'article L. 1331-23 du code de la santé publique, le propriétaire, l'exploitant ou la personne qui a mis à disposition le bien est tenu d'assurer le relogement des occupants dans les conditions prévues au même chapitre. () ".

7. Il résulte des dispositions de l'article L. 1331-23 citées au point 2 que lorsqu'un local insalubre est occupé à des fins d'habitation par une personne qui n'en a pas la propriété, il appartient à l'autorité compétente de prescrire la cessation de sa mise à disposition sur le fondement du 3° de l'article L. 511-11 du code de la construction et de l'habitation. Il incombe alors au propriétaire, en application de l'article L. 511-18 du même code, d'assurer le relogement des occupants. En revanche, il résulte du 7ème alinéa de l'article L. 511-11 précité que l'interdiction définitive d'habiter ou d'utiliser ne peut être prescrite que s'il n'existe aucun moyen technique de remédier à l'insalubrité ou à l'insécurité ou lorsque les mesures et travaux nécessaires à une remise en état du bien aux normes de salubrité, de sécurité et de décence seraient plus coûteux que sa reconstruction.

8. En l'espèce, d'une part, il est constant que le local en litige, qui présente un état d'insalubrité ainsi qu'il résulte des points 3 à 5 du présent jugement, était mis à la disposition de Mme A à des fins d'habitation par la société requérante. Dès lors, c'est à bon droit que le préfet du Var a prononcé la cessation de la mise à disposition du local à des fins d'habitation.

9. D'autre part, la société requérante soutient que le préfet du Var ne pouvait prononcer une interdiction d'habiter à titre définitif dès lors que les travaux permettant de remédier à l'insalubrité sont techniquement réalisables. Les pièces du dossier ne permettent pas au tribunal de se prononcer avec certitude sur ce point. Toutefois, compte tenu de l'utilisation faite par la société requérante du local, la mesure de cessation de la mise à disposition de tiers à des fins d'habitation est suffisante pour protéger la sécurité et la santé des personnes. Par suite, et sans qu'il soit besoin de diligenter une expertise, il y a lieu d'accueillir le moyen tiré de la méconnaissance du 7ème alinéa de l'article L. 511-11 du code de la construction et de l'habitation.

10. Il résulte de tout ce qui précède que l'arrêté du 7 avril 2021 du préfet du Var doit être annulé en tant seulement qu'il édicte une interdiction d'habiter à titre définitif.

Sur les frais liés au litige :

11. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'Etat une quelconque somme au titre des frais exposés par la société requérante et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 7 avril 2021 du préfet du Var est annulé en tant seulement qu'il édicte une interdiction d'habiter à titre définitif.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SCI La Tarente et à la ministre du travail, de la santé et des solidarités. Copie en sera adressée au préfet du Var.

Délibéré après l'audience du 11 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Philippe Harang, président,

M. Zouhaïr Karbal, conseiller,

Mme Mathilde Montalieu, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mai 2024.

La rapporteure,

Signé

M. MONTALIEU

Le président,

Signé

Ph. HARANG La greffière,

Signé

F. POUPLY

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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