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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2102990

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2102990

vendredi 18 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2102990
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantHOFFMANN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires enregistrés les 19 octobre 2021, 16 mars et 12 avril 2023, Mme B A, représentée par Me Hoffmann, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 septembre 2021 par lequel le maire de la commune du Cannet-des-Maures l'a suspendue de ses fonctions ;

2°) de condamner la commune du Cannet-des-Maures à lui verser la somme de 12 950 euros au titre des préjudices qu'elle estime avoir subis ;

3°) d'enjoindre à la commune du Cannet-des-Maures de régulariser sa situation administrative et financière ;

4°) de mettre à la charge de la commune du Cannet-des-Maures la somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté du 16 septembre 2021 méconnaît le droit d'accès à son dossier médical ;

- il est entaché d'un vice de procédure dès lors que la convocation le précédant est irrégulière, en méconnaissance de ses droits de la défense ;

- il est entaché d'une erreur d'appréciation ;

- il est entaché d'un détournement de pouvoir ;

- cette mesure lui a causé des préjudices à hauteur de 12 950 euros.

Par trois mémoires en défense enregistrés les 9 juin 2022, 29 mars et 28 avril 2023,

la commune du Cannet-des-Maures, représentée par Me Faure-Bonaccorsi, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la requérante la somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- en ce qui concerne les conclusions à fin d'annulation, les moyens sont infondés ;

- en ce qui concerne les conclusions indemnitaires :

* à titre principal, elles sont irrecevables à défaut de justifier d'une demande indemnitaire préalable ;

* les moyens sont infondés.

Une note en délibéré présentée pour Mme A a été enregistrée le 10 octobre 2024, sans être communiquée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Martin, rapporteure,

- les conclusions de Mme Faucher, rapporteure publique,

- les observations de Me Mayoussier, substituant Me Hoffmann, représentant la requérante,

- les observations de Me Faure-Bonaccorsi, représentant la commune.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, bibliothécaire territoriale, a été affectée à la médiathèque de la commune du Cannet-des-Maures en qualité de responsable de l'espace adultes. Par arrêté du 16 septembre 2021, le maire de cette commune l'a suspendue de ses fonctions à compter du 21 septembre suivant. Par sa requête, Mme A demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation et d'injonction :

2. En premier lieu, Mme A soutient, sans en préciser la base textuelle ou jurisprudentielle, que le rapport d'expertise médicale effectué le 8 juillet 2021 ne lui a jamais été communiqué et qu'aucune information n'a été portée à sa connaissance, en méconnaissance de son droit d'accès au dossier médical. Toutefois, et alors que la mesure de suspension n'est pas au nombre des mesures pour lesquelles le fonctionnaire concerné doit être mis à même de consulter son dossier, ce moyen est sans influence sur la légalité de l'arrêté du 16 septembre 2021 par lequel le maire de la commune du Cannet-des-Maures l'a suspendue de ses fonctions en raison du caractère présumé d'une faute grave relative à une situation de harcèlement moral et de la tenue d'un comportement perturbant le bon fonctionnement du service. Par suite, le moyen doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté suspendant un fonctionnaire, dans le but exclusif de préserver l'intérêt du service, ne revêt ni le caractère d'une sanction ni le caractère d'une mesure prise en considération de la personne.

4. L'arrêté prononçant la suspension de Mme A ayant été édicté le 16 septembre 2021, la convocation de l'intéressée par le directeur général des services le 16 septembre 2021 pour le jour-même ne saurait être regardée comme ayant eu pour objet de recueillir les observations de l'intéressée. Dans ces conditions, Mme A n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté prononçant sa suspension est entaché d'un vice de procédure à défaut d'avoir été mise à même de se présenter accompagnée d'un représentant syndical et d'avoir eu le temps de préparer ses observations à présenter lors de ce rendez-vous du 16 septembre 2021. Par suite, le moyen doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 30 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " En cas de faute grave commise par un fonctionnaire, qu'il s'agisse d'un manquement à ses obligations professionnelles ou d'une infraction de droit commun, l'auteur de cette faute peut être suspendu par l'autorité ayant pouvoir disciplinaire qui saisit, sans délai, le conseil de discipline. / Le fonctionnaire suspendu conserve son traitement, l'indemnité de résidence, le supplément familial de traitement et les prestations familiales obligatoires. Sa situation doit être définitivement réglée dans le délai de quatre mois. / Si, à l'expiration d'un délai de quatre mois, aucune décision n'a été prise par l'autorité ayant le pouvoir disciplinaire, le fonctionnaire qui ne fait pas l'objet de poursuites pénales est rétabli dans ses fonctions ".

La mesure provisoire de suspension prévue par ces dispositions législatives ne présente pas par elle-même un caractère disciplinaire. Elle est uniquement destinée à écarter temporairement un agent du service, en attendant qu'il soit statué disciplinairement ou pénalement sur sa situation. Elle peut être légalement prise dès lors que l'administration est en mesure d'articuler à l'encontre de l'intéressé des griefs qui ont un caractère de vraisemblance suffisant et qui permettent de présumer que celui-ci a commis une faute grave.

6. Pour suspendre Mme A de ses fonctions à compter du 21 septembre 2021,

le maire de la commune du Cannet-des-Maures a retenu l'existence d'une présomption de faute grave dans les faits de harcèlement moral sur des agents de la médiathèque et son élue déléguée, ainsi que l'adoption d'un comportement perturbant le bon fonctionnement du service.

7. Il ressort des pièces du dossier que Mme A, qui a rejoint le 21 août 2018

la médiathèque du Cannet-des-Maures en qualité de directrice du pôle Culture, Connaissances et Découvertes, a, en raison d'importantes difficultés relationnelles caractérisées notamment par l'absence de prise en compte des compétences et pratiques existantes ainsi qu'au ton employé avec sa hiérarchie, l'élue déléguée à la culture et le directeur général des services, mais également avec des partenaires extérieures et des agents placés sous sa direction, fait l'objet d'un changement d'affectation par arrêté du 14 avril 2021 au profit du poste de responsable du secteur adultes. Toutefois, ce changement d'affectation n'a pas eu pour effet d'apaiser ce climat conflictuel comme le démontrent des échanges de courriels sur lesquels, en mai 2021, un agent témoigne des tensions avec l'intéressée, lesquelles ont motivé son changement de poste, en juillet 2021, la saisine de la médecine de prévention au profit de la directrice par intérim de la médiathèque, en septembre 2021, la circonstance que le directeur général des services rappelle à Mme A l'étendue de ses compétences, mais également un courrier du 16 août 2021 par lequel la directrice par intérim de la médiathèque de Cannet-des-Maures a alerté le maire de cette commune sur

les dysfonctionnements entravant la bonne gestion de cette médiathèque en raison du comportement de Mme A dans lequel elle mentionne être destinataires, avec l'élue déléguée à la culture, de nombreux courriels dans lesquels l'intéressée remet en question sa manière de travailler, elle dénonce un environnement de travail toxique et des conditions de travail malsaines. Si Mme A produit, dans la présente instance, des attestations de bénévoles et d'usagers témoignant de la qualité de son travail, elles ne sont pas de nature à invalider les tensions au sein de la médiathèque qui sont constantes, comme en atteste sa demande de protection fonctionnelle en avril 2021. Dans ces conditions, le maire de la commune du Cannet-des-Maures a pu, en l'état de ces éléments portés alors à sa connaissance, estimer que les faits imputés à Mme A revêtaient un caractère suffisant de vraisemblance et de gravité, et n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article 30 de la loi du 13 juillet 1983 en prenant, le 21 septembre 2021, la mesure attaquée. Par suite, le moyen doit être écarté.

8. En dernier lieu, si Mme A soutient que l'arrêté est entaché d'un détournement de pouvoir, il résulte de ce qui a été dit au point 7 du présent jugement qu'une telle mesure était justifiée par l'intérêt du service. Par suite, le moyen doit être écarté.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 16 septembre 2021 doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence, celles présentées à fin d'injonction.

Sur les conclusions indemnitaires :

10. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle ".

11. Il résulte de ces dispositions qu'en l'absence d'une décision de l'administration rejetant une demande formée devant elle par le requérant ou pour son compte, une requête tendant au versement d'une somme d'argent est irrecevable et peut être rejetée pour ce motif même si, dans son mémoire en défense, l'administration n'a pas soutenu que cette requête était irrecevable, mais seulement que les conclusions du requérant n'étaient pas fondées. En revanche, les termes du second alinéa de l'article R. 421-1 du code de justice administrative n'impliquent pas que la condition de recevabilité de la requête tenant à l'existence d'une décision de l'administration s'apprécie à la date de son introduction. Cette condition doit être regardée comme remplie si, à la date à laquelle le juge statue, l'administration a pris une décision, expresse ou implicite, sur une demande formée devant elle. Par suite, l'intervention d'une telle décision en cours d'instance régularise la requête, sans qu'il soit nécessaire que le requérant confirme ses conclusions et alors même que l'administration aurait auparavant opposé une fin de non-recevoir fondée sur l'absence de décision.

12. La commune du Cannet-des-Maures fait valoir, dans un mémoire en défense enregistré le 9 juin 2022 et communiqué à Mme A le jour-même, que la demande indemnitaire présentée par la requérante dans sa requête introductive d'instance, n'a pas été précédée d'une demande indemnitaire préalable. Or, il ne résulte pas de l'instruction que Mme A ait déposé, ni préalablement à l'introduction de son recours contentieux ni postérieurement à celui-ci, une telle demande. Ainsi, à la date à laquelle le présent jugement est rédigé, aucune décision, expresse ou implicite, sur une telle demande n'a pu naître. Par suite,

la fin de non-recevoir opposée en défense doit être accueillie.

13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions indemnitaires présentées par Mme A doivent être rejetées comme irrecevables.

Sur les frais liés à l'instance :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée par Mme A au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens soit mise à la charge de la commune du Cannet-des-Maures qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de Mme A la somme demandée par la commune du Cannet-des-Maures au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune du Cannet-des-Maures présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la commune du Cannet-des-Maures.

Délibéré après l'audience du 4 octobre 2024 à laquelle siégeaient :

M. Sauton, président,

M. Quaglierini, premier conseiller,

Mme Martin, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 octobre 2024.

La rapporteure,

signé

K. Martin

Le président,

signé

J.-F. Sauton

Le greffier,

signé

P. Bérenger

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier.

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