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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2102252

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2102252

lundi 27 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2102252
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantMACONE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 août 2021, M. B A, représenté par Me Macone, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 14 juin 2021 par laquelle la ministre des armées a refusé de lui verser la somme de 115 308 euros au titre de son indemnité compensatrice ;

2°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 115 308 euros en liquidation du montant total de son indemnité compensatrice, assortie des intérêts au taux légal depuis le

26 avril 2021 et sous astreinte de 150 euros par jour de retard dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient qu'en application des dispositions de l'article 3 du décret n° 2001-878 du

24 septembre 2001, il devait conserver l'indemnité compensatrice d'un montant de

1 334,60 euros dont il bénéficiait à la date de publication de ce décret, de sorte que la décision attaquée est illégale en ce qu'elle refuse de faire application de ces dispositions.

Une mise en demeure a été adressée le 23 juin 2023 au ministre des armées.

Par une ordonnance du 4 septembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au

4 octobre 2023 à 12h00.

Un mémoire présenté par le ministre des armées a été enregistré le 16 octobre 2023, postérieurement à la clôture d'instruction, et n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le décret n° 2001-878 du 24 septembre 2001 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 6 novembre 2023 :

- le rapport de M. Cros ;

- les conclusions de Mme Duran-Gottschalk, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Macone pour M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, fonctionnaire civil du ministère de la défense entré en service en 1981, a demandé, par lettre du 14 septembre 2005 puis sur recours gracieux du 20 septembre 2006, le maintien du bénéfice de son indemnité compensatrice en application des dispositions de

l'article 3 du décret du 24 septembre 2001 portant attribution d'une indemnité compensatrice à certains ingénieurs civils de la défense du ministère de la défense. Par un jugement n° 0700560 du 16 juin 2008, devenu définitif, le tribunal administratif de Versailles a annulé, pour un motif de légalité externe tenant à l'incompétence de leur auteur, les décisions des 2 août 2006 et

8 novembre 2006 par lesquelles le chef du service administratif et financier de la direction du commissariat de la Marine de Brest a rejeté cette demande et ce recours gracieux, et rejeté le surplus des conclusions de la requête de M. A tendant à ce qu'il soit enjoint au ministre de la défense de lui verser les sommes dues au titre de l'indemnité compensatrice sollicitée. Par un jugement n° 0812472 du 7 novembre 2011, également définitif, le même tribunal a rejeté pour irrecevabilité la requête de M. A tendant à annuler la prétendue décision implicite de rejet qui aurait été prise par le ministre de la défense à la suite du jugement du 16 juin 2008. Enfin, par un jugement n° 1902606 du 7 novembre 2019, là encore définitif, le tribunal administratif de Versailles, statuant sur la demande de M. A tendant à l'exécution du jugement du

16 juin 2008, a enjoint à la ministre des armées de procéder, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement, au réexamen de la demande de M. A relative au calcul de son indemnité compensatrice. A la suite de ce jugement du 7 novembre 2019, le centre ministériel de gestion de Bordeaux a calculé le montant de l'indemnité compensatrice due à

M. A, qu'il a évaluée à la somme de 11 510,17 euros, laquelle lui a été versée à titre de régularisation sur son bulletin de paye du mois de juillet 2020. Par une lettre du 26 avril 2021, M. A a contesté ce calcul en demandant à la ministre des armées de lui verser la somme de 115 308 euros. Par une décision du 14 juin 2021, la ministre des armées, qui s'est bornée à transmettre à M. A trois pièces justifiant du calcul et du versement effectif de la somme de 11 510,17 euros, doit être regardée comme ayant rejeté cette demande. M. A demande principalement l'annulation de cette décision et la condamnation de l'Etat à lui verser la somme de 115 308 euros assortie des intérêts au taux légal, correspondant au montant total de l'indemnité compensatrice à laquelle il soutient avoir droit.

2. D'une part, aux termes de l'article R. 612-6 du code de justice administrative : " Si, malgré une mise en demeure, la partie défenderesse n'a produit aucun mémoire, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans les mémoires du requérant ". Si, lorsque le défendeur n'a produit aucun mémoire, le juge administratif n'est pas tenu de procéder à une telle mise en demeure avant de statuer, il doit, s'il y procède, en tirer toutes les conséquences de droit. Il lui appartient seulement, lorsque les dispositions précitées sont applicables, de vérifier que l'inexactitude des faits exposés dans les mémoires du requérant ne ressort d'aucune pièce du dossier.

3. D'autre part, aux termes de l'article 3 du décret du 24 septembre 2001 portant attribution d'une indemnité compensatrice à certains ingénieurs civils de la défense du ministère de la défense, publié au Journal officiel de la République française n° 223 du

26 septembre 2001 : " Les ingénieurs d'études et de fabrications qui, à la date de publication du présent décret, perçoivent une indemnité compensatrice en application des dispositions du décret du 7 avril 1976 modifié portant attribution d'une indemnité compensatrice à certains ingénieurs d'études et de fabrications du ministère de la défense en conservent le bénéfice pour le montant qui leur est alloué. / A compter de cette date, cette indemnité évolue dans les conditions fixées à l'article 2 ci-dessus ". Selon l'article 2 du même décret, dans sa rédaction en vigueur à la date de publication de celui-ci : " Cette indemnité est égale à la différence existant entre les deux rémunérations, à l'exclusion des indemnités représentatives de frais et des éléments de rémunération liés à l'affectation en dehors du territoire européen de la France, en prenant en considération les éléments suivants : / Rémunération d'ingénieur d'études et de fabrications : - traitement indiciaire ; / - indemnité de résidence ; / - allocation spéciale ; / - prime de rendement au taux moyen ; / Rémunération de technicien supérieur d'études et de fabrications : / - traitement indiciaire ; / - indemnité de résidence ; / - indemnité de fonctions techniques ; / - prime de rendement au taux moyen ; / - indemnité différentielle prévue par le décret du 23 novembre 1962 susvisé ; / - indemnité compensatrice prévue par le décret du 18 octobre 1989 susvisé ; / Rémunération d'agent non titulaire : / - traitement indiciaire ; / - indemnité de résidence ; / - indemnité de fonctions techniques ; / - le cas échéant, indemnité différentielle basée sur les rémunérations ouvrières ; / Rémunération d'ouvrier de l'Etat : / - rémunération principale brute afférente au groupe et à l'échelon réellement détenus à la date de la nomination dans le corps des ingénieurs d'études et de fabrications, calculée sur la base de la durée réglementaire de travail des ouvriers du ministère de la défense ; / - prime de rendement au taux réellement perçu en moyenne par l'intéressé au cours des six derniers mois de services effectifs en qualité d'ouvrier. / Ces éléments sont déterminés, dans l'ancienne et la nouvelle situations, à la date où la nomination en qualité d'ingénieur d'études et de fabrications prend effet. / En aucun cas, l'attribution de l'indemnité compensatrice ne peut avoir pour effet de porter le total de cette allocation et de la rémunération globale perçue dans le nouveau grade à un montant supérieur à celui des émoluments déterminés suivant les conditions précisées ci-dessus et afférents à l'échelon le plus élevé du grade, catégorie ou groupe détenus à la date de nomination dans le corps des ingénieurs d'études et de fabrications. / L'indemnité compensatrice ainsi fixée est servie jusqu'au jour où ce dernier montant est atteint. A partir de ce moment, elle est réduite de plein droit du montant des augmentations de traitement et de la majoration des éléments de la rémunération dont les intéressés bénéficient dans leur nouveau corps ".

4. Au soutien de sa demande tendant au versement d'une somme de 115 308 euros au principal au titre de la liquidation du montant total de son indemnité compensatrice, M. A se borne à réclamer l'application des dispositions du premier alinéa de l'article 3 du décret du

24 septembre 2001 précité, en faisant valoir qu'il devait conserver le bénéfice de l'indemnité compensatrice d'un montant de 1 334,60 euros qui lui était allouée à la date de publication de ce décret, soit le 26 septembre 2001. Toutefois, le second alinéa du même article 3 dispose qu'" à compter de cette date, cette indemnité évolue dans les conditions fixées à l'article 2 " du même décret. Le requérant, qui omet de citer ces dernières dispositions dans sa requête, ne démontre ni même n'allègue que la somme de 11 510,17 euros qui lui a été versée par l'administration sur son bulletin de paye de juillet 2020 à titre de régularisation de l'indemnité compensatrice n'aurait pas été calculée conformément aux conditions ainsi fixées à l'article 2 de ce décret, alors que le mode de calcul employé par l'administration est précisé dans les pièces n° 2 et 3 jointes à la décision de la ministre des armées du 14 juin 2021, auxquelles M. A n'apporte aucune contradiction. Si l'intéressé produit son propre décompte des sommes qui lui seraient dues au titre de l'indemnité compensatrice, il n'établit ni même ne soutient que ses modalités de calcul correspondraient aux conditions d'évolution de l'indemnité compensatrice prévues à l'article 2 du décret précité. Ainsi, les prétentions indemnitaires de M. A, qui sont contredites par les pièces du dossier et qui ne sont pas justifiées, ne peuvent être accueillies, sans que puisse s'appliquer en sa faveur l'acquiescement aux faits prévu à l'article R. 612-6 du code de justice administrative.

5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. A aux fins d'annulation de la décision du 14 juin 2021 et de condamnation de l'Etat à lui verser la somme de

115 308 euros assortie des intérêts légaux doivent être rejetées, de même que, par voie de conséquence, ses conclusions tendant au prononcé d'une astreinte ainsi qu'à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre des armées.

Délibéré après l'audience du 6 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Bernabeu, présidente,

M. Cros, premier conseiller,

M. Martin, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 novembre 2023.

Le rapporteur,

Signé

F. CROS

La présidente,

Signé

M. BERNABEU

La greffière,

Signé

E. PERROUDON

La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Et par délégation,

La greffière.

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