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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2102909

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2102909

lundi 7 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2102909
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Toulon a rejeté la requête de M. B, qui contestait l'arrêté du maire de Trans-en-Provence du 14 juin 2021 s'opposant à sa déclaration préalable pour un mur de soutènement. Le tribunal a jugé irrecevables les conclusions dirigées contre l'avis de l'architecte des bâtiments de France (ABF) du 10 juin 2021, cet avis conforme constituant une mesure préparatoire insusceptible de recours direct. Il a également rejeté les conclusions contre l'arrêté municipal, estimant que le projet, situé en site patrimonial remarquable, nécessitait l'accord préalable de l'ABF et que le moyen tiré d'une rupture d'égalité n'était pas fondé. La solution s'appuie sur les articles L. 632-1 et L. 632-2 du code du patrimoine, ainsi que sur l'article R. 424-14 du code de l'urbanisme.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 octobre 2021, et un mémoire, enregistré le 19 juin 2024, M. A B demande au tribunal :

1°) d'annuler l'avis de l'architecte des bâtiments de France en date du 10 juin 2021 ;

2°) d'annuler l'arrêté du 14 juin 2021 par lequel le maire de la commune de Trans-en-Provence s'est opposé à sa déclaration préalable déposée le 7 mai 2021 en vue de la réalisation d'un mur de soutènement sur une parcelle cadastrée section AE n° 127 située 47 chemin des Vignarets ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- en 2016, l'architecte des bâtiments de France avait donné un avis favorable en ce qui concerne sa déclaration préalable déposée en vue de la construction d'une piscine pour laquelle une zone de remblai nécessaire au maintien de la construction était prévue ;

- son projet ne vise pas une construction sur remblai mais un mur de soutènement sécuritaire ; or, l'annexe 5 du plan local d'urbanisme concernant le règlement de la zone interdit seulement les remblais pour construction ;

- les propriétés de son voisinage disposent d'un mur de soutènement alors que le règlement n'a pas été modifié depuis des décennies ; la décision attaquée crée ainsi une rupture d'égalité devant le service public.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 juin 2024, le préfet de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- l'avis qu'il a émis en application de l'article R. 424-14 du code de l'urbanisme se substitue à l'avis de l'architecte des bâtiments de France ; en conséquence les conclusions à fin d'annulation de l'avis de l'architecte des bâtiments de France sont irrecevables ;

- l'avis de l'architecte des bâtiments de France ou du préfet de région ne constitue pas une décision administrative faisant grief mais une simple mesure préparatoire insusceptible de recours direct ;

- subsidiairement, les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction a été fixée au 2 juillet 2024 par une ordonnance du 4 juin 2024.

Un mémoire en défense a été produit par le préfet de la région Provence-Alpes-Côte-d'Azur, le 19 juillet 2024, après clôture de l'instruction, et n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code du patrimoine ;

- la loi n° 2016-925 du 7 juillet 2016 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Martin,

- les conclusions de Mme Duran-Gottschalk, rapporteure publique ;

- et les observations de M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a déposé, le 7 mai 2021, auprès des services communaux, une déclaration préalable en vue de la réalisation d'un mur de soutènement en bordure de sa parcelle cadastrée section AE n° 127, située au 47, chemin des Vignarets à Trans-en-Provence. A la suite d'un avis défavorable de l'architecte des bâtiments de France (ABF) en date du 10 juin 2021, le maire de la commune de Trans-en-Provence s'est opposé à cette déclaration par un arrêté du 14 juin 2021. Par sa requête, M. B demande l'annulation de l'avis de l'ABF du 10 juin 2021 et de l'arrêté du 14 juin 2024 précités.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la fin de non-recevoir tirée de l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre l'avis de l'ABF et celui du préfet de région :

2. Lorsque la délivrance d'une autorisation administrative est subordonnée à l'accord préalable d'une autre autorité, le refus d'un tel accord, qui s'impose à l'autorité compétente pour statuer sur la demande d'autorisation, ne constitue pas une décision susceptible de recours.

3. D'une part, aux termes de l'article L. 632-1 du code du patrimoine : " Dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable, sont soumis à une autorisation préalable les travaux susceptibles de modifier l'état des parties extérieures des immeubles bâtis, y compris du second œuvre, ou des immeubles non bâtis ". Aux termes de l'article L. 632-2 du code précité : " I. - L'autorisation prévue à l'article L. 632-1 est, sous réserve de l'article L. 632-2-1, subordonnée à l'accord de l'architecte des Bâtiments de France, le cas échéant assorti de prescriptions motivées ".

4. D'autre part, aux termes de l'article R. 424-14 du code de l'urbanisme : " Lorsque le projet est situé dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable (), le demandeur peut en cas d'opposition à une déclaration préalable () fondé sur un refus d'accord de l'architecte des Bâtiments de France, saisir le préfet de région, par lettre recommandée avec demande d'avis de réception, d'un recours contre cette décision dans le délai de deux mois à compter de la notification de l'opposition ou du refus. Le demandeur précise lors de sa saisine s'il souhaite faire appel à un médiateur désigné dans les conditions prévues au III de l'article L. 632-2 du code du patrimoine. Dans ce cas, le préfet de région saisit le médiateur qui transmet son avis dans le délai d'un mois à compter de cette saisine. () / Le délai à l'issue duquel le préfet de région est réputé avoir confirmé la décision de l'autorité compétente en cas de recours du demandeur est de deux mois à compter de la réception de ce recours ".

5. Il résulte de ces dispositions que la décision de non-opposition à une déclaration préalable est subordonnée, lorsque les travaux envisagés sont situés dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable, à l'avis conforme de l'ABF ou, lorsqu'il a été saisi, du préfet de région. Si l'avis de ce dernier se substitue alors à celui de l'ABF, l'ouverture d'un tel recours administratif, qui est un préalable obligatoire à toute contestation de la position ainsi prise au regard de la protection d'un site patrimonial remarquable, n'a ni pour objet ni pour effet de permettre l'exercice d'un recours contentieux contre cet avis. Les dispositions très particulières de l'article R. 424-14 du code de l'urbanisme impliquent que, si le recours administratif préalable obligatoire formé contre une décision d'opposition à déclaration préalable faisant suite à un avis négatif de l'ABF fait l'objet d'un avis implicite de rejet par le préfet de région, cet avis implicite, qui se substitue à celui de l'ABF initial, doit être regardé comme s'étant approprié les motifs de l'avis initial.

6. La régularité et le bien-fondé de l'avis de l'ABF ou, le cas échéant, de la décision du préfet de région ne peuvent être contestés qu'à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir dirigé contre la décision d'opposition à déclaration préalable et présenté par une personne ayant un intérêt pour agir.

7. En l'espèce, il n'est pas contesté que la parcelle objet du projet se situe au sein d'une zone de protection du patrimoine architectural, urbain et paysager devenue en application de la loi du 7 juillet 2016, un site patrimonial remarquable. En application des dispositions précitées au point 3, le maire de la commune de Trans-en-Provence a transmis la demande de déclaration préalable de M. B à l'ABF, lequel a émis un avis conforme défavorable le 10 juin 2021. Par un courrier du 20 juillet 2021, l'intéressé a alors exercé un recours administratif auprès du préfet de région, qui en a accusé réception le 23 juillet suivant, à l'encontre de l'avis de l'ABF. Il résulte des dispositions précitées au point 4 que le silence gardé par le préfet de région a fait naître un avis défavorable qui doit être regardé comme ayant repris les motifs de l'avis négatif de l'ABF. Cet avis s'étant substitué à l'avis de l'ABF, les conclusions à fin d'annulation dirigées contre l'avis de l'ABF, comme d'ailleurs celui du préfet de région, sont irrecevables, eu égard aux principes rappelés au point 5. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par le préfet de la région Provence-Alpes-Côte-d'Azur tirée de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation de l'avis de l'ABF du 10 juin 2021 et de son avis confirmatif doit être accueillie.

En ce qui concerne les conclusions dirigées contre l'arrêté du 14 juin 2021 :

8. M. B doit, en l'espèce, être regardé comme demandant l'annulation de l'arrêté du 14 juin 2021 du maire de la commune de Trans-en-Provence portant opposition à sa déclaration préalable en soulevant, par voie d'exception, l'illégalité de l'avis du préfet de région.

9. Le maire s'est opposé à la déclaration préalable en litige, en reprenant l'avis de l'ABF, qui a considéré, d'une part, que le projet ne respectait pas les dispositions du règlement de la zone S de la zone de protection du patrimoine architectural urbain et paysager relatives aux clôtures et d'autre part, qu'il ne respectait pas non plus ce règlement sur les volumes des constructions, le terrain devant être conservé dans sa topographie actuelle et les remblaiements étant interdits. Ainsi qu'il a été précédemment exposé, l'avis défavorable du préfet de région doit être regardé comme ayant repris les motifs de l'avis négatif de l'ABF.

10. En premier lieu, il ressort du règlement de la zone S de la zone de protection du patrimoine architectural urbain et paysager applicable au projet que les clôtures créées en bordure de voie publique doivent être constituées soit par un soubassement en maçonnerie de 0,40 mètre, prolongé par un grillage, d'une hauteur de 1,20 mètre, vert foncé avec une haie vive attenante, soit par un grillage de 1,60 mètre de hauteur et une haie vive. Dès lors qu'en l'espèce, le projet en litige est uniquement constitué d'un mur en maçonnerie d'une hauteur supérieure à 40 centimètres, le motif tiré de la méconnaissance des dispositions précitées du règlement de la zone de protection du patrimoine architectural urbain et paysager sur les clôtures suffit, à lui seul, à justifier légalement cet avis. Il résulte en outre de l'instruction que le préfet de région aurait émis le même avis défavorable s'il n'avait retenu que ce motif. Par suite, l'autre motif de l'avis, exposé ci-dessus au point 9, est surabondant. Le moyen critiquant ce second motif est donc inopérant.

11. En deuxième lieu, la circonstance que l'intéressé a bénéficié en 2013 d'une autorisation en vue de la construction d'une piscine nécessitant une zone de remblai indispensable au maintien de la construction est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée.

12. En dernier lieu, la circonstance, à la supposer même établie, que la construction de murs de soutènement en bordure de voie publique a pu être autorisée dans le voisinage du projet envisagé est également sans incidence sur la légalité de la décision d'opposition à sa déclaration préalable déposée le 7 mai 2021. Par suite, le moyen tiré d'une rupture d'égalité entre les propriétaires de ces autres constructions et de M. B doit être écarté comme inopérant.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions tendant à ce que soit mise à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur et à la commune de Trans-en-Provence.

Délibéré après l'audience du 16 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Bernabeu, présidente,

- M. Cros, premier conseiller,

- M. Martin, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 octobre 2024.

Le rapporteur,

Signé

J. MARTIN

La présidente,

Signé

M. BERNABEULa greffière,

Signé

G. BODIGER

La République mande et ordonne au préfet du Var, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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