vendredi 22 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2102713 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | CACCIAPAGLIA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 4 octobre 2021, Mme D C, représentée par Me Cacciapaglia, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 3 août 2021 par laquelle le ministre des armées a refusé de lui octroyer le bénéfice de la protection fonctionnelle ;
2°) d'enjoindre au ministre des armées de lui accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- sa requête est parfaitement recevable ;
- la décision attaquée a été signée par une personne incompétente ;
- elle n'est pas motivée en fait ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article 11 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 en ce qu'elle doit bénéficier de la protection fonctionnelle à raison du harcèlement moral dont elle est victime ;
- pour le même motif, elle est également entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 juillet 2023, le ministre des armées conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- le décret n° 2005-850 du 27 juillet 2005 ;
- le décret n° 2009-1179 du 5 octobre 2009 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Martin,
- les conclusions de Mme Duran-Gottschalk, rapporteure publique,
- et les observations de Me Villalard substituant Me Cacciapaglia, pour Mme C.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C est adjointe administrative principale de deuxième classe au ministère des armées. Depuis le 27 septembre 2017, elle est affectée, sur le camp de Canjuers, au groupement de soutien de la base de défense de Draguignan en tant qu'agent courrier. Par la présente requête, elle demande au tribunal d'annuler la décision du 3 août 2021 par laquelle le ministre des armées a refusé le lui octroyer le bénéfice de la protection fonctionnelle qu'elle avait sollicité s'estimant victime de faits de harcèlement moral.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne la légalité externe :
2. En premier lieu, aux termes de l'article 1er du décret susvisé du 27 juillet 2005 relatif aux délégations de signature des membres du gouvernement : " A compter du jour suivant la publication au Journal officiel de la République française de l'acte les nommant dans leurs fonctions () peuvent signer, au nom du ministre ou du secrétaire d'Etat et par délégation, l'ensemble des actes, à l'exception des décrets, relatifs aux affaires des services placés sous leur autorité : () / 2° Les chefs de service, directeurs adjoints, sous-directeurs, les chefs des services à compétence nationale mentionnés au deuxième alinéa de l'article 2 du décret du 9 mai 1997 susvisé ainsi que les hauts fonctionnaires et les hauts fonctionnaires adjoints mentionnés aux articles R. 1143-1 et R. 1143-2 du code de la défense () ". Aux termes de l'article 19 du décret susvisé du 5 octobre 2009 fixant les attributions et l'organisation du secrétariat général pour l'administration du ministère de la défense : " La direction des affaires juridiques est responsable du contentieux du ministère. A ce titre, elle assure le traitement des dossiers devant les juridictions judiciaires et administratives. / Elle a en charge la protection des agents de l'Etat prévue aux articles L. 4123-10 du code de la défense et 11 de la loi du 13 juillet 1983 susvisée () ".
3. M. B A, signataire de l'acte attaqué, a été nommé sous-directeur du contentieux à la direction des affaires juridiques au ministère des armées par un arrêté du 20 mars 2018, publié au Journal officiel de la République française du 22 mars 2018, et a été renouvelé dans ses fonctions par un arrêté du 1er mars 2021, publié au Journal officiel du 3 mars suivant. Par suite, eu égard aux attributions de cette direction, qui a en charge notamment la protection des agents de l'Etat au titre de l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte litigieux doit être écarté comme manquant en fait.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui () 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Les décisions par lesquelles l'administration refuse le bénéfice de la protection fonctionnelle, prévues à l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983, doivent être motivées.
5. La décision attaquée du 3 août 2021 par laquelle le ministre des armées a rejeté la demande protection fonctionnelle déposée par Mme C cite le IV de l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, rappelle qu'il appartient à l'agent victime d'apporter les éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement et mentionne que les faits rapportés par la requérante ne sont pas constitutifs de harcèlement moral susceptible de justifier le bénéfice de cette protection. Par suite, elle comporte les motifs de droit et de fait qui la fonde et, dès lors, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision contestée ne peut qu'être écarté.
En ce qui concerne la légalité interne :
6. Aux termes, d'une part, de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, désormais codifié aux articles L. 133-2 et L. 133-3 du code général de la fonction publique : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel () ". Aux termes, d'autre part, de l'article 11 de cette même loi, désormais codifié à l'article L. 134-1 du code général de la fonction publique : " I. - A raison de ses fonctions et indépendamment des règles fixées par le code pénal et par les lois spéciales, le fonctionnaire ou, le cas échéant, l'ancien fonctionnaire bénéficie, dans les conditions prévues au présent article, d'une protection organisée par la collectivité publique qui l'emploie à la date des faits en cause ou des faits ayant été imputés de façon diffamatoire. () IV. - La collectivité publique est tenue de protéger le fonctionnaire contre les atteintes volontaires à l'intégrité de la personne, les violences, les agissements constitutifs de harcèlement, les menaces, les injures, les diffamations ou les outrages dont il pourrait être victime sans qu'une faute personnelle puisse lui être imputée. Elle est tenue de réparer, le cas échéant, le préjudice qui en est résulté () ".
7. D'une part, les dispositions précitées de l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983 établissent à la charge de l'administration une obligation de protection de ses agents dans l'exercice de leurs fonctions, à laquelle il ne peut être dérogé que pour des motifs d'intérêt général. Cette obligation de protection a pour objet, non seulement de faire cesser les attaques auxquelles l'agent est exposé, mais aussi d'assurer à celui-ci une réparation adéquate des torts qu'il a subis. La mise en œuvre de cette obligation peut notamment conduire l'administration à assister son agent dans l'exercice des poursuites judiciaires qu'il entreprendrait pour se défendre. Si la protection résultant de ces dispositions n'est pas applicable aux différends susceptibles de survenir, dans le cadre du service, entre un agent public et l'un de ses supérieurs hiérarchiques,
il en va différemment lorsque les actes du supérieur hiérarchique sont, par leur nature ou leur gravité, insusceptibles de se rattacher à l'exercice normal du pouvoir hiérarchique. Il appartient dans chaque cas à l'autorité administrative compétente de prendre les mesures lui permettant de remplir son obligation vis-à-vis de son agent, sous le contrôle du juge et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce
8. D'autre part, il appartient à l'agent public qui soutient avoir été victime de faits constitutifs de harcèlement moral, lorsqu'il entend contester le refus opposé par l'administration dont il relève à une demande de protection fonctionnelle fondée sur de tels faits, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles d'en faire présumer l'existence. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que
les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement.
La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile.
9. En l'espèce, pour refuser l'octroi de la protection fonctionnelle à Mme C, le ministre des armées retient que les faits invoqués par l'intéressée ne sont pas susceptibles de faire présumer l'existence d'un harcèlement moral qui serait perpétré par sa hiérarchie à son encontre. A cet égard, il résulte de l'instruction, en premier lieu, que si la demande de mutation de l'intéressée sur un poste d'assistant en gestion des ressources humaines situé sur la base de défense de Carcassonne a été refusée, cette dernière avait bien bénéficié d'un avis favorable de sa hiérarchie, et il ne résulte d'aucune pièce versée au dossier que le poste aurait été attribué à un autre agent, au mépris du profil prioritaire de la requérante eu égard à son statut de travailleur handicapé et de sa demande de rapprochement de conjoint. En deuxième lieu, si Mme C a demandé la suppression d'un passage de l'appréciation littérale figurant dans son compte-rendu d'entretien professionnel au titre de l'année 2019 évoquant l'influence sur le fonctionnement du service de ses difficultés personnelles et financières, il est constant, d'une part, que cette demande de modification a été accueillie favorablement et, d'autre part, que la requérante, dont la valeur professionnelle est reconnue par sa hiérarchie, bénéficiait d'évaluations positives sur les années précédant sa demande de protection fonctionnelle. En troisième lieu, si la requérante fait valoir avoir été convoquée dans le cadre d'une enquête interne pour consommation excessive d'alcool au travail, il résulte de l'instruction que Mme C n'était pas visée par cette enquête mais qu'étant à l'origine du signalement, la convocation avait uniquement pour objet de rassembler les éléments permettant d'établir un rapport. En quatrième lieu, la requérante soutient avoir été contactée par mél par son chef de corps lors de son arrêt maladie au motif que certains éléments laissaient supposer, qu'en dépit de son arrêt de travail, elle poursuivait son activité accessoire d'hypnothérapeute. S'il ne ressort pas de l'instruction que Mme C poursuivait pendant cette période son activité accessoire, ainsi qu'elle le fait valoir, son supérieur hiérarchique qui n'a ni tenu de propos déplacés ou comminatoires ni excédé les limites du pouvoir hiérarchique, a uniquement entendu s'assurer du respect par l'agent de la réglementation. En cinquième lieu, la requérante soutient avoir été informée, toujours durant la période d'un arrêt maladie, de la perte de sa chambre située sur son lieu d'affectation, évènement qu'elle met en relation avec sa situation médicale et les questions de son supérieur hiérarchique sur son activité accessoire. Néanmoins, il ressort également des pièces du dossier que la réattribution de sa chambre résultait, dans une situation générale d'un manque de chambres disponibles pour les personnels présents sur site, d'un ordre du commandant de la base de réaffecter l'ensemble des chambres peu utilisées à des personnels prioritaires. Or, il est constant qu'à cette période, Mme C, qui était en arrêt maladie, n'occupait pas sa chambre. En sixième lieu, la requérante expose qu'à son retour au travail, elle aurait été, d'une part, convoquée par son supérieur hiérarchique qui se serait montré virulent à son égard, et d'autre part, qu'elle aurait été déchargée de toute tâche, non informée de l'organisation de travail mise en place dans le cadre de la pandémie de coronavirus et mise à l'écart par l'ensemble de ses collègues. Toutefois, aucun élément du dossier ne permet de corroborer de tels faits. Enfin Mme C produit, en dernier lieu, un certificat médical et un rapport d'examen psychiatrique rédigé par son médecin psychiatre à Perpignan. A cet égard, si dans le rapport d'examen psychiatrique, le praticien indique que l'affection de l'intéressée a été déclenchée par le harcèlement subi à son travail, il n'appartenait à ce dernier que d'indiquer si cette pathologie était ou non imputable au service. En tout état de cause, ce document rédigé par un médecin ayant déjà été consulté par la requérante ne peut à lui seul établir l'existence d'un harcèlement moral dès lors que sur ce point, le rapport n'a pu que relayer les propos et le ressenti de la patiente. Il résulte de ces éléments que Mme C ne rapporte pas les éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un harcèlement moral. C'est donc à bon droit que l'administration a pu refuser de lui attribuer le bénéfice de la protection fonctionnelle à raison de faits de harcèlement moral.
10. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision contestée du 3 août 2021.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
11. Le présent jugement qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par la requérante ne nécessite aucune mesure d'exécution. Par suite, ses conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.
Sur les frais liés à l'instance :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans le présent litige, verse quelque somme que ce soit à Mme C au titre des frais exposés dans le cadre de la présente instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C et au ministre des armées.
Délibéré après l'audience du 4 décembre 2023, à laquelle siégeaient :
- Mme Bernabeu, présidente,
- M. Cros, premier conseiller,
- M. Martin, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 décembre 2023.
Le rapporteur,
Signé
J. MARTIN
La présidente,
Signé
M. BERNABEU
La greffière,
Signé
E. PERROUDON
La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Et par délégation,
La greffière.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026