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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2101700

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2101700

jeudi 2 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2101700
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantMAUDUIT LOPASSO GOIRAND ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 22 juin 2021 et le 23 février 2022, la société civile immobilière (SCI) La Tarente, représentée par Me Lopasso, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) à titre principal, d'annuler l'arrêté du 19 avril 2021 du préfet du Var portant traitement de l'insalubrité concernant les logements n° 20, 21 et 22 situés 880 chemin de Piedardant, parcelle cadastrée section BC n° 69, à Ollioules ;

2°) à titre subsidiaire, de désigner, avant-dire droit, un expert ayant essentiellement pour mission de se rendre sur les lieux et de décrire avec précision l'état des logements ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé en fait ;

- le logement n'est pas impropre à l'habitation ; la mauvaise isolation thermique de la toiture, les infiltrations d'eaux, l'insuffisance du renouvellement d'air ainsi que des moyens de chauffage ne sont pas établies ; le réseau d'alimentation en eau potable ne présente pas d'anomalie ; l'installation électrique est suffisante et adaptée aux logements ; un conduit de fumée a été retiré ; l'isolation de la toiture a été réparé ;

- l'arrêté méconnaît les dispositions de l'article L. 511-11 du code de la construction et de l'habitation dès lors que, à supposer qu'une mise en conformité du système d'évacuation des eaux usées soit nécessaire, que l'installation électrique et le renouvellement d'air soient insuffisants et que le réseau d'alimentation en eau potable présente des anomalies, il appartenait au préfet de prescrire ces travaux dès lors que ceux-ci sont possibles et qu'aucuns travaux ne nécessitent d'autorisation préalable ;

- le préfet a méconnu le principe d'indépendance des législations en se fondant sur l'impossibilité d'obtenir une autorisation d'urbanisme pour estimer qu'il n'existait aucun moyen technique permettant de remédier aux désordres ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation des caractéristiques du logement.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 24 août 2021 et le 8 août 2023, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Montalieu, rapporteure,

- les conclusions de M. Kiecken, rapporteur public,

- et les observations de Me Lopasso, avocat de la société requérante,

- le préfet du Var n'étant ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. La SCI La Tarente est propriétaire d'un bâtiment situé sur la parcelle cadastrée section BC n° 69 sise 880 chemin de Piedardant à Ollioules, classée en zone agricole au plan local d'urbanisme de la commune. Au-dessus d'un atelier professionnel et d'une boutique, le niveau supérieur de ce bâtiment a été aménagé en trois logements. Le directeur général de l'ARS Provence-Alpes-Côte d'Azur (PACA) a procédé à l'évaluation de l'état d'insalubrité et de sécurité des locaux n° 20, 21 et 22 et a établi un rapport le 9 mars 2021. Par un courrier du 11 mars 2021, le préfet du Var a informé la SCI La Tarente et ses représentants qu'il était susceptible de mettre en œuvre une procédure de traitement de l'insalubrité et les a invités à présenter leurs observations. Par un arrêté du 19 avril 2021, le préfet du Var a prescrit la cessation de la mise à disposition des trois locaux à des fins d'habitation et le relogement des occupants du fait d'une interdiction d'habiter à titre définitif.

Sur la régularité de l'arrêté en litige :

2. L'arrêté attaqué, qui vise les dispositions du code de la construction et de l'habitation et du code de la santé publique sur lesquelles il est fondé et fait état notamment du rapport du directeur général de l'ARS PACA établi le 9 mars 2021 constatant les désordres affectant les logements mentionnés au point 1, expose avec une précision suffisante les considérations de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

Sur l'état d'insalubrité des locaux :

3. Aux termes de l'article L. 1331-22 du code de la santé publique : " Tout local, installation, bien immeuble ou groupe de locaux, d'installations ou de biens immeubles, vacant ou non, qui constitue, soit par lui-même, soit par les conditions dans lesquelles il est occupé, exploité ou utilisé, un danger ou risque pour la santé ou la sécurité physique des personnes est insalubre. ( ) ". Aux termes de l'article L. 1331-23 du même code : " Ne peuvent être mis à disposition aux fins d'habitation, à titre gratuit ou onéreux, les locaux insalubres dont la définition est précisée conformément aux dispositions de l'article L. 1331-22, que constituent les caves, sous-sols, combles, pièces dont la hauteur sous plafond est insuffisante, pièces de vie dépourvues d'ouverture sur l'extérieur ou dépourvues d'éclairement naturel suffisant ou de configuration exiguë, et autres locaux par nature impropres à l'habitation, ni des locaux utilisés dans des conditions qui conduisent manifestement à leur sur-occupation. ". Aux termes de l'article R. 1331-25 du même code : " Le bâti (sol, toiture, murs, ouvertures), les gros ouvrages, au sens de l'article R. 111-2 du code de la construction et de l'habitation, assurent la protection, prévue par l'article R. 151-2 du même code, des locaux d'habitation contre les remontées d'eau, les infiltrations et l'humidité, ainsi que contre les infiltrations d'air parasite. ( ) ". Aux termes de l'article R. 1331-27 du même code : " L'alimentation en eau potable provient d'un réseau de distribution publique, d'une source ou d'un puits privé dans les conditions prévues aux articles L. 1321-4 et L. 1321-7. ". Aux termes de l'article R. 1331-31 du même code : " L'installation électrique est sécurisée et comporte un dispositif de coupure générale de l'alimentation électrique dans le logement. ". Aux termes de l'article R. 1331-33 du même code : " Le logement est pourvu d'un système de régulation de la chaleur fonctionnel et suffisant, qui peut être assuré par différents moyens tels l'isolation thermique, la présence de volets, la possibilité de ventilation nocturne, l'existence d'un puits provençal, ainsi que par leur combinaison. ".

4. Pour contester l'état d'insalubrité, au sens des articles L. 1331-22 et L. 1331-23 du code de la santé publique, des locaux précités, la société requérante soutient, d'une part, que la mauvaise isolation thermique de la toiture et les infiltrations d'eaux ne sont pas établies. Toutefois, le constat d'huissier, réalisé le 7 avril 2021 sur requête de la société requérante, selon lequel de la laine de verre d'environ 15 centimètres d'épaisseur se trouve sous la toiture en tôle métallique est dépourvu de toute expertise technique et ne permet, par conséquent, pas de remettre sérieusement en cause les constatations du rapport de l'ARS quant à l'insuffisance de l'isolation thermique du bâtiment pour un usage d'habitation. Par ailleurs, s'agissant de l'étanchéité des logements, il résulte des constatations du rapport de l'ARS, étayées par des photographies, que le défaut d'étanchéité de la toiture entraîne des infiltrations d'eaux et que les locataires ont déclaré à l'agent de l'ARS que, lors des fortes précipitations, l'eau s'infiltre dans les logements par les portes d'entrées. Dès lors, la société requérante ne conteste pas de façon pertinente la réalité de ces désordres en faisant valoir que l'huissier n'a contesté aucune infiltration et en se prévalant d'attestations des locataires en contradiction avec leurs précédentes déclarations.

5. D'autre part, la société requérante soutient que la non-conformité de l'installation électrique et du réseau d'alimentation en eau potable n'est pas établie. Toutefois, en se prévalant du constat d'huissier, lequel est dépourvu de toute expertise technique, d'une attestation de conformité visée le 9 mai 2019 par le comité national pour la sécurité des usagers de l'électricité (Consuel) dont les mentions ne permettent pas d'identifier le logement concerné et en se bornant à soutenir que " les pièces " sont munies de cinq prises électriques, sans apporter aucun élément à l'appui de ses allégations, et que la situation de dangerosité résulte " principalement " de l'usage fait par les locataires, la société requérante ne critique pas de façon sérieuse et pertinente le rapport de l'ARS selon lequel l'installation électrique est dangereuse, inadaptée et vétuste en raison " de branchements anarchiques entrainant un risque d'électrisation voire d'électrocution en cas de contact direct et/ou défaut d'isolement sur un appareil électrique ; risque électrique lié au nombre insuffisant de prises électriques entrainant l'utilisation excessive de rallonges et de multiprises surchargées ". Par ailleurs, si le constat d'huissier indique que le réseau d'alimentation en eau potable des logements, " qui court au-dessus de la toiture de l'atelier ", est " protégé par une gaine bleue ", ces constatations sont dépourvues de toute expertise technique et ne permettent, par conséquent, pas de remettre sérieusement en cause le rapport de l'ARS selon lequel le réseau d'eau potable n'est pas conforme, notamment en raison d'une canalisation aérienne non protégée de la chaleur. De plus, et en tout état de cause, s'il résulte de l'instruction qu'un conduit de cheminée, destiné à évacuer des produits de combustion utilisés par l'atelier professionnel situé en dessous des logements, a été retiré, il est constant qu'un autre conduit se situe en façade nord.

6. Enfin, la société requérante soutient que l'insuffisance des moyens de chauffage et du renouvellement d'air n'est pas établie. Il est constant que le rapport de l'ARS ne contient aucune précision technique quant à ces désordres. Cependant, à supposer même que ces désordres ne soient pas établis, dans les circonstances précédemment décrites, il résulte de l'instruction que les locaux en litige présentent cinq autres désordres et que ces désordres, appréciés ensembles, ont pour conséquence de rendre l'occupation de ces locaux dangereuse et risquée pour la santé et la sécurité physique des personnes. Par suite, le moyen selon lequel les locaux en litige ne présentent pas un état d'insalubrité au sens des articles L. 1331-22 et L. 1331-23 du code de la santé publique doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des caractéristiques des locaux doit également être écarté.

Sur les mesures nécessitées par la situation d'insalubrité des locaux :

7. Aux termes de l'article L. 1331-24 du code de la santé publique : " Les situations d'insalubrité indiquées aux articles L. 1331-22 et L. 1331-23 font l'objet des mesures de police définies au titre Ier du livre V du code de la construction et de l'habitation. ". Aux termes de l'article L. 511-2 du code de la construction et de l'habitation : " La police mentionnée à l'article L. 511-1 a pour objet de protéger la sécurité et la santé des personnes en remédiant aux situations suivantes : / () 4° L'insalubrité, telle qu'elle est définie aux articles L. 1331-22 et L. 1331-23 du code de la santé publique. ". Aux termes de l'article L. 511-11 du même code : " L'autorité compétente prescrit, par l'adoption d'un arrêté de mise en sécurité ou de traitement de l'insalubrité, la réalisation, dans le délai qu'elle fixe, de celles des mesures suivantes nécessitées par les circonstances : / 1° La réparation ou toute autre mesure propre à remédier à la situation y compris, le cas échéant, pour préserver la solidité ou la salubrité des bâtiments contigus ; / 2° La démolition de tout ou partie de l'immeuble ou de l'installation ; / 3° La cessation de la mise à disposition du local ou de l'installation à des fins d'habitation ; / 4° L'interdiction d'habiter, d'utiliser, ou d'accéder aux lieux, à titre temporaire ou définitif. () L'arrêté ne peut prescrire la démolition ou l'interdiction définitive d'habiter ou d'utiliser que s'il n'existe aucun moyen technique de remédier à l'insalubrité ou à l'insécurité ou lorsque les mesures et travaux nécessaires à une remise en état du bien aux normes de salubrité, de sécurité et de décence seraient plus coûteux que sa reconstruction. () ". Et aux termes de l'article L. 511-18 du même code : " () Lorsque l'interdiction d'habiter est prononcée à titre définitif ou lorsqu'est prescrite la cessation de la mise à disposition à des fins d'habitation des locaux mentionnés à l'article L. 1331-23 du code de la santé publique, le propriétaire, l'exploitant ou la personne qui a mis à disposition le bien est tenu d'assurer le relogement des occupants dans les conditions prévues au même chapitre. () ".

8. Il résulte des dispositions de l'article L. 1331-23 citées au point 2 que lorsqu'un local insalubre est occupé à des fins d'habitation par une personne qui n'en a pas la propriété, il appartient à l'autorité compétente de prescrire la cessation de sa mise à disposition sur le fondement du 3° de l'article L. 511-11 du code de la construction et de l'habitation. Il incombe alors au propriétaire, en application de l'article L. 511-18 du même code, d'assurer le relogement des occupants. En revanche, il résulte du 7ème alinéa de l'article L. 511-11 précité que l'interdiction définitive d'habiter ou d'utiliser ne peut être prescrite que s'il n'existe aucun moyen technique de remédier à l'insalubrité ou à l'insécurité ou lorsque les mesures et travaux nécessaires à une remise en état du bien aux normes de salubrité, de sécurité et de décence seraient plus coûteux que sa reconstruction.

9. En l'espèce, d'une part, il est constant que les locaux en litige, qui présentent un état d'insalubrité ainsi qu'il résulte des points 4 à 6 du présent jugement, étaient mis à la disposition de trois locataires à des fins d'habitation par la société requérante. Dès lors, c'est à bon droit que le préfet du Var a prononcé la cessation de la mise à disposition des locaux à des fins d'habitation.

10. D'autre part, la société requérante soutient que le préfet du Var ne pouvait prononcer une interdiction d'habiter à titre définitif dès lors que les travaux permettant de remédier à l'insalubrité sont techniquement réalisables. Les pièces du dossier ne permettent pas au tribunal de se prononcer avec certitude sur ce point. Toutefois, compte tenu de l'utilisation faite par la société requérante des locaux, la mesure de cessation de la mise à disposition de tiers à des fins d'habitation est suffisante pour protéger la sécurité et la santé des personnes. Par suite, et sans qu'il soit besoin de diligenter une expertise, il y a lieu d'accueillir le moyen tiré de la méconnaissance du 7ème alinéa de l'article L. 511-11 du code de la construction et de l'habitation.

11. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner l'autre moyen dirigé contre la mesure portant interdiction d'habiter à titre définitif, que l'arrêté du 19 avril 2021 du préfet du Var doit être annulé en tant seulement qu'il édicte une interdiction d'habiter à titre définitif.

Sur les frais liés au litige :

12. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'Etat une quelconque somme au titre des frais exposés par la société requérante et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 19 avril 2021 du préfet du Var est annulé en tant seulement qu'il édicte une interdiction d'habiter à titre définitif.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SCI La Tarente et à la ministre du travail, de la santé et des solidarités.

Copie en sera adressée au préfet du Var.

Délibéré après l'audience du 11 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Philippe Harang, président,

M. Zouhaïr Karbal, conseiller,

Mme Mathilde Montalieu, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mai 2024.

La rapporteure,

Signé

M. MONTALIEU

Le président,

Signé

Ph. HARANG

La greffière,

Signé

F. POUPLY

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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