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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2102843

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2102843

jeudi 2 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2102843
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantABEILLE & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante : Par une requête enregistrée le 18 octobre 2021, M. B A, représenté par Me Varron Charrier, demande au tribunal : 1°) d'annuler la décision du 9 septembre 2021 par laquelle le directeur du centre hospitalier d'Hyères-les-Palmiers l'a suspendu de ses fonctions à compter du 15 septembre 2021, jusqu'à la production d'un justificatif de vaccination ou de contre-indication à la vaccination ; 2°) d'enjoindre au directeur du centre hospitalier d'Hyères-les-Palmiers de le réintégrer dans ses fonctions, sans délai à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ; 3°) de mettre à la charge du centre hospitalier d'Hyères-les-Palmiers la somme de 3 000 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il soutient que : - la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ; - il n'a pas été convoqué à un entretien, comme prévu par l'article 1 de la loi du 5 août 2021 ; - il ne pouvait être suspendu dès lors qu'il était en congé de maladie ; - la mesure de suspension n'est plus justifiée par la nécessité de préserver la santé de la population. Par un mémoire en défense, enregistré le 13 décembre 2021, le centre hospitalier d'Hyères-les-Palmiers, représenté par Me Pontier, conclut au non-lieu à statuer et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de M. A, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il soutient que la décision a été abrogée le 8 octobre 2021 et que M. A a bénéficié d'un rattrapage de paiement. Vu : - les autres pièces du dossier ; - l'ordonnance n° 2102833 du 28 octobre 2021 du juge des référés. Vu : - la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ; - la loi n° 2021-1040 du 5 août 2021 ; - le code de justice administrative. Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience. Ont été entendus au cours de l'audience publique : - le rapport de M. Hélayel, conseiller, - les conclusions de M. Kiecken, rapporteur public, - les observations de Me Varron Charrier, représentant M. A, - les observations de Me Saint-Oyant, substituant Me Pontier, pour le centre hospitalier d'Hyères-les-Palmiers. Considérant ce qui suit : 1. M. B A, né le 30 mars 1969, agent du centre hospitalier d'Hyères-les-Palmiers, est affecté au service de nettoyage de l'établissement. Par une décision du 9 septembre 2021, il a été suspendu de ses fonctions à compter du 15 septembre 2021. Sur l'exception de non-lieu à statuer : 2. Dans le cas où l'administration se borne à procéder à l'abrogation de l'acte attaqué, cette circonstance prive d'objet le recours formé à son encontre, à la double condition que cet acte n'ait reçu aucune exécution pendant la période où il était en vigueur et que la décision procédant à son abrogation soit devenue définitive. 3. Il ressort des pièces du dossier que, le 8 octobre 2021, la décision attaquée a été abrogée mais qu'elle a néanmoins reçu exécution, au regard de la retenue sur traitement effectuée sur le mois de septembre 2021. Dès lors, il y a lieu d'écarter l'exception de non-lieu à statuer opposée par le centre hospitalier d'Hyères-les-Palmiers. Sur les conclusions aux fins d'annulation : 4. D'une part, aux termes de l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière, alors en vigueur : " Le fonctionnaire en activité a droit : / () 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants. Le fonctionnaire conserve, en outre, ses droits à la totalité du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence. () ". 5. D'autre part, aux termes de l'article 12 de la loi du 5 août 2021 relative à la gestion de la crise sanitaire : " I. - Doivent être vaccinés, sauf contre-indication médicale reconnue, contre la covid-19 : / 1° Les personnes exerçant leur activité dans : / a) Les établissements de santé mentionnés à l'article L. 6111-1 du code de la santé publique () ". Aux termes du III de l'article 14 de la même loi : " Lorsque l'employeur constate qu'un agent public ne peut plus exercer son activité en application du I, il l'informe sans délai des conséquences qu'emporte cette interdiction d'exercer sur son emploi ainsi que des moyens de régulariser sa situation. L'agent public qui fait l'objet d'une interdiction d'exercer peut utiliser, avec l'accord de son employeur, des jours de congés payés. A défaut, il est suspendu de ses fonctions ou de son contrat de travail. / La suspension mentionnée au premier alinéa du présent III, qui s'accompagne de l'interruption du versement de la rémunération, prend fin dès que l'agent public remplit les conditions nécessaires à l'exercice de son activité prévues au I. Elle ne peut être assimilée à une période de travail effectif pour la détermination de la durée des congés payés ainsi que pour les droits acquis par l'agent public au titre de son ancienneté. Pendant cette suspension, l'agent public conserve le bénéfice des garanties de protection sociale complémentaire auxquelles il a souscrit. () ". 6. Il résulte de ces dispositions que si le directeur d'un établissement public de santé peut prendre une mesure de suspension, à compter du 15 septembre 2021, à l'égard d'un agent qui ne satisfait pas à l'obligation vaccinale contre la covid-19 alors que cet agent est déjà en congé de maladie, cette mesure et la suspension de traitement qui lui est associée ne peuvent toutefois entrer en vigueur qu'à compter de la date à laquelle prend fin le congé de maladie de cet agent. 7. Il ressort des pièces du dossier que M. A s'est vu prescrire un arrêt de travail du 31 août au 14 septembre 2021, prolongé jusqu'au 19 octobre 2021. Ainsi, l'intéressé ne pouvait être suspendu de ses fonctions durant cette période. Par suite, M. A est fondé à obtenir l'annulation de la décision attaquée. Sur les conclusions à fin d'injonction : 9. L'exécution du présent jugement implique seulement qu'il soit enjoint au directeur du centre hospitalier d'Hyères-les-Palmiers, en tant que de besoin (compte tenu du rappel de traitement déjà opéré au mois d'octobre 2021), de procéder à la reconstitution de la carrière de M. A. Il y a lieu d'enjoindre à cette autorité d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte. Sur les frais du litige : 10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du centre hospitalier d'Hyères-les-Palmiers une somme de 1 500 euros, au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens. D É C I D E :Article 1er : La décision du 9 septembre 2021 du directeur du centre hospitalier d'Hyères-les-Palmiers est annulée.Article 2 : Il est enjoint au directeur du centre hospitalier d'Hyères-les-Palmiers, en tant que de besoin, de procéder à la reconstitution de la carrière de M. A, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.Article 3 : Le centre hospitalier d'Hyères-les-Palmiers versera à M. A une somme de 1 500 euros, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au directeur du centre hospitalier d'Hyères-les-Palmiers.Délibéré après l'audience du 11 avril 2024, à laquelle siégeaient :M. Philippe Harang, président, Mme Mathilde Montalieu, conseillère,M. David Hélayel, conseiller. Rendu public par mise à disposition au greffe le 02 mai 2024. Le rapporteur,SignéD. HELAYEL Le président, Signé Ph. HARANGLa greffière,SignéF. POUPLY La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.Pour expédition conforme,La greffière,2N° 2102843

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