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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2102546

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2102546

jeudi 13 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2102546
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantBOREL & DEL PRETE SCP

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 15 septembre 2021 et 5 janvier 2024, M. C A, représenté par Me O'Rorke, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 17 mars 2021 par laquelle le président de l'université de Toulon a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de l'accident survenu le 18 décembre 2020, ainsi que la décision implicite de rejet de son recours gracieux du 16 mai 2021 ;

2°) d'enjoindre au président de l'université de Toulon de reconnaître l'imputabilité au service de cet accident ;

3°) de mettre à la charge de l'université de Toulon une somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur la légalité externe :

- la décision attaquée a été prise sans l'avis obligatoire de la commission de réforme, en violation des dispositions de l'article 47-6 du décret n° 86-442 du 14 mars 1986 ;

- elle a été prise " hors du cadre réglementaire " en l'absence d'enquête administrative, de consultation de la commission de réforme et de saisine d'un expert médical en violation de l'article 47-4 du même décret ;

- elle a été prise après consultation de la commission d'imputabilité au service de l'université de Toulon, qui était incompétente ;

- elle est dépourvue de motivation, en violation des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

Sur la légalité interne :

- elle méconnaît la présomption d'imputabilité au service, prévue à l'article 21 bis de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- elle est entachée d'erreur de qualification juridique des faits.

Par un mémoire en défense enregistré le 28 juillet 2023, l'université de Toulon, représentée par Me Del Prete, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de M. A sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 23 mai 2024 :

- le rapport de M. Cros ;

- les conclusions de Mme Duran-Gottschalk, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Baillargeon pour l'université de Toulon.

Considérant ce qui suit :

1. M. A est agent titulaire de la fonction publique de l'Etat de catégorie A au sein du corps des ingénieurs d'études du ministère chargé de l'enseignement supérieur, au grade d'ingénieur d'études hors classe. Il a été recruté par l'université de Toulon le 1er septembre 2010 et successivement affecté aux postes de chargé d'affaires juridiques, de responsable du service des affaires juridiques et contentieuses, de chargé de mission à la dévolution du patrimoine, de formateur juridique puis de chargé des affaires juridiques au sein de la direction des affaires juridiques et institutionnelles de l'université. Il bénéficie d'une décharge d'activité de service pour raison syndicale depuis 2015. Par un courriel du 12 novembre 2020, M. A a demandé au président de l'université de Toulon de renouveler son autorisation de cumul d'activité à titre accessoire pour l'année 2021 afin de poursuivre son activité de formateur auprès du centre national de la fonction publique territoriale. Après avoir rejeté sa demande le 7 décembre 2020, le président de l'université a retiré ce refus et délivré l'autorisation sollicitée le 17 décembre suivant. Entre-temps, par un courriel du 16 décembre 2020, le président de l'université a convoqué M. A à un entretien dans son bureau le 18 décembre suivant à 9 heures 15. Par un formulaire daté du 30 décembre 2020 et reçu par l'université le 2 janvier 2021, M. A a déclaré un accident de service survenu sur son lieu de travail le 18 décembre précédent à 9 heures, ayant entraîné " dépression et angoisse ". Dans la lettre jointe à ce formulaire, il déclare avoir fait une " crise d'angoisse " à l'idée de se rendre à cet entretien, auquel il n'a donc pas participé. Son médecin-psychiatre lui a prescrit un arrêt de travail du 21 décembre 2020 au 8 janvier 2021, adressé par courriel à l'université le 24 décembre 2020. Par une décision du 17 mars 2021, le président de l'université de Toulon a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de l'accident ainsi déclaré. Par un courriel du 16 mai 2021, M. A a formé contre ce refus un recours gracieux qui a été implicitement rejeté. Le requérant demande principalement l'annulation de la décision du 17 mars 2021 portant refus de reconnaissance d'accident imputable au service et de la décision implicite de rejet de son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité externe :

2. En premier lieu, aux termes du I de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, alors applicable : " Le fonctionnaire en activité a droit à un congé pour invalidité temporaire imputable au service lorsque son incapacité temporaire de travail est consécutive à un accident reconnu imputable au service () ". Selon l'article 47-1 du décret du 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l'organisation des comités médicaux et des commissions de réforme, aux conditions d'aptitude physique pour l'admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires : " Le congé prévu au premier alinéa du I de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 précitée est accordé au fonctionnaire, sur sa demande, dans les conditions prévues par le présent titre ". Aux termes de l'article 47-6 du même décret : " La commission de réforme est consultée : / 1° Lorsqu'une faute personnelle ou toute autre circonstance particulière est potentiellement de nature à détacher l'accident du service () ".

3. Constitue un accident de service, pour l'application des dispositions précitées, un évènement survenu à une date certaine, par le fait ou à l'occasion du service, dont il est résulté une lésion, quelle que soit la date d'apparition de celle-ci.

4. Selon sa propre déclaration du 30 décembre 2020, M. A, qui se trouvait alors sur son lieu de travail sur le campus de l'université de Toulon, a ressenti une crise d'angoisse le 18 décembre 2020 à 9 heures, alors qu'il était convoqué le même jour à 9 heures 15 dans le bureau du président de l'université. La simple organisation de cet entretien entre l'agent et sa hiérarchie relevait, par elle-même, de l'exercice normal du pouvoir hiérarchique et ne saurait être regardée comme un événement soudain et violent susceptible d'être qualifié d'accident de service, quels que soient les effets que la perspective de cet entretien a pu produire sur l'intéressé. La circonstance que l'entretien a été prévu après l'intervention des deux décisions des 7 et 17 décembre 2020 refusant puis finalement autorisant le cumul d'activité à titre accessoire sollicité par M. A, est sans incidence à cet égard. D'ailleurs, tant l'expert-psychiatre dans ses conclusions du 31 janvier 2023, que le conseil médical départemental dans son avis du 19 décembre 2023, ont estimé que la crise d'angoisse ainsi ressentie par M. A ne résulte pas d'un événement soudain caractérisant un accident de service, ce que confirment le rapport du médecin de prévention du 20 septembre 2021 et le certificat médical du médecin-psychiatre du 24 septembre 2021 qui font état d'une " décompensation anxio-dépressive " de l'intéressé, faisant suite à un conflit récurrent avec la gouvernance de l'université depuis 2012. Dans ces conditions, la crise d'angoisse subie par le requérant le 18 décembre 2020 ne peut pas être qualifiée d'accident de service. Par conséquent, les dispositions précitées du 1° de l'article 47-6 du décret du 14 mars 1986 relatives à la consultation obligatoire de la commission de réforme, qui ne trouvent à s'appliquer qu'en cas d'accident, ne sont pas applicables en l'espèce. Le moyen tiré de l'absence de consultation de cette commission est donc inopérant. De même, le requérant ne peut utilement soutenir que les convocations à la réunion de cette commission n'auraient pas " respecté les obligations légales et réglementaires ", sans d'ailleurs préciser lesquelles.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 47-4 du décret du 14 mars 1986 précité : " L'administration qui instruit une demande de congé pour invalidité temporaire imputable au service peut : / 1° Faire procéder à une expertise médicale du demandeur par un médecin agréé lorsque des circonstances particulières paraissent de nature à détacher l'accident du service () ".

6. M. A soutient que la décision attaquée a été prise " hors du cadre réglementaire " en l'absence d'enquête administrative, de consultation de la commission de réforme et de saisine d'un expert médical. A supposer que le requérant entende invoquer un vice de procédure, il ne précise pas quelles dispositions auraient exigé une enquête administrative. En outre, le moyen tiré de l'absence de consultation de la commission de réforme a déjà été écarté au point 4. Enfin, il résulte des dispositions de l'article 47-4 du décret du 14 mars 1986 que la mise en œuvre d'une expertise médicale n'est qu'une faculté pour l'administration et n'est, en toute hypothèse, prévue qu'en cas d'accident, ce qui n'est pas le cas en l'espèce, ainsi qu'il a été dit. Par suite, ce moyen doit être écarté.

7. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier qu'une commission interne à l'université de Toulon, dénommée " commission d'imputabilité au service " et composée de trois membres (responsable du pôle de gestion des ressources humaines, ingénieur hygiène et sécurité et secrétaire du comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail) s'est réunie le 5 février 2021 pour se prononcer sur l'imputabilité au service des dossiers de plusieurs agents de l'université, et qu'elle a émis un avis " réservé " sur l'accident de service déclaré par M. A. Il ne ressort pas de la décision attaquée, qui ne vise ni ne mentionne cet avis, que le président de l'université de Toulon se soit fondé sur ce dernier pour prendre ladite décision, ni à plus forte raison qu'il se soit estimé lié par cet avis. En tout état de cause, aucune disposition législative ni réglementaire ne faisait obstacle à ce que le président recueille un tel avis facultatif. Dès lors, le moyen tiré de la consultation de cette commission est inopérant.

8. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques () ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir () ". Selon l'article L. 211-5 de ce code : " La motivation () doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Il résulte de ces dispositions que le refus de reconnaître l'imputabilité au service d'un accident est au nombre des décisions qui doivent être motivées.

9. La décision litigieuse du 17 mars 2021 vise les textes applicables à la situation de M. A et indique suffisamment les raisons de fait sur lesquelles elle repose. Elle n'avait pas à mentionner les articles de ces textes dès lors qu'elle n'est pas fondée sur un article en particulier. En tout état de cause, cette motivation a permis à M. A de présenter utilement sa contestation. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

En ce qui concerne la légalité interne :

10. En premier lieu, aux termes du II de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, alors applicable : " Est présumé imputable au service tout accident survenu à un fonctionnaire, quelle qu'en soit la cause, dans le temps et le lieu du service, dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions ou d'une activité qui en constitue le prolongement normal, en l'absence de faute personnelle ou de toute autre circonstance particulière détachant l'accident du service ".

11. Dès lors que M. A n'a pas subi d'accident, ainsi qu'il a été dit au point 4, il ne peut utilement se prévaloir de la présomption d'imputabilité au service d'un tel accident, prévue par les dispositions citées au point précédent. Le moyen tiré du non-respect de cette présomption est donc inopérant.

12. En second lieu, en l'absence d'accident, le président de l'université de Toulon n'a pas inexactement qualifié les faits de l'espèce en rejetant la déclaration d'accident de service faite par M. A. Le moyen tiré de l'erreur de qualification juridique des faits doit ainsi être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

14. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par le requérant, n'appelle aucune mesure d'exécution. Par conséquent, les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

15. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de laisser à chaque partie la charge de ses frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par l'université de Toulon sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et à l'université de Toulon.

Délibéré après l'audience du 23 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Bernabeu, présidente,

M. Cros et M. B, premiers conseillers.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2024.

Le rapporteur,

Signé

F. CROS

La présidente,

Signé

M. BERNABEU

La greffière,

Signé

E. PERROUDON

La République mande et ordonne à la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Et par délégation,

La greffière.

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