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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2102139

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2102139

mardi 19 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2102139
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantDAGHERO - DUBOIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique enregistrés les 3 août 2021 et 14 septembre 2023, la Sarl FF Immo et Location et la SCI Mimosas, représentées par Me Raoul, demandent au Tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté de permis de construire en date du 13 octobre 2017 accordé tacitement par le maire de Saint-Tropez à la SCI FCM, en vue de procéder à une extension d'une villa existante et à réaliser un sous-sol avec garage ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Tropez et de la SCI FCM chacune la somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il est soutenu que le permis de construire attaqué :

- n'ayant fait l'objet d'aucun affichage après son rétablissement le 1er décembre 2020, la requête ne peut être regardée comme tardive ;

- méconnaît l'article R. 424-2 du code de l'urbanisme, en ce qu'il porte sur des travaux de démolition dans un site inscrit, qui ne font pas naitre de permis tacite à l'expiration du délai d'instruction ;

- méconnaît l'article R. 431-5 du code de l'urbanisme, en ce que le projet ne comporte pas, en application de l'article R. 431-4 du code de l'urbanisme, l'ensemble des informations et des pièces requises ;

- méconnaît l'article UD 11 du règlement du plan local d'urbanisme et l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme, en ce que l'aspect architectural volumineux et l'impact du projet sont en contradiction avec l'intérêt des lieux avoisinants en site protégé, comme l'a relevé l'architecte des bâtiments de France ;

- méconnaît l'article UD 10 du règlement du plan local d'urbanisme, en ce que le projet présente une hauteur supérieure à celle prévue par ces dispositions.

Par un mémoire en défense enregistré le 18 novembre 2021, la SCI FCM représentée par Me Daghero conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge des sociétés requérantes la somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que le recours des sociétés requérantes, qui est tardif, est irrecevable.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 mars 2023, la commune de Saint-Tropez représentée par Me Bernard-Chatelot conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge des sociétés requérantes la somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que le recours des sociétés requérantes, qui est tardif, est irrecevable.

Par une ordonnance du 7 septembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 17 octobre 2023 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 5 décembre 2023 :

- le rapport de M. Angéniol ;

- les conclusions de M. Riffard, rapporteur public ;

- et les observations de Me Le Neel, représentant la SARL FF Immo et Location et la SCI Mimosas.

Considérant ce qui suit :

1. La SCI FCM, propriétaire des parcelles cadastrées section AI n° 246 et 247, sise route des Carles à Saint-Tropez, a déposé, le 13 juillet 2017, une demande de permis de construire en vue de procéder à des travaux d'extension d'une villa existante et de la création d'un sous-sol avec garage. Cette demande a été refusée par un arrêté du maire de la commune en date du 9 octobre 2017, qui n'a toutefois pas été notifié dans le délai d'instruction de 3 mois qui s'imposait à la commune. La SCI FCM s'est, dès lors, trouvée bénéficiaire d'un permis de construire tacite, le 13 octobre 2017. Le tribunal de céans, par un jugement rendu le 1er décembre 2020, a annulé l'arrêté du maire de Saint-Tropez du 19 février 2018, qu'il a regardé comme retirant ce permis tacite au motif que ce retrait était intervenu au-delà du délai de trois mois, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme et était dénué de motivation, en méconnaissance des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. La SCI Mimosas et la Sarl FF Immo et Location demandent au tribunal d'annuler le permis de construire dont bénéficie désormais la SCI FCM.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense par la commune de Saint-Tropez et la SCI FCM :

2. Aux termes de l'article R. 424-15 du code de l'urbanisme dans sa version applicable : " Mention du permis explicite ou tacite ou de la déclaration préalable doit être affichée sur le terrain, de manière visible de l'extérieur, par les soins de son bénéficiaire, dès la notification de l'arrêté ou dès la date à laquelle le permis tacite ou la décision de non-opposition à la déclaration préalable est acquis et pendant toute la durée du chantier. Cet affichage n'est pas obligatoire pour les déclarations préalables portant sur une coupe ou un abattage d'arbres situés en dehors des secteurs urbanisés. Cet affichage mentionne également l'obligation, prévue à peine d'irrecevabilité par l'article R. 600-1, de notifier tout recours administratif ou tout recours contentieux à l'auteur de la décision et au bénéficiaire du permis ou de la décision prise sur la déclaration préalable. En outre, dans les huit jours de la délivrance expresse ou tacite du permis ou de la décision de non-opposition à la déclaration préalable, un extrait du permis ou de la déclaration, le cas échéant accompagné de la décision explicite de l'autorité administrative mentionnée au II de l'article L. 632-2 du code du patrimoine, est publié par voie d'affichage à la mairie pendant deux mois. Lorsqu'une dérogation ou une adaptation mineure est accordée, l'affichage en mairie porte sur l'intégralité de l'arrêté. L'exécution de la formalité d'affichage en mairie fait l'objet d'une mention au registre chronologique des actes de publication et de notification des arrêtés du maire prévu à l'article R. 2122-7 du code général des collectivités territoriales. ".

3. Lorsqu'un permis de construire ayant fait l'objet des formalités de publicité requises par l'article R. 424-15 du code de l'urbanisme est retiré dans le délai de recours contentieux et que ce retrait est annulé, le permis initial est rétabli à compter de la lecture de la décision juridictionnelle prononçant cette annulation ; le délai de recours contentieux à l'encontre d'un permis ainsi rétabli court à nouveau à l'égard des tiers à compter de la plus tardive des deux dates relatives au premier jour d'une période continue d'affichage, postérieure à cette annulation, en mairie ou sur le terrain.

4. La commune de Saint-Tropez et la société pétitionnaire soutiennent que le recours des sociétés requérantes est tardif. Pour se faire, elles arguent du fait que ces dernières ont nécessairement pris connaissance de l'existence du permis tacite contesté du 13 octobre 2017, au plus tard le 11 janvier 2018, lorsqu'elles ont formé un recours gracieux à son encontre auprès du maire de la commune. Ainsi, le délai de recours des sociétés requérantes serait expiré au plus tard le 15 mai 2018, plus de deux mois après que le recours administratif qu'elles avaient formé ait été rejeté. Il ressort cependant des pièces du dossier, que ce recours gracieux, qui a été exercé dans le délai de recours contentieux, moins de deux mois après l'affichage, attesté par voie d'huissier, du permis tacite le 13 octobre 2017, a interrompu le délai de recours contentieux initial. L'arrêté du maire de Saint-Tropez du 19 février 2018 qui a retiré le permis tacite contesté, s'il est intervenu au-delà du délai légal permettant son retrait, ce qui a entraîné son annulation par le tribunal, est néanmoins intervenu pendant le délai de recours contentieux ainsi prorogé. Par voie de conséquence, l'annulation de ce retrait de permis tacite par le jugement précité du 1er décembre 2020 a rétabli ce permis initial et le délai de recours à l'égard des sociétés requérantes ne pouvait courir à nouveau que dans les conditions prévues à l'article R. 424-15 susmentionné du code de l'urbanisme, c'est-à-dire à compter de la plus tardive des deux dates constituées par le premier jour d'une période continue de deux mois d'affichage, postérieure à cette annulation, respectivement en mairie et sur le terrain. En l'absence d'un tel affichage, le délai de recours n'a pas couru à l'égard des sociétés requérantes, qui, en tout état de cause, ne peuvent être regardées comme ayant pris connaissance du rétablissement dans l'ordonnancement juridique du permis tacite contesté, au plus tard, que le 3 août 2021, date à laquelle elles ont introduit leur requête et produit le jugement du tribunal procédant à l'annulation de l'arrêté du 19 février 2018 portant retrait de ce permis tacite et donc à son rétablissement. Par suite, la commune de Saint-Tropez et la SCI FCM ne sont pas fondées à soutenir que le recours des sociétés requérantes introduit le 3 août 2021 serait tardif et de ce fait, irrecevable.

Sur la méconnaissance des articles UD 11 du plan local d'urbanisme et R. 111-27 du code de l'urbanisme :

5. Aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : "'Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales'". Aux termes de l'article UD 11 du règlement du plan local d'urbanisme : " Le permis de construire peut être refusé ou n'être accordé que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales ".

6. Les dispositions de l'article UD11 du règlement du plan local d'urbanisme de Saint-Tropez ont le même objet que celles de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme, désormais codifiées à l'article R. 111-27 du même code, qui pose des exigences qui ne sont pas moindres que celles résultant de l'article R. 111-27. Dès lors, c'est par rapport aux dispositions du règlement du plan local d'urbanisme que doit être appréciée la légalité d'une autorisation d'urbanisme.

7. Eu égard à la teneur des dispositions de l'article UD11 du règlement du plan local d'urbanisme, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, d'apprécier si l'autorité administrative a pu légalement autoriser la construction projetée, compte-tenu de ses caractéristiques et de celles des lieux avoisinants, sans méconnaître les exigences résultant de cet article. Dans l'exercice de ce contrôle, le juge doit tenir compte de l'ensemble des dispositions de l'article et de la marge d'appréciation qu'elles laissent à l'autorité administrative pour accorder ou refuser de délivrer une autorisation d'urbanisme.

8. Il est constant que le projet contesté est implanté sur le site inscrit de la presqu'île de Saint-Tropez, principalement caractérisé par une dominante paysagère en dépit de l'existence d'habitations. Il ressort des pièces du dossier que le projet contesté va notamment consister en la réalisation, sur le terrain d'assiette de la parcelle AI n° 247, vierge de toute construction, d'une seconde bâtisse avec deux étages dans le cadre d'un projet d'ensemble conduisant au doublement de la surface de plancher existante. Une telle construction, par la densification de l'habitat et l'artificialisation des sols qu'elle provoquera, ne peut, d'une part, qu'altérer l'aspect du site inscrit de la presqu'île, comme l'a relevé l'architecte des bâtiments de France et d'autre part qu'altérer l'aspect du quartier dans sa proximité immédiate caractérisé par la présence abondante de végétation et une faible densité de constructions. Dans ces conditions les sociétés requérantes sont fondées à soutenir que le permis construire contesté est entaché d'une erreur d'appréciation en ce qu'il méconnaît les dispositions de l'article UD11 du règlement du plan local d'urbanisme de Saint-Tropez.

9. IL résulte de tout ce qui précède que la SARL FF Immo et Location et la SCI Mimosas sont fondées à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun autre moyen soulevé n'est susceptible d'entraîner l'annulation de l'arrêté attaqué.

Sur les frais d'instance :

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Saint-Tropez et de la SCI FCM la somme de 1 500 euros chacune au bénéfice de la SARL FF Immo et Location et la SCI Mimosas en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, ces mêmes dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge des sociétés requérantes, qui ne sont pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que réclame la commune de Saint-Tropez et la SCI FCM au titre des frais liés au litige.

DECIDE

Article 1er : L'arrêté susvisé du maire de Saint Tropez du 13 octobre 2017 portant permis tacite délivré la SCI FCM est annulé.

Article 2 : La commune de Saint-Tropez et la SCI FCM verseront chacune à la SARL FF Immo et Location et la SCI Mimosas la somme de 1 500 (mille cinq cents) euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Les conclusions présentées par la commune de Saint-Tropez et la SCI FCM sur ce fondement sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SARL FF Immo et Location, à la SCI Mimosas, à la commune de Saint-Tropez et à la SCI FCM.

Délibéré après l'audience du 5 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Privat, président,

M. Angéniol, premier conseiller,

M. Bailleux, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2023.

Le rapporteur,

Signé :

P. ANGENIOL

Le président,

Signé :

J.-M. PRIVAT La greffière,

Signé :

K. BAILET

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Et par délégation,

La greffière.

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