lundi 29 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2102809 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre - Juge Unique |
| Avocat requérant | DESFARGES |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête, enregistrée sous le n° 2102809 le 14 octobre 2021, Mme D B, représentée par Me Desfarges, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 8 juin 2021 par laquelle la caisse d'allocations familiales du Var lui a notifié un indu d'aide exceptionnelle de fin d'année, référencé ING 001, d'un montant de 304, 90 euros pour la période courant du 1er décembre 2018 au 31 décembre 2019 ;
2°) de la décharger de l'indu d'aide exceptionnelle de fin d'année ;
3°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales du Var le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve d'une renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat.
Elle soutient que :
- la requête est recevable ;
- la décision contestée viole les dispositions des articles L. 311-3-1 et R. 311-3-1-2 du code des relations entre le public et l'administration ;
- cette décision ne comporte ni le nom ni le prénom de son auteur en méconnaissance des dispositions prévues à l'article L. 212-1 de ce code ;
- elle n'est pas motivée en fait et en droit en violation des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du même code ;
- elle n'a pas été précédée de la garantie contradictoire préalable prévue par l'article L. 122-1 du code précité ;
- elle est illégale dans la mesure où l'administration s'est abstenue de rechercher si elle avait perdu sa résidence sur le territoire national ; elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 octobre 2022, la caisse d'allocations familiales du Var conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens invoqués par Mme B sont infondés.
La requête et le mémoire en défense précités ont été communiqués au préfet du Var, qui n'a pas produit d'observations.
Par une décision du 2 août 2021, Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
II. Par une requête, enregistrée sous le n° 2103231 le 2 décembre 2021, Mme D B, représentée par Me Desfarges, demande au tribunal :
A titre principal :
1°) d'annuler la décision par laquelle le président du conseil départemental du Var a implicitement rejeté son recours administratif préalable obligatoire dirigé contre la décision du 8 juin 2021 par laquelle la caisse d'allocations familiales du Var lui a notamment notifié un indu de revenu de solidarité active (RSA), référencé INK 001, d'un montant de 14 162,77 euros pour la période courant du 1er avril 2018 au 31 août 2020 ;
2°) de prononcer la décharge de l'indu de RSA d'un montant de 14 162,77 euros ;
3°) d'enjoindre à l'administration de procéder au réexamen de sa situation, dans un délai de 15 jours à compter de la notification de jugement sous astreinte de 50 euros par jours de retard ;
4°) de mettre à la charge du département du Var le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve d'une renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat ;
A titre subsidiaire :
5°) de lui accorder la remise totale de la dette de RSA en litige.
Elle soutient que :
- la requête est recevable ;
- la décision implicite de rejet attaquée est entachée d'incompétence de son signataire ; l'administration doit en effet justifier que le signataire de la décision disposait d'une délégation de signature précise et régulière ;
- la décision implicite rejetant son recours administratif préalable obligatoire doit être motivée ; les décisions du 22 avril 2021 et du 8 juin 2021 ont été prises en méconnaissance des dispositions de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration dès lors qu'elles ne sont pas motivées en droit et en fait et qu'elles ne comportent pas le montant et la base de calcul retenue par l'administration ;
- la décision implicite de rejet attaquée a été prise en violation des dispositions des articles L. 311-3-1 et R. 311-3-1-2 du même code ;
- la décision en litige est entachée d'un vice de procédure substantiel tenant à l'absence de consultation préalable de la commission de recours amiable en méconnaissance des dispositions de l'article L. 262-47 et R. 262-90 du code de l'action sociale et des familles ;
- la décision litigieuse a été prononcée en méconnaissance des stipulations de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et du citoyen dès lors qu'elle n'a pas été mise à même de présenter ses observations ;
- la décision est entachée d'un vice de procédure tiré de ce qu'elle n'a pas reçu communication du rapport d'enquête établi par l'agent de contrôle de la caisse d'allocations familiales du Var ;
- des retenues sur ses prestations ont été effectuées par la caisse d'allocations familiales du Var en violation des dispositions de l'alinéa 2 de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles ;
- l'indu de RSA est infondé dès lors qu'elle n'a jamais perdu sa résidence stable et effective en France et qu'elle ne s'est absentée du territoire national que pour des raisons professionnelles et des problèmes de santé ;
- compte tenu de sa bonne foi, elle peut bénéficier du droit à l'erreur prévu par les dispositions des articles L. 123-1 et L. 123-2 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle est de bonne foi et se trouve dans une situation financière précaire justifiant qu'une remise de sa dette de RSA lui soit accordée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 octobre 2022, la caisse d'allocations familiales du Var conclut à sa mise hors de cause et à ce que le conseil départemental du Var soit appelé en la cause.
Elle fait valoir qu'elle n'est pas compétente pour défendre, seul le département du Var étant compétent pour défendre au nom de l'Etat s'agissant d'un indu de RSA.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 décembre 2022, le département du Var conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la requête qui est tardive est irrecevable ;
- les moyens invoqués par Mme B sont infondés.
Par une décision du 8 novembre 2021, Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
III. Par une requête, enregistrée sous le n° 2103491 le 21 décembre 2021, Mme D B, représentée par Me Desfarges, demande au tribunal :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler la décision du 2 décembre 2021 par laquelle la caisse d'allocations familiales du Var lui a notifié un indu d'aide exceptionnelle de solidarité, référencé INQ 001, d'un montant de 150 euros au titre du mois d'avril 2020 ;
3°) de la décharger de l'indu d'aide exceptionnelle de solidarité ;
4°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales du Var le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve d'une renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat.
Elle soutient que :
- sa requête est recevable ;
- la décision attaquée a été prise sur le fondement d'un traitement algorithmique et ne comporte aucune des informations prévues aux articles L. 311-3-1 et R. 311-3-1-2 du code des relations entre le public et l'administration ; cette omission l'a privée d'une garantie ;
- la décision a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 212-1 du même code dans la mesure où elle ne comporte pas la signature de son auteur ;
- elle n'est pas motivée en droit et en fait en violation des dispositions des l'articles L. 211-2 et L. 211-5 du code précité ;
- des retenues sur ses prestations ont été effectuées illégalement par la caisse d'allocations familiales du Var dès lors que les dispositions de l'alinéa 2 de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles ne l'y autorisaient pas et qu'aucun texte ne prévoit que les caisses peuvent de manière générale compenser toutes les prestations de façon confondue ;
- la décision contestée est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation dans la mesure où elle remplissait toutes les conditions requises pour prétendre à l'aide exceptionnelle de solidarité.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 octobre 2022, la caisse d'allocations familiales du Var conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens invoqués par Mme B ne sont pas fondés.
La requête et le mémoire en défense précités ont été communiqués au préfet du Var, qui n'a pas produit d'observations.
Par une décision du 21 février 2022, Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'action sociale et des familles ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2018-1150 du 14 décembre 2018 portant attribution d'une aide exceptionnelle de fin d'année aux bénéficiaires du revenu de solidarité active et aux bénéficiaires de l'allocation de solidarité spécifique, de la prime forfaitaire pour reprise d'activité et de l'allocation équivalent retraite ;
- le décret n° 2019-1323 du 10 décembre 2019 portant attribution d'une aide exceptionnelle de fin d'année aux bénéficiaires du revenu de solidarité active et aux bénéficiaires de l'allocation de solidarité spécifique, de la prime forfaitaire pour reprise d'activité et de l'allocation équivalent retraite ;
- le décret n° 2020-519 du 5 mai 2020 portant attribution d'une aide exceptionnelle de solidarité liée à l'urgence sanitaire aux ménages les plus précaires ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme C, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, pour statuer sur les litiges relevant de cet article.
La magistrate désignée a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme C relatif à ces trois affaires a été entendu au cours de l'audience publique.
La clôture de l'instruction a été prononcée, en application des dispositions de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Par une décision du 8 juin 2021, la caisse d'allocations familiales du Var a notifié à Mme B un indu de revenu de solidarité active et un indu d'aide exceptionnelle de fin d'année, référencés respectivement INK 001 et ING 001, d'un montant total de 14 467,67 euros pour la période courant du 1er avril 2018 au 31 août 2020. En outre, par une décision du 2 décembre 2021 intitulée " demande de remboursement ", la caisse d'allocations familiales du Var a notifié à Mme B un indu d'aide exceptionnelle de solidarité, référencé INQ 001, d'un montant de 150 euros au titre du mois d'avril 2020. Mme B a formé un recours administratif préalable obligatoire pour contester l'indu de revenu de solidarité active, qui a été implicitement rejeté par l'administration. L'intéressée ayant contesté dans le cadre d'un recours gracieux l'indu d'aide exceptionnelle de fin d'année, cette demande a été rejetée par une décision de la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales du Var du 16 septembre 2022. Par les présentes requêtes, Mme B demande au tribunal l'annulation de la décision par laquelle l'administration a implicitement rejeté son recours administratif préalable obligatoire en contestation du bien-fondé de l'indu de revenu de solidarité active, l'annulation de la décision du 8 juin 2021 en tant qu'elle lui notifie un indu d'aide exceptionnelle de fin d'année, l'annulation de la décision du 2 décembre 2021 lui notifiant un indu d'aide exceptionnelle de solidarité, et la décharge des indus en litige ainsi qu'à titre subsidiaire, la remise de sa dette de revenu de solidarité active.
2. Les requêtes n°s 2102809, 2103231, 2103491 présentent à juger des questions semblables et concernent la même requérante. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur les conclusions tendant à obtenir l'aide juridictionnelle à titre provisoire (requête n° 2103491) :
3. Par une décision en date du 21 février 2022 du président du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Toulon, Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, ses conclusions tendant à ce qu'elle soit admise provisoirement à l'aide juridictionnelle sont devenues sans objet. Il n'y a donc plus lieu d'y statuer.
Sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision implicite de rejet relative à l'indu de revenu de solidarité active INK 001 et les conclusions accessoires y afférentes (requête n° 2103231) :
4. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de revenu de solidarité active, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.
En ce qui concerne la régularité de la décision de récupération d'indu :
5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 311-3-1 du code des relations entre le public et l'administration : " () une décision individuelle prise sur le fondement d'un traitement algorithmique comporte une mention explicite en informant l'intéressé. Les règles définissant ce traitement ainsi que les principales caractéristiques de sa mise en œuvre sont communiquées par l'administration à l'intéressé s'il en fait la demande. / Les conditions d'application du présent article sont fixées par décret en Conseil d'État ". Aux termes de l'article R. 311-3-2-1 du même code : " L'administration communique à la personne faisant l'objet d'une décision individuelle prise sur le fondement d'un traitement algorithmique, à la demande de celle-ci, sous une forme intelligible et sous réserve de ne pas porter atteinte à des secrets protégés par la loi, les informations suivantes : / 1° Le degré et le mode de contribution du traitement algorithmique à la prise de décision ; / 2° Les données traitées et leurs sources ; / 3° Les paramètres de traitement et, le cas échéant, leur pondération, appliqués à la situation de l'intéressé ; / 4° Les opérations effectuées par le traitement ".
6. Il résulte de l'instruction que la décision attaquée rejetant implicitement le recours préalable obligatoire contre la notification d'un indu de revenu de solidarité active, a été prise sur la base des résultats du contrôle réalisé par un agent assermenté et non comme le soutient la requérante sur le fondement d'un traitement algorithmique. Par suite, le moyen tiré de ce que cette décision ne comporterait aucune des mentions exigées par les articles L. 311-3-1 et R. 311-3-1-2 du code des relations entre le public et l'administration, qui prévoient seulement, au demeurant, leur communication à tout intéressé qui en ferait la demande, ne peut qu'être écarté comme inopérant.
7. En deuxième lieu, aux termes du 1° du I de l'article L. 262-25 du code de l'action sociale et des familles, une convention, conclue entre le département et chacun des organismes payeurs mentionnés à l'article L. 262-16, précise en particulier les conditions dans lesquelles le revenu de solidarité active est servi et contrôlé. Le premier alinéa de l'article L. 262-47 du même code prévoit que : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental. Ce recours est, dans les conditions et limites prévues par la convention mentionnée à l'article L. 262-25, soumis pour avis à la commission de recours amiable qui connaît des réclamations relevant de l'article L. 142-1 du code de la sécurité sociale. () ". Enfin, aux termes du premier alinéa de l'article R. 262-89 de ce code : " Sauf lorsque la convention mentionnée à l'article L. 262-25 en dispose autrement, ce recours est adressé par le président du conseil départemental pour avis à la commission de recours amiable mentionnée à l'article R. 142-1 du code de la sécurité sociale ". Il résulte de ces dispositions que la convention conclue entre le département et la caisse d'allocations familiales ne peut légalement prévoir qu'aucun recours administratif préalable dirigé contre une décision relative au revenu de solidarité active n'est soumis pour avis à la commission de recours amiable.
8. Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie. L'application de ce principe n'est pas exclue en cas d'omission d'une procédure obligatoire, à condition qu'une telle omission n'ait pas pour effet d'affecter la compétence de l'auteur de l'acte.
9. Dans ce cadre, il appartient au tribunal administratif, saisi d'un moyen tiré du défaut de consultation de la commission de recours amiable de l'organisme chargé du service du revenu de solidarité active, de s'assurer du caractère obligatoire de cette consultation dans l'hypothèse en litige, en vertu des clauses réglementaires de la convention conclue entre le département et l'organisme. En revanche, la circonstance que le législateur ait entendu permettre à chaque département, agissant par voie de convention avec cet organisme, de déterminer les hypothèses dans lesquelles les réclamations dirigées contre des décisions relatives au revenu de solidarité active sont soumises pour avis à sa commission de recours amiable n'a pas pour effet de retirer à la consultation de cette commission, eu égard à sa nature et à sa composition, le caractère d'une garantie apportée, lorsqu'elle est prévue, au bénéficiaire du revenu de solidarité active.
10. En l'espèce, aux termes de l'article 3.2 de la convention de gestion relative au revenu de solidarité active conclue entre le département du Var et la caisse d'allocations familiales du Var pour la période 2020-2023 : " Le Département délègue à la CAF le traitement des RAPO (recours administratifs préalables obligatoire ; contestations et demandes de remises de dette) dont la décision initiale appartient à la CAF. Cette prestation est rétribuée selon le barème en vigueur. Le Département demeure compétent pour l'instruction des autres RAPO. Cette compétence déléguée à la CAF prend la forme d'une décision prise par la commission de recours amiable (CRA) mentionnée à l'article R.142-1 du code de la sécurité sociale. Conformément à l'article L. 262-47 du CSAF [code de l'action sociale et des familles] et au regard des dispositions de l'article R. 262-89 du même code, il est convenu que les recours administratifs adressés au président du conseil départemental ne font pas l'objet d'un avis de la CRA [commission de recours amiable] ".
11. Il résulte des termes précités de la convention de gestion conclue entre le département du Var et la caisse d'allocations familiales du Var que les recours administratifs préalables formés par les allocataires à l'encontre des décisions relatives notamment à des indus de revenu de solidarité active, ne sont pas adressés pour avis à la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales, mais sont traités par le président du conseil départemental. Mme B, qui se borne à soutenir que le département ne justifie pas avoir saisi la commission de recours amiable, sans contester la légalité des stipulations de la convention de gestion précitée, ne conteste pas utilement la régularité de la procédure.
12. En troisième lieu, la requérante fait valoir que le principe du contradictoire a été méconnu en raison de l'absence de communication du rapport d'enquête. Toutefois, aucun texte n'impose à la caisse d'allocations familiales de transmettre à l'allocataire le rapport dressé par l'agent assermenté à l'issue d'un contrôle de situation. Le moyen tiré de la violation du contradictoire en l'absence de communication de ce rapport est donc inopérant et doit être écarté.
13. En quatrième lieu, il résulte de son recours administratif préalable obligatoire que l'intéressée a eu connaissance des griefs qui lui étaient reprochés et a pu utilement y répondre. Par suite, son moyen tiré de la méconnaissance des droits de la défense garantis par les stipulations de l'article 6 § 1 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, en tout état de cause, être écarté.
14. En cinquième lieu, et d'une part, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () 8° Rejettent un recours administratif dont la présentation est obligatoire préalablement à tout recours contentieux en application d'une disposition législative ou réglementaire ". Aux termes de l'article L. 211-5 de ce code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". D'autre part, aux termes de l'article L. 232-4 du même code : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ".
15. La décision implicite de rejet née de l'exercice du recours administratif préalable obligatoire, prévu à l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles, s'est entièrement substituée aux décisions des 22 avril et 8 juin 2021 en matière de revenu de solidarité active. Par suite, Mme B ne peut utilement se prévaloir à l'appui de son recours des vices propres, en particulier du défaut de motivation, dont seraient entachées selon elle les décisions précitées du 22 avril 2021 et du 8 juin 2021. En outre, il ne résulte pas de l'instruction qu'elle ait demandé à avoir communication des motifs de la décision implicite rejetant son recours administratif préalable obligatoire dans les conditions fixées par les dispositions précitées de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation ne peut qu'être écarté.
16. En sixième lieu, la décision litigieuse, qui est une décision implicite de rejet, est réputée avoir été prise par l'autorité compétente en la matière. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision querellée, en ce que ce dernier ne justifie pas d'une délégation de compétence ou de signature régulièrement publiée, doit être écarté.
17. En septième lieu, aux termes de l'article L. 123-1 du code des relations entre le public et l'administration, créé par l'article 2 de la loi n° 2018-727 du 10 août 2018 pour un État au service d'une société de confiance : " Une personne ayant méconnu pour la première fois une règle applicable à sa situation ou ayant commis une erreur matérielle lors du renseignement de sa situation ne peut faire l'objet, de la part de l'administration, d'une sanction, pécuniaire ou consistant en la privation de tout ou partie d'une prestation due, si elle a régularisé sa situation de sa propre initiative ou après avoir été invitée à le faire par l'administration dans le délai que celle-ci lui a indiqué. / La sanction peut toutefois être prononcée, sans que la personne en cause ne soit invitée à régulariser sa situation, en cas de mauvaise foi ou de fraude () ". Aux termes de l'article L. 123-2 de ce code : " Est de mauvaise foi, au sens du présent titre, toute personne ayant délibérément méconnu une règle applicable à sa situation. / En cas de contestation, la preuve de la mauvaise foi et de la fraude incombe à l'administration ".
18. En l'espèce, Mme B fait valoir son " droit à l'erreur " en application des dispositions précitées. Toutefois, outre le fait que le rapport d'enquête démontre clairement l'intention frauduleuse de Mme B dans la réitération de ses fausses déclarations concernant sa résidence, une décision de récupération d'indu ne constitue pas une sanction pécuniaire. Par ailleurs, le bénéfice du revenu de solidarité active a été retiré à Mme B pour la période en litige non à titre de sanction, mais parce qu'elle ne remplissait pas les conditions permettant son octroi. Dès lors, son édiction n'est pas soumise au respect des dispositions de l'article L. 123-1 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté comme inopérant.
19. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " () Toute réclamation dirigée contre une décision de récupération de l'indu, le dépôt d'une demande de remise ou de réduction de créance ainsi que les recours administratifs et contentieux, y compris en appel, contre les décisions prises sur ces réclamations et demandes ont un caractère suspensif () ". En l'espèce, si Mme B soutient que le caractère suspensif du recours contre l'indu de revenu de solidarité active n'a pas été respecté, dès lors que la caisse d'allocations familiales du Var aurait procédé à des retenues sur prestation pour rembourser l'indu en litige, il ne résulte toutefois pas de l'instruction que l'administration aurait procédé à des retenues sur ses prestations.
En ce qui concerne le bien-fondé de l'indu de revenu de solidarité active en litige :
20. Aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. () ". Aux termes de l'article R. 262-6 de ce code : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux ". Aux termes de l'article R. 262-5 du même code : " Pour l'application de l'article L. 262-2, est considérée comme résidant en France la personne qui y réside de façon permanente ou qui accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois. () / En cas de séjour hors de France de plus de trois mois, l'allocation n'est versée que pour les seuls mois civils complets de présence sur le territoire ". Aux termes de l'article R. 262-37 dudit code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments ".
21. Il résulte de ces dispositions que, pour bénéficier de l'allocation de revenu de solidarité active, une personne doit remplir la condition de ressources qu'elles mentionnent et résider en France de manière stable et effective. Pour apprécier si cette seconde condition est remplie, il y a lieu de tenir compte de son logement, de ses activités, ainsi que de toutes les circonstances particulières relatives à sa situation, parmi lesquelles le nombre, les motifs et la durée d'éventuels séjours à l'étranger et ses liens personnels et familiaux. La personne qui remplit les conditions pour bénéficier de l'allocation de revenu de solidarité active a droit, lorsqu'elle accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois, au versement sans interruption de cette allocation. En revanche, lorsque ses séjours à l'étranger excèdent cette durée de trois mois, le revenu de solidarité active ne lui est versé que pour les mois civils complets de présence en France. En toute hypothèse, le bénéficiaire du revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation, outre l'ensemble des ressources dont il dispose, sa situation familiale et tout changement en la matière, toutes informations relatives au lieu de sa résidence, ainsi qu'aux dates et motifs de ses séjours à l'étranger lorsque leur durée cumulée excède trois mois.
22. Il résulte de l'instruction que lors du dépôt de sa demande de revenu de solidarité active, le 5 juin 2017, Mme B a notamment déclaré à la caisse d'allocations familiales du Var être hébergée gratuitement chez un parent depuis le 1er juin 2017 dans la commune du Pradet. La caisse d'allocations familiales du Var a procédé à un contrôle de la situation de Mme B. Il ressort de ce contrôle et en particulier du rapport d'enquête, établi le 8 octobre 2020, par un contrôleur de cette caisse, dont les mentions conformément aux dispositions de l'article L. 114-10 du code de la sécurité sociale, font foi jusqu'à preuve du contraire que, l'examen des relevés de compte bancaire de la requérante a révélé une utilisation de ses revenus en Turquie pour la période courant du 8 septembre 2017 jusqu'à la fin du mois de juin 2020. Cet examen a mis en lumière une utilisation du compte bancaire de la requérante en France pour les périodes courant du 30 avril 2018 au 26 juillet 2018 du 20 novembre 2018 au 25 novembre 2018, du 19 juin 2019 au 20 juin 2019 et du 4 mai 2020 au 8 mai 2020.
23. Il résulte ainsi de l'exploitation des comptes bancaires de la requérante, qu'elle a, pour la période courant du 8 septembre 2017 au 8 mai 2020, correspondant à 1 095 jours, passé 994 jours en Turquie et 101 jours en France. Il en résulte que Mme B ne résidait donc pas de façon permanente en France et a, pendant ces années, séjourné hors de France plus de trois mois ainsi qu'elle le reconnaît dans ses écritures, sans avoir déclaré ni à la caisse d'allocations familiales du Var ni au département du Var, les dates et les motifs de ses séjours. Si la requérante soutient qu'elle n'a pas perdu sa résidence stable et effective en France dès lors qu'elle s'est rendue en Turquie uniquement pour des raisons professionnelles et des motifs de santé, ce qui au demeurant n'est pas établi, elle ne peut toutefois pas être regardée comme ayant résidé, sur la période en cause, en France de manière stable et effective au sens des dispositions de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles. Par suite, elle ne peut pas prétendre au bénéfice du revenu de solidarité active pour les mois complets de présence en France.
24. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par le département du Var en défense, que les conclusions de Mme B tendant à l'annulation de l'indu de revenu de solidarité active doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin de décharge de cet indu et les conclusions à fin d'injonction y afférentes doivent, en toute hypothèse, être rejetées.
Sur les conclusions présentées à titre subsidiaire et tendant à la remise de la dette de revenu de solidarité active (requête n° 2103231) :
25. Aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active.() La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration ".
26. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision rejetant une demande de remise gracieuse d'un indu de revenu de solidarité active, il appartient au juge administratif d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise.
27. Lorsque l'indu résulte de ce que l'allocataire a manqué à ses obligations déclaratives, il y a lieu, pour apprécier la condition de bonne foi de l'intéressé, hors les hypothèses où les omissions déclaratives révèlent une volonté manifeste de dissimulation ou, à l'inverse, portent sur des éléments dépourvus d'incidence sur le droit de l'intéressé au revenu de solidarité active ou sur son montant, de tenir compte de la nature des éléments ainsi omis, de l'information reçue et notamment, le cas échéant, de la présentation du formulaire de déclaration des ressources, du caractère réitéré ou non de l'omission, des justifications données par l'intéressé ainsi que de toute autre circonstance de nature à établir que l'allocataire pouvait de bonne foi ignorer qu'il était tenu de déclarer les éléments omis.
28. Il résulte de l'instruction que l'indu de revenu de solidarité en cause a pour origine l'absence de résidence stable et effective en France. L'intéressée n'a pas informé les services de la caisse d'allocations familiales du Var de son absence du territoire national pendant 994 jours pour la période courant du 8 septembre 2017 au 8 mai 2020. Mme B n'a pas passé un seul mois complet en France de septembre 2017 à mai 2020. En outre, eu égard à l'importance et à la répétition des manquements de la requérante à ses obligations déclaratives, qui n'ont pu être révélés qu'à l'occasion d'un contrôle de sa situation et de l'exercice du droit de communication effectué auprès de l'Etat déterminant l'existence du passeport de Mme B, l'intéressée doit être regardée comme ayant délibérément dissimulé sa résidence à l'étranger. Cette dissimulation commise par cette dernière dans l'exercice de ses obligations déclaratives revêt le caractère de " fausses déclarations " faisant obstacle, en application des dispositions de l'article L. 262-46 du code précité, au bénéfice d'une remise gracieuse. Enfin, et en tout état de cause, la requérante n'établit pas qu'elle se trouverait dans une situation de précarité telle qu'il lui serait impossible de rembourser l'indu litigieux. Dans ces conditions, la situation de Mme B ne justifie pas, en toute hypothèse, une remise totale, ni même partielle, de la dette en cause.
29. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de Mme B tendant à ce qu'une remise gracieuse de cette dette lui soit accordée doivent donc être rejetées.
Sur les conclusions tendant à l'annulation de l'indu d'aide exceptionnelle de fin d'année ING 001et les conclusions aux fins de décharge y afférentes (requête n° 2102809) :
30. L'article 3 du décret du 14 décembre 2018 portant attribution d'une aide exceptionnelle de fin d'année aux bénéficiaires du revenu de solidarité active et aux bénéficiaires de l'allocation de solidarité spécifique, de la prime forfaitaire pour reprise d'activité et de l'allocation équivalent retraite dispose que : " Une aide exceptionnelle est attribuée aux allocataires du revenu de solidarité active qui ont droit à cette allocation au titre du mois de novembre 2018 ou, à défaut, du mois de décembre 2018, sous réserve que le montant dû au titre de ces périodes ne soit pas nul et à condition que les ressources du foyer, appréciées selon les dispositions prises en vertu de l'article L. 262-3 du code de l'action sociale et des familles, n'excèdent pas le montant forfaitaire mentionné à l'article L. 262-2 du même code.
Une seule aide est due par foyer ". Le décret du 10 décembre 2019 portant attribution d'une aide exceptionnelle de fin d'année aux bénéficiaires du revenu de solidarité active et aux bénéficiaires de l'allocation de solidarité spécifique, de la prime forfaitaire pour reprise d'activité et de l'allocation équivalent retraite prévoit des dispositions similaires pour 2019.
31. Lorsque le recours dont est saisi le juge administratif est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu d'aide exceptionnelle de fin d'année, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.
32. En premier lieu, en l'espèce, contrairement à ce qui est soutenu par Mme B, il ne résulte pas de l'instruction que la décision contestée du 8 juin 2021 lui ayant notifié notamment un indu d'aide exceptionnelle de fin d'année aurait été initiée sur le fondement d'un traitement algorithmique. Dans ces conditions, l'intéressée ne peut utilement invoquer la méconnaissance des dispositions citées au point 5 du présent jugement.
33. En deuxième lieu, aux termes du 3° de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 3° Subordonnent l'octroi d'une autorisation à des conditions restrictives ou imposent des sujétions;() ".
34. La décision par laquelle l'autorité administrative procède à la récupération de sommes indûment versées au titre de l'allocation d'aide exceptionnelle de fin d'année est au nombre des décisions imposant une sujétion et doit, par suite, être motivée en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Il en résulte qu'une telle décision doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. À ce titre, l'autorité administrative doit faire figurer dans la motivation de sa décision la nature de la prestation et le montant des sommes réclamées, ainsi que le motif et la période sur laquelle porte la récupération. En revanche, elle n'est pas tenue d'indiquer dans cette décision les éléments servant au calcul du montant de l'indu.
35. Il ressort des termes même de la décision attaquée du 8 juin 2021 qu'elle comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de l'indu d'aide exceptionnelle de fin d'année en litige, pour permettre à Mme B, comme elle le fait d'ailleurs dans sa requête, de discuter utilement ses motifs. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision en litige manque en fait et doit être écarté.
36. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci () ".
37. Il ressort de la décision attaquée du 8 juin 2021 qu'elle comporte le nom et le prénom de M. A E, directeur de la caisse d'allocations familiales du Var, conformément aux prescriptions prévues à l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration. Il s'ensuit que le moyen invoqué par Mme B et tiré de ce que la décision ne mentionne ni le nom ni le prénom de son auteur doit être écarté comme manquant en fait.
38. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". L'article L. 121-2 de ce code dispose que : " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : / () 4° Aux décisions prises par les organismes de sécurité sociale (), sauf lorsqu'ils prennent des mesures à caractère de sanction. () ". L'article L. 122-1 du même code dispose que : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix ".
39. En l'espèce, la décision du 8 juin 2021 émane de la caisse d'allocations familiales du Var, qui est considérée comme un organisme de sécurité sociale en vertu du b) du 1° du I de l'article R. 111-1 du code de la sécurité sociale. La décision en litige tend seulement à la récupération d'un indu d'aide exceptionnelle de fin d'année et ne constitue pas une sanction. Cette décision n'est donc pas soumise au respect d'une procédure contradictoire préalable. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration doit être écarté comme inopérant.
40. En cinquième lieu, la circonstance invoquée par Mme B selon laquelle les dispositions de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles limite la procédure de récupération par prélèvements sur d'autres prestations à échoir à l'allocation de revenu de solidarité active, avec laquelle l'aide exceptionnelle de fin d'année ne se confond pas, est sans incidence sur la régularité et le bien-fondé de la décision lui notifiant un indu d'aide exceptionnelle de fin d'année.
41. En dernier lieu, il résulte des points 22 et 23 du présent jugement que l'indu de revenu de solidarité active mis à la charge de Mme B, pour la période courant du 1er avril 2018 au 31 août 2020, est fondé. Ainsi, dès lors que l'intéressée ne pouvait pas prétendre au bénéfice du revenu de solidarité active pour la période en cause, elle ne pouvait pas bénéficier davantage de l'aide exceptionnelle de fin d'année au titre des années 2018 et 2019, au regard des dispositions précitées au point 30 des décrets des 14 décembre 2018 et 10 décembre 2019. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que l'indu d'aide exceptionnelle de fin d'année en litige serait infondé.
42. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de Mme B tendant à l'annulation de l'indu d'aide exceptionnelle de fin d'année, ING 001, doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence ses conclusions aux fins de décharge de l'indu en litige.
Sur les conclusions tendant à l'annulation de l'indu d'aide exceptionnelle de solidarité INQ 001 (requête n° 2103491) :
43. Il résulte de l'instruction que si la décision du directeur de la caisse d'allocations familiales du Var du 2 décembre 2021 notifiant l'indu d'aide exceptionnelle de solidarité (INQ 001) d'un montant de 150 euros comporte l'indication des nom, prénom et qualité de son auteur, elle n'est pas revêtue de la signature de ce dernier. Ainsi, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions, précitées au point 36 du présent jugement, de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration est fondé. Par suite, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens dirigés contre la décision contestée, il y a lieu d'annuler la décision du 2 décembre 2021.
Sur les conclusions à fin de décharge de l'indu d'aide exceptionnelle de solidarité :
44. En vertu du décret susvisé du 5 mai 2020, une aide exceptionnelle de solidarité est attribuée aux allocataires du revenu de solidarité active qui ont droit à son versement au titre des mois d'avril ou de mai 2020.
45. Le présent jugement, qui prononce l'annulation de la décision du 2 décembre 2021 de la caisse d'allocations familiales du Var pour un motif de régularité en la forme, n'implique pas nécessairement de prononcer la décharge de l'obligation de payer. En outre, il résulte des motifs qui précèdent que Mme B, qui ne pouvait pas prétendre au bénéfice du revenu de solidarité active pour la période courant du 1er avril 2018 au 31 août 2020, ne pouvait pas davantage bénéficier de l'aide exceptionnelle de solidarité au titre du mois d'avril 2020. Par suite, et en toute hypothèse, les conclusions à fin de décharge de l'indu d'aide exceptionnelle de solidarité doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
46. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par la requérante sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, dans les instances n° 2103231 et 2102809, doivent être rejetées par voie de conséquence.
47. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, dans l'instance n° 2103491, de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales du Var le versement à Me Desfarges de la somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de la renonciation par cet avocat à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
D E C I D E :
Article 1er : Dans la requête n° 2103491, il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de Mme B tendant à son admission à l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La décision du 2 décembre 2021 notifiant un indu d'aide exceptionnelle de solidarité (INQ 001) à Mme B est annulée.
Article 3 : Dans l'instance n° 2103491, la caisse d'allocations familiales du Var versera à Me Desfarges, avocat de Mme B, une somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de la renonciation par cet avocat à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 4 : Les requêtes susvisées n° 2103231 et n° 2102809 et le surplus de la requête n° 2103491 sont rejetés.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B, à Me Desfarges, au département du Var et à la ministre du travail, de la santé et des solidarités.
Copie en sera adressée pour information à la caisse d'allocations familiales du Var et au préfet du Var.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 janvier 2024 .
La magistrate désignée,
Signé
M. CLa greffière,
Signé
E. PERROUDON
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités et au préfet du Var, chacun, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Et par délégation,
La greffière.
N°s 2102809,2103231,2103491
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026