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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2103009

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2103009

mardi 9 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2103009
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantGRIMALDI & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 8 novembre 2021 et 12 juillet 2022, la société à responsabilité limitée (SARL) Immobilière Rispoli, représentée par Me Schwing, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 11 mai 2021 par lequel le maire de la commune de Fréjus lui a délivré un certificat d'urbanisme n° CU 083 061 21 F0567 négatif en vue de la réhabilitation du monument historique Les Thermes de Villeneuve en centre de remise en forme et en l'aménagement de huit logements sur la parcelle cadastrée section BK n° 635, sise rue Jean Carrara à Fréjus, ensemble les décisions implicites de rejet de ses recours gracieux formés les 12 et 15 juillet 2021 ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de Fréjus de lui délivrer le certificat d'urbanisme opérationnel sollicité dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Fréjus une somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté est entaché d'une erreur de droit à l'aune des articles L. 410-1, R. 410-13 et A. 410-4 du code de l'urbanisme dès lors que le motif de refus ne peut pas être opposé à une demande de certificat d'urbanisme, uniquement à une demande de permis de construire ;

- il est entaché d'une erreur d'appréciation à l'aune des articles DS N1 et DS N2 du règlement du plan local d'urbanisme (PLU) de la commune de Fréjus dès lors que le projet consiste en la réhabilitation de constructions existantes avec changement de destination des locaux sans création de surface de plancher supplémentaire ;

- il est entaché d'une erreur de droit et d'appréciation à l'aune du plan de prévention du risque inondation (PPRI) de la commune de Fréjus, en particulier de l'article 1-3, dès lors qu'il n'est pas possible de situer le projet en zone bleue, que les constructions sont autorisées en zone bleue, que le projet ne porte pas sur la construction ni l'extension d'un bâtiment ERP mais sur la réhabilitation d'un bâtiment existant ;

- il est fondé à solliciter l'injonction de délivrance d'un certificat d'urbanisme opérationnel positif.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 mai 2022, la commune de Fréjus, représentée par Me Valette-Berthelsen, conclut au rejet de la requête et demande que soit mise à la charge de la requérante la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le plan local d'urbanisme de la commune de Fréjus ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 28 mai 2024 :

- le rapport de Mme Le Gars ;

- les conclusions de M. Riffard, rapporteur public ;

- et les observations de Me Bouakfa représentant la SARL Immobilière Rispoli.

Considérant ce qui suit :

1. Le 10 mars 2021, la SARL Immobilière Rispoli a déposé une demande de certificat d'urbanisme opérationnel en vue de la réhabilitation du monument historique Les Thermes de Villeneuve en centre de remise en forme et en l'aménagement de huit logements sur la parcelle située rue Jean Carrara à Fréjus. Par un arrêté du 11 mai 2021, le maire de Fréjus a délivré un certificat d'urbanisme opérationnel négatif pour le projet exposé. Les 12 et 15 juillet 2021, la SARL Immobilière Rispoli a formé deux recours gracieux. La requérante demande l'annulation de l'arrêté du 11 mai 2021 ainsi que des décisions rejetant implicitement ses recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, si le maire de Fréjus a délivré un certificat d'urbanisme négatif pour le projet en se fondant sur les dispositions de l'article DS N2.2 du règlement du PLU de la commune de Fréjus qui autorisent les constructions destinées au service et à l'accueil du public en zone Nh sous réserve de ne pas compromettre l'intérêt paysager, culturel ou patrimonial des lieux, ces mêmes dispositions autorisent également, à l'alinéa suivant et comme le soutient la requérante, les opérations de réhabilitation de bâtiments existants, les changements de destination et la création de nouvelles surfaces de plancher sous réserve de conserver le volume existant. Ainsi, la requérante est fondée à soutenir que le maire de Fréjus a commis une erreur d'appréciation considérant que le projet en litige, qui porte sur la réhabilitation d'un monument historique, n'est par principe pas faisable et est susceptible de compromettre l'intérêt paysager, culturel ou patrimonial des lieux.

3. En second lieu, aux termes de l'article 1 du règlement de la zone bleue dans le PPRI de la commune de Fréjus : " Article 1-1 Sont autorisés : Tout type de constructions, d'ouvrages, d'aménagement ou d'exploitations agricoles, forestières, artisanales, commerciales ou industrielles est autorisé sauf celui ou celle qui est interdit à l'article 1-3 et sous réserve du respect de prescriptions de l'article 1-2. () ".

4. La commune en défense fait valoir, sur le fondement des dispositions de l'article 1er du règlement de la zone bleue du PPRI, que le projet est destiné à l'accueil de séminaires et de formation et porte dès lors sur la création d'un établissement recevant du public de type R. Cependant, le certificat d'urbanisme n'a pas pour objet d'autoriser les travaux de construction mais seulement de se prononcer sur la faisabilité du projet, indépendamment de sa classification ERP. En l'espèce, le projet porte, à ce stade, uniquement sur la réhabilitation de monuments historiques et non sur l'utilisation qui sera faite de ces bâtiments une fois réhabilités. Ainsi, le maire de Fréjus ne pouvait légalement opposer la classification en ERP de type R au stade de la demande de certificat d'urbanisme. Par suite, la requérante est fondée à soutenir que le maire de Fréjus a fait une inexacte application des dispositions précitées en s'opposant au projet en litige alors que, par principe, toute construction et aménagement sont autorisés en zone bleue.

5. Pour l'application de l'article L. 600-4 du code de l'urbanisme, aucun des autres moyens soulevés n'est de nature à entraîner l'annulation de l'arrêté attaqué.

6. Il résulte de tout ce qui précède que la requérante est fondée à solliciter l'annulation de l'arrêté du 11 mai 2021 par lequel le maire de Fréjus lui a délivré un certificat d'urbanisme opérationnel négatif ainsi que les décisions rejetant implicitement ses recours gracieux en date des 12 et 15 juillet 2021.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. () ".

8. Eu égard aux motifs d'annulation retenus et en l'absence de substitution de motif sollicitée par la commune en défense, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre au maire de Fréjus de délivrer à la SARL Immobilière Rispoli un certificat d'urbanisme opérationnel positif correspondant à la demande déposée le 10 mars 2021, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais d'instance :

9. En application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Fréjus une somme de 1 500 euros au bénéfice de la SARL Immobilière Rispoli. En revanche, ces mêmes dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge de la SARL Immobilière Rispoli, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que réclame la défense au titre des frais liés au litige.

DECIDE

Article 1er : L'arrêté attaqué du maire de Fréjus en date du 11 mai 2021 ainsi que les décisions rejetant implicitement les recours gracieux des 12 et 15 juillet 2021 sont annulés.

Article 2 : Il est enjoint au maire de Fréjus de délivrer à la SARL Immobilière Rispoli le certificat d'urbanisme opérationnel positif correspondant à la demande déposée le 10 mars 2021, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : La commune de Fréjus versera à la SARL Immobilière Rispoli la somme de 1 500 euros (mille cinq cents euros) en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Les conclusions de la commune de Fréjus présentées sur ce fondement sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Immobilière Rispoli et à la commune de Fréjus.

Délibéré après l'audience du 28 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Privat, président,

M. Bailleux, premier conseiller,

Mme Le Gars, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 juillet 2024.

La rapporteure,

Signé :

H. LE GARS

Le président,

Signé :

J.-M. PRIVAT La greffière,

Signé :

G. RICCI

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Et par délégation,

La greffière.

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