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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2101561

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2101561

jeudi 30 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2101561
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantMARLINGE

Texte intégral

Vu la procédure suivante : Par une requête et un mémoire, enregistrés les 9 juin 2021 et 5 mars 2024, Mme B C, représentée par Me Marlinge, doit être regardée comme demandant au tribunal : 1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 60 000 euros ainsi que les intérêts au taux légal à compter du 12 mars 2021, en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis en raison d'une situation de harcèlement moral, au sein de la direction territoriale de la protection judiciaire de la jeunesse du département du Var ; 2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 500 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Elle soutient que : - elle a été victime d'une pluralité de faits susceptibles d'entraîner la caractérisation d'un harcèlement moral, au regard des dispositions de l'article 6 de la loi du 17 janvier 2002 ; - son préjudice matériel doit être réparé par l'octroi d'une somme de 35 000 euros ; - son préjudice moral doit être réparé par l'octroi d'une somme de 25 000 euros. Par un mémoire en défense, enregistré le 19 juillet 2023, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête. Il soutient que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés. Vu les autres pièces du dossier. Vu : - le code général de la fonction publique ; - le code de justice administrative. Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience. Ont été entendus au cours de l'audience publique : - le rapport de M. Hélayel, conseiller, - les conclusions de M. Kiecken, rapporteur public, - les observations de Me Dragone, substituant Me Marlinge, représentant Mme C. Considérant ce qui suit : 1. Mme B C, née le 24 février 1969, est directrice des services de la protection judiciaire de la jeunesse. Le 3 avril 2017, elle a été détachée en qualité de directrice territoriale adjointe de la protection judiciaire de la jeunesse du Var. Par un arrêté du 5 juin 2018, Mme C a été chargée d'assurer l'intérim de la fonction de directrice territoriale, à compter du 1er février 2018. Les 7 et 14 septembre 2018, le responsable de l'appui au pilotage territorial (RAPT) et son adjointe ont saisi la direction interrégionale de la protection judiciaire de la jeunesse, en vue de dénoncer un management qu'ils estimaient inapproprié, au sein de la direction territoriale. Par un courrier du 17 octobre 2018, Mme C a demandé à ce qu'il soit mis fin à son intérim. Sa demande a été acceptée, avec effet au 2 novembre 2018. L'intéressée a ensuite été autorisée à exercer ses fonctions à temps partiel pour raison thérapeutique, du 15 octobre 2019 au 14 janvier 2020. Le 12 février 2021, elle a adressé une demande indemnitaire préalable au garde des sceaux, ministre de la justice. Cette demande a été rejetée le 9 avril 2021. Mme C a été réintégrée dans son corps d'origine, à compter du 1er avril 2021. 2. L'article L. 133-2 du code général de la fonction publique dispose : " Aucun agent public ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. " 3. Pour être qualifiés de harcèlement moral, de tels faits répétés doivent excéder les limites de l'exercice normal du pouvoir hiérarchique. 4. En l'espèce, Mme C critique le déroulement et les conclusions du contrôle hiérarchique qui a eu lieu au mois de novembre 2018, fait valoir qu'elle n'a pas bénéficié d'un entretien professionnel au titre de l'année 2018, que la protection fonctionnelle lui a été refusée à deux reprises, que sa hiérarchie ne l'a pas soutenue ou n'a pas pris en compte ses alertes, qu'elle a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de la dégradation de son état de santé et qu'elle a été mise à l'écart lorsqu'elle a repris ses fonctions au mois d'octobre 2019. Ces éléments de fait sont susceptibles de faire présumer l'existence d'un harcèlement moral à son encontre. 5. Du 26 au 29 novembre 2018, la direction territoriale de la protection judiciaire de la jeunesse du Var a fait l'objet d'un contrôle hiérarchique, du fait de l'absence de plusieurs cadres, alors en congés de maladie. A la suite de ce contrôle, un rapport a été remis le 3 janvier 2019. 6. Mme C soutient que ce contrôle hiérarchique " à charge " s'est déroulé sans confrontation avec les deux agents qui lui imputent un management inapproprié et que ses explications n'ont pas été prises en considération. 7. Il résulte de l'instruction que, le 26 novembre 2018, les agents de contrôle se sont entretenus avec Mme C durant deux heures. Le rapport final met en évidence le mal-être des agents du service, à la suite de la fermeture du centre éducatif fermé de Brignoles et du départ de l'ancienne directrice territoriale de la protection judiciaire de la jeunesse. Il relève les difficultés d'adaptation de Mme C lors de son intérim ainsi qu'un management générateur de tensions. Toutefois, ces mentions, pour peu amènes qu'elles soient à l'égard de Mme C, se bornent à analyser la situation conflictuelle au sein du service et n'excèdent pas les limites de l'exercice normal du pouvoir hiérarchique. Au demeurant, ce rapport mentionne également l'avis d'agents qui entretiennent de bonnes relations de travail avec Mme C et qui n'ont pas critiqué son management. 8. Si Mme C fait valoir qu'elle n'a pas bénéficié d'un entretien professionnel au titre de l'année 2018, il n'est pas contesté qu'elle était en congé de maladie du mois d'octobre à décembre 2018, ainsi qu'au moment de la campagne d'évaluation professionnelle, du 19 février au 14 octobre 2019. En outre, il résulte de l'instruction que l'intéressée a refusé de participer à un entretien professionnel des mois de mars à juin 2020, au titre de l'année 2019. 9. Mme C fait ensuite valoir que la protection fonctionnelle lui a été refusée à deux reprises. Il résulte de l'instruction que le premier refus opposé à Mme C, le 4 mars 2019, était motivé par l'absence d'engagement de poursuites pénales à son encontre, conformément à l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983, alors en vigueur. En effet, si, le 22 novembre 2018, un agent de la direction territoriale a porté plainte contre la requérante, cette plainte a été classée sans suite le 4 juin 2019. Le second refus opposé à Mme C, en date du 15 octobre 2020, était motivé par l'absence d'atteintes volontaires à l'intégrité de Mme C et par la circonstance qu'à supposer même que le classement sans suite ait été contesté par la plaignante, celui-ci n'entraînait pas automatiquement de poursuites pénales. 10. Par ailleurs, il résulte de l'instruction que, lorsque le RAPT et son adjointe ont saisi la direction interrégionale les 7 et 14 septembre 2018, des entretiens se sont déroulés, dès les 26 septembre et 11 octobre 2018. De même, à la suite du signalement effectué par Mme C sur le registre de santé et de sécurité au travail, en date du 13 février 2019, une suite a été donnée par la directrice territoriale dès le 19 février 2019, laquelle a mis en place une régulation, à l'aide d'un tiers, pour faire face au climat tendu entre la requérante et le RAPT. Enfin, il n'est pas contesté que le directeur interrégional avait proposé à Mme C un changement de poste consistant en une mission pouvant aller jusqu'à huit mois, ni même qu'un avis favorable avait été donné pour un détachement au sein d'une préfecture. Il résulte également de l'instruction qu'un nouvel entretien avait été proposé à Mme C le 19 juin 2020, dans le cadre de sa candidature au poste de directrice des missions éducatives. Dans ces conditions, la hiérarchie de Mme C ne peut être regardée comme ayant ignoré la situation conflictuelle au sein du service. 11. En outre, le 18 septembre 2019, l'administration a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de l'état de santé de Mme C, lequel résulterait de propos diffamatoires tenus à son encontre par des agents du service. Il résulte de l'instruction que c'est en raison de nouveaux éléments produits à l'appui de son recours hiérarchique que l'administration a entendu procéder au réexamen de sa demande et saisir la commission de réforme. 12. Mme C soutient également que lors de sa reprise du travail au mois d'octobre 2019, elle a été mise à l'écart par la directrice territoriale, qui l'a déconsidérée, décrédibilisée, lui a donné des directives contradictoires et a tenu des propos blessants à son encontre, devant les autres agents du service. L'intéressée fait également valoir que sa charge de travail était déraisonnable, en dépit de son temps partiel thérapeutique. 13. Il résulte de l'instruction que, par un courrier du 4 novembre 2019, la directrice territoriale a adressé à Mme C une lettre de mission détaillée. Les échanges de courriels avec la directrice territoriale, produits par la requérante, révèlent des difficultés d'organisation au sein du service, Mme A faisant notamment état de ce que le télétravail couplé au temps partiel thérapeutique de Mme C n'était pas propice à l'organisation de réunions. Il ressort néanmoins de ces discussions que la directrice territoriale a pu s'appuyer sur Mme C lors de ses congés. La teneur générale de ces échanges n'a pas dépassé l'exercice normal du pouvoir hiérarchique. En outre, Mme C ne produit aucun élément permettant d'établir l'existence de propos blessants tenus à son égard. Enfin, les seuls plannings produits par la requérante ne permettent pas d'établir qu'elle était confrontée à une charge de travail déraisonnable. Au demeurant, du fait de ses allégations relatives à sa charge de travail, elle ne saurait utilement faire valoir que la directrice territoriale ne lui demandait pas de se rendre à certaines réunions en son absence. 14. Dans ces conditions, les éléments apportés par l'administration démontrent que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. 15. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme C doit être rejetée. D É C I D E :Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et au garde des sceaux, ministre de la justice.Délibéré après l'audience du 7 mai 2024, à laquelle siégeaient :M. Philippe Harang, président, M. Zouhaïr Karbal, conseiller,M. David Hélayel, conseiller. Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2024. Le rapporteur,SignéD. HELAYEL Le président, Signé Ph. HARANGLa greffière,SignéF. POUPLY La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.Pour expédition conforme,La greffière,2N° 2101561

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