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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2101520

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2101520

vendredi 12 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2101520
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantLLC ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 juin 2021, M. D A et Mme B C épouse A, représentés par Me Lambert, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 juillet 2020 par lequel le maire de la commune de Puget-sur-Argens a délivré à " Les Cigales " le permis de construire n° PC 083 099 20 O 0054 en vue de la réalisation d'une maison individuelle sur la parcelle cadastrée section 99 AO n° 523, sise chemin du Real à Puget-sur-Argens (83 480), ensemble la décision portant rejet de leur recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Puget-sur-Argens une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- leur requête est recevable dès lors qu'ils ont intérêt à agir et ne sont pas tardifs ;

- l'arrêté est illégal dès lors que la demande de permis de construire a été faite pour l'entreprise individuelle " Les Cigales représentée par Mme F E " alors qu'elle est dépourvue de personnalité morale ;

- le dossier de permis de construire est incomplet dès lors que la notice architecturale ne permet pas d'apprécier le respect des dispositions de l'article UD 11 du règlement du plan local d'urbanisme (PLU) de la commune de Puget-sur-Argens et qu'aucune autorisation préalable de défrichement ne figure au dossier ;

- l'arrêté est entaché de fraude dès lors que le plan graphique joint à la demande de permis de construire n'est pas conforme aux limites cadastrales, ceci ayant conduit à une méconnaissance des règles de limite séparative et d'emprise au sol ;

- l'arrêté méconnaît les dispositions de l'article UD 7 du règlement du PLU de la commune de Puget-sur-Argens relatif aux limites séparatives de propriétés ;

- l'arrêté méconnaît les dispositions des articles UD 9 et UD 13.2 du règlement du PLU de la commune de Puget-sur-Argens relatifs, respectivement, à l'emprise au sol et au coefficient d'espace vert ;

- l'arrêté est illégal dès lors qu'aucune autorisation préalable de défrichement n'a été recueillie ;

- l'arrêté méconnaît les dispositions de l'article UD 4.2.2 du règlement du PLU de la commune de Puget-sur-Argens relatif au dispositif de traitement des eaux usées.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 octobre 2021, la commune de Puget-sur-Argens, représentée par Me Garcia, conclut au rejet de la requête et demande que soit mise à la charge des requérants la somme de 2 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 20 août 2021 et 21 février 2022, Mme F H conclut au rejet de la requête et demande que les requérants soient condamnés à lui verser la somme de 5 000 euros en réparation des préjudices subis par la procédure contentieuse.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé et que les fausses accusations et l'usage de documents non-conformes par les requérants lui ont causé un préjudice.

Par ordonnance du 25 août 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 3 octobre 2023.

Par un courrier du 23 novembre 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen d'ordre public relevé d'office et tiré de l'irrecevabilité de la requête pour défaut d'intérêt à agir des requérants, sauf régularisation dans un délai de huit jours.

Par un courrier du 4 décembre 2023, M. et Mme A, par l'intermédiaire de leur conseil, Me Lambert, ont produit leurs observations sur le moyen d'ordre public.

Un mémoire produit par Mme G a été enregistré le 19 février 2024, soit postérieurement à la clôture de l'instruction, et n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le plan local d'urbanisme (PLU) de la commune de Puget-sur-Argens ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 12 mars 2024 :

- le rapport de Mme Le Gars ;

- les conclusions de M. Riffard, rapporteur public ;

- les observations de Me Baudino représentant la commune de Puget-sur-Argens ;

- et les observations de Mme G.

Considérant ce qui suit :

1. Le 23 juin 2020, Mme E a déposé pour l'entreprise individuelle Les Cigales, une demande de permis de construire en vue de la réalisation d'une maison individuelle de 95 mètres carrés sur la parcelle cadastrée section 99 AO n° 523, sise chemin du Real à Puget-sur-Argens. Par un arrêté du 7 juillet 2020, le maire de la commune de Puget-sur-Argens, a délivré le permis de construire sollicité. Par une décision du 24 mars 2021, notifiée le 6 avril 2021, le maire de la commune de Puget-sur-Argens a rejeté le recours gracieux exercé par les époux A le 5 février 2021 et notifié le 10 février 2021. M. et Mme A demandent l'annulation de l'arrêté du 7 juillet 2020 ainsi que de la décision rejetant leur recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité externe de l'arrêté :

2. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

3. En premier lieu, les requérants soutiennent que les déclarations de la pétitionnaire eu égard à la qualité du bénéficiaire du permis de construire sollicité sont erronées dès lors qu'il est demandé pour l'entreprise individuelle " Les Cigales " indiquée comme personne morale représentée par Mme E, alors que cette entité est dépourvue de personnalité juridique. Cependant, il n'est ni établi ni même allégué que cette erreur aurait conduit à une méconnaissance de la règlementation applicable. Dès lors, cette circonstance est sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué. Il y a lieu, par suite, d'écarter ce moyen comme manquant en droit.

4. En second lieu, l'article UD 11 du règlement du PLU de la commune de Puget-sur-Argens dispose que : " La situation des constructions, leur architecture, leurs dimensions et leur aspect extérieur doivent être adaptés au caractère et à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. ".

5. Les requérants soutiennent que le dossier de demande de permis de construire est insuffisant dès lors que le dossier ne renseigne pas sur les matériaux et couleurs de la construction et ne permet, ce faisant, pas d'apprécier le respect des dispositions de l'article UD 11 du règlement du PLU de la commune de Puget-sur-Argens. Cependant, il n'est pas allégué que le projet méconnaît les dispositions de l'article UD 11. Il n'est, dès lors, pas établi que cette insuffisance, à la supposer constituée, a faussé l'appréciation du service instructeur quant au respect de la règlementation applicable. Au surplus, il ressort des termes de la notice architecturale ainsi que des différents plans que la façade de la construction projetée est blanche avec des baies de couleur anthracite et une toiture en tuile canal. Ainsi, l'ensemble des pièces du dossier permettent d'apprécier la consistance du projet.

En ce qui concerne la légalité interne de l'arrêté :

6. En premier lieu, lorsque l'autorité saisie d'une demande de permis de construire vient à disposer, au moment où elle statue, sans avoir à procéder à une mesure d'instruction lui permettant de les recueillir, d'informations de nature à établir son caractère frauduleux, il lui revient de refuser la demande de permis pour ce motif. La fraude, dont le juge de l'excès de pouvoir apprécie l'existence à la date du permis de construire, est caractérisée lorsqu'il ressort des pièces du dossier, y compris le cas échéant au vu d'éléments dont l'administration n'avait pas connaissance à cette date, que le pétitionnaire a eu l'intention de tromper l'administration ou s'est livré à des manœuvres en vue d'obtenir un permis de construire indu.

7. Les requérants soutiennent que la pétitionnaire a modifié frauduleusement les plans graphiques joints à sa demande de permis de construire afin d'intégrer la parcelle n° 73 dans la surface du terrain d'assiette du projet en alignant la limite nord de cette parcelle avec la limite sud de la parcelle n° 74 au niveau du mur d'angle. Cependant, il ressort du plan topographique dressé par un géomètre-expert le 18 octobre 2013 ainsi que du procès-verbal de bornage et de reconnaissance des limites signé le 12 janvier 2018 par M. A, que les requérants ont reconnu que la limite nord de la parcelle n° 73 est alignée à la limite sud de la parcelle n° 74 au niveau du mur d'angle. Dès lors, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les plans joints au dossier de demande de permis de construire, qui sont concordants, sont erronés. Il y a lieu, par suite, d'écarter le moyen tiré de la fraude comme manquant en fait.

8. En deuxième lieu, aux termes de l'article UD 7 du règlement du PLU de la commune de Puget-sur-Argens : " Les bâtiments et piscines doivent s'implanter en ordre discontinu, de telle manière que la distance, comptée horizontalement de tout point d'une construction au point le plus proche de la limite séparative soit au minimum égale à 4 mètres. ".

9. Ainsi qu'il a été dit au point 7 du présent jugement, le plan de masse, le plan topographique établi par géomètre-expert et le plan cadastral co-signé par le requérant lui-même sont concordants. Il ressort de ces plans que les constructions projetées sont situées à 5,2 mètres de la limite séparative de propriété. Par suite, les requérants, qui articulent leur moyen avec leur moyen tiré de la fraude, ne sont pas fondés à soutenir que le projet méconnaît les dispositions de l'article UD 7 du règlement du PLU.

10. En troisième lieu, aux termes de l'article UD 9 du règlement du PLU de la commune de Puget-sur-Argens : " L'emprise au sol des constructions ne doit pas excéder : () 10% de la superficie totale du terrain dans les secteurs UDa et UDb. () " et aux termes de l'article 13.2 du règlement du PLU de la commune de Puget-sur-Argens : " () En secteur UDb, la surface des espaces verts doit être supérieure à 80% de la superficie totale du terrain. ".

11. Les requérants soutiennent qu'à la suite de la présentation frauduleuse des plans, la superficie du terrain d'assiette est artificiellement agrandie par l'ajout de la superficie de la parcelle n° 74. Cependant, ainsi qu'il a été dit précédemment, il ne ressort pas des pièces du dossier que les plans joints à la demande de permis de construire sont erronés et la fraude n'est pas constituée. Par suite, ce moyen, qui est uniquement articulé avec le moyen tiré de la fraude, est écarté.

12. En quatrième lieu, si les requérants soutiennent qu'une autorisation préalable de défrichement aurait dû être préalable recueillie, ils n'assortissent cependant pas ce moyen des précisions juridiques permettant d'en apprécier le bien-fondé.

13. En dernier lieu, aux termes de l'article 4.2.2 du règlement du PLU de la commune de Puget-sur-Argens : " Eaux usées - Assainissement non collectif : Dans les secteurs d'assainissement non collectif tels que délimités en annexes sanitaires, tout terrain sur lequel une occupation ou utilisation du sol est susceptible d'évacuer des eaux résiduaires, doit être assaini suivant un dispositif autonome conformément à la réglementation en vigueur. ".

14. Les requérants soutiennent que le projet ne présente pas de dispositif de traitement des eaux usées dès lors le dispositif prévu est situé en partie sur la parcelle n° 73. Cependant, il résulte de ce qui a été dit au point 7 que le plan cadastral retenu pour fonder leur argumentation est erroné. Dès lors, le projet a un dispositif de traitement des eaux usées, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées est écarté comme manquant en fait.

15. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la recevabilité de la requête, que M. et Mme A ne sont pas fondés à demander l'annulation de l'arrêté du maire de la commune de Puget-sur-Argens en date du 7 juillet 2020, ensemble la décision portant rejet de leur recours gracieux.

Sur les conclusions reconventionnelles à fin d'indemnisation :

16. La pétitionnaire sollicite la condamnation des requérants à lui verser, d'une part, la somme de 2 500 euros en réparation des préjudices notamment financiers résultant de la procédure contentieuse, d'autre part, la somme de 2 500 euros en réparation du caractère abusif de la procédure contentieuse. Ces conclusions tendent à la mise en cause de la responsabilité d'une personne privée et ne relèvent, par conséquent, pas de la compétence de la juridiction administrative. Il y a lieu, par suite, de les rejeter comme portées devant un ordre juridictionnel incompétent. Par ailleurs, à supposer que la pétitionnaire a entendu fonder ses conclusions à fin de condamnation en dommages intérêts en raison du caractère abusif de la procédure contentieuse sur les dispositions de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme, ces conclusions doivent être rejetées pour n'avoir pas été présentées dans un mémoire distinct conformément à ces dispositions.

Sur les frais d'instance :

17. En application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu de mettre à la charge de M. et Mme A une somme de 1 500 euros au bénéfice de la commune de Puget-sur-Argens. En revanche, ces mêmes dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Puget-sur-Argens, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que réclament les requérants au titre des frais liés au litige.

DECIDE

Article 1er : La requête de M. et Mme A est rejetée.

Article 2 : M. et Mme A verseront à la commune de Puget-sur-Argens la somme de 1 500 euros (mille cinq cents euros) en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions reconventionnelles de Mme H sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, Mme B C épouse A, à la commune de Puget-sur-Argens et à Mme F H.

Délibéré après l'audience du 12 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Privat, président,

M. Bailleux, premier conseiller,

Mme Le Gars, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 avril 2024.

La rapporteure,

Signé :

H. LE GARS

Le président,

Signé :

J.-M. PRIVAT La greffière,

Signé :

K. BAILET

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Et par délégation,

La greffière.

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