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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2101858

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2101858

jeudi 22 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2101858
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantMVD AVOCATS ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 7 juillet 2021 et 6 avril 2022, et un mémoire enregistré le 7 juin 2022 et non communiqué, la société anonyme (SA) Viamedis, représentée par Me Bensoussan, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des sommes de 4 039,16 euros et 19 113, 68 euros, procédant de deux saisies administratives à tiers détenteurs (SATD), émises par le comptable public les 7 et 8 mai 2021 ;

2°) de prononcer la décharge de l'obligation de payer ces sommes ;

3°) de mettre à la charge in solidum de l'Etat et du Centre hospitalier intercommunal (CHI) de Fréjus / Saint-Raphaël la somme de 1 500 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les intérêts au taux légal à compter du 7 juillet 2021.

Elle soutient que :

- la SATD du 7 mai 2021 ne lui a pas été notifiée, en méconnaissance des dispositions du 7° de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales ;

- il n'y a pas eu de mainlevée totale ;

- la facturation n'a pas été conforme aux prises en charge ;

- le recouvrement des soins concernés par le titre de recettes n° 1075069, d'un montant de 2 607,55 euros, visé par la SATD du 8 mai 2021, était prescrit au jour de l'émission du titre ;

- sa requête est recevable ;

- une partie des titres a été mise en paiement et soldée ;

- une partie des titres ne lui a jamais été envoyée ;

- une partie des titres est infondée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 février 2022, le CHI de Fréjus / Saint-Raphaël conclut :

1°) au non-lieu à statuer partiel ;

2°) au rejet du surplus des conclusions de la requête ;

3°) à ce que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge de la société Viamedis, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable, dès lors qu'elle n'est pas accompagnée des titres contestés ; qu'elle est insuffisamment motivée ; qu'elle est tardive, faute d'avoir été introduite dans un délai raisonnable ;

- la plupart des titres de recettes attaqués a fait l'objet d'une annulation partielle ou totale ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 avril 2022, la Direction départementale des finances publiques du Var conclut :

1°) au non-lieu à statuer partiel ;

2°) au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Elle soutient que :

- sur les 85 titres querellés, 24 ont fait l'objet d'une annulation par l'ordonnateur et 43 ont fait l'objet d'un règlement spontané par la requérante avant le 17 juin 2021 ;

- la demande d'annulation des titres est tardive ;

- la requête n'a pas été précédée d'une contestation devant l'administration, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales ;

- à supposer que la procédure soit régulière, il appartient au juge de l'exécution de trancher le litige ;

- le comptable est uniquement chargé du recouvrement des titres de recette, en vertu du principe de séparation des ordonnateurs et des comptables.

Le 25 janvier 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur deux moyens relevés d'office tirés, d'une part, de l'irrecevabilité des conclusions aux fins de décharge dirigées contre vingt-six titres exécutoires, dès lors qu'elles ont perdu leur objet avant l'enregistrement de la requête ; d'autre part, du non-lieu à statuer sur les conclusions dirigées contre les titres n° 1126328, n° 1160959 et n° 114057, dès lors qu'un règlement est intervenu postérieurement à l'enregistrement de la requête.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Hélayel, rapporteur,

- les conclusions de M. Kiecken, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Par un courrier du 8 mai 2021, le comptable public de la trésorerie de l'Estérel a informé la société Viamedis de ce qu'il avait demandé à sa banque, la BNP Paribas, de lui verser le montant des créances dont elle était redevable à l'égard du CHI de Fréjus / Saint-Raphaël.

Sur les conclusions aux fins de décharge de l'obligation de payer :

2. L'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales dispose que : " Les dispositions du présent article s'appliquent également aux établissements publics de santé. / () 7° Le recouvrement par les comptables publics compétents des titres rendus exécutoires dans les conditions prévues au présent article peut être assuré par voie de saisie administrative à tiers détenteur () ".

3. Aux termes de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales : " Les contestations relatives au recouvrement des impôts, taxes, redevances, amendes, condamnations pécuniaires et sommes quelconques dont la perception incombe aux comptables publics doivent être adressées à l'administration dont dépend le comptable qui exerce les poursuites. / () / Les contestations relatives au recouvrement ne peuvent pas remettre en cause le bien-fondé de la créance. Elles peuvent porter : / 1° Sur la régularité en la forme de l'acte ; / 2° A l'exclusion des amendes et condamnations pécuniaires, sur l'obligation au paiement, sur le montant de la dette compte tenu des paiements effectués et sur l'exigibilité de la somme réclamée. / Les recours contre les décisions prises par l'administration sur ces contestations sont portés dans le cas prévu au 1° devant le juge de l'exécution. Dans les cas prévus au 2°, ils sont portés : / () c) Pour les créances non fiscales des collectivités territoriales, des établissements publics locaux et des établissements publics de santé, devant le juge de l'exécution. "

4. Il résulte de ces dispositions que le contentieux du recouvrement des créances non fiscales des établissements publics de santé relève de la compétence du juge de l'exécution. Ainsi, il n'appartient qu'à la juridiction judiciaire de connaître de la contestation de la SA Viamedis portant sur l'obligation au paiement des créances du CHI de Fréjus / Saint-Raphaël. Par suite, il y a lieu d'accueillir l'exception d'incompétence soulevée par la Direction départementale du Var et de rejeter les conclusions présentées à cette fin par la requérante.

Sur les conclusions aux fins de décharge :

En ce qui concerne le non-lieu relevé d'office :

5. Il résulte de l'instruction que, postérieurement à l'enregistrement de la requête, la SA Viamedis a réglé les titres n° 1126328 du 18 octobre 2019, n° 1160959 du 18 décembre 2019 et n° 114057 du 18 novembre 2020. La société n'a formulé aucune observation en réponse au moyen d'ordre public qui lui a été communiqué le 25 janvier 2024. Dès lors, les conclusions aux fins de décharge dirigées contre ces titres sont devenues sans objet et il n'y a plus lieu d'y statuer.

En ce qui concerne l'irrecevabilité relevée d'office :

6. Il résulte de l'instruction que la SA Viamedis a procédé au règlement de vingt-six titres avant même d'introduire sa requête (titres n° 1076975, n° 1112816, n° 1147978, n° 1048951, n° 1052933, n° 1064544, n° 1067943, n° 1070223, n° 1071489, n° 1072038, n°1073886, n° 1086862, n°1105449, n°1112916, n°1112917, n°1112930, n°1113554, n°1114074, n° 1116104, n°1116113, n° 1117553, n° 1120706, n° 1124004, n° 1126591, n° 1128216 et n° 1153895). En l'absence de toute précision apportée par la requérante sur ce point, les conclusions aux fins de décharge dirigées contre ces avis des sommes à payer doivent être regardées comme ayant perdu leur objet, avant la saisine du tribunal. Par suite, ces conclusions doivent être rejetées comme irrecevables.

En ce qui concerne le surplus des conclusions aux fins de décharge :

S'agissant du titre n° 1114444 du 18 novembre 2020 :

7. Le tableau récapitulatif produit par la société requérante contient la mention " en attente de rattachement FINESS ". En défense, l'hôpital fait valoir, sans être contesté sur ce point, qu'il a contacté la requérante et qu'il est en attente d'un retour de sa part, en l'absence de réelle contestation du bien-fondé de cet avis des sommes à payer. Dans ces conditions, ce moyen ne peut qu'être écarté comme non assorti des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.

S'agissant du titre n° 1131419 du 16 décembre 2020 :

8. Le premier tableau récapitulatif produit par la société requérante contient les mentions " facture non-conforme " et " pas de prise en charge à la date des soins ". Toutefois, le deuxième tableau indique, en dernier lieu : " en attente de rattachement FINESS ". En défense, l'hôpital produit néanmoins des avis des sommes à payer concernant une prise en charge en hôpital de jour ainsi que la carte de mutuelle du bénéficiaire. Dans ces conditions, ce moyen ne peut qu'être écarté.

S'agissant du titre n° 1142118 du 7 janvier 2021 :

9. Si la requérante soutient également que la facture n'est pas conforme en l'absence de prise en charge à la date des soins, l'hôpital établit la matérialité de cette prise en charge, qui concerne le même patient que le titre n° 1131419 et qui n'est pas contestée. Par suite, ce moyen doit être écarté.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins de décharge dirigées contre les titres n° 1114444/2020, 1131419 et 1142118 doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées en défense.

Sur les frais du litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat ou du CHI de Fréjus / Saint-Raphaël, qui ne sont pas les parties perdantes dans la présente instance, la somme demandée par la société Viamedis à ce titre. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la société Viamedis la somme de 2 500 euros, au titre des frais exposés par le CHI de Fréjus / Saint-Raphaël et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Les conclusions de la SA Viamedis aux fins de décharge de l'obligation au paiement sont rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.

Article 2 : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions aux fins de décharge présentées par la SA Viamedis et dirigées contre les titres exécutoires n° 1126328 du 18 octobre 2019, n° 1160959 du 18 décembre 2019 et n° 114057 du 18 novembre 2020.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : La SA Viamedis versera au Centre hospitalier intercommunal de Fréjus / Saint-Raphaël la somme de 2 500 euros, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la SA Viamedis, à la Direction départementale des finances publiques du Var et au Centre hospitalier intercommunal de Fréjus / Saint-Raphaël.

Délibéré après l'audience du 1er février 2024, à laquelle siégeaient :

M. Harang, président,

M. Karbal, conseiller,

M. Hélayel, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 février 2024.

Le rapporteur,

Signé

D. HELAYEL

Le président,

Signé

Ph. HARANG

La greffière,

Signé

F. POUPLY

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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