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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2101995

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2101995

vendredi 17 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2101995
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantGAULMIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 juillet 2021, M. et Mme D et C E, représentés par Me Gaulmin, demandent au Tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le maire de Toulon a rejeté la réclamation qu'ils ont formée le 15 mars 2021, reçue le 22 mars 2021, tendant au retrait de l'arrêté du

14 septembre 2020 par lequel la même autorité ne s'est pas opposée à la déclaration préalable déposée par Mme A F en vue de la création d'une fenêtre sur le garage d'un immeuble sis 151 boulevard Amiral B - impasse des Coteaux - terrain cadastré 137 AM 97, sur

le territoire de cette commune, ensemble ledit arrêté du 14 septembre 2020 ;

2°) de mettre à la charge de Mme F une somme de 2 000 euros à leur verser sur

le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- leur requête est recevable et ils ont intérêt et qualité pour agir ;

- l'autorisation de Mme F a été obtenue par fraude ;

- le " garage " a été construit sans autorisation et cette fenêtre créera une vue sur leur propriété ;

- le bâtiment sur lequel la fenêtre est envisagée, ne présente aucune existence légale et n'est même pas cadastré ; le service instructeur a été manifestement trompé et l'autorisation a ainsi été délivrée par fraude ;

Par un mémoire en défense enregistré le 11 janvier 2022, Mme A F, représentée par Me Parisi conclut au rejet de la requête et demande que soit mise à la charge de M. et

Mme E une somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que la requête n'est pas recevable et que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense enregistré le 24 janvier 2023, la commune de Toulon, agissant par son maire en exercice conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par la requête ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 25 août 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 26 septembre 2023 à 12 heures, par application de l'article R.613-1 du code de justice administrative.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bonmati ;

- les conclusions de Mme Faucher, rapporteure publique ;

- et les observations de Mme G pour la ville de Toulon et de Me Parisi pour Mme F.

Considérant ce qui suit :

1. Par la présente requête, M. et Mme E demandent l'annulation de la décision implicite par laquelle le maire de Toulon a rejeté la réclamation qu'ils ont formée le 15 mars 2021, reçue le 22 mars 2021, tendant au retrait de l'arrêté du 14 septembre 2020 par lequel la même autorité ne s'est pas opposée à la déclaration préalable déposée par Mme A F en vue de la création d'une fenêtre sur le garage d'un immeuble sis 151 boulevard Amiral B - impasse des Coteaux - terrain cadastré 137 AM 97 , sur le territoire de cette commune, qu'ils estiment avoir été obtenu par fraude, ensemble ledit arrêté du 14 septembre 2020.

2. Un tiers justifiant d'un intérêt à agir est recevable à demander, dans le délai du recours contentieux, l'annulation de la décision par laquelle l'autorité administrative a refusé de faire usage de son pouvoir d'abroger ou de retirer un acte administratif obtenu par fraude, quelle que soit la date à laquelle il l'a saisie d'une demande à cette fin. Dans un tel cas, il incombe au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, d'une part, de vérifier la réalité de la fraude alléguée et, d'autre part, de contrôler que l'appréciation de l'administration sur l'opportunité de procéder ou non à l'abrogation ou au retrait n'est pas entachée d'erreur manifeste, compte tenu notamment de la gravité de la fraude et des atteintes aux divers intérêts publics ou privés en présence susceptibles de résulter, soit du maintien de l'acte litigieux, soit de son abrogation ou de son retrait.

3. Pour estimer que l'arrêté attaqué portant non opposition à déclaration préalable a été obtenu par fraude, les requérants, voisins mitoyens, établissant que l'ouverture de la fenêtre autorisée créera une vue sur leur propriété et justifiant ainsi de leur intérêt pour agir, soutiennent que le garage au-dessus duquel le percement de la fenêtre en litige doit être effectué, n'a aucune existence ni matérielle ni légale et qu'ainsi, la requérante aurait entendu tromper le service instructeur.

4. Toutefois, les pièces du dossier font apparaître que la propriété de Mme F, pétitionnaire, comprise dans un lotissement approuvé en 1934, comportait bien, à la date à laquelle elle l'a acquise en 1991, comme à celle à laquelle son vendeur en avait lui-même hérité, en 1980, un garage pour deux voitures, semi-enterré, situé en contrebas de la piscine et ouvrant sur l'impasse des Coteaux Fleuris où résident les requérants, explicitement mentionné comme faisant partie intégrante de la consistance du bien immobilier sur les actes de succession et de vente produits au dossier. Les requérants, qui ont eux-mêmes acquis leur propriété en 1976, n'établissent ni n'allèguent même que ce garage aurait été édifié postérieurement sans autorisation et ne se prévalent pas davantage d'une quelconque règle d'urbanisme à l'application de laquelle la pétitionnaire aurait intentionnellement entendu échapper en trompant le service instructeur.

5. Il résulte de tout ce qui précède qu'en l'absence de fraude avérée entachant les conditions d'obtention de l'arrêté du 14 septembre 2020 de non opposition à déclaration préalable, ni, partant, d'atteinte à aucun intérêt public ou privé, c'est sans commettre aucune erreur manifeste d'appréciation que, par la décision implicite attaquée, le maire de Toulon a refusé de faire usage de son pouvoir de retirer ledit arrêté. Il s'ensuit que la présente requête doit être rejetée.

Sur les frais relatifs au litige :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de l'article L.761-1 du code de justice administrative, en mettant à la charge de M. et Mme E une somme de

2 000 euros à payer à Mme F sur le fondement de ces dispositions et de rejeter les conclusions présentées aux mêmes fins par les requérants qui sont partie perdante à la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme E est rejetée.

Article 2 : M. et Mme E verseront à Mme F une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : La présente décision sera notifiée à M. et Mme D et C E, à

Mme A F et à la commune de Toulon.

Délibéré après l'audience du 12 avril 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Doumergue, présidente,

M. Quaglierini, premier conseiller,

Mme Bonmati, magistrat honoraire.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mai 2024.

La rapporteure,

signé

D. Bonmati

La présidente,

signé

M. Doumergue

Le greffier,

signé

P. Bérenger

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Et par délégation,

Le greffier.

N°2101995

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