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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2102232

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2102232

vendredi 8 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2102232
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantBONNEMAIN CABINET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 août 2021 et des mémoires enregistrés le 20 juin 2023 et le 24 juillet 2023, M. I H et M. et Mme C et F E, représentés par Me Michel, demandent au tribunal :

1°) d'annuler le certificat, délivré le 1er mars 2021, de permis de construire tacitement acquis le 28 février 2021 par les consorts J et B en vue de l'édification d'une maison individuelle sur une parcelle cadastrée G1422 sur le territoire de la commune d'Aups, ensemble

la décision implicite par laquelle le maire de la commune d'Aups a rejeté leur recours gracieux dirigé contre ce permis de construire ;

2°) de mettre à la charge de la commune d'Aups une somme de 2 000 euros à leur verser sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- ils sont voisins immédiats du projet dont la voie d'accès au terrain d'assiette doit traverser leur propre fonds, leurs propriétés étant issues d'un même tènement ayant fait l'objet d'une division parcellaire ; la construction envisagée a donc pour effet de modifier les conditions d'occupation et de jouissance de leur bien respectif ;

- le terrain dans son ensemble constituait un lotissement et aurait dû faire l'objet d'un permis d'aménager dès lors qu'il emportait création d'une voirie de desserte interne ; ainsi, le permis de construire attaqué trouve son origine dans l'illégalité qui entache la division parcellaire initiale au regard des articles R. 442.3 et R. 442-9 du code de l'urbanisme et ne peut être légalement délivré dès lors qu'il procède d'une infraction à la réglementation des lotissements ;

- la parcelle G1422 a été constituée en réserve foncière et ne peut pas être considérée comme indépendante des deux autres ; ainsi, elle ne peut être bâtie dès lors qu'elle n'a pas fait l'objet d'un permis d'aménager ;

- les servitudes croisées ont nécessité la création de voies qui constituent bien des équipements communs et donc un lotissement lequel ne pouvait résulter d'une simple déclaration préalable.

Par un mémoire enregistré le 30 septembre 2021, M. et Mme C et F E déclarent se désister de leur requête et demandent au tribunal de donner acte de ce désistement.

Par des mémoires en date du 13 octobre 2021, M. J et Mme B déclarent accepter ce désistement.

Par un mémoire enregistré le 6 décembre 2021, M. D G et la SARL MF, représentés par la SELARL Bonnemain Avocats, par Me Bonnemain, déclarent intervenir en défense à l'instance et concluent au rejet de la requête et à la condamnation de M. H à leur payer une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils font valoir que :

- étant les cédants du terrain d'assiette et la vente étant subordonnée à la délivrance

d'un permis de construire, ils ont intérêt à intervenir à l'instance ;

- si une partie de terrain est conservée à l'issue d'une division parcellaire,

cette circonstance n'a pas pour effet de la soumettre à la législation des lotissements au moment où elle est cédée pour être bâtie ;

- la déclaration préalable de division parcellaire est devenue définitive et, constituant

une décision individuelle, ne peut plus être contestée à l'occasion d'un acte ultérieur dès lors qu'elle ne forme pas avec le permis de construire, une opération complexe ;

- le permis de construire porte sur un terrain conservé et ne puise donc pas sa base légale dans la déclaration de division parcellaire.

Par des mémoires en défense enregistrés le 8 décembre 2021 et le 21 juillet 2023,

la commune d'Aups, agissant par son maire en exercice et représentée par la SELARL LLC et Associés par Me Faure-Bonaccorsi, conclut au rejet de la requête et demande que soit mise

à la charge de M. H une somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par la requête ne sont pas fondés et notamment que :

- en ne se prévalant que de leur qualité de voisins immédiats les requérants ne justifient pas suffisamment l'intérêt leur donnant qualité pour agir et notamment pas M. H dont la propriété est éloignée de la parcelle en litige ;

- la déclaration de division parcellaire n'est pas entachée d'illégalité, il n'a été créé qu'une seule voie située sur un seul lot et qui ne bénéficiait qu'à lui ;

- le terrain d'assiette n'est pas issu de cette division parcellaire ; il a été désenclavé par la constitution de servitudes de passage qui ne peuvent recevoir la qualification d'équipements communs à plusieurs lots au sens de l'article R. 421-29 du code de l'urbanisme ;

- ainsi aucune méconnaissance des règles du lotissement n'est non plus établie.

Par un mémoire enregistré le 18 juillet 2023, M. A J et Mme L B, représentés par la SELARL Bonnemain Avocats, par Me Bonnemain, concluent au rejet

de la requête et à la condamnation de M. H à leur payer une somme de 3 000 euros sur

le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils font valoir que :

- étant les acheteurs du terrain d'assiette et les bénéficiaires du permis de construire, ils ont intérêt à intervenir à l'instance ;

- le requérant ne justifie pas son intérêt pour agir et, en particulier, les atteintes qui peuvent être portées à la jouissance de son bien ;

- si une partie de terrain est conservée à l'issue d'une division parcellaire,

cette circonstance n'a pas pour effet de la soumettre à la législation des lotissements au moment où elle est cédée pour être bâtie ;

-la déclaration préalable de division parcellaire est devenue définitive et, constituant

une décision individuelle, ne peut plus être contestée à l'occasion d'un acte ultérieur dès lors qu'elle ne constitue pas avec le permis de construire, une opération complexe ;

-le permis de construire porte sur un terrain conservé et ne puise donc pas sa base légale dans la déclaration de division parcellaire.

Par une ordonnance du 28 juin 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 1er août 2023

à 12 heures à cette même date, par application de l'article R. 613-1 du code de justice administrative.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bonmati ;

- les conclusions de Mme Faucher, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Faure-Bonaccorsi pour la commune d'Aups.

Considérant ce qui suit :

1. Par la présente requête, M. H et M. et Mme E demandent l'annulation du certificat, délivré le 1er mars 2021, de permis de construire tacitement acquis le 28 février 2021 par les consorts J et B en vue de l'édification d'une maison individuelle sur une parcelle cadastrée G1422 sur le territoire de la commune d'Aups, ensemble de la décision implicite par laquelle le maire de la commune d'Aups a rejeté leur recours gracieux dirigé contre ce permis de construire.

Sur le désistement :

2. Par un mémoire enregistré le 30 septembre 2021, M. et Mme E ont déclaré se désister de leur requête. Ce désistement, explicitement accepté le 13 octobre 2021 par

M. J et Mme B, étant pur et simple, rien ne s'oppose à ce qu'il en soit donné acte.

Sur l'intervention en défense :

3. Par un mémoire enregistré le 6 décembre 2021, M. D G et la SARL MF, propriétaires cédants du terrain d'assiette du permis de construire en litige, ont déclaré intervenir volontairement à l'instance, en défense, en faisant valoir que la vente du terrain à M. J et Mme B comporte une condition suspensive tenant à la délivrance d'un permis de construire.

Il s'ensuit qu'ils ont un intérêt direct au maintien de la décision attaquée et qu'ainsi leur intervention est recevable.

Sur les conclusions d'annulation :

4. Aux termes de l'article L. 442-1 du code de l'urbanisme, en vigueur à la date

de la décision attaquée : " Constitue un lotissement la division en propriété ou en jouissance d'une unité foncière ou de plusieurs unités foncières contiguës ayant pour objet de créer un ou plusieurs lots destinés à être bâtis. ", L. 442-2 du même code précise : " Un décret en Conseil d'Etat précise, en fonction de la localisation de l'opération ou du fait que l'opération comprend ou non

la création de voies, d'espaces ou d'équipements communs, les cas dans lesquels la réalisation d'un lotissement doit être précédée d'un permis d'aménager. " et L. 442-3 prévoit que :

" Les lotissements qui ne sont pas soumis à la délivrance d'un permis d'aménager doivent faire l'objet d'une déclaration préalable. ". Enfin, aux termes de l'article R. 421-19 de ce code : " Doivent être précédés de la délivrance d'un permis d'aménager : a) Les lotissements :

- qui prévoient la création ou l'aménagement de voies, d'espaces ou d'équipements communs à plusieurs lots destinés à être bâtis et propres au lotissement. Les équipements pris en compte sont les équipements dont la réalisation est à la charge du lotisseur ; (). ".

5. Pour contester le certificat de permis de construire tacite en litige, le requérant s'en tient uniquement à soutenir d'une part, que le terrain d'assiette de la construction projetée est issu d'une division parcellaire qui, nécessitant l'aménagement d'une voie de desserte interne aux lots bâtis et non bâtis à la création desquels elle procédait, constituait en réalité un lotissement dont la réalisation aurait dû, en vertu des dispositions précitées des articles L. 442-3 et R. 421-9 du code de l'urbanisme, être précédée de la délivrance d'un permis d'aménager et qu'ainsi, cette division parcellaire étant entachée d'illégalité comme méconnaissant ces dispositions, le permis de construire attaqué serait lui-même illégal, et d'autre part, qu'en toute hypothèse, la division parcellaire initiale avait qualifié la parcelle non pas de terrain à bâtir mais de réserve foncière.

6. L'illégalité d'un acte administratif, qu'il soit ou non réglementaire, ne peut être utilement invoquée par voie d'exception à l'appui de conclusions dirigées contre une décision administrative ultérieure que si cette dernière décision a été prise pour l'application du premier acte ou s'il en constitue la base légale. S'agissant d'un acte réglementaire, une telle exception peut être formée à toute époque, même après l'expiration du délai du recours contentieux contre cet acte. S'agissant d'un acte non réglementaire, l'exception n'est, en revanche, recevable que si l'acte n'est pas devenu définitif à la date à laquelle elle est invoquée, sauf dans le cas où l'acte et la décision ultérieure constituant les éléments d'une même opération complexe, l'illégalité dont l'acte serait entaché peut être invoquée en dépit du caractère définitif de cet acte.

7. Une autorisation d'occupation des sols délivrée sur l'un des lots issus d'une division foncière ayant donné lieu à une décision de non opposition à déclaration préalable n'est pas prise pour l'application de la décision par laquelle l'administration ne s'est pas opposée à la division parcellaire, cette dernière ne constituant pas non plus la base légale de la première. Par suite, l'illégalité de la décision de non opposition à division foncière, laquelle revêt en outre le caractère d'une décision individuelle créatrice de droits, ne peut être utilement invoquée par voie d'exception à l'appui de conclusions dirigées contre l'autorisation d'occupation des sols.

8. En l'espèce, il ressort de l'examen des pièces du dossier et n'est nullement contesté d'une part, qu'à la date de la décision attaquée, la décision du 3 mai 2019 portant non-opposition de la commune d'Aups à la déclaration préalable de division parcellaire présentée par M. G et la SARL MF, le 24 janvier 2019, était devenue définitive. D'autre part, comme il est dit au point 4, la décision portant permis de construire n'est pas une mesure d'application de la décision portant division parcellaire préalable, laquelle n'en constitue pas la base légale et ne forme pas avec elle une opération complexe. Il s'ensuit que le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité dont serait entachée la division parcellaire au regard des articles L. 441.3 et R. 421-19 du code de l'urbanisme doit être écarté.

9. En tout état de cause, il ressort de l'examen des pièces du dossier que l'ensemble

des parcelles comprises dans la division parcellaire litigieuse, se sont trouvées désenclavées par

le jeu des servitudes de passage réciproques instituées entre propriétaires mitoyens, notamment celle constituée sur la parcelle G1543 appartenant à M. K, et qu'ainsi, le requérant n'établit pas formellement la nécessité d'y créer une voie de desserte interne commune à l'ensemble des lots.

10. Enfin, la circonstance qu'à l'occasion d'une division parcellaire, l'une des parcelles se soit trouvée qualifiée, par l'auteur de la déclaration préalable, de " réserve foncière ", ne saurait par elle-même faire obstacle à ce que cette parcelle puisse ultérieurement constituer un nouveau lot à bâtir. Il s'ensuit que le moyen tiré de ce que la déclaration de division parcellaire du 24 janvier 2019 aurait qualifié la parcelle G1422, terrain d'assiette du projet de construction, de " réserve foncière " est sans incidence sur la légalité du permis de construire attaqué.

11. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les fins de non-recevoir opposées en défense, la requête de M. H doit être rejetée.

Sur les frais relatifs au litige :

12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, et de mettre à la charge de M. H, au bénéfice d'une part de la commune d'Aups et d'autre part de M. J et Mme B, pris conjointement, une somme de 1 000 euros à leur verser à chacun sur le fondement de ces dispositions.

13. Il n'y a pas lieu en revanche de faire droit ni aux conclusions présentées sur le même fondement par M. H qui est la partie perdante à l'instance, ni à celles de M. G et de la SARL MF, intervenants volontaires, qui n'ont pas la qualité de parties à la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : Il est donné acte du désistement des conclusions de la requête présentées par M. et

Mme C et F E.

Article 2 : L'intervention de M. D G et de la SARL MF est admise.

Article 3 : Les conclusions de la requête de M. H sont rejetées.

Article 4 : M. H versera à la commune d'Aups et à M. J et Mme B, pris conjointement, la somme de 1 000 euros chacun sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Les conclusions de M. G et de la SARL MF tendant à l'application de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative et le surplus des conclusions des parties sont rejetés.

Article 6 : La présente décision sera notifiée à M. I H, à M. et Mme C et F E, à M. A J et Mme L B, à M. D G et la SARL MF et à la commune d'Aups.

Délibéré après l'audience du 24 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Sauton, président,

M. Quaglierini, premier conseiller,

Mme Bonmati, magistrate honoraire.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 décembre 2023.

Le rapporteur,

signé

D. Bonmati

Le président,

signé

J.F. Sauton

Le greffier,

signé

P. Bérenger

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Et par délégation, le greffier.

N°210223

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