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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2102556

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2102556

vendredi 17 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2102556
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantEGLIE-RICHTERS - MALAUSSENA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 17 septembre 2021 et 1er août 2023,

la société civile immobilière (SCI) Luno, représentée par Me Eglie-Richters, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 juillet 2021 par lequel le maire de la commune de Tourrettes s'est opposé à sa déclaration préalable déposée le 9 avril 2018 pour la création d'un portail et la réfection de clôtures ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de Tourrettes de lui délivrer une décision de non-opposition, ou à défaut, de réexaminer sa demande, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Tourrettes la somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté est entaché d'une erreur de droit dès lors que le maire fonde son refus sur l'absence d'autorisation d'accès de la parcelle cadastrée section K n° 447 à la RD 562 alors que le terrain d'assiette du projet concerne la parcelle cadastrée section K n° 515 et qu'un tel défaut d'autorisation est inopposable à une demande d'autorisation d'urbanisme ;

- il est entaché d'une erreur de droit dès lors que le maire fonde son refus sur l'absence d'autorisation d'accès permanent à la parcelle cadastrée section K n° 447 alors qu'une autorisation d'urbanisme est délivrée sous réserve du droit des tiers ;

- il est entaché d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation à défaut pour le projet de porter atteinte aux dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme ;

- il méconnaît le principe d'égalité dès lors qu'une autre société, se trouvant dans la même situation, a bénéficié d'un accès à la RD 562 ;

- il est illégal en raison de l'illégalité de l'avis conforme du préfet du Var du 19 juillet 2021.

Par un mémoire en défense enregistré le 2 août 2022, la commune de Tourrettes, représentée par Me Fiorentino, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la société Luno la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir à titre principal, que les moyens sont infondés, et notamment, qu'elle se trouvait en situation de compétence liée, en raison de l'avis conforme du préfet du 19 juillet 2021, pour s'opposer à la déclaration préalable, et sollicite, à titre subsidiaire, une substitution de motifs tirée de ce que le projet tel que prévu dans la déclaration préalable méconnaît les dispositions de l'article R. 111-5 du code de l'urbanisme.

La requête a été communiquée au préfet du Var, le 8 novembre 2023, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Martin, rapporteure,

- les conclusions de Mme Faucher, rapporteure publique,

- les observations de Me Eglie-Richters, représentant la société Luno,

- les observations de Me Fiorentino, représentant la commune de Tourrettes,

- le préfet du Var n'étant ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. La société civile immobilière Luno, propriétaire de la parcelle cadastrée section K n° 515 située 298 chemin des colles à Tourrettes, a déposé, le 9 avril 2018, auprès des services communaux, une déclaration préalable en vue de la création d'un portail et de la réfection de l'ensemble des clôtures des limites séparatives de cette parcelle. Par un jugement n° 1801934 du 23 avril 2021, le tribunal administratif de Toulon a annulé l'arrêté du 18 avril 2018 par lequel le maire de la commune de Tourrettes s'était opposé à la déclaration préalable et lui a enjoint de réexaminer cette dernière. Après avoir recueilli l'avis conforme du préfet du Var le 19 juillet 2021, le maire de Tourrettes s'est, par un arrêté du même jour, opposé à la déclaration préalable. Par sa requête, la société Luno demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation, d'injonction et d'astreinte :

En ce qui concerne la situation de compétence liée :

2. Aux termes de l'article L. 174-1 du code de l'urbanisme : " Les plans d'occupation des sols qui n'ont pas été mis en forme de plan local d'urbanisme, en application du titre V du présent livre, au plus tard le 31 décembre 2015 sont caducs à compter de cette date, sous réserve des dispositions des articles L. 174-2 à L. 174-5. / La caducité du plan d'occupation des sols ne remet pas en vigueur le document d'urbanisme antérieur. / A compter du 1er janvier 2016,

le règlement national d'urbanisme mentionné aux articles L. 111-1 et L. 422-6 s'applique sur

le territoire communal dont le plan d'occupation des sols est caduc ". Aux termes de l'article

L. 174-3 du code précité : " Lorsqu'une procédure de révision du plan d'occupation des sols a été engagée avant le 31 décembre 2015, cette procédure peut être menée à terme en application des articles L. 123-1 et suivants, dans leur rédaction issue de la loi n° 2014-366 du 24 mars 2014 pour l'accès au logement et un urbanisme rénové, sous réserve d'être achevée au plus tard le 26 mars 2017 ou, dans les communes d'outre-mer, le 26 septembre 2018. Les dispositions du plan d'occupation des sols restent en vigueur jusqu'à l'approbation du plan local d'urbanisme et au plus tard jusqu'à cette dernière date ". Aux termes de l'article L. 422-1 du même code : " L'autorité compétente pour délivrer le permis de construire () et pour se prononcer sur un projet faisant l'objet d'une déclaration préalable est : / a) Le maire, au nom de la commune, dans les communes qui se sont dotées d'un plan local d'urbanisme ou d'un document d'urbanisme en tenant lieu, ainsi que dans les communes qui se sont dotées d'une carte communale après la date de publication de la loi n° 2014-366 du 24 mars 2014 pour l'accès au logement et un urbanisme rénové. Dans les communes qui se sont dotées d'une carte communale avant cette date, le maire est compétent, au nom de la commune, après délibération du conseil municipal. En l'absence de décision du conseil municipal, le maire est compétent, au nom de la commune, à compter du 1er janvier 2017. Lorsque le transfert de compétence à la commune est intervenu, il est définitif ; () ". Aux termes de l'article L. 422-5 du code précité : " Lorsque le maire ou le président de l'établissement public de coopération intercommunale est compétent, il recueille l'avis conforme du préfet si le projet est situé : / a) Sur une partie du territoire communal non couverte par une carte communale, un plan local d'urbanisme ou un document d'urbanisme en tenant lieu ; () ". Il résulte des dispositions précitées que, lorsque le plan d'occupation des sols d'une commune est devenu caduc, le maire doit recueillir l'avis conforme du préfet sur les demandes de permis de construire.

3. Par un jugement n° 1801934 du 23 avril 2021, revêtu de l'autorité absolue de chose jugée, laquelle s'attache tant à ses motifs qu'à son dispositif, le tribunal administratif de Toulon a, dans son point 3, relevé la caducité du plan d'occupation des sols de la commune de Tourrettes depuis le 26 mars 2017, à défaut pour le plan local d'urbanisme d'avoir été approuvé à cette date et en a déduit la nécessité, pour le projet en cause, de recourir à l'avis conforme du préfet, en application des dispositions de l'article L. 422-5 du code de l'urbanisme.

4. Le 19 juillet 2021, le préfet du Var a émis un avis conforme défavorable au motif que le projet méconnaissait les dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme. Ainsi, en application des dispositions précitées, le maire de Tourrettes était tenu de s'opposer à la déclaration préalable de la société Luno pour ce motif.

En ce qui concerne l'examen des moyens :

5. Si, lorsque la délivrance d'une autorisation administrative est subordonnée à l'accord préalable d'une autre autorité, le refus d'un tel accord, qui s'impose à l'autorité compétente pour statuer sur la demande d'autorisation, ne constitue pas une décision susceptible de recours, des moyens tirés de sa régularité et de son bien-fondé peuvent, quel que soit le sens de la décision prise par l'autorité compétente pour statuer sur la demande d'autorisation, être invoqués devant le juge saisi de cette décision.

6. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que les moyens tirés de l'erreur de droit commise par le maire en fondant son refus sur l'absence d'autorisation d'accès de la parcelle cadastrée section K n° 447 à la RD 562, alors que le terrain d'assiette du projet concerne la parcelle cadastrée section K n° 515 et qu'un tel défaut d'autorisation est inopposable à une demande d'autorisation d'urbanisme, de l'erreur de droit commise par le maire en fondant son refus sur l'absence d'autorisation d'accès permanent à la parcelle cadastrée section K n° 447 alors qu'une autorisation d'urbanisme est délivrée sous réserve du droit des tiers, ainsi que de la méconnaissance du principe d'égalité doivent être écartés comme inopérants, en raison de la situation de compétence liée dans laquelle se trouvait le maire de la commune de Tourrettes pour s'opposer à la déclaration préalable.

7. En second lieu, aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations ".

8. Il ressort des pièces du dossier que le projet consiste dans la création d'un portail d'une largeur de 9 mètres sur le côté nord de la parcelle cadastrée section K n° 515. S'il est constant que cette ouverture donne directement sur la parcelle cadastrée section K n° 447, il ressort du procès-verbal de constat d'huissier produit par la société requérante que cette dernière est de 6 mètres de large avant de donner directement sur la route départementale n° 562. Si la portion de cette route donnant sur le projet est rectiligne, permettant une certaine visibilité, il n'est pas contesté que la vitesse y est limitée à 70 km/h et que l'axe, qui relie Fayance à Caillan traversant ainsi Tourrettes d'est en ouest, est fréquenté par environ 7 000 véhicules par jour. S'il ressort des pièces du dossier qu'un panneau d'interdiction de tourner à gauche a été apposé au niveau du portail créé afin de limiter les demi-tours sur la route départementale, la portion de cette voie est à double sens avec au milieu de la chaussée un marquage au sol de 2,50 mètres de long et un espace de 9 mètres, permettant ainsi aux voitures déjà présentes sur l'axe de doubler et aux voitures sortant du terrain d'assiette du projet de tourner effectivement à gauche. Enfin, si la parcelle cadastrée section K n° 447 a effectivement fait l'objet d'un terrassement, ce dernier est insuffisant pour permettre l'insertion des véhicules sur la voie rapide que constitue la route départementale n° 562. Dans ces conditions, le préfet n'a pas commis d'erreur d'appréciation en estimant que le projet constitue un risque d'atteinte à la sécurité publique, en méconnaissance des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, justifiant un avis conforme défavorable. Par suite, le moyen tiré de l'absence de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme doit être écarté.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées à fin d'annulation de l'arrêté du 19 juillet 2021 doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte.

Sur les frais liés à l'instance :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée par la société Luno au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens soit mise à la charge de la commune de Tourrettes qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de la société Luno la somme demandée par la commune de Tourrettes au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société Luno est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Tourrettes présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société civile immobilière Luno, à la commune de Tourrettes et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet du Var.

Délibéré après l'audience du 12 avril 2024 à laquelle siégeaient :

Mme Doumergue, présidente,

M. Quaglierini, premier conseiller,

Mme Martin, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mai 2024.

La rapporteure,

signé

K. Martin

La présidente,

signé

M. Doumergue

Le greffier,

signé

P. Bérenger

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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