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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2102844

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2102844

vendredi 1 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2102844
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantGALLOU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés le 19 octobre 2021 et le 15 février 2023, la SARL la Frégate, représentée par Me Gallou, doit être regardée comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler les trois saisies administratives à tiers détenteur du 29 avril 2021 émises par le comptable public du service des recettes non fiscales de la direction départementale des finances publiques (DDFIP) du Var ;

2°) de prononcer la décharge de l'obligation de payer la somme totale de 8 250 euros procédant de ces saisies administratives à tiers détenteur ;

3°) de prononcer la restitution de la somme totale de 8 250 euros appréhendée en exécution de ces saisies administratives à tiers détenteur ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ;

- les saisies administratives attaquées sont irrégulières dès lors qu'elles ne comportent pas la signature du comptable public ;

- les redevances des mois de juin et octobre 2014 ne sont pas dues dès lors qu'elles ont déjà été réglées par un chèque global, d'un montant de 4 940 euros, débité le 2 mars 2015 ;

- la redevance pour le mois de juillet 2013 a déjà été réglée ;

- la DDFIP ne justifie ni de l'envoi, ni de la réception des lettres de mise en demeure qu'elle produit ;

- l'action en recouvrement de la redevance pour le mois de juillet 2013 est prescrite.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 décembre 2021, le directeur départemental des finances publiques du Var conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Par un courrier du 12 octobre 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen d'ordre public, relevé d'office, tiré de ce que les moyens relatifs à la régularité en la forme des saisies administratives à tiers détenteur sont portés devant une juridiction incompétente pour en connaître en application de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Montalieu, rapporteure,

- et les conclusions de M. Kiecken, rapporteur public,

- les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Le comptable public du service des recettes non fiscales de la DDFIP du Var a notifié à la SARL La Frégate trois saisies administratives à tiers détenteur du 29 avril 2021 pour le recouvrement de redevances d'occupation du domaine public maritime au titre des mois de juillet 2013, juin 2014 et octobre 2014 à hauteur d'une somme totale de 8 250 euros. Par un courrier du 24 juin 2021, réceptionné le 28 juin suivant, la SARL La Frégate a contesté ces saisies administratives auprès du directeur de la DDFIP du Var. Cette contestation a été implicitement rejetée.

2. Aux termes de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales : " Les contestations relatives au recouvrement des impôts, taxes, redevances, amendes, condamnations pécuniaires et sommes quelconques dont la perception incombe aux comptables publics doivent être adressées à l'administration dont dépend le comptable qui exerce les poursuites. / () Les contestations relatives au recouvrement ne peuvent pas remettre en cause le bien-fondé de la créance. Elles peuvent porter : / 1° Sur la régularité en la forme de l'acte ; / 2° A l'exclusion des amendes et condamnations pécuniaires, sur l'obligation au paiement, sur le montant de la dette compte tenu des paiements effectués et sur l'exigibilité de la somme réclamée. / Les recours contre les décisions prises par l'administration sur ces contestations sont portés dans le cas prévu au 1° devant le juge de l'exécution. Dans les cas prévus au 2°, ils sont portés : / () b) Pour les créances non fiscales de l'Etat, () devant le juge de droit commun selon la nature de la créance ; ".

Sur la régularité en la forme des saisies administratives à tiers détenteur :

3. Les moyens soulevés par la SARL La Frégate selon lesquels les saisies administratives en litige ne comportent pas la signature du comptable public et la DDFIP ne justifie ni de l'envoi ni de la réception des lettres de mise en demeure qu'elle produit, portent sur la régularité en la forme de ces actes. Or, en applications des dispositions précitées au point 2, seul le juge judiciaire est compétent pour connaître de ces contestations. Par suite, ces moyens ne peuvent qu'être écartés.

Sur l'obligation de paiement, le montant de la dette compte tenu des paiements effectués et l'exigibilité des sommes réclamées :

4. En premier lieu, la SARL La Frégate soutient que les redevances pour les mois de juin 2014 et octobre 2014, d'un montant chacune de 2 470 euros hors majoration, ont été réglées par un chèque global de 4 940 euros encaissé le 2 mars 2015 et que, si ce chèque n'était pas venu régler les redevances pour ces deux mois, il appartient à l'administration de préciser au titre de quelles redevances ce chèque a été encaissé. Elle produit au soutien de ses allégations un relevé bancaire et un email adressé le 24 juin 2019 par son comptable à la direction générale des finances publiques, suite à la réception de mises en demeure de payer ces sommes, attestant qu'elles ont déjà été réglées par un chèque global dont le numéro correspond à celui mentionné sur le relevé bancaire. Le directeur départemental des finances publiques du Var, qui ne conteste pas avoir été le destinataire du chèque précité, se borne à faire valoir que les sommes encaissées en 2014 et 2015 portaient sur des périodes différentes d'occupation du domaine public et à se prévaloir d'un courriel adressé à la requérante le 23 novembre 2017 dont il résulte seulement que, d'une part, trois chèques ont été encaissés pour les mois de janvier 2014, mars 2015 et juin 2015, et que, d'autre part, les redevances pour les mois de juillet 2013, juin 2014 et octobre 2014 restent dues. Le directeur n'apportant aucune précision sur le chèque encaissé de 4 940 euros, la SARL La Frégate est fondée à solliciter la décharge de l'obligation de payer la somme de 5 434 euros, correspondant au montant des redevances pour ces deux mois et de la majoration de 10 % dont chacune a été assortie, ainsi que, par voie de conséquence, la restitution de cette somme.

5. En deuxième lieu, en se bornant à citer les dispositions de l'article 274 du livre des procédures fiscales et à soutenir " qu'il en résulte que l'action en recouvrement est donc prescrite ", la SARL La Frégate n'assortit pas son moyen des précisions suffisantes permettant au tribunal d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, l'exception de prescription du délai de recouvrement de la redevance pour juillet 2023 doit être écartée.

6. En dernier lieu, la SARL La Frégate soutient, sans apporter aucun élément à l'appui de ses allégations, qu'elle a réglé la redevance pour le mois de juillet 2013. Dans ces conditions, elle n'est pas fondée à contester l'obligation de paiement de la somme de 2 816 euros, correspondant à cette redevance assortie d'une majoration de 10 %.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la SARL La Frégate est seulement fondée à demander l'annulation des saisies administratives à tiers détenteur émises pour le recouvrement des redevances d'occupation du domaine public au titre des mois de juin 2014 et octobre 2014, la décharge de l'obligation de payer la somme totale de 5 434 euros et la restitution de cette somme.

Sur les frais liés au litige :

8. La présente instance ne comportant aucun dépens, les conclusions de la société requérante relatives aux dépens ne peuvent qu'être rejetées.

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros à verser à la SARL La Frégate au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : Les deux saisies administratives à tiers détenteur du 29 avril 2021 émises pour le recouvrement des redevances d'occupation du domaine public maritime au titre des mois de juin et octobre 2014 sont annulées.

Article 2 : La SARL La Frégate est déchargée de l'obligation de payer la somme totale de 5 434 euros.

Article 3 : L'État restituera à la SARL La Frégate la somme de 5 434 euros.

Article 4 : L'État versera une somme de 1 200 euros à la SARL La Frégate au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à la SARL La Frégate et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.

Copie en sera adressée au directeur départemental des finances publiques du Var.

Délibéré après l'audience du 9 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Harang, président,

M. Karbal, conseiller,

Mme Montalieu, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er décembre 2023.

La rapporteure,

Signé

M. MONTALIEU

Le président,

Signé

Ph. HARANG La greffière,

Signé

A. CAILLEAUX

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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