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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2101665

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2101665

vendredi 29 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2101665
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantBEAUVILLARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 18 juin 2021 et le 9 novembre 2022, M. A F, représenté par Me Varron-Charrier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'avis des sommes à payer en date du 28 mai 2021 émis par le département du Var à son encontre en vue de recouvrer une créance de 48 989,53 euros ;

2°) de le décharger de l'obligation de payer la somme précitée ;

3°) de mettre à la charge du département du Var une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le titre exécutoire est entaché d'illégalité en ce qu'il mentionne les nom, prénom et qualité de l'ordonnateur, alors que le bordereau est signé par une autre personne dont il n'est pas établi qu'elle ait reçu une délégation de signature pour y procéder et qu'il n'est pas non plus établi que la signature électronique mentionnée soit régulière ;

- il ne mentionne pas les bases de la liquidation de la créance en ce que la motivation est imprécise et insuffisante et ne permet pas d'en vérifier le montant ;

- la créance en litige est prescrite en ce qu'elle procède du paiement d'un indu en matière de rémunération d'un agent public qui est répété au-delà du délai de deux années prévu à l'article 37-1 de la loi n°2000-321 du 12 avril 2000 ;

- l'acte attaqué est dépourvu de bien-fondé en ce qu'il n'a jamais exercé d'activité commerciale effective durant son congé de longue maladie et que son activité de location de chambre au sein de son château avait pour objet exclusif de gérer son patrimoine.

Par un mémoire enregistré le 6 août 2021, le directeur départemental des finances publiques du Var conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 septembre 2022, le département du Var, représenté par Me Beauvillard, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. F au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'incompétence de l'auteur du titre exécutoire attaqué.

Par ordonnance du 13 septembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au

13 novembre 2022.

Des observations présentées par M. F ont été enregistrées le 11 mars et le 12 mars 2024.

Des observations présentées par le département ont été enregistrées le 12 mars 2024.

Vu l'arrêt n°19MA03685 de la cour administrative d'appel de Marseille du 11 février 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;

- la loi n°84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale ;

- la loi n°2000-321 du 12 avril 2000 relative aux droits des citoyens dans leurs relations avec les administrations ;

- le décret n°87-602 du 30 juillet 1987 ;

- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique du 15 mars 2024 :

- le rapport de M. Quaglierini, rapporteur ;

- les conclusions de Mme Faucher, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Varron-Charrier, représentant M. F, et celles de Me Beauvillard, représentant le département du Var.

Considérant ce qui suit :

1. M. F, infirmier territorial au sein du département du Var, a été placé en congé de longue durée du 14 mai 2014 jusqu'au 22 novembre 2015, puis en congé ordinaire de maladie à compter du 23 novembre 2015. Après avoir découvert que ce dernier avait exercé une activité privée rémunérée non autorisée pendant cette période, le département du Var a émis un premier titre exécutoire en date du 10 janvier 2017 portant remboursement des rémunérations perçues pour un montant de 48 989,53 euros. Par un arrêt du 11 février 2021, la cour administrative d'appel de Marseille a annulé ce titre. Le département du Var a ainsi émis un second titre exécutoire en date du 28 mai 2021 portant le même objet et le même montant. Par sa requête, M. F demande au tribunal d'annuler ce titre.

Sur le bien-fondé de la créance :

2. Aux termes l'article 28 du décret du 30 juillet 1987 susvisé, dans sa version alors en vigueur : " Le bénéficiaire d'un congé de longue maladie ou de longue durée doit cesser tout travail rémunéré, sauf les activités ordonnées et contrôlées médicalement au titre de la réadaptation. / Il est tenu de notifier ses changements de résidence successifs à l'autorité territoriale qui, par des enquêtes directes de la collectivité ou établissement employeur ou par des enquêtes demandées à d'autres administrations plus aptes à les effectuer, s'assure que le titulaire du congé n'exerce effectivement aucune activité interdite par le premier alinéa du présent article. Si l'enquête établit le contraire, elle provoque immédiatement l'interruption du versement de la rémunération () ". Aux termes de l'article 25 de la loi du 13 juillet 1983 alors applicable : " () III.- Les fonctionnaires et agents non titulaires de droit public peuvent librement détenir des parts sociales et percevoir les bénéfices qui s'y attachent. Ils gèrent librement leur patrimoine personnel ou familial ".

3. Il résulte de l'instruction que M. F a été placé en congé de longue durée du 14 mai 2014 jusqu'au 22 novembre 2015. En décembre 2015, le département du Var a découvert que l'agent avait exercé, en parallèle de son congé de longue maladie transformé ultérieurement en congé de longue durée, une activité professionnelle rémunérée entre le

1er août 2011 jusqu'au 31 décembre 2015 en tant que commerçant et exploitant de la société " F Eric Alain " ayant pour objet la location de chambres d'hôtes, sans que l'intéressé ait déclaré cette activité à son administration ou qu'elle ait été régulièrement ordonnée et contrôlée médicalement au titre de sa réadaptation tel qu'il le soutient. Si le fonctionnaire peut librement faire fructifier son patrimoine personnel, il ne peut toutefois en faire commerce dans un cadre professionnel, en ayant notamment la qualité de commerçant, ou y consacrer un investissement personnel tel que l'activité litigieuse ne saurait être considérée comme étant accessoire. Or, il résulte de l'instruction que l'activité de location de chambres au sein du Château la Moissette était principalement exercée par M. F, tel que l'atteste un témoin en mentionnant qu'il n'y exerçait qu'à titre bénévole et uniquement en l'absence de l'intéressé. Ainsi, en application de l'article 28 du décret du 30 juillet 1987 susvisé, compte tenu de son activité de commerçant non autorisée durant ses congés de longue maladie et de longue durée et de l'importance de cette dernière, M. F ne pouvait percevoir une rémunération de la part du département du Var. La créance litigieuse résultant de paiements indus effectués par l'administration, qui n'avait pas été informée des activités de son agent, ne peut, par suite, se voir opposer le délai de prescription de deux ans prévu par les dispositions de l'article 37-1 de la loi du 12 avril 2000 susvisée. Le département ne peut non plus se voir opposer le délai de prescription de quatre ans prévu par l'article L. 274 du livre des procédures fiscales, l'annulation du premier titre exécutoire par la cour administrative de Marseille dans son arrêt du 11 février 2021 ne concernant que la seule régularité de ce dernier et non son bien-fondé. Par suite ce moyen doit être écarté.

Sur la régularité du titre exécutoire :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales : " () / 4° Quelle que soit sa forme, une ampliation du titre de recettes individuel ou de l'extrait du titre de recettes collectif est adressée au redevable. L'envoi sous pli simple ou par voie électronique au redevable de cette ampliation à l'adresse qu'il a lui-même fait connaître à la collectivité territoriale, à l'établissement public local ou au comptable public vaut notification de ladite ampliation. / En application des articles L. 111-2 et L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration, le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif mentionne les nom, prénoms et qualité de la personne qui l'a émis ainsi que les voies et délais de recours. / Seul le bordereau de titres de recettes est signé pour être produit en cas de contestation. / () ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci ".

5. Il résulte des dispositions citées au point 4, éclairées par les travaux préparatoires de la loi du 12 mai 2009 de simplification et de clarification du droit et d'allègement des procédures d'où les deux derniers alinéas sont issus, d'une part, que le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif doit mentionner les noms, prénoms et qualité de l'auteur de cette décision, au sens des dispositions citées au point 3, de même, par voie de conséquence, que l'ampliation adressée au redevable, et d'autre part, qu'il appartient à l'autorité administrative de justifier en cas de contestation que le bordereau de titre de recettes comporte la signature de cet auteur. Lorsque le bordereau est signé, non par l'ordonnateur lui-même, mais par une personne ayant reçu de lui une délégation de compétence ou de signature, ce sont, dès lors, les nom, prénoms et qualité de cette personne qui doivent être mentionnés sur le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif, de même que sur l'ampliation adressée au redevable.

6. Il résulte de l'instruction que M. B D, en sa qualité de président du conseil départemental du Var à l'époque de la décision attaquée, a émis et rendu exécutoire un titre de recettes à l'encontre du requérant, le 28 mai 2021, pour un montant de 48 989,53 euros. Afin de justifier que le titre de recettes individuel contesté comporte la signature de son auteur, il est produit en défense le bordereau de titres de recettes n°1178, dont la signataire est de Mme E C, qui comprend la mention dudit titre de recettes pour un montant de

48 989,53 euros, correspondant à la créance en litige. Il est également fourni la délégation du

2 septembre 2019 par laquelle le président du conseil départemental a délégué sa signature en matière de gestion financière à Mme C, responsable du service exécution. Toutefois, bien que cette dernière soit habilitée à signer les bordereaux de titres et de mandats, elle n'a pas émis et rendu exécutoire le titre individuel contesté. Dans ces conditions, et alors que les nom, prénom et qualité de la personne qui a émis et rendu exécutoire un titre individuel doivent être identiques à ceux qui apparaissent dans le bordereau de titres correspondant, le titre de recettes individuel en litige, émis et rendu exécutoire à l'encontre de M. F pour un montant de 48 989,53 euros, est irrégulier en sa forme et doit, dès lors, être annulé.

7. En second lieu, aux termes de l'article 24 du décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 relatif à la gestion comptable et budgétaire : " Toute créance liquidée faisant l'objet d'une déclaration ou d'un ordre de recouvrer indique les bases de la liquidation ". Ainsi, tout état exécutoire doit indiquer les bases de la liquidation de la créance pour le recouvrement de laquelle il est émis et les éléments de calcul sur lesquels il se fonde, soit dans le titre lui-même, soit par référence précise à un document joint à l'état exécutoire ou précédemment adressé au débiteur.

8. Il résulte de l'instruction que l'avis des sommes à payer du 28 mai 2021, mentionnant laconiquement " recettes DRH ", était accompagné d'un courrier du 25 mai 2021 expliquant que le titre de paiement contesté liquide les traitements perçus par l'intéressé alors qu'il exerçait une activité rémunérée non autorisée durant son congé de longue durée du 14 mai 2014 au 22 novembre 2015. Toutefois, en n'apportant pas le décompte de la somme réclamée, laquelle est constituée, tel que le département le fait valoir en défense, de 18 mois de rémunération mensuelle et d'une indemnité de coordination versée en décembre 2016, le titre exécutoire litigieux doit être annulé comme n'indiquant pas utilement les bases de la liquidation de la créance recouvrée.

9. Il résulte de tout ce qui précède que le titre exécutoire du 28 mai 2021 doit être annulé, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens soulevés. Néanmoins, l'ensemble des moyens soutenus sur le bien-fondé de la créance ayant été écarté, il convient de rejeter les conclusions du requérant à fin de décharge.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge du département du Var une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. F et non compris dans les dépens. Les conclusions du département du Var au titre de ces dispositions sont en revanche rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : L'avis des sommes à payer du 28 mai 2021 émis par le département du Var est annulé.

Article 2 : Le département du Var versera à M. F la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Les conclusions du département du Var au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A F, au département du Var et au directeur départemental des finances publiques du Var.

Délibéré après l'audience du 15 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Sauton, président,

M. Quaglierini, premier conseiller,

Mme Martin, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 mars 2024.

Le rapporteur,

Signé

B. Quaglierini

Le président,

Signé

JF. Sauton

La greffière

Signé

B. Ballestracci

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier

N°2101665

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