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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2101767

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2101767

mardi 9 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2101767
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantBRUNET - VENIEL - GOBBERS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 29 juin 2021, 6 septembre 2021 et 23 février 2022, M. A B, représenté par Me Brunet, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 mai 2021 par lequel le maire de la commune du Rayol-Canadel-sur-Mer s'est opposé à sa déclaration préalable n° PC 083 152 21 J0024 déposée le 6 avril 2021 en vue de la réalisation d'une terrasse de neuf mètres carrés en promontoire pour sa villa sise 21 Cor de Genève à Rayol-Canadel-sur-Mer (83 820) sur la parcelle cadastrée section AR n° 41 ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de Rayol-Canadel-sur-Mer de lui délivrer un certificat de non-opposition à sa déclaration préalable dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de la commune du Rayol-Canadel-sur-Mer une somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté est insuffisamment motivé à l'aune de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation à l'aune des articles UC 11 du plan local d'urbanisme (PLU) de la commune de Rayol-Canadel-sur-Mer et de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme ;

- il est entaché d'un détournement de pouvoir.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 31 août 2021 et 28 septembre 2021, la commune du Rayol-Canadel-sur-Mer, représentée par Me Bauducco, conclut au rejet de la requête et demande que soit mise à la charge du requérant la somme de 2 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le plan local d'urbanisme de la commune du Rayol-Canadel-sur-Mer ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 28 mai 2024 :

- le rapport de Mme Le Gars ;

- les conclusions de M. Riffard, rapporteur public ;

- et les observations de Me Bauducco représentant la commune du Rayol-Canadel-sur-Mer.

Considérant ce qui suit :

1. Le 6 avril 2021, M. B a formé une déclaration préalable en mairie du Rayol-Canadel-sur-Mer en vue de la réalisation d'une terrasse de 9 mètres carrés en promontoire pour sa villa située 21 Cor de Genève à Rayol-Canadel-sur-Mer. Par un arrêté du 3 mai 2021, le maire de la commune du Rayol-Canadel-sur-Mer s'est opposé à la déclaration préalable. M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article UC 11 du PLU de la commune du Rayol-Canadel-sur-Mer : " Les constructions doivent présenter un aspect compatible avec le caractère ou l'intérêt des lieux avoisinants, des sites et des paysages. Toutefois si la superficie ou la configuration de l'unité foncière est de nature à compromettre l'aspect de la construction ou des constructions voisines, le projet pourra être refusé ou être assorti de prescriptions de nature à le rendre plus compatible avec l'intérêt architectural. () ". L'article R. 111-27 du code de l'urbanisme dispose que : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. ".

3. Pour s'opposer à la déclaration préalable en litige, le maire de la commune du Rayol-Canadel-sur-Mer a retenu que " la terrasse en promontoire ne s'intègre pas dans la construction existante et crée un impact trop important dans le paysage ". Cependant, il n'est ni allégué ni établi que les lieux environnants le terrain d'assiette du projet présentent un caractère ni un intérêt architectural, paysager ou environnemental particulier. De plus, il ressort des photographies versées à l'instance par le requérant que les constructions environnantes du terrain d'assiette sont détériorées et vétustes. En outre, si les alentours sont largement boisés, il ressort des photographies et plans que la terrasse projetée est d'une part, de faible ampleur, 9 mètres carrés, d'autre part, en bois de teinte sombre et se dissimule aisément dans le paysage proche et lointain. Ainsi, le maire de la commune du Rayol-Canadel-sur-Mer n'est pas fondé à soutenir que la construction de la terrasse, en dépit de sa disposition en promontoire, porte atteinte à l'intérêt ni au caractère des lieux avoisinants. Le requérant est, par suite, fondé à soutenir que le maire a fait une inexacte application des dispositions précitées.

4. Il résulte de ce qui précède que M. B est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du maire de la commune du Rayol-Canadel-sur-Mer en date du 3 mai 2021. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun des autres moyens soulevés n'est de nature à entraîner l'annulation de l'arrêté attaqué.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. () ".

6. Lorsque le juge annule un refus d'autorisation ou une opposition à une déclaration après avoir censuré l'ensemble des motifs que l'autorité compétente a énoncés dans sa décision conformément aux prescriptions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme ainsi que, le cas échéant, les motifs qu'elle a pu invoquer en cours d'instance, il doit, s'il est saisi de conclusions à fin d'injonction, ordonner à l'autorité compétente de délivrer l'autorisation ou de prendre une décision de non-opposition. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction soit que les dispositions en vigueur à la date de la décision annulée, qui eu égard aux dispositions de l'article L. 600-2 du code de l'urbanisme demeurent applicables à la demande, interdisent de l'accueillir pour un motif que l'administration n'a pas relevé, ou que, par suite d'un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date du jugement y fait obstacle.

7. En raison du motif qui la fonde, l'annulation de l'arrêté attaqué implique nécessairement, compte-tenu de l'absence de changements de circonstances de droit ou de fait y faisant obstacle, que soit prise par le maire du Rayol-Canadel-sur-Mer, sur le fondement des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, une décision de non-opposition à la déclaration préalable déposée par M. B le 6 avril 2021 dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais d'instance :

8. En application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu de mettre à la charge de la commune du Rayol-Canadel-sur-Mer une somme de

2 000 euros au bénéfice de M. B. En revanche, ces mêmes dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge du requérant, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que réclame la commune du Rayol-Canadel-sur-Mer au titre des frais liés au litige.

DECIDE

Article 1er : L'arrêté susvisé du maire de la commune du Rayol-Canadel-sur-Mer en date du 3 mai 2021 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au maire de la commune du Rayol-Canadel-sur-Mer de prendre une décision de non-opposition à la déclaration préalable déposée par M. B le 6 avril 2021 dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : La commune du Rayol-Canadel-sur-Mer versera à M. B la somme de

2 000 (deux mille) euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Les conclusions de la commune du Rayol-Canadel-sur-Mer présentées sur ce fondement sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune du Rayol-Canadel-sur-Mer.

Délibéré après l'audience du 28 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Privat, président,

M. Bailleux, premier conseiller,

Mme Le Gars, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 juillet 2024.

La rapporteure,

Signé :

H. LE GARS

Le président,

Signé :

J.-M. PRIVAT La greffière,

Signé :

G. RICCI

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Et par délégation,

La greffière.

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