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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2101634

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2101634

jeudi 25 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2101634
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantFREICHET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistré le 15 juin 2021 et le 14 avril 2023,

M. A B, représenté par Me Freichet, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 30 avril 2021 par laquelle le recteur de l'académie de Nice a prononcé à son encontre la sanction de l'exclusion temporaire de fonctions d'une durée de trois jours ;

2°) d'enjoindre au recteur de l'académie de Nice de procéder à la reconstitution de sa carrière ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros en application des

dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la matérialité des faits reprochés n'est pas établie dès lors qu'il n'a jamais tenu les propos qu'on lui attribue et qu'il n'a commis aucune faute ;

- la sanction infligée s'avère totalement disproportionnée.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 février 2023, le recteur de l'académie de Nice conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 12 février 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 12 mars 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- l'arrêté ministériel du 1er juillet 2013 portant référentiel des compétences professionnelles des métiers du professorat et de l'éducation ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Karbal,

- les conclusions de M. Kiecken, rapporteur public,

- et les observations de Me Freichet représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, professeur de lycée professionnel de lettres-histoire et géographie en poste au lycée professionnel Léon Blum à Draguignan, demande l'annulation de la décision du

30 avril 2021 par laquelle le recteur de l'académie de Nice a prononcé à son encontre la sanction de l'exclusion temporaire de fonctions d'une durée de trois jours.

2. En premier lieu, aux termes de l'article 19 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 : " () Le fonctionnaire à l'encontre duquel une procédure disciplinaire est engagée a droit à la communication de l'intégralité de son dossier individuel et de tous les documents annexes et à l'assistance de défenseurs de son choix. L'administration doit informer le fonctionnaire de son droit à communication du dossier. Aucune sanction disciplinaire autre que celles classées dans le premier groupe par les dispositions statutaires relatives aux fonctions publiques de l'Etat, territoriale et hospitalière ne peut être prononcée sans consultation préalable d'un organisme siégeant en conseil de discipline dans lequel le personnel est représenté. L'avis de cet organisme de même que la décision prononçant une sanction disciplinaire doivent être motivés ".

3. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du rapport administratif du 11 décembre 2020, que M. B a tenu, le 10 décembre 2020, des propos déplacés, sujet à interprétation et sans lien avec l'objet de son cours. Le recteur a considéré que les faits reprochés au professeur constituaient un manquement manifeste à l'obligation d'exemplarité, de correction et de dignité à laquelle est soumis tout fonctionnaire de l'Etat notamment dans ses relations avec les usagers du service public, et s'imposant particulièrement à un personnel chargé de missions éducatives, au respect de l'intégrité morale des élèves, ainsi qu'au référentiel des compétences professionnelles des métiers du professorat et de l'éducation fixé par l'arrêté ministériel du 1er juillet 2013 qui pose comme principe en son article 6 " agir en éducateur responsable et selon des principes éthiques ".

4. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire sont matériellement établis et constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.

5. M. B soutient que les faits qui lui sont reprochés ne sont pas établis. Toutefois, d'une part, ces faits sont clairement établis par le rapport d'enquête administratif du 11 décembre 2020. Ce rapport relève que M. B a déclaré sur l'affaire dite " l'Affaire Polanski ", que : " le viol est normal, lorsque je paye un coup à boire c'est normal qu'une femme se donne ", une femme qui dit non signifie à moitié un oui, certaines filles de notre âge l'excitent mais sa profession lui interdit d'agir ", " les hommes blancs ne devraient pas être punis lorsqu'ils violent des filles ". C part, ces faits sont appuyés par le témoignage de deux élèves. Enfin, il ressort des pièces du dossier et des propres dires de l'intéressé qu'il reconnait avoir tenu ces propos et qu'il a : " effectivement présenté des excuses () parce qu'il ne pensait qu'un débat sur l'affaire Polanski pourrait créer un certain émoi ". Toutefois, il ressort tout autant des pièces du dossier que ces propos ont été tenus pour provoquer intellectuellement les élèves concernés, propos qui auraient dû être pris au second degré, dès lors qu'il est évident que M. B n'y souscrivait pas personnellement et qui s'est contenté de les citer pour faire réagir sa classe. Néanmoins, une telle approche par cet enseignant qui n'a pas su prendre en compte le niveau réel de compréhension de ses élèves et leur degré d'immaturité, dans un climat déjà tendu au sein de sa classe, constitue une faute pédagogique et, par suite, un manquement à l'obligation " " d'agir en éducateur responsable " tel que le prévoit l'article 6 de l'arrêté ministériel précité du 1er juillet 2013.

6. Toutefois, et ainsi qu'il a été rappelé au point 4, il appartient au juge administratif de rechercher si la sanction retenue est proportionnée à la gravité des fautes reprochées à l'agent.

7. Il ressort des pièces du dossier que M. B ne présente pas d'antécédents disciplinaires et peut se prévaloir d'une manière de servir satisfaisante, eu égard aux fonctions d'enseignement qu'il exerce. En outre, si les propos tenus par le requérant ne correspondent pas à l'exigence précitée qui incombe aux enseignants dans leurs relations avec des mineurs, la décision disciplinaire du

1er groupe portant exclusion temporaire de fonctions pour une durée de trois jours prise à l'encontre de M. B doit être regardée, dans les circonstances de l'espèce, comme n'étant pas proportionnée à la gravité de ses manquements. Par suite, M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du 30 avril 2021.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. L'annulation de la sanction du 30 avril 2021 implique nécessairement la réintégration administrative et financière de M. B. Il y a lieu, dès lors, d'enjoindre au recteur de l'académie de Nice de procéder à la reconstitution de sa carrière dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin d'assortir cette mesure d'une astreinte.

Sur les frais liés à l'instance :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, qui est, dans la présente instance, la partie perdante, la somme de 2 000 euros que M. B demande au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La décision du 30 avril 2021 par laquelle le recteur de l'académie de Nice a prononcé à l'encontre de M. B la sanction de l'exclusion temporaire de fonctions d'une durée de trois jours est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au recteur de l'académie de Nice de procéder à la reconstitution de sa carrière dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. B la somme de 2 000 euros, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au recteur de l'académie de Nice.

Copie en sera adressée à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.

Délibéré après l'audience du 28 mars 2024, où siégeaient :

- M. Harang, président,

- M. Karbal, conseiller,

- M. Helayel, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 avril 2024.

Le rapporteur,

Signé

Z. KARBAL

Le président,

Signé

Ph. HARANG

Le greffier

Signé

A. CAILLEAUX

La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui le concerne ou à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Et par délégation

Le greffier.

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