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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2102640

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2102640

vendredi 29 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2102640
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantHOFFMANN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 27 septembre 2021 et le 18 mars 2022, et le 31 juillet 2023 M. B D et Mme C D, représentés par Me Hoffmann, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 16 septembre 2020 par lequel le maire de la commune de Carqueiranne a accordé à M. et Mme A un permis de construire modificatif en vue de surélever d'un mètre l'ensemble d'un bâtiment sur un terrain situé à Carqueiranne ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Carqueiranne une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- les modifications litigieuses du permis de construire changent la nature du projet initial de sorte qu'un nouveau permis de construire aurait dû être déposé ;

- le permis de construire modificatif attaqué est entaché d'un vice de procédure en ce qu'il aurait dû être soumis pour avis à la Métropole conformément aux dispositions de l'article L. 5217-2 du code général des collectivités territoriales ;

- il méconnaît les dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme en ce que le terrain d'assiette du projet ne comporte pas de poteau d'incendie conforme aux caractéristiques prévues au règlement départemental de défense contre l'incendie ;

- il méconnaît les dispositions de l'article R. 111-8 du code de l'urbanisme en ce que le dossier ne comportait aucune notice hydraulique précisant les modalités de gestion des eaux pluviales ;

- le plan de masse comporte une référence de niveau erronée de sorte le projet est bien plus surélevé.

Par des mémoires en défense enregistrés le 15 décembre 2021 et le 2 novembre 2022, M. E A et Mme F A, représentés par Me Gaulmin, concluent au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 400 euros soit mise à la charge de M. et Mme D au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils font valoir que :

- les requérants sont dépourvus d'intérêt à agir en ce que leur requête porte sur un permis de construire modificatif ne portant nullement atteinte à leur jouissance paisible ;

- la requête est irrecevable en ce qu'elle est tardive ;

- les autres moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 décembre 2021, la commune de Carqueiranne, représentée par Me Parisi, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de M. et Mme D au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable en ce qu'elle est tardive ;

- aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Par ordonnance du 17 août 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 16 septembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique du 15 mars 2024 :

- le rapport de M. Quaglierini, rapporteur ;

- les conclusions de Mme Faucher, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Mayoussier, représentant M. et Mme D, celles de Me Parisi, représentant la commune de Carqueiranne et celles de Me Gaulmin, représentant M. E A et Mme F A.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme A, propriétaires d'un terrain situé au 19, avenue du Pinchinier à Carqueiranne, ont obtenu, le 5 décembre 2018, un permis de démolir une villa existante valant également permis de construire. Consécutivement à deux permis de construire modificatifs, les intéressés ont déposé une troisième demande de permis de construire modificatif en vue de procéder à une surélévation du bâtiment projeté. Par arrêté du 16 septembre 2020, le maire de Carqueiranne a accordé le permis de construire modificatif sollicité. Par leur requête,

M. et Mme D demandent l'annulation de ce dernier.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le champ d'application du permis de construire modificatif :

2. L'autorité compétente, saisie d'une demande en ce sens, peut délivrer au titulaire d'un permis de construire en cours de validité un permis modificatif, tant que la construction que ce permis autorise n'est pas achevée, dès lors que les modifications envisagées n'apportent pas à ce projet un bouleversement tel qu'il en changerait la nature même.

3. Il ressort des pièces du dossier que les époux D ont sollicité un permis de construire modificatif le 16 juillet 2020 portant sur la seule " surélévation d'un mètre de l'ensemble bâti ". Dans ces conditions, la modification sollicitée ne saurait être de nature à opérer un bouleversement des permis de construire autorisés de sorte que le moyen tiré de la méconnaissance du champ de compétence du permis de construire modificatif doit être écarté.

En ce qui concerne l'absence d'avis de la métropole Toulon Provence Méditerranée :

4. Aux termes de l'article R. 423-50 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente recueille auprès des personnes publiques, services ou commissions intéressés par le projet, les accords, avis ou décisions prévus par les lois ou règlements en vigueur ".

5. Il ne résulte d'aucune disposition législative ou règlementaire que l'autorité territoriale était tenue de saisir la métropole Toulon Provence Méditerranée pour avis sur le projet litigieux, de sorte que les requérants ne sauraient être fondés à soutenir que la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure, quand bien même ladite métropole avait antérieurement rendu un avis défavorable sur un permis de construire modificatif portant sur la même surélévation de la construction litigieuse.

En ce qui concerne la méconnaissance de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme :

6. Aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend également : / a) Le plan des façades et des toitures ; lorsque le projet a pour effet de modifier les façades ou les toitures d'un bâtiment existant, ce plan fait apparaître l'état initial et l'état futur () ".

7. Les requérants exposent que les plans fournis au soutien de la demande de permis de construire modificatif comportent des incohérences quant aux cotes mentionnées et, plus particulièrement à la cote du plancher du niveau supérieur, lequel est matérialisé sur les plans de coupe à un niveau ne correspondant pas à la cote 169,80 NGF. Mais il ressort des pièces du dossier que l'ensemble des plans joints mentionnent que le plancher du niveau supérieur du bâtiment projeté est d'une altitude de 169,80 NGF, de sorte qu'il n'est établi ni une incohérence dans les plans, ni une fraude des pétitionnaires.

En ce qui concerne les autres moyens invoqués :

8. En premier lieu, les droits que tiennent les bénéficiaires d'un permis initial devenu définitif font obstacle à ce des tiers puissent se prévaloir de la méconnaissance de dispositions d'un plan local d'urbanisme et du code de l'urbanisme auxquelles le permis de construire modificatif ne porte aucune atteinte supplémentaire.

9. Si les requérants soutiennent que le permis de construire modificatif litigieux n'apporte aucune précision sur les dispositifs relatifs au captage, à la rétention temporisée et au libre écoulement des eaux pluviales, il ressort des pièces du dossier que ledit permis de construire modificatif ne porte que sur la surélévation du bâtiment, de sorte que ces circonstances sont étrangères à la légalité des dispositions prévues par la décision attaquée. En toute hypothèse, le permis de construire modificatif attaqué vise expressément le permis de construire initial du 5 décembre 2018, lequel a été assorti, à son article 4, d'une prescription relative à la gestion des eaux pluviales.

10. En second lieu, aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations ".

11. En se bornant à simplement relever que le terrain d'assiette du projet n'est pas desservi par un poteau d'eau incendie conformément au règlement départemental de défense contre l'incendie, sans établir le risque à la sécurité publique tel que le prévoit les dispositions précitées, les requérants n'assortissent pas leur moyen de précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à demander l'annulation du permis de construire modificatif du 16 septembre 2020, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les fins de non-recevoir opposées par les parties défenderesses.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Carqueiranne, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme que M. et Mme D demandent au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.

14. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de M. et Mme D une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par la commune de Carqueiranne et non compris dans les dépens, ainsi qu'une somme de 1 000 euros au titre de ceux exposés par M. et Mme A.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme D est rejetée.

Article 2 : M. et Mme D verseront à la commune de Carqueiranne et à M. et Mme A la somme de 1 000 euros chacun au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B et Mme C D, à la commune de Carqueiranne et à M. E et Mme F A.

Délibéré après l'audience du 15 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Sauton, président,

M. Quaglierini, premier conseiller,

Mme Martin, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 mars 2024.

Le rapporteur,

Signé

B. Quaglierini

Le président,

Signé

JF. Sauton

La greffière

Signé

B. Ballestracci

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier

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