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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2102370

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2102370

jeudi 20 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2102370
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantBOURGUIBA

Texte intégral

Vu la procédure suivante : Par une requête enregistrée le 31 août 2021, M. A C, représenté par Me Bourguiba, demande au tribunal : 1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 500 000 euros, en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis en raison de conditions de vie indignes dans les hameaux de forestage, entre 1968 et 1976 ; 2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 6 000 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les dépens. Il soutient que : - la responsabilité de l'Etat est engagée, du fait des conditions de vie réservées aux anciens supplétifs de l'armée française dans les camps et des restrictions apportées à leurs libertés individuelles ; - il a subi des préjudices matériels et moraux. Par un mémoire en défense, enregistré le 7 janvier 2024, le ministre des armées conclut au rejet de la requête. Il soutient que : - la créance de M. C est prescrite ; - l'indemnité demandée est manifestement excessive. Le 11 janvier 2019, M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Vu les autres pièces du dossier. Vu : - la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968 ; - le code de justice administrative. Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience. Ont été entendus au cours de l'audience publique : - le rapport de M. Hélayel, conseiller, - les conclusions de M. Kiecken, rapporteur public. Considérant ce qui suit : 1. M. A C, né le 12 juillet 1968, est le fils d'un ancien supplétif engagé dans l'armée française. Le 10 juin 2021, il a, en vain, adressé une demande indemnitaire au Premier ministre, afin d'obtenir la réparation de ses préjudices liés aux conditions d'accueil et de vie réservées, sur le territoire français, aux anciens supplétifs de l'armée française en Algérie ainsi qu'à leurs familles. 2. Il résulte de l'instruction que le père du requérant, M. B C, a été intégré dans les chantiers du hameau de forestage installé sur le territoire de la commune de Néoules, de 1962 à 1975. Par ailleurs, une note du préfet du Var, produite par l'intéressé, fait état des problèmes, notamment d'alphabétisation, de formation professionnelle et d'emploi des jeunes, rencontrés par les familles résidant alors dans ces hameaux de forestage. 3. M. C soutient, sans être contredit, que sa famille a souffert de conditions de vie indécentes et indignes, à l'écart de la population, dans une situation médicale et sanitaire critique et sans soins médicaux, alors qu'il y avait développé la maladie de Legg-Calvé-Perthes, laquelle a été diagnostiquée tardivement. Du fait de ces conditions de vie, l'Etat a commis une faute de nature à engager sa responsabilité. 4. Toutefois, l'article 1 de la loi du 31 décembre 1968 dispose que : " Sont prescrites, au profit de l'Etat, des départements et des communes, sans préjudice des déchéances particulières édictées par la loi, et sous réserve des dispositions de la présente loi, toutes créances qui n'ont pas été payées dans un délai de quatre ans à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle les droits ont été acquis. () " Aux termes de l'article 3 de la même loi : " La prescription ne court ni contre le créancier qui ne peut agir, soit par lui-même ou par l'intermédiaire de son représentant légal, soit pour une cause de force majeure, ni contre celui qui peut être légitimement regardé comme ignorant l'existence de sa créance ou de la créance de celui qu'il représente légalement. " 5. En l'espèce, la réalité et l'étendue des préjudices subis par M. C ont été entièrement révélées dès son départ des hameaux de forestage. Les droits de créance qu'il invoque doivent être regardés comme acquis, au plus tard, au 25 septembre 2001, date du discours du président de la République à l'occasion de la journée d'hommage national aux Harkis. Le délai de prescription de quatre années a donc commencé à courir à compter du 1er janvier 2002. Dès lors, le ministre des armées est fondé à soutenir que la créance en cause était prescrite au 10 juin 2021, date de la demande indemnitaire du requérant. 6. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée. D É C I D E :Article 1er : La requête de M. C est rejetée.Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au ministre des armées.Délibéré après l'audience du 6 juin 2024, à laquelle siégeaient :M. Philippe Harang, président, M. Zouhaïr Karbal, conseiller,M. David Hélayel, conseiller. Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2024. Le rapporteur,SignéD. HELAYEL Le président, Signé Ph. HARANGLa greffière,SignéF. POUPLYLa République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.Pour expédition conforme,La greffière,2N° 2102370

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