vendredi 14 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2102711 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | MCL AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 17 septembre 2021, et des mémoires complémentaires et en réplique enregistrés le 26 septembre, le 27 novembre et le 1er décembre 2023 M. A C, représenté par MCL Avocats par Me Ladouari, demande au Tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 22 mars 2021 par lequel le maire de la commune de Toulon a constaté la péremption des permis de construire et modificatifs délivrés respectivement les 31 mai 2010, 10 avril 2012 et 28 avril 2016 en vue de l'édification d'une construction neuve sur un terrain cadastré 137 DS 345p, situé chemin de Mon Paradis, sur le territoire de cette commune, ensemble la décision implicite acquise le 7 août 2021 de rejet du recours gracieux qu'il a présenté le 7 juin 2021 ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Toulon une somme de 2 000 euros à lui verser sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué, qui emporte déchéance des droits du pétitionnaire à construire et non pas simple constatation de faits, n'est pas motivé et le constat de péremption effectué le 14 février 2021 par un agent municipal assermenté n'était pas joint ; il n'a pas été précédé d'une procédure contradictoire ;
- faute de production de l'arrêté de délégation à M. B, signataire, régulièrement publié et transmis au contrôle de légalité, l'arrêté doit être regardé comme émanant d'une autorité incompétente ;
- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation : sur les trois logements dont la construction a été autorisée, l'un est en cours d'achèvement, de nombreux travaux ont été réalisés
-
sur un deuxième logement ainsi qu'en attestent les factures produites ; le retard pris par les travaux résulte de difficultés de copropriété ; la preuve de l'interruption des travaux pendant plus d'un an n'est pas rapportée ; le constat effectué ne démontre pas l'interruption des travaux pendant plus d'un an.
Par des mémoires en défense enregistrés le 24 août 2022, le 16 novembre et le 30 novembre 2023, la commune de Toulon, agissant par son maire en exercice et représentée par la SELARL IMAvocats, par Me Parisi, conclut au rejet de la requête et demande que soit mise à la charge de M. C une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par la requête ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 30 novembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 29 décembre 2023 à 12 heures, par application de l'article R. 613-1 du code de justice administrative.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience. Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bonmati ;
- les conclusions de Mme Faucher, rapporteure publique ;
- et les observations de Me Parisi, pour la commune de Toulon.
Considérant ce qui suit :
1. Par la présente requête, M. C demande l'annulation de l'arrêté du 22 mars 2021 par lequel le maire de la commune de Toulon a constaté la péremption des permis de construire et modificatifs délivrés respectivement les 31 mai 2010, 10 avril 2012 et 28 avril 2016 en vue de l'édification d'une construction neuve sur un terrain cadastré 137 DS 345p, situé chemin de Mon Paradis, sur le territoire de cette commune, ensemble de la décision implicite acquise le 7 août 2021 de rejet du recours gracieux qu'il a présenté le 7 juin 2021.
2. Aux termes de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix. () ". Aux termes de l'article L. 211-2 du même code
: " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des
décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. // A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 5° Opposent une prescription, une forclusion ou une déchéance ; () ".
3. Il ressort de l'examen de la décision attaquée qu'elle se limite à constater la péremption des permis de construire initial et modificatifs successifs délivrés au requérant depuis 2010 et, si elle peut être regardée comme fondée en droit, elle ne comporte aucune motivation quant aux circonstances de fait ayant permis à l'autorité administrative d'apprécier puis de constater cette péremption. Ainsi, elle ne répond pas aux exigences de motivation des actes administratifs posées par les dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, en vertu desquelles doivent être motivées les décisions défavorables qui opposent notamment une déchéance et imposant que la motivation exigée soit écrite et comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. En outre, il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que M. C ait été mis à même de présenter ses observations, en application des dispositions précitées de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration, préalablement à l'édiction de la décision attaquée. Par suite, la commune a méconnu le principe du contradictoire de la procédure, privant ainsi M. C d'une garantie.
4. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun des autres moyens invoqués n'est de nature à entraîner l'annulation de la décision attaquée.
5. Il résulte de tout ce qui précède que le requérant est fondé à demander l'annulation de la décision attaquée, ensemble de celle portant rejet de son recours gracieux.
Sur les frais relatifs au litige :
6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, de mettre à la charge de la commune de Toulon une somme de 2 000 euros à verser à M. C et de rejeter les conclusions présentées sur le même fondement, par la commune de Toulon, partie perdante à la présente instance.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 22 mars 2021 par lequel le maire de la commune de Toulon a constaté la péremption des permis de construire et permis modificatifs délivrés à M. C, respectivement, les 31 mai 2010, 10 avril 2012 et 28 avril 2016 en vue de l'édification d'une construction neuve sur un terrain cadastré 137 DS 345p, situé chemin de Mon Paradis, sur le territoire de cette commune, ensemble la décision implicite acquise le 7 août 2021 de rejet du recours gracieux qu'il a présenté le 7 juin 2021 sont annulés.
Article 2 : La commune de Toulon versera à M. C une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Les conclusions de la commune de Toulon tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : La présente décision sera notifiée à M. A C et à la commune de Toulon.
Délibéré après l'audience du 31 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Harang, président, Mme Martin, conseillère,
Mme Bonmati, magistrat honoraire.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 juin 2024.
La rapporteure, signé
D. Bonmati
Le président, signé
Ph. Harang
Le greffier, signé
P. Bérenger
La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme, Pour la greffière en chef, Et par délégation,
Le greffier.
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