mardi 7 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2103010 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
Vu la procédure suivante :
Par un déféré enregistré le 8 novembre 2021, le préfet du Var demande au tribunal d'annuler la décision en date du 6 mai 2021 par laquelle le maire de la commune de Seillons-Source-d'Argens a délivré un permis de construire à M. A pour la construction de deux garages sur un terrain situé chemin des Crouis La Verrerie et cadastré section D n°84 sur le territoire de la commune de Seillons-Source d'Argens.
Il soutient que :
- son déféré est recevable en application des dispositions des articles L. 2131-6 du code général des collectivités territoriales et R. 600-1 du code de l'urbanisme ;
- le projet méconnait les dispositions des articles A1 et A2 du règlement du plan local d'urbanisme ; la construction de deux garages distants de 8 mètres de la construction principale ne peut être considérée comme un agrandissement, mais comme une construction nouvelle au regard des dispositions du règlement du plan local d'urbanisme ; en outre, il n'est pas justifié que M. A soit exploitant agricole et que cette construction soit liée et nécessaire à une exploitation agricole ;
- la preuve de l'existence légale de la construction n'est pas apportée par le pétitionnaire ; le pétitionnaire aurait dû déposer une demande de permis de construire portant sur l'ensemble des constructions.
Par un courrier du 10 mars 2023, la commune de Seillons-Source-d'Argens a été mise en demeure de produire un mémoire en défense dans un délai de 45 jours en application des dispositions de l'article R. 612-3 du code de justice administrative.
Suite à cette mise en demeure, la commune n'a produit aucun mémoire en défense.
Par une ordonnance du 2 novembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au
28 novembre 2023 à 12 heures.
Vu :
- la décision attaquée ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 26 mars 2024 :
- le rapport de M. Bailleux ;
- et les conclusions de M. Riffard, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions à fin d'annulation :
1. Aux termes de l'article R. 612-6 du code de justice administrative : " Si, malgré une mise en demeure, la partie défenderesse n'a produit aucun mémoire, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans les mémoires du requérant ". Si, lorsque le défendeur n'a produit aucun mémoire, le juge administratif n'est pas tenu de procéder à une telle mise en demeure avant de statuer, il doit, s'il y procède, en tirer toutes les conséquences de droit et qu'il lui appartient seulement, lorsque les dispositions précitées sont applicables, de vérifier que l'inexactitude des faits exposés dans les mémoires du requérant ne ressort d'aucune pièce du dossier.
2. En premier lieu, aux termes de l'article A1 du règlement du plan local d'urbanisme, Occupations et utilisations du sol interdites : " Toutes occupations ou installations du sol sont interdites à l'exception de celles prévues à l'article A2 (). Toutes constructions et installations nouvelles sont interdites en secteur Ap afin de protéger le paysage agricole de qualité hors celles visées à l'article A 2-4 du règlement du plan local d'urbanisme ". En outre, selon les dispositions de l'article A 2 du même règlement : " Dispositions particulières : Seules peuvent être autorisées les occupations et utilisations du sol ci-après, selon l'une des conditions particulières suivantes : 4- En zone A et Aco : à condition qu'ils soient directement nécessaires aux services publics les installations, constructions ou ouvrages techniques, y compris ceux relevant de la réglementation sur les installations classées, sous réserve de démontrer la nécessité technique de leur implantation en zone agricole, et qu'ils ne portent pas atteinte au caractère de la zone (). 7- Dans le secteur Ap sont autorisés : les bâtiments techniques liés et nécessaires à l'exploitation existante sur le secteur selon les critères définis en annexe (siège d'exploitation localisé en secteur Ap). Les travaux confortatifs et l'agrandissement des constructions existantes à usage d'habitation, directement nécessaires à une exploitation agricole, à condition que ces travaux n'entraînent pas un accroissement supérieur à 30% de la surface de plancher () ".
3. En l'espèce, le préfet du Var soutient, sans être contredit par les pièces du dossier, qu'il n'est ni établi ni même allégué, que M. A disposerait sur le terrain d'assiette du projet, d'une exploitation agricole, conformément aux critères définis à l'annexe du plan local d'urbanisme de la commune, produit à l'instance par le préfet du Var.
4. Le préfet poursuit en faisant valoir que les deux garages projetés, qui ne sont reliés à la construction principale que par un mur et sont situés à une distance de 8 mètres de ladite construction principale, ainsi que cela ressort de la pièce PC5 du dossier de demande de permis de construire, qui est une vue aérienne d'insertion des constructions projetées, doivent être considérés, non pas comme un agrandissement de la construction existante, mais comme des nouvelles constructions, au sens et pour l'application des dispositions de l'article A 2 du règlement du plan local d'urbanisme. En outre, il n'est pas démontré, ni même allégué, en l'absence de mémoire en défense, que la construction à usage d'habitation serait nécessaire à une exploitation agricole.
5. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que les garages seraient directement nécessaires à un service public.
6. Il ressort donc des pièces du dossier que le préfet du Var est fondé à soutenir que la décision en litige méconnait les dispositions des articles A 1 et A 2 du règlement du plan local d'urbanisme. Par suite, il y a lieu d'accueillir le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des articles A 1 et A 2 du règlement du plan local d'urbanisme.
7. En second lieu, lorsqu'une construction a été édifiée sans autorisation en méconnaissance des prescriptions légales alors applicables, il appartient au propriétaire qui envisage d'y faire de nouveaux travaux de présenter une demande d'autorisation d'urbanisme portant sur l'ensemble du bâtiment. De même, lorsqu'une construction a été édifiée sans respecter la déclaration préalable déposée ou le permis de construire obtenu ou a fait l'objet de transformations sans les autorisations d'urbanisme requises, il appartient au propriétaire qui envisage d'y faire de nouveaux travaux de présenter une demande d'autorisation d'urbanisme portant sur l'ensemble des éléments de la construction qui ont eu ou auront pour effet de modifier le bâtiment tel qu'il avait été initialement approuvé. Il en va ainsi même dans le cas où les éléments de construction résultant de ces travaux ne prennent pas directement appui sur une partie de l'édifice réalisée sans autorisation. Dans l'hypothèse où l'autorité administrative est saisie d'une demande qui ne satisfait pas à cette exigence, elle doit inviter son auteur à présenter une demande portant sur l'ensemble des éléments devant être soumis à son autorisation. Cette invitation, qui a pour seul objet d'informer le pétitionnaire de la procédure à suivre s'il entend poursuivre son projet, n'a pas à précéder le refus que l'administration doit opposer à une demande portant sur les seuls nouveaux travaux envisagés.
8. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que les deux garages projetés sont reliés à la construction principale par un mur d'une longueur de 8 mètres. Ainsi, il ressort des pièces du dossier que ces garages prennent appui sur la construction principale. Il appartenait donc au pétitionnaire, ainsi que le soutient le préfet du Var, d'apporter la preuve de l'existence légale de ladite construction. A défaut d'apporter cette preuve, la demande du pétitionnaire aurait dû porter non seulement sur les garages projetés mais aussi sur la construction principale. Il ressort donc des pièces du dossier que le préfet du Var est fondé à soutenir que la décision attaquée est illégale, faute pour le pétitionnaire de n'avoir pas apporté la preuve de l'existence légale de la construction principale. Il y a donc lieu d'accueillir également ce second moyen tiré de la nécessité, pour le pétitionnaire, de déposer une demande de permis de construire portant sur l'ensemble des constructions.
9. Il résulte donc de l'ensemble de ce qui précède qu'il y a lieu d'annuler la décision du
6 mai 2021 par laquelle le maire de la commune de Seillons-Source-d'Argens a délivré un permis de construire à M. A pour la construction de deux garages sur un terrain situé chemin des Crouis La Verrerie et cadastré section D n°84 sur le territoire de la commune de Seillons-Source-d'Argens.
DECIDE
Article 1er : La décision susvisée du maire de la commune de Seillons-Source-d'Argens du
6 mai 2021 est annulée.
Article 2 : La présente décision sera notifiée au préfet du Var, à la commune de Seillons-Source-d'Argens et à M. B A.
Copie du jugement sera transmise sans délai au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Draguignan, par application des dispositions de l'article R. 751-10 du code de justice administrative.
Délibéré après l'audience du 26 mars 2024, à laquelle siégeaient :
M. Privat, président,
M. Bailleux, premier conseiller,
Mme Le Gars, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mai 2024.
Le rapporteur,
Signé :
F. BAILLEUX
Le président,
Signé :
J.-M. PRIVAT La greffière,
Signé :
K. BAILET
La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Et par délégation, la greffière.
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