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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2101871

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2101871

lundi 8 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2101871
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantHOFFMANN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistré les 7 juillet 2021 et 28 juin 2022, M. A B, représenté par Me Hoffmann, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 6 mai 2021 par laquelle le directeur du centre ministériel de gestion du ministère des armées l'a admis à faire valoir ses droits à la retraite et l'a radié des contrôles après une cessation anticipée d'activité amiante ;

2°) d'enjoindre au ministre des armées de prendre un nouvel arrêté portant admission à la retraite et radiation des contrôles après une cessation anticipée d'activité amiante, avec intégration des quinze années de travaux insalubres pour une pension calculée sur la base d'un coefficient de 1,18 du forfait annuel de 1 759 heures ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence de sa signataire ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration à défaut de procédure contradictoire préalable ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 242-1 du même code et présente un caractère rétroactif illégal dès lors qu'elle retire la décision créatrice de droits du 1er décembre 2020 au-delà du délai de retrait de quatre mois ;

- elle méconnaît les mêmes dispositions car la décision du 1er décembre 2020 qu'elle retire n'était pas illégale, le requérant remplissant les conditions d'une cessation anticipée pour travaux insalubres, prévues par les dispositions combinées de l'article 21 du décret n° 2004-1056 du 5 octobre 2004 et du décret n° 67-711 du 18 août 1967, puisqu'il a accompli des travaux insalubres durant toute sa carrière, de 1980 à 2021 ; elle est entachée d'erreurs de droit, de fait et de qualification juridique des faits pour la même raison.

Par un mémoire en défense enregistré le 24 août 2023, le ministre des armées fait valoir que la décision attaquée n'a pas respecté le délai de retrait d'une durée de quatre mois prévu à l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration, que le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée et les moyens de légalité interne ne sont pas fondés, et que le tribunal devra apprécier les frais et dépens réellement exposés au cours de l'instance par le requérant s'il obtenait satisfaction.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le décret n° 67-711 du 18 août 1967 ;

- le décret n° 2004-1056 du 5 octobre 2004 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 18 décembre 2023 :

- le rapport de M. Cros ;

- les conclusions de Mme Duran-Gottschalk, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Hoffmann pour M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, né en 1961, était ouvrier des établissements industriels de l'Etat, ayant occupé les emplois de mécanicien monteur et d'ouvrier de prévention et de sécurité. Après avoir été mis à la disposition de l'entreprise Naval Group, il a été placé en " cessation anticipée d'activité au titre de l'amiante " à compter du 1er avril 2012. Par une décision du 1er décembre 2020, prise sur demande présentée par M. B le 14 septembre précédent, le directeur du centre ministériel de gestion du ministère des armées l'a admis à faire valoir ses droits à la retraite au titre des services accomplis dans des travaux et emplois comportant des risques particuliers d'insalubrité après une cessation anticipée d'activité amiante en application des dispositions de l'article 21 du décret du 5 octobre 2004 relatif au régime des pensions des ouvriers des établissements industriels de l'Etat, et l'a radié des contrôles à compter du 1er avril 2021 avec jouissance de sa pension à compter de la même date. Par une décision du 6 mai 2021, le directeur du centre ministériel de gestion du ministère des armées a retiré la décision du 1er décembre 2020 au motif que " les états de travaux insalubres établis pour les rubriques XI, XV et XVIII [des annexes du décret du 18 août 1967 fixant les conditions d'application du régime des pensions des ouvriers des établissements industriels de l'Etat] ne sont pas en concordance avec la profession exercée ", a admis l'intéressé à faire valoir ses droits à la retraite après une cessation anticipée d'activité amiante au titre des dispositions de l'article 87 de la loi n° 2012-1404 du 17 décembre 2012 de financement de la sécurité sociale pour 2013, et l'a radié des contrôles à compter du 24 avril 2021 avec jouissance de sa pension à compter de la même date. M. B demande l'annulation de la décision du 6 mai 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration : " L'administration ne peut abroger ou retirer une décision créatrice de droits de sa propre initiative ou sur la demande d'un tiers que si elle est illégale et si l'abrogation ou le retrait intervient dans le délai de quatre mois suivant la prise de cette décision ".

3. Il ressort des pièces du dossier, ainsi que le reconnaît le ministre des armées dans son mémoire en défense, que la décision attaquée du 6 mai 2021 méconnaît les dispositions citées au point précédent en ce qu'elle procède, de la propre initiative de l'administration, au retrait de la décision du 1er décembre 2020 qui était créatrice de droits pour M. B, au-delà du délai de quatre mois suivant la prise de cette dernière décision.

4. Il résulte de ce qui précède que la décision attaquée doit être annulée, sans qu'il soit nécessaire d'examiner les autres moyens de la requête.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Lorsqu'une décision créatrice de droits est retirée et que ce retrait est annulé, la décision initiale est rétablie à compter de la date de lecture de la décision juridictionnelle prononçant cette annulation. Une telle annulation n'a, en revanche, pas pour effet d'ouvrir un nouveau délai de quatre mois pour retirer la décision initiale, alors même que celle-ci comporterait des irrégularités pouvant en justifier légalement le retrait.

6. L'annulation de la décision attaquée a pour effet de rétablir, à compter de la date de lecture du présent jugement, la décision du 1er décembre 2020 qu'elle retirait. Cette décision du 1er décembre 2020 porte admission à la retraite et radiation des contrôles de M. B après une cessation anticipée d'activité amiante. Dès lors, l'annulation ainsi prononcée n'implique pas d'enjoindre au ministre des armées de prendre une nouvelle décision ayant le même objet. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par le requérant doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à M. B en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 6 mai 2021 du directeur du centre ministériel de gestion du ministère des armées portant admission à la retraite et radiation des contrôles de M. B après une cessation anticipée d'activité amiante, est annulée.

Article 2 : L'Etat versera à M. B une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre des armées.

Délibéré après l'audience du 18 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Bernabeu, présidente,

M. Cros, premier conseiller,

M. Martin, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 08 janvier 2024.

Le rapporteur,

Signé

F. CROS

La présidente,

Signé

M. BERNABEU

La greffière,

Signé

G. GUTH

La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Et par délégation,

La greffière.

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