jeudi 4 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2103046 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | ABEILLE & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 12 novembre 2021, le 29 mars 2022 et les 9 et 13 mai 2022, Mme A B, représentée par Me Plumet, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 14 septembre 2021 par laquelle le directeur du centre hospitalier intercommunal de Toulon-La-Seyne-sur-Mer (CHITS) l'a suspendue de ses fonctions sans traitement à compter du 15 septembre 2021 ;
2°) d'enjoindre au directeur du CHITS de lui verser la somme correspondant à sa rémunération sur toute la période où elle a été suspendue de manière illégale ;
3°) de mettre à la charge du CHITS la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous astreinte de 100 euros par jour de retard dans un délai de 8 jours à compter de la notification du jugement à intervenir.
Elle soutient que :
- il y a lieu de statuer sur sa requête dès lors que la décision attaquée a reçu exécution ;
- la décision attaquée est insuffisamment motivée dès lors qu'elle ne mentionne pas l'ensemble des documents pouvant être présentés pour permettre l'exercice de l'activité ;
- elle a été prise par anticipation en méconnaissance des dispositions de l'article 14 de la loi du 5 août 2021 ;
- elle a été prononcée en méconnaissance du droit à un procès équitable et des garanties entourant le prononcé d'une sanction disciplinaire ; elle méconnaît les stipulations de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- les dispositions réglementaires nécessaires à l'application de l'article 12 de la loi du 5 août 2021 ne sont entrées en vigueur que le 23 septembre 2021 ; l'obligation vaccinale n'était donc pas opposable à la date de la décision attaquée.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 29 mars 2022, le 5 mai 2022 et le 10 juin 2022, le CHITS, représenté par Me Pontier, demande au tribunal :
1°) à titre principal, de prononcer le non-lieu à statuer sur la requête ;
2°) à titre subsidiaire, de rejeter la requête ;
3°) de mettre à la charge de Mme B la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la requête a perdu son objet dès lors que la décision attaquée a été abrogée par une décision du 10 février 2022 ;
- il se trouvait en situation de compétence liée pour suspendre Mme B de ses fonctions ;
- les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 23 mai 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 21 juin 2022 à 12h.
Des pièces complémentaires présentées par le CHITS, enregistrées le 11 mars 2024, n'ont pas été communiquées.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- la loi n° 2021-1040 du 5 août 2021 ;
- le décret n° 2021-699 du 1er juin 2021, modifié par le décret n° 2021-1059 du 7 août 2021 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Montalieu, rapporteure,
- les conclusions de M. Kiecken, rapporteur public,
- et les observations de Me Haddad, substituant Me Pontier, représentant le CHITS ;
- Mme B n'étant ni présente, ni représentée.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B est infirmière et exerce ses fonctions au sein du CHITS. Par une décision du 14 septembre 2021, le directeur du CHITS l'a suspendue de ses fonctions sans traitement à compter du 15 septembre 2021 jusqu'à la présentation des justificatifs requis pour l'exercice de ses fonctions.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'exception de non-lieu à statuer opposée en défense :
2. Un recours pour excès de pouvoir dirigé contre un acte administratif n'a d'autre objet que d'en faire prononcer l'annulation avec effet rétroactif. Si, avant que le juge n'ait statué, l'acte attaqué est rapporté par l'autorité compétente et si le retrait ainsi opéré acquiert un caractère définitif faute d'être critiqué dans le délai du recours contentieux, il emporte alors disparition rétroactive de l'ordonnancement juridique de l'acte contesté, ce qui conduit à ce qu'il n'y ait lieu pour le juge de la légalité de statuer sur le mérite du recours dont il était saisi. Il en va ainsi, quand bien même l'acte rapporté aurait reçu exécution. Dans le cas où l'administration se borne à procéder à l'abrogation de l'acte attaqué, cette circonstance prive d'objet le pourvoi formé à son encontre, à la double condition que cet acte n'ait reçu aucune exécution pendant la période où il était en vigueur et que la décision procédant à son abrogation soit devenue définitive.
3. Contrairement à ce que le CHITS soutient, la décision du 10 février 2022 n'a pas abrogé la décision attaquée mais une décision de suspension des fonctions à compter du 23 septembre 2021. En tout état de cause, la décision du 10 février 2022 est dépourvue de portée rétroactive et la suspension attaquée a produit des effets durant la période où elle était en vigueur. L'exception de non-lieu à statuer opposée en défense ne peut dès lors qu'être écartée.
En ce qui concerne la situation de compétence liée :
4. Aux termes de l'article 12 de la loi du 5 août 2021 relative à la gestion de la crise sanitaire, dans sa version applicable au litige : " I. - Doivent être vaccinés, sauf contre-indication médicale reconnue, contre la covid-19 : / 1° Les personnes exerçant leur activité dans : / a) Les établissements de santé mentionnés à l'article L. 6111-1 du code de la santé publique ainsi que les hôpitaux des armées mentionnés à l'article L. 6147-7 du même code ; () ". Aux termes de l'article 13 de la même loi, dans sa version applicable au litige : " I. - Les personnes mentionnées au I de l'article 12 établissent : / 1° Satisfaire à l'obligation de vaccination en présentant le certificat de statut vaccinal prévu au second alinéa du II du même article 12. / Par dérogation au premier alinéa du présent 1°, peut être présenté, pour sa durée de validité, le certificat de rétablissement prévu au second alinéa du II de l'article 12. () / 2° Ne pas être soumises à cette obligation en présentant un certificat médical de contre-indication. Ce certificat peut, le cas échéant, comprendre une date de validité. / II. - Les personnes mentionnées au I de l'article 12 justifient avoir satisfait à l'obligation prévue au même I ou ne pas y être soumises auprès de leur employeur lorsqu'elles sont salariées ou agents publics. () / V. - Les employeurs sont chargés de contrôler le respect de l'obligation prévue au I de l'article 12 par les personnes placées sous leur responsabilité. () ". Et aux termes de l'article 14 de la même loi, dans sa version applicable au litige : " I. - () B. - A compter du 15 septembre 2021, les personnes mentionnées au I de l'article 12 ne peuvent plus exercer leur activité si elles n'ont pas présenté les documents mentionnés au I de l'article 13 ou, à défaut, le justificatif de l'administration des doses de vaccins requises par le décret mentionné au II de l'article 12. / Par dérogation au premier alinéa du présent B, à compter du 15 septembre 2021 et jusqu'au 15 octobre 2021 inclus, sont autorisées à exercer leur activité les personnes mentionnées au I de l'article 12 qui, dans le cadre d'un schéma vaccinal comprenant plusieurs doses, justifient de l'administration d'au moins une des doses requises par le décret mentionné au II du même article 12, sous réserve de présenter le résultat, pour sa durée de validité, de l'examen de dépistage virologique ne concluant pas à une contamination par la covid-19 prévu par le même décret. () / III. - Lorsque l'employeur constate qu'un agent public ne peut plus exercer son activité en application du I, il l'informe sans délai des conséquences qu'emporte cette interdiction d'exercer sur son emploi ainsi que des moyens de régulariser sa situation. L'agent public qui fait l'objet d'une interdiction d'exercer peut utiliser, avec l'accord de son employeur, des jours de congés payés. A défaut, il est suspendu de ses fonctions ou de son contrat de travail. / La suspension mentionnée au premier alinéa du présent III, qui s'accompagne de l'interruption du versement de la rémunération, prend fin dès que l'agent public remplit les conditions nécessaires à l'exercice de son activité prévues au I. Elle ne peut être assimilée à une période de travail effectif pour la détermination de la durée des congés payés ainsi que pour les droits acquis par l'agent public au titre de son ancienneté. Pendant cette suspension, l'agent public conserve le bénéfice des garanties de protection sociale complémentaire auxquelles il a souscrit. () ".
5. Il résulte des dispositions précitées de la loi du 5 août 2021, d'une part, qu'à compter du 15 septembre 2021, les agents publics entrant dans la champ d'application du I de l'article 12 de cette loi qui ne justifient pas avoir satisfait à l'obligation vaccinale contre la covid-19 ou être exemptés de cette obligation vaccinale pour motifs médicaux, ne peuvent plus exercer leur activité professionnelle et, d'autre part, qu'il revient aux employeurs publics de contrôler le respect de l'obligation vaccinale de ces agents placés sous leur responsabilité. Par suite, lorsqu'un agent public n'a produit aucun élément permettant de justifier de son obligation vaccinale, ni aucun certificat médical de contre-indication à la vaccination, l'employeur public, qui ne peut que constater l'absence de vaccination et l'absence de toute justification alléguée, sans avoir à porter d'appréciation, est en conséquence légalement tenue de le suspendre de ses fonctions ou de son contrat de travail jusqu'à ce qu'il ait justifié d'un schéma vaccinal complet ou produit les justificatifs prévus au I de l'article 13 de la loi précité.
6. Lorsqu'une personne publique se trouve en situation de compétence liée pour prendre un acte, l'ensemble des moyens soulevés à l'encontre d'un tel acte sont inopérants, à l'exception des moyens susceptibles de remettre en cause l'existence même d'une situation de compétence liée.
7. En l'espèce, il est constant que la requérante, infirmière hospitalière, était soumise à l'obligation vaccinale contre la covid-19 édictée par l'article 12 de la loi du 5 août 2021. Il est également constant que, au 15 septembre 2021, la requérante n'a pas justifié avoir satisfait à l'obligation vaccinale ou ne pas y être soumise auprès du CHITS et qu'elle ne conteste d'ailleurs ni son absence de vaccination ni l'absence de toute contre-indication médicale particulière. Dans ces conditions, le CHITS, qui a constaté, dans le cadre de la mission de contrôle qui lui est confiée par le législateur, que les conditions impliquant que la requérante soit suspendue de ses fonctions sans traitement à compter du 15 septembre 2021 étaient réunies, sans avoir à porter d'appréciation en l'absence de justification invoquée, était en situation de compétence liée pour prendre la décision attaquée.
En ce qui concerne les moyens de la requête :
8. En premier lieu, si la décision en litige a été prise le 14 septembre 2021, il est constant qu'elle n'a produit aucun effet avant le 15 septembre 2021, date de son entrée en vigueur et à laquelle sa légalité doit être appréciée. Par suite, le moyen tiré de l'application anticipée des dispositions de l'article 14 de de la loi du 5 août 2021 ne peut qu'être écarté.
9. En deuxième lieu, si, dans le cadre d'une contestation d'un acte règlementaire par voie d'exception, la légalité des règles fixées par l'acte réglementaire, la compétence de son auteur et l'existence d'un détournement de pouvoir peuvent être utilement critiquées, il n'en va pas de même des conditions d'édiction de cet acte, les vices de forme et de procédure dont il serait entaché ne pouvant être utilement invoqués que dans le cadre du recours pour excès de pouvoir dirigé contre l'acte réglementaire lui-même et introduit avant l'expiration du délai de recours contentieux.
10. D'une part, contrairement à ce que soutient la requérante, le décret du 7 août 2021, publié au Journal Officiel le 8 août 2021, contient les dispositions réglementaires nécessaires à l'application de l'article 12 de la loi du 5 août 2021. D'autre part, la requérante ne peut utilement invoquer l'absence de consultation pertinente de la Haute Autorité de santé préalablement à l'édiction de ce décret. Par suite, le moyen tiré de l'inopposabilité de l'obligation vaccinale à la date de la décision attaquée doit être écarté.
11. En dernier lieu, les autres moyens de la requête, qui ne sont pas susceptibles de remettre en cause l'existence même de la situation de compétence liée du CHITS pour prendre la décision attaquée, doivent être écartés comme inopérants.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 14 septembre 2021 présentées par Mme B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du CHITS, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que demande Mme B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de Mme B une somme de 500 euros au titre des frais exposés par le CHITS et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : La requête Mme B est rejetée.
Article 2 : Mme B versera au CHITS une somme de 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au centre hospitalier intercommunal de Toulon-La-Seyne-sur-Mer.
Délibéré après l'audience du 14 mars 2024, à laquelle siégeaient :
M. Philippe Harang, président,
M. Zouhaïr Karbal, conseiller,
Mme Mathilde Montalieu, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 avril 2024.
La rapporteure,
Signé
M. MONTALIEU
Le président,
Signé
Ph. HARANG
La greffière,
Signé
F. POUPLY
La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026