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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2102350

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2102350

vendredi 14 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2102350
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 août 2021 et des mémoires complémentaires et en réplique enregistrés le 8 août 2022, le 24 octobre 2022 et le 28 janvier 2023, Mme B A demande au Tribunal d'annuler l'arrêté du 13 juillet 2021 par lequel le maire de Toulon lui a refusé la délivrance d'un permis de construire en vue de la surélévation d'une maison d'habitation située 380, corniche Marius Escartefigue - parcelle cadastrée 137 AL 134 - sur le territoire de cette commune.

Elle soutient que :

- le refus du permis de construire est motivé par 2 articles du PLU de la ville de Toulon : l'article UE7 qui impose une construction à 4 mètres de la limite séparative ; or son habitation est en bande, contiguë à 100% du côté droit et contigu à environ 30% du côté gauche soit 3.65 m avec une bande de largeur 65 cm sur une longueur de 7.8 mètres chez le voisin, zone les maisons ne sont pas accolées et l'article EU7 n'exige pas que l'immeuble soit contigu en tout point pour envisager une construction ; la définition des constructions en bande se définit ainsi : " il s'agit de maisons individuelles, de conception analogue, juxtaposées et mitoyennes par tout ou une partie de leur pignons. " ; la commune estime à tort que la mitoyenneté ou la juxtaposition doivent être totales alors que rien n'interdit qu'elles soient partielles ;

- l'article UE10 relatif à la hauteur des constructions ; or son habitation ne dépasse pas la hauteur donnée par le PLU dès lors que la maison est construite sur des restanques de sorte que sa hauteur est différente entre le haut et le bas de la restanque (côté rue et côté jardin) ; l'adresse de la maison étant corniche Escartefigue, il semble que la hauteur à prendre en compte est celle sur le côté rue ; le PLU est donc respecté ; la maison ne comporte pas trois niveaux ; la cave n'est aucunement rattachée à la maison dont elle ne constitue pas non plus une fondation ;

-

- le refus repose sur une interprétation de l'habitat en bande que le service considère comme consistant en au moins 4 maisons implantées en mitoyenneté ; or, le cadastre n'étant pas à jour, il n'a pas été tenu compte des extensions faites entre les parcelles 132 et 134 ;

- l'article L. 152-3 du code de l'urbanisme précise qu'une dérogation peut être émise pour motiver un besoin d'adaptation mineure rendu nécessaire par le caractère des constructions avoisinantes ; le projet permettrait d'apporter une harmonisation architecturale à ce côté de la corniche, sa maison étant la seule qui n'est pas en R+l côté rue ;

- une mesure d'expertise permettrait de mettre un terme aux malentendus.

Par des mémoires en défense enregistrés le 25 mai 2022, le 30 septembre 2022 et le 23 janvier 2023, la commune de Toulon, agissant par son maire en exercice, conclut au rejet de la requête y compris la demande de transport sur les lieux ou d'expertise.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par la requête ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 25 août 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 26 septembre 2023 à 12 heures, par application de l'article R. 613-1 du code de justice administrative.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience. Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bonmati ;

- les conclusions de Mme Faucher, rapporteure publique ;

- et les observations de Mme A, requérante.

Considérant ce qui suit :

1. Par la présente requête, Mme A demande l'annulation de l'arrêté du 13 juillet 2021 par lequel le maire de Toulon lui a refusé la délivrance d'un permis de construire en vue de la surélévation d'une maison d'habitation située 380, corniche Marius Escartefigue - parcelle cadastrée 137 AL 134 - sur le territoire de cette commune.

2. Pour refuser le permis de construire sollicité, le maire de Toulon s'est d'abord fondé sur les circonstances que le projet qui prévoit la surélévation de la totalité du bâtiment existant implanté à l'alignement de la voie, méconnaît l'article UE6 du plan local d'urbanisme aux termes duquel :

" Les règles énoncées dans cet article s'apprécient par rapport à l'alignement des voies (publiques ou privées) et emprise publiques existantes ou à créer ou par rapport au front bâti observé // 1°) Toute construction doit être implantée à 5 m minimum de l'alignement, cette zone étant considérée comme non aedificandi. () ". Il retient également que le projet en ce qu'il prévoit la surélévation de la totalité du bâtiment implanté sur les limites séparatives est et ouest, méconnaît également

l'article UE7 selon lequel : " La distance comptée horizontalement de tout point d'une construction au point le plus proche de la limite séparative du terrain doit être au moins égale à la moitié de la hauteur de la construction, mesurée à compter du terrain naturel avant travaux, et ne jamais être inférieure à // - 4 m dans le cas général. (). Ces zones sont considérées comme non aedificandi. (). ". Il estime enfin qu'en ce qu'il prévoit la surélévation du bâtiment existant en R+2 à une hauteur de 7,50 mètres à l'égout de toiture en façade sud, le projet méconnaît l'article UE 10 du PLU qui dispose que : " () L'égout du toit ne doit pas dépasser un plan parallèle au sol naturel avant travaux, plan situé à une distance de celui-ci comptée verticalement égale à la hauteur absolue. (). La hauteur maximale des constructions définie dans les conditions ci-dessus est fixée à 7 m limitée à R+l, combles non compris. (). ".

3. Pour contester ces motifs, la requérante soutient que les dispositions des articles UE6, UE7 et UE10 qui lui sont opposées contiennent des dérogations dans le cas de l'habitat en bande. Ainsi, l'article UE6 énonce que " 3°) Dans l'habitat en bande, une implantation différente est autorisée si la construction projetée est contiguë aux constructions mitoyennes implantées en limites séparatives. ", l'article UE7 dispose que : " 2°) Dans l'habitat en bande, l'implantation en limite séparative est autorisée si la construction projetée est contiguë aux constructions mitoyennes implantées en limites séparatives. " et l'article UE10 prévoit que : " Dans l'habitat en bande, une hauteur différente est autorisée si la construction projetée est contiguë aux constructions mitoyennes implantées en limites séparatives. ".

4. Le lexique du PLU précise d'une part, que : " est considéré comme habitat en bande au moins 4 constructions à usage d'habitat implantées en mitoyenneté. " et d'autre part, que les

" constructions contiguës dans l'habitat en bande [sont des] constructions qui se touchent en tout point ". Ces définitions, à l'exclusion de toute autre, s'imposent aux dispositions précitées du règlement de la zone UE. Il ressort de l'examen des pièces du dossier, notamment des planches photographiques produites par la requérante, que si des constructions sont édifiées de part et d'autre de son habitation, ces constructions, entrecoupées de corridors et portillons d'accès constituant des ruptures dans la continuité des façades, ne sont que très partiellement contiguës entre elles et, de surcroît, ne forment pas une bande d'au moins 4 habitations implantées en mitoyenneté. Il s'ensuit que c'est à bon droit que la commune n'a pas fait application au projet en litige des dérogations énoncées au point 3 et qu'ainsi, les motifs qu'elle a retenus, tels qu'énoncés au point 2, étaient de nature à fonder légalement le refus contesté.

5. En admettant même que la hauteur totale de la façade sud soit celle qu'indique Mme A qui soutient que la construction projetée n'aurait pas une hauteur supérieure à 6m et non de 7,50m comme l'a estimé la commune, il ressort en tout état de cause des pièces du dossier, notamment des documents photographiques et de la notice descriptive du projet que le " rez-de- chaussée habitable " et la cave sur laquelle il repose, considérés comme " la partie existante de la maison ", sont édifiés en restanques sur deux niveaux et que la cave, qui n'est pas bâtie en excavation, ouvrant de plain-pied sur une restanque, constitue en réalité un rez-de-jardin, de sorte que le projet, qui vise à créer un étage supplémentaire de 40m² portera l'immeuble à R+2, en méconnaissance de l'article UE10 cité au point 2, ainsi que la commune l'a retenu à bon droit.

6. Mme A soutient, enfin, que son projet pouvait faire l'objet d'adaptations mineures au sens où le prévoit l'article L. 152-3 du code de l'urbanisme aux termes duquel : " Les règles et servitudes définies par un plan local d'urbanisme : // 1° Peuvent faire l'objet d'adaptations mineures rendues nécessaires par la nature du sol, la configuration des parcelles ou le caractère des constructions avoisinantes ; () ". Toutefois, de telles adaptations ne peuvent être accordées, pour les motifs limitatifs ainsi énoncés, que lorsqu'ils tiennent non pas à la teneur même du projet mais à la configuration particulière de son lieu d'implantation, alors qu'en l'espèce, en se prévalant de l'article L. 152-3 du code de l'urbanisme, la requérante entend en réalité demander qu'il soit fait

1.

application à son projet des dérogations prévues par le PLU en faveur des constructions faisant partie d'un habitat en bande, dont il résulte des considérations qui précèdent qu'elles ne sauraient lui être appliquées.

7. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit nécessaire d'ordonner aucune mesure d'instruction, transport sur les lieux ou expertise, la requête de Mme A doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à Mme B A et à la commune de Toulon.

Délibéré après l'audience du 31 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Harang, président, Mme Martin, conseillère,

Mme Bonmati, magistrat honoraire.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 juin 2024.

La rapporteure, signé

D. Bonmati

Le président, signé

Ph. Harang

Le greffier, signé

P. Bérenger

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme, Pour la greffière en chef, Et par délégation,

Le greffier.

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