jeudi 22 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2102514 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, un mémoire et des pièces complémentaires, enregistrés le 14 septembre 2021, le 13 juin 2022, le 24 octobre 2023 et le 6 novembre 2023, M. B A doit être regardé comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 23 mars 2021 par lequel le préfet du Var lui a refusé la délivrance des autorisations d'acquisition et de détention d'armes, de munitions et de leurs éléments de catégorie B sollicitées, a retiré les autorisations d'acquisition et de détentions d'armes délivrées le 28 mai 2018, lui a interdit d'acquérir et de détenir des armes, des munitions et leurs éléments des catégories A, B et C et a ordonné le dessaisissement de toutes ses armes ;
2°) d'enjoindre au préfet du Var d'effacer son inscription au Fichier national des interdits d'acquisition et de détention d'armes (FINIADA) ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à la société de chasse du Var sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'erreur de fait dès lors que son comportement ne présente pas de danger grave ; il n'utilise ses armes que dans le cadre de ses activités de chasse ou de tir sportif ;
- il est entaché d'erreur de droit dès lors que l'utilisation d'arme n'est pas impliquée dans les faits qui lui sont reprochés et pour lesquels il a été condamné ; qu'aucune mention n'est inscrite sur le bulletin n°2 de son casier judiciaire ; qu'aucune réitération des faits commis n'est possible ; il s'agit de faits isolés ; il s'est séparé de son ex-épouse ;
- il porte une atteinte disproportionnée à ses droits et libertés ; il le prive de son loisir de la chasse ;
- la demande d'ajout de base légale présentée par le préfet doit être rejetée ; l'arrêté ne peut être fondé sur les dispositions de l'article L. 313-3-2 du code de la sécurité intérieure dès lors qu'il n'a pas fait l'objet d'une ordonnance de protection.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 octobre 2023, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- les moyens invoqués ne sont pas fondés ;
- il doit être procédé à un ajout de base légale ; il se trouvait en situation de compétence liée en application du 2° de l'article L. 312-3 du code de sécurité intérieure.
Par une ordonnance du 5 décembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 27 décembre 2023 à 12h.
Une pièce complémentaire a été enregistrée le 8 janvier 2024 et communiquée aux parties le 9 janvier 2024 dans le cadre des dispositions de l'article R. 613-1-1 du code justice administrative.
Un mémoire présenté par M. A, enregistré le 11 janvier 2024, n'a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code pénal ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de la sécurité intérieure ;
- le décret n° 2014-1294 du 23 octobre 2014 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Montalieu, rapporteure,
- les conclusions de M. Kiecken, rapporteur public,
- et les observations de Mme C, représentant le préfet du Var,
- M. A n'étant ni présent ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. Par un jugement du 7 novembre 2019 du tribunal correctionnel de Toulon, M. A a été condamné pour des faits de violence suivie d'une incapacité n'excédant pas 8 jours par une personne étant ou ayant été conjoint concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité. Par un arrêt du 23 mars 2021, le préfet du Var lui a refusé la délivrance des autorisations d'acquisition et de détention d'armes, de munitions et de leurs éléments de catégorie B sollicitées, a retiré les autorisations d'acquisition et de détentions d'armes délivrées le 28 mai 2018, lui a interdit d'acquérir et de détenir des armes, des munitions et leurs éléments des catégories A, B et C et a ordonné le dessaisissement de toutes ses armes.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. D'une part, aux termes de l'article 222-44 du code pénal, dans sa version alors en vigueur : " I. - Les personnes physiques coupables des infractions prévues aux sections 1 à 4 du présent chapitre encourent également les peines complémentaires suivantes : / () 6° La confiscation d'une ou plusieurs armes dont le condamné est propriétaire ou dont il a la libre disposition ; () ".
3. D'autre part, aux termes du 2° de l'article L. 312-3 du code de la sécurité intérieure : " Sont interdites d'acquisition et de détention d'armes, de munitions et de leurs éléments des catégories A, B et C : () 2° Les personnes () condamnées à la confiscation () d'armes, de munitions et de leurs éléments dont elles sont propriétaires ou dont elles ont la libre disposition () ". Aux termes de l'article R. 312-67 du même code : " Le préfet ordonne la remise ou le dessaisissement de l'arme ou de ses éléments dans les conditions prévues aux articles L. 312-7 ou L. 312-11 lorsque : / 1° Le demandeur ou le déclarant se trouve dans une situation prévue aux 1°, 2° ou 3° de l'article L. 312-16 ; () ". Aux termes du 2° l'article L. 312-16 du même code : " Un fichier national automatisé nominatif recense : / () 2° Les personnes interdites d'acquisition et de détention d'armes, de munitions et de leurs éléments des catégories A, B et C en application de l'article L. 312-3 ; () ". Aux termes de l'article L. 312-11 du même code : " Sans préjudice des dispositions de la sous-section 1, le représentant de l'Etat dans le département peut, pour des raisons d'ordre public ou de sécurité des personnes, ordonner à tout détenteur d'une arme, de munitions et de leurs éléments de toute catégorie de s'en dessaisir. / Le dessaisissement consiste soit à vendre l'arme les munitions et leurs éléments à une personne titulaire de l'autorisation, mentionnée à l'article L. 2332-1 du code de la défense, ou à un tiers remplissant les conditions légales d'acquisition et de détention, soit à la remettre à l'Etat. Un décret en Conseil d'Etat détermine les modalités du dessaisissement. () ". Enfin, aux termes de l'article R. 312-15 du même code : " L'autorisation prévue à l'article R. 312-21 est nulle de plein droit aussitôt que son titulaire cesse de remplir les conditions requises ou s'il se trouve dans une des situations prévues à l'article L. 312-16. () ".
4. En l'espèce, il ressort des termes de l'arrête en litige que, pour interdire à M. A l'acquisition et la détention d'armes et ordonner à son encontre le dessaisissement de l'ensemble de ses armes, le préfet du Var s'est initialement fondé sur les dispositions des articles L. 312-3-1 et L. 312-11 du code de la sécurité intérieure. Dans son mémoire en défense, le préfet fait valoir qu'il se trouvait par ailleurs en situation de compétence liée pour prendre l'arrêté en litige en application du 2° de l'article L. 312-3 du code de la sécurité intérieure, eu égard à la peine complémentaire prononcée par le tribunal correctionnel de Toulon par un jugement du 7 novembre 2019. Le préfet sollicite du tribunal " l'ajout " de cet article, et non de l'article L. 312-3-2 comme l'indique M. A, en tant que base légale de l'arrêté attaqué.
5. Il ressort des pièces du dossier, en particulier du jugement du tribunal correctionnel de Toulon du 7 novembre 2019 produit par le préfet du Var, que le tribunal correctionnel a condamné M. A à une peine de dix mois d'emprisonnement avec sursis et qu'il doit être regardé, eu égard à la mention dans son dispositif " rejette la demande de restitution des armes lui appartenant en application de l'article 222-44 du code de procédure pénale ", comme ayant condamné l'intéressé à la confiscation d'armes dont il est propriétaire, au sens et pour l'application du 2° de l'article L. 312-3 du code de la sécurité intérieure. Dès lors, le préfet du Var est fondé à faire valoir qu'il était tenu de prononcer à l'encontre de M. A l'ensemble des mesures contenues dans l'arrêté en litige. Par suite, et sans qu'il soit besoin d'examiner le motif initialement retenu par le préfet, les autres moyens soulevés par le requérant doivent être écartés comme inopérants.
6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font, en tout état de cause, obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement de la somme que M. A sollicite au profit de la société de chasse du Var.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Var.
Délibéré après l'audience du 1er février 2024, à laquelle siégeaient :
M. Philippe Harang, président,
M. Zouhaïr Karbal, conseiller,
Mme Mathilde Montalieu, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 février 2024.
La rapporteure,
Signé
M. MONTALIEU
Le président,
Signé
Ph. HARANG
La greffière,
Signé
F. POUPLY
La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
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