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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2102475

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2102475

jeudi 18 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2102475
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantFREICHET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 septembre 2021, M. B A demande au tribunal:

1°) d'annuler la lettre de mission en date du 20 août 2021 l'informant de son affectation à compter du 1er septembre 2021 au sein du secteur de " La Seyne-La Navale " ;

2°) d'enjoindre à la société La Poste de le réintégrer dans un emploi conforme à son grade d'inspecteur et aux prescriptions de la médecine du travail ;

3°) de mettre à la charge de la société La Poste la somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée aurait dû être signée par la directrice territoriale, ce qui est constitutif d'un vice de forme ;

- elle aurait dû être précédée d'une consultation préalable de la commission administrative paritaire ;

- elle porte atteinte à son statut de fonctionnaire de l'Etat en ce qu'elle ne correspond pas aux missions susceptibles d'être confiées à un agent du corps des inspecteurs de La Poste ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 4624-6 du code du travail en ne respectant pas les recommandations de la médecine du travail ;

- son statut de travailleur handicapé aurait dû lui permettre d'être prioritaire dans le cadre des demandes de mutation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 novembre 2023, la société La Poste, représentée par Me Freichet, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge du requérant de la somme de 500 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable dès lors qu'elle est dirigée contre une mesure d'ordre intérieur qui ne fait pas grief au requérant ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- la loi n° 90-568 du 2 juillet 1990 ;

- le décret n° 58-777 du 25 août 1958 ;

- le décret n° 94-130 du 11 février 1994 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Martin ;

- les conclusions de Mme Duran-Gottschalk, rapporteure publique ;

- les observations de M. A ;

- et les observations de Me Freichet, pour la société La Poste.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, titulaire du grade d'inspecteur de La Poste, demande au tribunal, d'une part, d'annuler la lettre de mission du 20 août 2021 l'informant de son affectation à compter du 1er septembre 2021 au sein du secteur " La Seyne-La Navale " et, d'autre part, d'enjoindre à La Poste de le réintégrer sur un emploi conforme à son grade et aux prescriptions de la médecine du travail.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité externe :

2. En premier lieu, à défaut d'indication par le requérant des textes réglementaires ou législatifs dont il entend se prévaloir, le moyen tiré de l'existence d'un vice de forme du fait de l'absence de signature de la décision attaquée par la directrice du territoire " terres varoises " n'est pas assorti de précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé.

3. En second lieu, aux termes du deuxième alinéa de l'article 25 du décret susvisé du 11 février 1994 relatif aux commissions administratives paritaires de La Poste, dans sa version applicable à la date de la décision attaquée : " Elles connaissent des questions d'ordre individuel résultant de l'application de l'article 24, premier alinéa (2°) et second alinéa, de la loi du 13 juillet 1983 susvisée ainsi que des articles 45, 48, 51, 55, 58, 60, 67, 70 et 72 de la loi du 11 janvier 1984 susvisée. Elles connaissent également des décisions refusant le bénéfice du congé prévu au 7° de l'article 34 de la loi du 11 janvier 1984 susvisée ".

4. Si M. A soutient que son affectation dans un bureau de poste de la Seyne-sur-Mer aurait dû être précédée de la consultation de la commission administrative paritaire, l'article 60 de la loi du 11 janvier 1984 relatif à la fonction publique de l'Etat ne mentionne toutefois plus, s'agissant des mouvements de mutation, la compétence pour avis de la commission administrative paritaire dans les versions postérieures au 1er janvier 2020 résultant notamment de l'entrée en vigueur de la loi n° 2019-828 du 6 août 2019 de transformation de la fonction publique. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure est inopérant.

En ce qui concerne la légalité interne :

5. Aux termes de l'article 29 de la loi du 2 juillet 1990 relative à l'organisation du service public de la poste et à France Télécom : " Les personnels de La Poste et de France Télécom sont régis par des statuts particuliers, pris en application de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires et de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat () ". Aux termes de l'article 1er du décret susvisé du 25 août 1958 portant règlement d'administration publique pour la fixation du statut particulier du corps des inspecteurs des postes, télégraphes et téléphones : " Les fonctionnaires du corps des inspecteurs de La Poste et du corps des inspecteurs de France Télécom sont appelés, dans les services extérieurs, à exercer leurs fonctions soit dans les recettes et centres, soit dans les services d'études et de recherche soit au service des lignes. Dans les recettes et centres, ils sont les adjoints du chef d'établissement ; à ce titre, ils assument la gestion de tout ou partie du service et peuvent, notamment, être chargés de travaux de prévision, d'organisation, de coordination et de contrôle. Eventuellement, ils assurent la suppléance du chef d'établissement () ".

6. Il ne ressort pas des pièces du dossier que les fonctions proposées à M. A qui, si elles comportent une dimension d'encadrement limitée, comprennent des missions de contrôle et de " reporting ", ne correspondraient pas aux missions susceptibles d'être confiées à un agent de son grade conformément aux dispositions de l'article 1er du décret du 25 août 1958 citées au point précédent. Par suite, le moyen tiré de ce que le poste occupé à raison de sa nouvelle affectation ne correspondrait pas à son grade d'inspecteur ne peut qu'être écarté.

7. Aux termes de l'article L. 4624-6 du code du travail : " L'employeur est tenu de prendre en considération l'avis et les indications ou les propositions émis par le médecin du travail en application des articles L. 4624-2 à L. 4624-4. En cas de refus, l'employeur fait connaître par écrit au travailleur et au médecin du travail les motifs qui s'opposent à ce qu'il y soit donné suite ". Aux termes de l'article L. 4621-1 du même code : " Les dispositions du présent livre sont applicables aux employeurs de droit privé ainsi qu'aux travailleurs. Elles sont également applicables aux établissements mentionnés aux 1°, 2° et 3° de l'article L. 4111-1. ". En outre, aux termes de l'article 29 de la loi du 2 juillet 1990 relative à l'organisation du service public de la poste et à France Télécom : " Les personnels de La Poste et de France Télécom sont régis par des statuts particuliers, pris en application de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires et de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat, qui comportent des dispositions spécifiques dans les conditions prévues aux alinéas ci-après, ainsi qu'à l'article 29-1 ". Aux termes de l'article 30 bis de la loi précitée : " Les dispositions du code du travail en faveur de l'emploi des travailleurs handicapés sont applicables à La Poste () ". Il résulte de ce qui précède que les dispositions invoquées de l'article L. 4624-6 du code du travail, qui ne relèvent pas du champ d'application de l'article 30 bis de la loi du 2 juillet 1990 précitée, ne trouvent pas à s'appliquer à la situation du requérant, qui est fonctionnaire de La Poste. De surcroît et en tout état de cause, il est constant que M. A a d'abord refusé une affectation située à Solliès-Pont, à proximité de son domicile comme préconisé par le médecin du travail, avant de recevoir l'affectation litigieuse. A cet égard, il ressort des pièces du dossier que, par un courrier du 20 août 2021, La Poste a précisément motivé la nouvelle affectation proposée par le refus de l'intéressé d'accepter la précédente et l'absence de tout autre poste disponible au bureau de poste de Solliès-Pont. Par suite, le moyen tiré de ce que les recommandations du médecin du travail n'auraient pas été prises en compte par La Poste ne peut qu'en tout état de cause, être écarté.

8. Enfin, si M. A bénéficie de la reconnaissance du statut de travailleur handicapé depuis le 27 août 2020 et soutient que La Poste n'aurait pas fait droit à la priorité qui s'attache à sa situation dans le cadre des mouvements de mutation en rejetant notamment ses candidatures sur deux emplois d'encadrant de proximité respectivement aux bureaux de poste de La Farlèle et de La Valette-du-Var, un tel moyen, qui est dirigé uniquement contre la lettre de mission du 20 août 2021 et non contre les décisions rejetant ses candidatures ou demandes, est toutefois inopérant.

9. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée par La Poste, que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 20 août 2021 l'affectant à La Seyne-sur-Mer.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. Le présent jugement qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par le requérant ne nécessite aucune mesure d'exécution. Par suite, ses conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que La Poste, qui n'est pas la partie perdante dans le présent litige, verse quelque somme que ce soit à M. A au titre des frais exposés dans le cadre de la présente instance.

12. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. A la somme que réclame La Poste au titre des mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la société La Poste tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la société La Poste.

Délibéré après l'audience du 18 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Bernabeu, présidente,

- M. Cros, premier conseiller,

- M. Martin, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 janvier 2024.

Le rapporteur,

Signé

J. MARTIN

La présidente,

Signé

M. BERNABEU

La greffière,

Signé

G. GUTH

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Et par délégation,

La greffière.

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